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LES ARTS N° 35 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Novembre 1904 J.-M. NATTIER. — LOUISE-HENRIETTE DE BOURBON-CONTI, DUCHESSE D'ORLÉANS Musée de Stockholm
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
LES ARTS N° 35 PARIS — LONDRES — BERLIN — NEW-YORK Novembre 1904 J.-M. NATTIER. — LOUISE-HENRIETTE DE BOURBON-CONTI, DUCHESSE D'ORLÉANS Musée de Stockholm
--- J.-M. NATTIER. — LA MARQUISE DE POMPADOUR. — Musée de Versailles --- TOCQUÉ. — PORTRAIT DE JEAN-MARC NATTIERMusée de Copenhague --- Un Livre de M. Pierre de Nolhac SUR J.-M. NATTIER A ux gens qui ne regardent pas l’histoire à la façon d’un manuel chronologique, où les dates, deux par deux, chevauchent après des noms de rois; à ceux qui ne se soucient point seulement de ces choses de politique et de guerre, qui, pour l’ordinaire, perdent leur intérêt avec leur actualité, à moins que, par une philosophie supérieure, on ne les élève à devenir, par leur répétition et leur fréquence, les lois mêmes qui ont régi les destinées d’un peuple et auxquelles, sous peine de déchoir, ce peuple est condamné à obéir; à ceux qui recherchent d’abord quels furent, à travers l’existence nationale, les états de la civilisation, les formes de la société, les aspects de la puissance de la femme — seule souveraine même en présence des Rois et des Empereurs, — à tous ceux-là, une étude s’impose, essentielle et charmante, celle des aspects graphiques que chaque période a revêtus. Par là, par l’étude des œuvres sculptées ou peintes qui sont restées d’une époque, l’histoire, demeurée confuse, se lève du brouillard, se précise en formes humaines, accuse des contours qui lui sont propres, exprime par de visibles signes des idées qu’on ne peut méconnaître et grave profondément dans la mémoire les passions, les vertus, les habitudes, les modes ---
UN LIVRE DE M. PIERRE DE NOLHAC J.-M. NATTIER. — MADAME LOUISE DE FRANCE Musée de Versailles
LES ARTS qui furent particulières à chacun des temps. Jadis, si la gravure était appelée à orner un livre d'histoire, ce n'était point qu'on y cherchait des documents sociaux ou même des représentations approximativement exactes des événements ou des êtres; le joli et l'agréable de la composition emportaient tout et suffisaient. Les gravures, d'ailleurs, étaient réservées aux romans, aux poèmes, aux œuvres d'imagination, et leur luxueuse présence dans des livres d'histoire suffisait à frapper ceux-ci de discrédit et à leur attirer le mépris des gens sérieux. Quant à rendre compte des mœurs, la grande histoire n'en prenait souci. Elle laissait ce bas métier aux pamphlétaires, aux anecdotiers, aux chansonniers, même aux moralistes; qu'on en parlât dans des lettres ou dans des mémoires, à la bonne heure, mais dans les pages sévères d'un livre à la Tite-Live, fi donc! Bon cela, tout au plus, pour les Tacite et les Suète à la suite. Aujourd'hui, grâce à une évolution qui tient à des causes profondes, et dont Paul Lacroix et les Goncourt ont été les initiateurs, l'histoire ne semble plus tolérable si elle n'est plus qu'une œuvre d'érudition politique, si elle se renferme à des compilations ou des comparaisons de papiers, si elle néglige, dans la description d'un règne ou d'une époque, ce qui est des mœurs, ce qui est de la société, ce qui fut la vie, si elle n'est point illuminée par quelque chose d'art. Les Valois sans Clouet, Marie de Médicis sans Rubens, Louis XIII sans Philippe de Champagne, Louis XIV sans Rigaud, Louis XV sans Nattier, demeurent d'incompréhensibles énigmes, parce que rien de leur temps, rien des êtres qu'ils ont vus et côtoyés, rien des formes qu'ils ont affectionnées, rien des aspects sous lesquels ils ont aimé qu'on leur présentât la vie, ne se fixe dans nos yeux. Un temps viendra, grâce aux modernes procédés de reproduction, où l'histoire, même la plus populaire, la plus élémentaire—dirai-je celle-là surtout,—ne pourra se passer d'images exactes et demandera, des êtres, des paysages, des sites historiques, une vue précise et tangible. Ainsi l'art sera appelé à remplir la part d'instruction qui lui échoit, et, par une conséquence certaine, il provoquera