Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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N° 98 LES ARTS Février 1910 LA STATUE DE NIOBE découverte à Rome dans des terrains appartenant à la Banque Commerciale Italienne (siège social à Milan), déposée au château des Sforza à Milan, et revendiquée par le syndic de Rome comme appartenant à la Ville

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LES TABLEAUX DE VAN DYCK Au Musée du Prado (Madrid) Le musée du Prado est incontestablement la plus riche collection de peintures qui soit au monde; rien n'approche de cette galerie de merveilles réunies par deux dynasties de souverains épris d'art. Cet attrait pour les belles choses, inné chez Charles-Quint, devint goût dominant chez Philippe II et passion jamais assouvie chez Philippe IV. Aussi rien d'étonnant à ce que ce dernier, toujours à la recherche de chefs-d'œuvre, ait fait venir en Espagne, un certain nombre de toiles de Van Dyck. A celles-ci s'ajoutèrent, un peu plus tard, celles apportées par la reine Elisabeth Farnèse, la seconde femme de Philippe V, le premier des Bourbons d'Espagne. Mais, avant de passer en revue les ouvrages de Van Dyck renfermés dans les galeries du Prado, qu'on nous permette de rappeler les grandes lignes de sa biographie. Antoine Van Dyck, né à Anvers, le 22 mars 1599, la même année que Velazquez, à moins de trois mois de distance, commença son apprentissage de peintre en 1610, chez Hendrick Van Balen; reçu, en 1618, franc-maître de la confrérie de Saint-Luc, il devient alors le collaborateur de Rubens, auquel il doit une grande part de son talent. Entre 1620 et 1621, il fait un premier séjour de quelques mois à Londres; puis, après avoir passé, à son retour d'Angleterre, un peu plus d'un an dans sa patrie, il part pour l'Italie où il reste de 1623 à 1627; il revient ensuite à Anvers, s'y fixe pendant sept années, retourne à Londres, où, en 1632, il est nommé peintre en titre de Charles Ier; il meurt dans cette dernière ville, le 9 décembre 1641, avant d'avoir atteint ses quarante-trois ans. Van Dyck, personne ne le conteste, est un des plus grands maîtres de la peinture: on peut dire qu'il a trouvé une forme d'art nouvelle que l'Angleterre n'oubliera plus; Reynolds et Gainsborough lui doivent le meilleur de ce qu'ils ont été. Personne mieux que Van Dyck n'a compris l'élégance noble et raffinée des princes et des gentilshommes qui ont posé devant lui; personne n'a su donner comme lui une valeur et un charme à un port de tête, à une attitude, à une main. Jamais l'on n'insistera assez sur la délicatesse, l'aisance, la liberté de ses effigies. Quelle merveilleuse entente des ajustements, quel génie dans la façon dont il vêt ses modèles! Ses valeurs si riches, ses transparences si fraiches, il les obtient à l'aide des tons les plus simples, de gris, de blancs, de rouges, de noirs savamment calculés, nuancés et opposés. Jamais chez lui de dureté; sa matière est toujours claire et limpide; rien n'y rappelle cette espèce de maçonnerie dont ont tant abusé certains peintres. Van Dyck, quoique Flamand et bien Flamand, diffère de ses compatriotes, par cette distinction particulière dont il a imprégné presque toutes ses productions, particulièrement ses portraits. Il porte si loin cette qualité que, dans la série de ses portraits gravés de confrères et d'amis, tous, sans exception, semblent des cavaliers accomplis, et ces effigies n'en sont pas moins pour cela franches et véridiques. Est-ce pour ce sens de la distinction si remarquable et si spéciale que certains, selon la pittoresque boutade de Maxime du Camp, pensent que ce qu'il y a de mieux chez Rubens, c'est Van Dyck? Laissons ce dire pour ce qu'il vaut; laissons aussi de côté l'interrogation posée par Eug. Fromentin, dans les Maîtres d'autrefois, à savoir: comment Van Dyck aurait conçu la peinture, s'il n'avait pas connu Rubens; Van Dyck a créé des chefs-d'œuvre avec ses compositions religieuses, avec ses tableaux profanes, avec ses portraits; cela nous suffit amplement. La contribution de Van Dyck en tableaux religieux au Prado comprend cinq toiles: Le Baiser de Judas, le Couronnement d'épines, la Déposition de croix, Saint Jérôme pénitent et Saint François d'Assise en extase. Le Baiser de Judas réunit deux épisodes: le Baiser de Judas proprement dit et Saint Pierre tranchant l'oreille de Malchus, le serviteur du grand prêtre. Cette toile, dont les personnages sont plus grands que nature, est une des plus puissantes et des plus VAN DYCK. — LE CARDINAL INFANT DON FERNANDO D'AUTRICHE (Musée du Prado, Madrid)

