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LES ARTS N° 33 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Septembre 1904 L'EXPOSITION DE SIENNE. — PALAIS DE LA SEIGNEURIE. — LA CHAPELLE DE LA PIAZZA DEL CAMPO, TERMINÉE EN 1460 PAR A. FEDERIGHI

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Cliché Almari. ART SIENNOIS (XVIe SIECLE). — DEVANT D'AUTEL. — CONTRADA DEL' ONDA. — SIENNE. — Exposition de Sienne LES EXPOSITIONS D’ART SIENNOIS à Sienne & à Londres La mode s’est emparée de Sienne et de l’art siennois. Elle les guettait depuis quelques années; mais la conquête devait être éclatante et définitive. De toutes parts, en toutes langues, des livres ont commencé à paraître, qui célèbrent la ville de sainte Catherine; et non pas une, mais deux Expositions, à Sienne et à Londres, ont surgi hardiment pour présenter en nombre considérable les peintures, les sculptures et les travaux d’orfèvrerie d’une école raffinée et subtile entre toutes. Faut-il ajouter qu’on a rarement parlé de Sienne comme en notre Exposition des Primitifs français? L’influence de Simone Martini, très proche, très évidente en quelques panneaux avignonnais, y survivait, lointaine déjà, et pourtant indiscutable, aux peintures de Broederlam ou de Malouel, et aux exquises miniatures des Heures du due de Berry. Mais deux Expositions d’art siennois tout ensemble, c’est une de ces rencontres qui témoignent d’une passion vraiment extrême, et plus d’un amoureux zélé ou fanatique de Sienne eût souhaité peut-être un peu d’espace devant lui, et le temps de recueillir et de méditer ses impressions. Il ne faut pas songer à étudier séparément et à présenter comme des rivales ces Expositions qui se complètent, et dont l’une n’aura été en somme qu’une miniature de Salon très précieux. On sait que le Burlington fine Arts Club offre chaque année à ses membres et à quelques invités le délicat spectacle d’une réunion d’œuvres d’art qui résument le mieux possible la vie d’un maître ou l’histoire d’une école. Cette année-ci, du 20 mai au 24 juillet, on a pu voir dans l’aimable hôtel de Savile row un choix fort heureux de peintures siennoises, auxquelles étaient joints quelques émaux et faïences, le tout classé par ordre de dates, commenté par un excellent catalogue, et accompagné, pour la parfaite instruction des visiteurs, d’albums où étaient rassemblées toutes les photographies d’œuvres siennoises existant dans les musées d’Italie. Le seul point à regretter, mais que l’on pouvait prévoir, était l’impossibilité d’obtenir des reproductions des œuvres exposées; là-dessus les principes du Burlington fine Arts Club sont immuables. Un volume somptueusement illustré sera publié dans quelques mois, pour conserver le souvenir du charmant petit musée qui a duré trop peu. La Cliché Almari. ÉCOLE SIENNOISE (XVe SIECLE). — LA VIERGE ET L’ANGE ANNONCIATEUR Sculptures en bois peint et doré Église de San Francesco à Chiusuri (Asciano)

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LES EXPOSITIONS D'ART SIENNOIS rédaction en est confiée à l’organisateur de l’Exposition, Mr. Langton Douglas, dont les travaux sur l’art siennois sont bien connus ; c’est à lui déjà qu’est dû le sommaire excellent qui sert de préface au catalogue. De ce catalogue je n’ai pu voir que la seconde édition; la première, assez étrangement ornée, paraît-il, de commentaires peu obligeants à l’adresse d’un critique célèbre, qui n’a pas l’heure de plaire à tout le monde, et a grandement raison de ne s’en point préoccuper, avait vite disparu des tables du pacifique Burlington Club. Il était indispensable, en somme, d’aller à Londres pour con- Cléché Almari. GIOVANNI DI PAOLO (1503?–1582). — LE PARADIS (fragment) Collection Palmieri Nuti (Sienne) (Exposition de Sienne)