l'imitation et fera éclore les vocations cachées. M. Pierre de Nolhac applique à la Conservation du musée historique de Versailles des théories qui peuvent être contestées, car, pour lui, conservation équivaut à chambar-dement, et, sauf ce qui lui agrée, tout ce qui fut assemblé à Versailles par l'autorité des souverains et la piété des familles est, devant ses yeux, comme s'il n'était pas; mais, où son mérite n'est point contestable, c'est dans la mise en valeur et en lumière, et, peut-on dire, dans la restitution à l'histoire de la suite des portraits de Nattier qui se trouvaient dispersés dans les attiques et qui, pour raison d'économie de place et peut-être de cadres, étaient collés les uns aux autres et encastrés côte à côte dans une boiserie. Que M. de Nolhac ait rendu service à la mémoire de Nattier en isolant ces tableaux, en les encadrant dans des bordures fort bien imités de l'ancien et en les disposant en beau jour, sous l'angle favorable, dans les salles du rez-de-chaussée évacuées par les marchaux de France, emmagasinés on ne sait où, cela n'est point douteux. Que Versailles soit appelé à en profiter longtemps, c'est plus contestable. L'exemple est là du Couronnement de Napoléon et du portrait de Fournier-Sarlovèze, pour avertir que, dès qu'un tableau est proclamé bon à Versailles, MM. du Louvre s'en emparent et le remplacent par quelque toile que nul ne s'avira de déclarer chef-d'œuvre et qui, à perpétuité, sans que Paris le jalouse, fera l'ornement des salles du musée de province. Ainsi, l'I-nauguration de lares-tauration du bassin de Latone, dans les jar-dins de Versailles, au temps de M. le Président Carnot, tableau par quoi l'on remplaça, en face de la Distribution des Aigles, le tableau du Sacre. Mais ceci regarde les mânes de Louis-Philippe et celles d'Eud. Soulié. Versailles aurait droit de s'en plaindre, car les restaurants en pâti-ront, mais Nattier y gagna beaucoup plus qu'au Système, et comme, dès ce moment, un mouvement marqué se produi-sait pour rechercher les tableaux de ce maître aimable et singulièrement meublant; comme la GUILLAUME VOIRIOT. — PORTRAIT DE J.-M. NATTIER (Musée du Louvre)
UN LIVRE DE M. PIERRE DE NOLHAC J.-M. NATTIER. — MADAME MARSOllIER ET SA FILLE (dessin) Musée de Weimar
LES ARTS mode s'en mêlait. M. de Nolhac, dont les succès littéraires, pédagogiques et historiques n'étaient point à compter, car il a toute l'élégance qui convient pour parler à une société polie, en même temps que toute l'érudition qu'il faut pour appuyer de solides documents les thèses que l'histoire lui présente, M. de Nolhac en devint comme le directeur et l'arbitre. Il publiait alors cette suite de livres sur la cour de Louis XV et de Louis XVI qui ont répandu dans le public une réputation jusque-là un peu réservée au monde de l'érudition et à celui de la poésie. Ces livres aux multiples gravures : Louis XV et Madame de Pompadour, Louis XV et Marie Leczinska, la Dauphine Marie-Antoinette, la Reine Marie-Antoinette, étaient révélateurs et décisifs en ce qui touchait Nattier. M. de Nolhac, encouragé, poursuivit sa recherche. Les pièces d'archives lui livrèrent le secret d'attributions jusqu'à lui douteuses; les demeures les mieux fermées s'ouvrirent à ses investigations; et si, trop souvent, elles furent vaines, parfois il en tira des morceaux d'une qualité étonnante qui forcent l'admiration. Nul doute que, par suite de la publication de ce livre, bien d'autres ne sortent qui fussent demeurés ignorés et peut-être eussent été détruits. Si M. de Nolhac et ses éditeurs ne sont parvenus à en reconnaître qu'une centaine pour des œuvres authentiques, et s'ils ont dû en négliger beaucoup qui eussent été criticables, l'enquête demeure ouverte et pourra utilement être suivie ici même, de façon à étendre le rayon de nos connaissances et à retrouver, avec l'œuvre entière de Nattier, les noms de personnages non identifiés, qui sont pourtant entre les meilleurs portraits qu'il ait peints. Un livre tel que celui de M. de Nolhac renferme tout un temps et découvre entièrement une société, et, du même coup, il présente toute l'œuvre d'un peintre et met quiconque a du goût à même de former un