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Photo Anderson (Rome). VAN DYCK. — LE BAISER DE JUDAS (Musée du Prado, Madrid)

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LES ARTS accomplies de l'artiste. Le Sauveur, aux traits d'une beauté sévère et noble, à l'attitude pleine de grandeur et de sérénité, domine toute la scène; les autres protagonistes du drame: Judas, Malchus, Saint Pierre, jusqu'aux comparses, jusqu'aux soldats portant des torches qui éclairent les personnages de reflets jaunes, jusqu'à la foule hurlante et grimaçante qui se dissimule derrière l'apôtre félon, jusqu'aux plus infimes détails — témoin, la chouette effrayée qui s'en- vole lourdement à travers les branches d'arbres, — concourent à l'effet d'ensemble des plus vibrants et des plus dramatiques. L'atmosphère qui enveloppe le tout a des profondeurs inouïes, des fulgurances sans pareilles. Dans ce genre, jamais le maître ne s'est élevé plus haut; et cependant il s'y montre influencé par Jordaens dont certaines parties de cette composition rappellent l'exubérance et le naturalisme. Du Baiser de Judas, il existe une répétition, ou plutôt, une variante de petites dimensions, dans une église d'Anvers et une seconde en Angleterre. Le Couronnement d'épines, jadis à l'Escorial, montre le Sauveur assis au milieu du prétoire, la tête penchée sur l'épaule gauche, les mains attachées, à demi nu, en butte aux sévices et aux injures de ses bourreaux, dont l'un, assis à sa gauche, à peine recouvert d'une draperie, lui présente le sceptre de roseau, tandis qu'un second, bardé de fer, le casque en tête — lui pose sur le front la sanglante et ironique couronne; d'autres bourreaux le frappent et l'insultent; au fond, à droite, par une fenêtre grillée, on aperçoit des gens du peuple, le visage convulsé, poussant des clameurs. Le Baiser de Judas et le Couronnement d'épines ont incontestablement été peints à bien peu d'intervalle l'un de l'autre; ce qui le prouve, en plus de la similitude de facture, c'est que l'artiste s'est servi des mêmes modèles dans les deux tableaux; les deux Christ sont identiques; le soldat qui, en harnois de guerre, pose la couronne dérisoire sur la tête de la victime divine dans le Couronnement d'épines, est le même que celui qui, toujours casqué et en armure, court à la suite du traître dans le Baiser de Judas; le personnage qui l'avoisine, dont la tête effleure la sienne, est incontestablement le bourreau du Couronnement d'épines, s'avançant le poing fermé vers le Christ. Saint Jérôme pénitent figure le Père de l'Église dans le désert, agenouillé devant une croix de bois et se frappant la poitrine avec une pierre. Sont-ce ces toiles de Jésus au jardin des Oliviers, du Couronnement d'épines et de Saint Jérôme pénitent que Van Dyck, avant son départ pour l'Italie, avait offertes à Rubens et que celui-ci conservait chez lui? C'est possible, c'est probable même, car on sait que Philippe IV fit acheter à la vente qui suivit la mort du chef de l'école d'Anvers, trois tableaux représentant ces mêmes sujets. Viennent ensuite deux autres tableaux religieux de Van Dyck: d'abord une Déposition de croix montrant, à l'entrée d'une grotte, le Christ étendu sur un suaire; à sa gauche, sa mère se lamente dans un grand geste tragique, les yeux levés vers le ciel, pendant que la Madeleine, agenouillée à secotés, embrasse la main gauche du Sauveur; derrière elle s'avance l'apôtre Saint Jean, en pleurs, un manteau rouge sur le bras. L'œuvre est chaude, vibrante, d'une coloration riche et harmonieuse, d'un dessin ferme et châtié, d'un dramatique grandiloquent; on sent que l'artiste l'a peinte après son voyage en Italie. L'Italie, qui a été fatale à tant de peintres des Pays-Bas, a grandement servi à Van Dyck; Venise surtout lui ouvrit de nouveaux horizons; c'est incontestablement au Titien, à Palma, à Giorgione, qu'il emprunta ce qui lui manquait encore; ce sont eux qui lui enseignèrent, entre autres choses, ses glacis si fins, si transparents, si délicats. Van Dyck a répété à plusieurs reprises ce même sujet de la Descente de croix. Le musée d'Anvers en renferme une de dimensions plus importantes, autrefois sur le maître-autel de l'église du béguinage de cette ville. Photo Anderson (Baine). VAN DYCK. — AMÉLIE DE SOLMS, PRINCESSE D'ORANGE (Musée du Prado, Madrid)