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LES ARTS naitre quelques œuvres que l'on reverra malaisément; je me propose de les décrire au cours de cet article, en les replaçant idéalement au milieu de leurs compagnes d'outre-monts, tout comme si, pour comparer les unes et les autres, les voyages et la fatigue n'eussent pas été de rigueur. Ce n'est point faire injure à nos amis de Sienne que de louer avant tout le cadre de leur vaste et magnifique Exposition. Où trouver pour une réunion d'œuvres d'art du moyen âge un plus merveilleux abri que le vieux Palais Communal, où, depuis six cents ans, se prépare et s'agite la vie d'une cité à bon droit fière de ses titres anciens et fidèle autant que possible aux plus vénerables traditions? L'amphithéâtre pittoresque de la Piazza del Campo s'incline et se creuse comme pour déverser tout un peuple vers la haute muraille rouge percée de portes et de fenêtres gothiques, où la brique se marie au travertin et au marbre, et dominée par la tour audacieuse du Mangia. Nulle part comme ici le moyen âge n'est vivant; et les jours de fête où la vieille place se pare de ses costumes bariolés et fait flotter sur le tumulte du Palio les étincelantes couleurs de ses étendants, l'on assiste à la plus sincère, à la plus joyeuse résurrection d'autrefois. Franchissez, sur la droite du palais, la porte aux robustes vantaux de châtaignier tout hérisssés de clous; gravissez les larges marches qui vous portent au premier étage, dans la salle de la Paix, où les magistrats de la République tenaient leurs graves et parfois redoutables conciles. Les fresques des murailles, peintes par Ambrogio Lorenzetti, de 1337 à 1339, montrent toujours, malgré bien des dommages, ces admirables allégories du Bon et du Mauvais Gouvernement, où la puissance d'invention s'accroît de toute la poétique imagination siennoise. Et la grande salle voisine, la salle de la Mappemonde ou des Arbalètes, semble encore tout illuminée par la peinture qui en tapisse le fond, la Maestà de Simone Martini (1315), cette royale Madone assise parmi les saints du paradis sous un daïs que portent les anges; tandis qu'en haut de la paroi opposée chevauche fièrement, comme un héros de la Renaissance, le capitaine Guidoriccio da Fogliano, peint en 1328 par le même Simone, ainsi que le général Prim le sera un jour par Regnault. Puis, par une grille de fer forgé, dont les tiges s'épanouissent en fleurs charmantes, vous entrez dans la chapelle du Conseil, sanctuaire à demi obscur, où la lumière d'une lampe mêlée aux rayons amortis du jour fait reluire l'or des fresques de Taddeo di Bartolo. Partout c'est le même enchantement. Les figures des sages de l'antiquité et des guerriers illustres de Rome fraternisent avec celles des saints protecteurs de la cité. Spinello Aretino a raconté, dans la salle des Prêteurs, la lutte de l'empereur Barberousse et du grand pape siennois Alexandre III; et Beccafumi a orné le plafond de la salle du Consistoire de ses plus ingénieuses inventions historiques. Il y a, sur tous ces murs aux nobles proportions, l'œuvre entière d'une admirable école et l'abrégé de l'existence d'une ville délicieuse. Aussi, lorsque les Siennois, émus par le succès de Bruges, et désireux d'attirer à leur tour les regards des amateurs errants et de la mode toujours volage, se décident à organiser une exposition chez eux, ce fut naturellement à leur palais qu'ils songèrent pour offrir à tant de richesses une somptueuse hospitalité. Le travail préliminaire n'allait pas sans difficultés. L'éminent syndic de Sienne, le commandeur Lisini, qui est aussi le directeur des Archives municipales, et le savant le mieux instruit de tout le passé de la ville qu'il a le grand honneur d'administrer, eut la délicate mission de rassembler les collaborateurs et de diriger les recherches. Auprès de lui le vaillant peintre Alessandro Franchi, l'élève et le gendre du regretté Mussini, s'occupait avec le