jugement sur les tableaux qu'il possède, qu'il rencontre ou qu'il critique. En restituant la carrière d'un homme tel que Nattier, le peintre de la cour de Louis XV, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, c'est, en vérité, l'époque même qu'on raconte, et le côté de biographie qui s'y mêle apporte dans cette histoire, avec un trait d'humanité, un agrément de plus. La biographie d'un de ces artistes dont la famille entière besogne dans les métiers d'art, père, mère, frère, fils, gendres, n'est point individuelle; elle caractérise un milieu. Jean-Marc Nattier est arrivé plus haut; son succès fut plus grand, sa fortune meilleure, mais il demeure un type auquel se peuvent ramener tous les dérivés. Cette famille n'est point à part: ainsi est-il chez les Restout, les Vernet, les Watteau, les Boucher, les Moreau, les Cochin, les Saint-Aubin, combien d'autres! C'est l'atavisme et l'éducation familiale qui ont formé les grands artistes du xviie siècle et du commencement du xixe. Par là seulement se sont perpétuées les traditions de probité dans l'exécution, que l'éducation commune et hâtive a bientôt eu fait de détruire. On recherchera quelque jour d'où provient la faiblesse présente de l'Ecole française, et l'on ne sera point embarrassé d'y trouver, en même temps que des causes politiques, — l'absence de direction et l'esprit anarchiste — des causes sociales, — l'abolition de la vie familiale, le collectivisme dans l'éducation, la suppression des métiers héreditaires. Que Nattier ait été peintre, rien de plus naturel, mais qu'il ait été ce peintre, le mieux doué pour rendre les élégances de la femme embellie, le plus apte à donner de la femme un aspect distingué, le plus compréhensif de ses toilettes rares, de ses poses agréables, de ses déshabilllements pudiques; qu'il ait, dans les salons, sans y gêner même le modèle, suspendu tant de chastes nudités dont à peine la mythologie familière ou l'allégorie vague ennoblissait les poses; qu'il ait ainsi, des princesses, des femmes de la Cour et de la Ville, tracé des images dont chacune a son air particulier et dont aucune ne tombe dans l'odieux du commun; qu'il ait plu en son temps parce qu'il en présentait le miroir fidèle et qu'ainsi, par le don qu'il possédait de traduire cette chose impossible à peser, à expliquer, à commenter qui est la Grâce, il se soit rendu le peintre historien d'une société la plus raffinée qui fut jamais, quel étonnement pour qui ne sait qu'à nos Parisiens cette grâce est familière, cette élégance héréditaire et cette distinction native. Il est bien de Paris, et les Parisiens devraient le réclamer bien plutôt que tant de faux grands hommes qu'on leur impose en chair, en bronze ou en marbre, ce Nattier qui nous laisse l'impression définitive du siècle le plus poli, le plus sociable, celui où l'homme civilisé a le mieux goûté la vie. Et c'est pourquoi nulle Parisienne ne trouve son salon à son goût tant qu'elle n'y a point accroché un de ces portraits de femme que Nattier exécuta par centaines et qui restent le divin modèle dont s'inspire la femme de nos temps. Que les connaisseurs en peintures ne se plaisent point à celle-là, peu importe: elle a la femme pour elle et c'est assez pour qu'elle soit la plus recherchée de notre époque, — recherchée, non pour les musées et les galeries peut-être, mais pour les chambres qu'on habite, pour les murs qu'on regarde, pour l'atmosphère, le ton, la conversation de la société qu'on y assemble. Qu'on feuillette le livre de M. de Nolhac, qu'on regarde les soixante gravures qui le rendent incomparable; cette impression se précise d'une façon indiscutable. Voici Nattier lui-même et la finesse du bonhomme, son œil observateur, son nez spirituel, son menton volontaire; le voici qui s'est peint avec tous les siens, et l'élégance de sa femme est déjà à noter; mais quelle grâce chez Madame Tocqué, sa fille ainée, et comment ne pas tomber amoureux de Madame Brochier, sa fille cadette? Le père de telles filles porte en soi toute l'élégance d'une race la plus affinée et la plus artiste; il est capable de la traduire, car il la procure, et si lui-même ne la montre point, certes il la possède, car