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Photo Anderson (Home). VAN DYCK. — CHARLES 1er, ROI D’ANGLETERRE (Musée du Prado, Madrid)

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LES ARTS Enfin, arrivons au Saint François d'Assise en extase à l'apparition d'un ange jouant du luth, pressant d'une main une croix sur sa poitrine et tenant une tête de mort dans l'autre. Signalons aussi une composition mythologique : Diane et Endymion, endormis à l'ombre de grands arbres, surpris par un satyre, et passons aux portraits. Voici d'abord le Portrait équestre de Charles Ier d'Angleterre. Peu d'effigies sont plus impressionnantes ; le sou- Photo Anderson [Rome]. VAN DYCK. — FRÉDÉRIC-HENRI DE NASSAU, PRINCE D'ORANGE (Musée du Prado, Madrid)

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LES TABLEAUX DE VAN DYCK AU MUSÉE DU PRADO (MADRID) Photo Anderson (Bone). VAN DYCK. — HENRI, COMTE DE BERG (Musée du Prado, Madrid) verain monté sur un élégant cheval blanc à ample crinière, qui rappelle celui de François de Moncade, au musée du Louvre, s'avance à travers les allées d'un parc ombreux, nu-tête, le visage noble et mélancolique, éclairé par de grands yeux songeurs et doux, ses longs cheveux soyeux tombant sur ses épaules, un large col brodé au cou; il porte l'armure de parade, traversée par une écharpe de soie, des bottes molles lui remontant au genou; les rênes dans la main droite, il tient de la gauche le bâton de commandement qu'il appuie sur le tapis placé sous la selle.

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LES ARTS Involontairement cette merveilleuse image du monarque fait songer à la fin tragique qui l'attend; ne dirait-on pas que le peintre perçoit vaguement le drame prochain? Van Dyck a exécuté jusqu'à trente-huit portraits de Charles Ier, dont vingt-sept à cheval; aussi n'est-il pas étonnant qu'il l'ait pénétré si profondément. Il faut ajouter que le modèle était fait pour le peintre et le peintre pour le modèle. Ils se comprirent d'emblée. N'avaient-ils pas, d'ailleurs, de singuliers points de contact? Un commun amour du beau, du noble, du grand; un même attrait pour le luxe, pour tout ce qui est distingué, délicat, élégant. Le portrait de Charles Ier du Prado est une répétition réduite, qui sait? peut être l'étude faite sur nature d'un plus grand, qui se trouve en Angleterre, dans les collections de la couronne. Philippe IV le fit sans doute acheter à la vente des objets d'art, provenant du domaine royal, ordonnée par le Parlement après l'exécution du malheureux souverain. Un Portrait du cardinal infant Don Fernando d'Au- Photo Anderson (flour). VAN DYCK. — LE COMTE D'OXFORD ET VAN DYCK (Musée du Prado, Madrid) triche, le frère de Philippe IV, figure le vainqueur de Nordlingen, à mi-corps, revêtu du costume qu'il portait à son entrée dans la ville de Bruxelles, le 4 novembre 1634, lors de sa nomination de gouverneur des Pays-Bas. Cette superbe peinture fut apportée des Flandres en Espagne par le marquis de Legañes et déposée à l'ancien Alcazar, où elle resta jusqu'au terrible incendie qui détruisit cette résidence royale et d'où elle fut retirée à temps. Il est intéressant, sur les lieux mêmes, de la mettre en parallèle avec la toile de Velazquez, montrant le prince en costume de chasse. En 1630, Van Dyck avait été appelé à la Haye pour peindre Frédéric-Henri de Nassau, Stathouder de Hollande, prince d'Orange, fils de Guillaume le Taciturne et sa femme Amélie de Solms. Il semble, au premier abord, assez étrange de trouver ces deux portraits dans la grande galerie nationale espagnole; mais la chose devient toute naturelle quand on sait qu'ils proviennent de la collection de la reine

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LES TABLEAUX DE VAN DYCK AU MUSÉE DU PRADO (MADRID) VAN DYCK. — LA COMTESSE D'OXFORD (Musée du Prado, Madrid)