professeur Marinelli du choix et du classement des objets à retenir. Le chanoine Lusini rédigeait l'érudited monumental catalogue. Il me faudrait nommer tout ce que Sienne compte de personnages notables et de familles illustres qui se sont dévoués à l'œuvre patriotique. Mais tant d'efforts eussent été peut-être en pure perte, et l'Exposition,—qui durera jusqu'en octobre,—n'eût pu s'ouvrir dès le mois d'avril, si M. Corrado Ricci, le jeune et zélé directeur des musées de Florence, n'eût pris en main l'écheveau si délicat à débrouiller. C'est lui dont le zèle et l'énergie ont triomphé de toutes les résistances; c'est lui qui a classé les peintures et les sculptures, qui a rassemblé les moulages de l'œuvre de Jacopo della Quercia; c'est lui enfin qui a mené à bien l'heureuse, la parfaite reconstitution de la Fonte Gaia dans la lumineuse loggia du second étage. Il semblait au début qu'il y eut un maléfice jeté sur l'Exposition; parmi tant d'appelés, aucun ne se laissait élire; il y avait grève d'objets d'art. Puis, tout d'un coup, les défiances tombèrent, les jalousies se calmèrent et les concours devinrent trop abondants; il eut fallu plus d'une fois refuser des œuvres inutiles ou médiocres, que les larges espaces disponibles conseillaient trop bénignement d'accepter. Quarante salles, petites ou immenses,—c'est-à-dire le Palais entier, à l'exception de son rez-de-chaussée,—regorgent d'objets d'art; et pourtant Sienne ne s'est pas adressée aux collections publiques ou privées de l'Italie ou de l'étranger; elle n'a même rien emprunté à sa Pinacothèque, ce musée parfait entre tous; elle a tenu à former son exposition avec ses propres ressources et celles de sa province, les œuvres appartenant aux églises ou aux familles siennoises; à peine quelques exceptions apparaissent-elles, et comme pour confirmer une règle si prudente. Encore bien des morceaux très désirables ont-ils fait défaut au dernier moment: le palais Chigi Saracini a gardé presque tous ses trésors; on n'a pas eu l'admirable Lorenzetti de Massa Marittima, ni le Sassetta de Chiusdino, ni le Neroccio de Rapolano, ni les chefs d'œuvre jalousement enfermés à Pienza, ni ceux, plus faciles à obtenir sans doute, que possède telle gracieuse villa des environs de Florence. Mais ce que l'on a eu peut suffire à satisfaire, au moins par le nombre prodigieux, les plus insatiables amateurs d'art siennois. M. Corrado Ricci a décidé lui-même la répartition méthodique de ces trésors: au premier étage l'orfèvrerie, les tissus d'église, les miniatures, les statues, la ferronnerie, les armes, les médailles, les sceaux; au second étage, toutes les peintures. C'est par la série des peintures que nous commencerons notre promenade, pour la terminer par les étoffes, les majoliques, tout ce que les catalogues de Sienne et de Londres rangent sous la rubrique d'arts mineurs. LA PEINTURE Pour étudier les origines de la peinture siennoise, ce n'est point au Palais Communal, mais à la Pinacothèque de Sienne qu'il faut aller chercher ces tableaux « traités à la manière grecque » dont Vasari a parlé avec un mépris si profond, œuvres des moines du Monte Amiata, exécutées selon les règles de la miniature, et d'ailleurs fidèlement copiées, la plupart du temps, sur des illustrations d'évangé-

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LES EXPOSITIONS D'ART SIENNOIS liaires et de psautiers byzantins. Toutefois, un petit retable à fond d'or, de la cathédrale de Grosseto, le Jugement dernier, suffit, aux salles de l'Exposition, à nous donner quelque idée de ces précurseurs très barbares du grand Duccio; et, à Londres, un diptyque peut-être pisan (avec un de ces Christis épais et lourds comme Giunta les a peints) pouvait être également daté de la fin du xiiie siècle. On y voyait six scènes de la vie et de la mort du Christ, un Jugement dernier et une Vierge