il la transmet. Passez maintenant, marquise de Pompadour, princesse de Turenne, duchesse de Châteauroux, duchesse d'Orléans, passez, Mademoiselle de Clermont, Mademoiselle de Lambesc; passez Mesdames de France, qui faites un si nombreux et brillant cortège au Roi Bien-Aimé et à la Reine mieux vivante; passez, décorées à présent de vos noms authentiques, princesses radieuses qu'attendent le cloître, la pauvreté et l'exil; passez, belles inconnues, qui venez poser l'énième de vos yeux clairs, vous qui futes entre les grandes dames de votre temps, vous qui futes les adorées et qui si bien étiez faites pour inspirer et ressentir de belles passions, et qui maintenant, anonymes et sans gloire, ne trouvez même point un historien qui vous fasse l'aumône d'un pseudonyme. Mais quoi, n'est-il pas d'usage qu'à la Cour les princesses étrangères gardent l'incognito, et ne faut-il pas des dames de ce caractère quand c'est la Cour qui défile entière, quand c'est la Ville qui se montre toute, quand c'est, mieux qu'à Fontenoy, à Lawfeld et à Mahon, la France d'il y a deux siècles apparaissant dans sa gloire? Des noms en voici assez: Mouchy, Beauvaux,Chaulnes,Sombreuil, Baglion, des Ligneris, d'Antin, La Ferté, Vintimille, Châteauroux, du Chastel, tout l'armorial de France, tout ce qui fut présenté, tout ce qui soupa dans les petits cabinets, tout ce qui vécut dans la gloire de Versailles! Et puis, en face, ce qui fut l'ornement de la Grand-Ville, par l'esprit, la richesse et la beauté: Madame Geoffrin, Madame de Laporte, Madame Boudrey, Madame Marsol-
UN LIVRE DE M. PIERRE DE NOLHAC J.-M. NATTIER. — MADAME VICTOIRE DE FRANCE Musée de Versailles
LES ARTS lier, Madame Bonier de la Mosson, Madame Héron de Villefosse, la bourgeoisie opulente et fastueuse qui, la génération après, se produira en aristocratie. De ces portraits, quelques-uns, à coup sûr, sont conservés dans les musées, — au Louvre, à Versailles, à Copenhague, à Londres, à Orléans, à Limoges; mais la plupart, J.-M. NATTIER — LA NUIT PASSE ET L'AUBORE PARAIT (dissin) Collection de M. le comte Primoli pour cette raison qu'ils font le plus désirable ornement d'un salon, appartiennent à des particuliers qui en ont gracieusement autorisé la reproduction. On peut douter qu'ils s'en repentent, car les planches en couleurs valent les planches en noir, et jamais sans doute on n'en vit de plus fidèles. Grâce à cette généreuse collaboration, l'on a réuni la plus merveilleuse suite des œuvres d'un artiste ; l'on a donné, à la fois, l'idée la plus exacte de son talent et l'image intégrale de son époque. FRÉDÉRIC MASSON.
LE RETABLE DU PARLEMENT DE PARIS AU MUSÉE DU LOUVRE **QUELLE singulière destinée que celle de ce retable ! Objet de vénération dès longtemps, toujours en place d'honneur, — d'anciennes estampes en font foi, — dans la grande salle du Parlement de Paris, aux séances solennelles des XVIIIe et XVIIe siècles, à une époque où les peintures de nos vieux maîtres étaient fort peu considérées ; il n'avait pourtant pu être, jusqu'à ces derniers mois, étudié avec quelque soin, la haute importance qu'on lui accordait exigeant, parait-il, une place élevée, loin du sol et des yeux. Il était en même temps célèbre et presque inconnu. Personne, sauf de rares privilégiés, quand la réfection de la Première Chambre avait exigé des échataudages complaisants, n'ayant été admis jusqu'ici à l'examiner d'assez près pour en connaître autre chose que la disposition générale, l'aspect, la silhouette des figures, sans pouvoir en saisir suffisamment le détail, pour apprécier l'exécution, reconnaître la facture et chercher à en préciser l'auteur. Les renseignements qu'on en donnait étaient aussi vagues qu'ils furent trouvés dans le village le plus reculé, dans la province la plus arriérée de France, et non dans un palais public du centre de Paris. On en avait maintes fois sollicité le prêt pour des expositions rétrospectives, jamais la Cour n'avait consenti à s'en dessaisir, et, pour décourager à l'avenir d'aussi indiscrets demandes, elle avait pris un arrêté interdisant pour toujours le prêt du fameux retable. Les organisateurs de l'Exposition des Primitifs français se heurtèrent, comme