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LES ARTS Elisabeth Farnèse qui les avait acquis à Rome, en 1735. Le capitaine général et grand amiral des Provinces-Unies, surnommé le preneur de villes, qui battit successivement les Espagnols à Maestricht, à Hulst, au Sas de Gand et ailleurs, est représenté debout, couvert d'une armure complète damasquinée, une écharpe de soie nouée au bras gauche, une ample collerette brodée au cou, la main gauche sur le pommeau de l'épée, tenant, dans la droite, le bâton de commandement; sa femme, assise dans un fauteuil, en robe noire décolletée, les mains d'une élégance suprême émergeant de manchettes blanches tuyautées. Ces deux toiles peuvent être mises au nombre des meilleures du maître. Passons au portrait du comte Henri de Berg, ainsi que le prince de Nassau, en armure, un nœud rouge au bras gauche. Il est difficile de trouver un visage plus énergique, des traits plus fermes, plus caractérisés, plus personnels; le front haut et quelque peu dénudé, le regard scrutateur, la bouche aux lèvres qu'on sent pincées sous la moustache grise, dénotent chez cet homme de guerre une volonté que rien ne peut faire fléchir. Mais Van Dyck n'a pas seulement portraiture des princes et des guerriers, il a eu aussi pour modèles de grands seigneurs et de nobles dames, arbitres des élégances. Nous en trouvons ici un éclatant témoignage dans les portraits réunis d'Endymion Porter, comte d'Oxford et de Van Dyck lui-même ; le peintre de profil, fin, souple, délicat, raffiné, vêtu de soie noire, le corps presque de dos, la moustache en croc, la chevelure quelque peu en désordre — désordre apprêté,—la main gauche appuyée, en avant, sur un bloc de pierre où repose également la main de son compagnon, le parfait nobleman, vu de face, habillé d'un justaucorps de satin blanc, à manches à crevés, ornées de rubans de soie. « Le hardi contraste des deux costumes », écrit Alfred Michiels, « l'un blanc, l'autre noir et l'habileté avec laquelle un aussi dangereux programme a été exécuté, ont rendu cette toile célèbre. » A côté de ces portraits, voici celui de la Comtesse d'Oxford, représentée en plein air, assise à l'ombre de rochers, en robe de soie noire décolletée; les mains, dont l'une tient une rose blanche, appuyées sur une pierre devant elle. « Aucune des œuvres de l'artiste, selon Louis Viardot, n'offre plus d'affinités avec celles de Rubens : même chaleur de coloris, même ampleur de dessin, même entente de la mise en scène, si l'on peut s'exprimer ainsi pour un portrait.» Laissons les princes, les gentilshommes et arrivons aux artistes; c'est une aristocratie qui en vaut bien une autre. Est-il rien de supérieur au portrait de David Ryckaert, le peintre de scènes populaires flamandes, dont — nous l'avouons humblement — le souvenir nous reste autrement vivant par ce portrait que par ses ouvrages? Van Dyck l'a représenté assis, la tête couverte d'un bonnet de fourrure, un manteau également doublédefourruresurlesépaules. Cette effigie, d'une si grande allure, fait partie de la série de portraits d'artistes que le maître brossa à son retour à Anvers, après son voyage d'Italie. Il en existe une gravure, burinée par Jacob Neefs dans la suite des cent portraits, dont le cuivre se trouve à la Chalcographie du Louvre. Viennent ensuite les portraits de deux musiciens : l'un vêtu de noir, jouant du luth; l'autre celui de Henri Liberti, organiste de la cathédrale d'Anvers, né à Groningue, compositeur et exécutant, dont on conserve un recueil de motets. Cette dernière toile est une des productions les plus justement célèbres de Van Dyck. Jamais son pinceau ne s'est montré plus moelleux, plus suave ; son exécution plus délicate, plus vapeuse ; jamais ses ombres n'ont été plus transparentes, ne se sont mieux harmonisées avec les lumières. Finissons cette revue des ouvrages de Van Dyck, au musée du Prado, par le portrait d'un gentilhomme inconnu,d'uneallure exquise, d'une élégance raffinée et par ceux d'une Dame d'âge VAN DYCK. — HENRI LIBERTI, ORGANISTE DE LA CATHÉDRALE D'ANVERS (Musée du Prado, Madrid)

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LES TABLEAUX DE VAN DYCK AU MUSÉE DU PRADO (MADRID) VAN DYCK. — LE PEINTRE DAVID RYCKRERT (Musée du Prado, Madrid)