debout entre saint François et sainte Claire. Mais il y a, au premier étage du Palais de Sienne, dans la salle du Consistoire, toute une série de vitrines où sont exposées des miniatures de bibles, de gra-duels, de livres choraux (appartenant en grande partie aux Archives ou à la Bibliothèque de la ville); certaines pages, que j'ai eu autrefois le plaisir de feuilleter, annoncent Duccio; d'autres sont évidemment contemporaines du maître; et ces parchemins vénérables nous donnent, mieux que tous autres documents, l'explication du caractère de la peinture siennoise: c'est une école de miniaturistes. Et cela ne l'empêche nullement de réussir, comme sa grande rivale florentine, aux plus solennelles compositions décoratives; les fresques dont les murs du Palais sont couverts le prouvent abondamment; mais s'il est vrai que ses peintres gardent, même dans leurs plus vastes œuvres, cette curiosité du menu détail, cette observation fidèle et réaliste de la nature qui font une bonne part de leur charme, ils le doivent à leur éducation d'enlumineurs, par où ils s'apparentent, du reste, assez étroitement à nos artistes français. Dunoble fondateur de l'Ecole siennoise, Duccio di Buoninsegna, les meilleures œuvres étaient à Londres. C'étaient d'abord, appartenant à Mrs. Benson, quatre panneaux de la précédente du fameux retable con- GIOVANNI DI PAOLO (14037-1582). — L'ASSOMPTION DE LA VIERGE Église collégiale d'Asciano (Exposition de Sienne) servé à l'Œuvre du Dôme de Sienne, et que l'on eût été heureux de pouvoir étudier au Palais Communal, comme pièce capitale et point de départ de l'Exposition. On y voyait Jésus et la Samaritaine, la Tentation au Désert, la Résurrection de Lazare et la Vocation des apôtres Pierre et André, compositions toutes byzantines, mais d'un rythme très beau et d'un dessin parfait, surtout dans les draperies. On sait que des autres panneaux manquant à la série, deux, l'Annonciation et la Guérison de l'Aveugle, sont à la National Gallery, et le troisième, la Nativité, au Musée de Berlin. Qu'il est dommage de n'avoir pu tenter, à Sienne, une reconstitution complète de cette œuvre incomparable! Un Crucifiement (au comte de Crawford) rappelle, avec un nombre moindre de figures, la superbe composition de Sienne. J'avoue avoir éprouvé quelque désappointement en présence du petit retable appartenant au roi d'Angleterre et que le Burlington Magazine a reproduit dans son numéro de juillet, avec un article dithyrambique de Mr. Langton Douglas. A en juger par la photographie, l'œuvre était une pure merveille; la sereine gravité des figures, l'accent religieux, la suavité du dessin s'y alliaient à une grandeur d'inspiration qui la rattachaient en droite ligne aux mosaïques contemporaines de Rome. Et ces qualités subsistent assurément, mais avilies par une déplorable restauration: les fonds d'or, les auréoles, les lumières des vêtements, tout a été redoré, après un lavage et des retouches sans pitié. Les Duccio de l'Exposition siennoise ne mériteraient pas même une mention il y en a plusieurs, dont un de fabrique toute récente, sil'on rencontre une belle Madone (de la paroisse de Santa Cecilia a Crevole), malheureusement taillée de façon brutale pour l'enfermer dans un tabernacle trop étroit, et surtout un petit tableau portatif,