leurs devanciers, à un refus catégorique et quelque peu hautain. Alors que les musées de Berlin, de Florence, d'Anvers, de Bruxelles, de Glasgow, alors que le roi d'Angleterre et le prince de Lichtenstein de Vienne consentaient à envoyer des tableaux au pavillon de Marsan, on ne put obtenir que le retable du Parlement de Paris fit le trajet du Palais de Justice au Louvre, qu'il avait déjà fait autrefois sous la Révolution. La mesure radicale enlevant les emblèmes religieux du prétoire vint donner aux promoteurs de l'entreprise une aide aussi puissante qu'inattendue. La résistance fut encore vive, et il fallut toute l'opiniâtre fermeté de M. le Directeur des Beaux-Arts et de M. Georges Berger pour en triompher. Le tableau quitta pour toujours, sans doute, le vieux palais de la Cité. Il est aujourd'hui exposé au Louvre. On l'avait attribué de tout temps aux peintres les plus fameux de l'Ecole flamande, à Van Eyck, à Van der Weyden, à Memling surtout, ce qui était chronologiquement au moins, plus vraisemblable, conformément à l'ancienne tradition faisant honneur à des étrangers de toutes les peintures françaises. Dépouillé aujourd'hui de son auréole mystérieuse, descendu à terre, à portée de l'œil, exposé dans les conditions nécessaires à un bon examen, il demeure toujours une œuvre de grande importance, mais on n'y a pas trouvé les qualités d'exécution que semblaient promettre les grands noms d'auteurs qu'on lui donnait. Ce retable a beaucoup souffert pendant l'incendie de la Commune; il fut restauré en 1891; la peinture a perdu sa transparence dans la partie supérieure du ciel, et les colorations ont été en plusieurs endroits alourdies. Les reproductions qui accompagnent ces lignes nous dispensent de toute description; on reconnaît facilement les personnages qui entourent le Calvaire : saint Louis, saint Jean-Baptiste, saint Denis et Charlemagne. Au fond on voit, à gauche, CHARGEMAGNE Fragment du Retable du Parlement de Paris
LES ARTS la Tour de Nesle, la Seine, le Louvre, le petit Bourbon et le mont Martre. Ce paysage précis et gai donne une origine parisienne à ce tableau, comme à la Descente de Croix provenant de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, représentant au fond, à gauche, une vue presque semblable, aujourd'hui conservée au musée du Louvre. Ces deux œuvres, presque contemporaines, exécutées entre 1475 et 1500, très probablement à Paris, présentent d'autres analogies curieuses : leurs auteurs semblent avoir subi l'influence allemande, surtout visible dans certaines figures, dans celles de la Vierge et de saint Jean, dans les draperies du retable du Parlement de Paris, dans le saint Jean, la Madeleine, le Joseph d'Arimathie du SAINT LOUIS ET SAINT JEAN-BAPTISTE Fragment du Retable du Parlement de Paris tableau de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés; on y voit une certaine contorsion des visages grimaçant, une exagération de gestes, une recherche de bizarrerie assez rares dans l'Ecole française, mais plus fréquentes sur les bords du Rhin. L'influence est trop légère, trop superficielle pour permettre de conclure à l'origine allemande de leurs auteurs ; il faut plutôt penser qu'ils firent auprès des peintres germaniques un court séjour, et qu'ils revinrent ensuite à Paris. Peut-être faut-il relever là un premier symptôme du goût pour l'exotique et le maniére qui devait quelques années plus tard favoriser si puissamment l'installation en France d'artistes italiens, et répandre rapidement leur enseignement et leur exemple, en bouleversant pour longtemps notre tradition nationale. Les caractères français sont plus
ÉCOLE DE PARIS, VERS 1475 - RETABLE DU PARLEMENT DE PARIS Musée du Louvre Gibbs P. Sartorius.

Ce numéro de la revue "Les Arts" présente une étude sur le peintre Jean-Marc Nattier, notamment à travers un livre de Pierre de Nolhac. L'ouvrage explore l'importance de l'art et de la représentation visuelle dans la compréhension de l'histoire et de la société, en se concentrant sur les portraits de Nattier et leur contexte historique. La revue aborde également des expositions d'art décoratif et rend compte des ventes d'art notables à Paris et à Cologne.