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LES ARTS SANO DI PIETRO (1406-1481) — LA CIRCONCISION Cathédrale de Massa Marittima (Exposition de Sienne) STEFANO DI GIOVANNI, dit SASSETTA (1392-1450) — LA NAISSANCE DE LA VIERGE Eglise collégiale d'Aesciano (Exposition de Sienne) une Madone aussi, de la collection du comte Grégoire Stroganoff. Dans son vieux cadre peint et doré, c'est encore, malgré plus d'un dégât, un précieux bijou, montrant, dans ses dimensions restreintes (28 × 21), ce que le génie décoratif d'un Duccio savait faire des icônes banales des moines grecs. Ugolino da Siena, le consciencieux élève et copiste de Duccio, avait à Londres plusieurs panneaux détachés d'un grand retable autrefois à Santa-Croce de Florence : une Flagellation, une Déposition de Croix, une Mise au Tombeau et des demi-figures d'apôtres. Segna di Buonaventura, autre bon élève, est représenté au Palais de Sienne par une belle Madone, provenant de la cure de Fogliano. Mais que sont ces pauvres prosateurs auprès d'un poète comme Simone Martini, ou de dramaturges comme Ambrogio et Pietro Lorenzetti ? Le nom du cher ami de Pétrarque, du peintre de la divine Laure, semble résumer depuis des siècles tout l'art siennois ; et vraiment, si l'on songe à la date où furent peints la Maestà de Sienne, le grand retable de Naples et les délicieuses fresques d'Assise, on demeure stupéfié de rencontrer pareille souplesse et pareille grâce, qui attendront cinquante années encore avant de pénétrer dans l'art français. N'ayant pu avoir le retable du séminaire de Pise, un des chefs-d'œuvre de Simone, Sienne a du moins obtenu les cinq panneaux que conserve l'Oeuvre du Dome d'Orvieto : la Vierge et l'Enfant entre saint Pierre et saint Paul, sainte Madeleine et saint Dominique. Ils sont signés et datés de 1320. On sait que d'autres panneaux du même maître, que l'on voyait jadis auprès de ceux-ci à Orvieto, ont émigré, par delà l'Atlantique, dans la collection de Mrs. Gardner. Il y a à Sienne un autre petit tableau plus précieux de Simone Martini. Ce n'est malheureusement qu'un morceau d'une prédelle dont le reste nous manque, une Vierge de l'Annonciation (au comte Stroganoff). VECCHIETTA (1412-1480) — LA VIERGE Conservatorio femminile, — Sienne (Exposition de Sienne)

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LES EXPOSITIONS D'ART SIENNOIS 7 Collection Almori. MATTEO DI GIOVANNI (1435-1495). — MADONE ENTOURÉE DE SAINTS ET D’ANGES Collection de M. le Chanoine Manfredo Tarchi. — Sienne Elle est assise, pensive, sur un coussin de pourpre, portant une main à sa poitrine avec une délicate émotion, et de l’autre main laissant reposer sur son genou le livre entr’ouvert dont l’arrivée de l’ange a interrompu la lecture. La peinture est fatiguée, usée, laissant voir la préparation verdâtre, à la mode byzantine, qui soutient le ton rosé des chairs; et le manteau bleu a été bien réparé. Le fond d’or guilloché rappelle exactement les petits panneaux du Musée d’Anvers, que l’on voyait à Londres. Si l’on avait pu joindre à ces panneaux d’Anvers la Montée au Calvaire du Louvre et l’Ensevelissement qui a passé de la collection Pacully au Musée de Berlin, la charmante prédelle eût été reconstituée bien entière. Le Coup de lance et la Descente de Croix, mieux conservés que la peinture du Louvre et surtout que celle de Berlin, procèdent des compositions analogues de Duccio, mais avec une beauté moindre; la sérénité religieuse, le rythme MATTEO DI GIOVANNI (1435-1495). — MADONE ENTOURÉE DE SAINTS ET D’ANGES Contreda della Selva. — Sienne des figures y sont remplacés par une recherche excessive du pathétique; mais quelle minutie d’enluminure et quel éclat des couleurs! La Vierge, un peu boudeuse et maniérée, moins simple et jolie que celle de la collection Stroganoff, et l’Ange, tout chatoyant d’or, de bleu et de rose, se rapprochent plutôt des grandes figures que Simone peignait, en 1333, pour le retable de Castelvecchio, maintenant au Musée des Offices. Mais l’œuvre la plus charmante de Simone, et telle qu’on ne peut guère imaginer rien de plus délicat et de plus raffiné, c’est le panneau peint à Avignon en 1342, qui appartient au Musée de Liverpool. On l’avait déjà vu à Londres, dans une Exposition récente, mais il ne pouvait manquer au petit Salon du Burlington Club. Il représente Jésus enfant ramené à la Vierge par saint Joseph. La Vierge, assise, un livre sur les genoux, accueille d’un geste de reproche l’Enfant auquel Joseph pose une main sur l’épaule tout en lui montrant sa MATTEO DI GIOVANNI (1435-1495). — MADONE ENTOURÉE D’ANGES Collection Palmieri Nuti. — Sienne (Exposition de Sienne)

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LES ARTS Mère de l'autre main; il se tient droit, serrant son livre sur sa poitrine, avec une expression un peu fermée et dure, par où l'artiste s'est évidemment efforcé de traduire les paroles évangéliques : « Pourquoi me cherchiez-vous? ne saviez-vous pas qu'il faut que je sois occupé à ce qui regarde le service de mon Père? » (Luc, II, 49.) Quelle élégance dans le dessin des cheveux blonds aux longues boucles de Jésus et des boucles grises de Joseph! Quel incarnat fleuri des joues de la Vierge et de l'Enfant! Le fond d'or, avec ses auréoles délicieusement gaufrées, l'encadrement exquis, avec ses reliefs gothiques peints et dorés, sont demeurés à peu près intacts sous le vernis dont très malheureusement on les a recouverts, comme il arrive pour la plupart des tableaux primitifs qui ont passé par les mains de marchands. Cliche Alonzo. STEFANO DI GIOVANNI, dit SASSETTA (1392-1450). — L'ADORATION DES MAGES Collection du comte Fabio Chigi Saracini. — Sienne (Exposition de Sienne) On lit, au bas du cadre, l'inscription : SYMON. DE. SENIS. ME. PINXIT. SVB. A. D. M. CCC. XL. II. La gloire de Simone Martini a éclipsé assez injustement les mérites plus modestes de son beau-frère et collaborateur Lippo Memmi. La charmante Madone du peuple, que l'église des Servi a prêtée au Palais de Sienne, suffirait pourtant, avec son air de gravité tendre, à faire restituer à ce vaillant artiste la place qui lui est due. Les visiteurs de l'Exposition de Londres ont eu l'agréable surprise d'en voir une sorte de réplique aux dimensions très réduites, qui appartient à la riche collection de Mrs. Benson. L'Enfant saisit d'une main, gentiment, un bout du voile blanc de sa mère, et de l'autre il lui tient les doigts. Au bas du tableau tout à gauche, est agenouillé, en prières, un petit abbé blanc et gris. C'est à Lippo Memmi également que je n'hésiterais pas à attribuer un autre admirable panneau, donné à Berna par le catalogue de Londres, et qui est aussi la propriété de Mrs. Benson. Sur un fond d'or dont le cadre est gaufré de fleurs et de

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LES EXPOSITIONS D'ART SIENNOIS --- Cliché Alinari. ÉCOLE DE SIENNE (XVe SIÈCLE). — HISTOIRE DU VOYAGE DE LA REINE DE SABA. — LE DÉPART Collection Palmieri Nuti. — Sienne (Exposition de Sienne) feuillages de roses, apparaît un Christ vêtu d'une longue robe pourpre, qui porte sa croix avec une résignation douloureuse et une noblesse surprenantes. Il se retourne à demi, comme pour dire : « Renonce à toi-même, prends ta croix --- Cliché Alinari. ÉCOLE DE SIENNE (XVe SIÈCLE). — HISTOIRE DU VOYAGE DE LA REINE DE SABA. — L'ARRIVÉE CHEZ LE ROI SALOMON Collection Palmieri Nuti. — Sienne (Exposition de Sienne)

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LES ARTS Cliché Almari. BENVENUTO DI GIOVANNI (1436-1518?). — LE RETOUR A ROME DU PAPE GRÉGOIRE XI Société des Œuvres Pies (Hôpital de la Scala — Sienne)

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LES EXPOSITIONS D'ART SIENNOIS et suis-moi »; et un petit dominicain agenouillé derrière lui le contemple avec une foi très ardente. C'est une peinture qui précède d'un siècle les créations de l'Angelico et qui leur est comparable. La belle Annonciation de San Pietro Ovile, que l'on voit pour la première fois en belle lumière au palais de Sienne, serait-elle de Lippo Memmi? C'est une imitation assez fidèle du chef-d'œuvre de Simone, mais d'une main peut- BENVENUTO DI GIOVANNI (1436-1518?). — LE DÉPART D'AVIGNON DU PAPE GRÉGOIRE XI Société des Œuvres Pies. — Hôpital de la Scala. — Sienne