Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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LA RENAISSANCE DE L'ART FRANÇAIS ET DES INDUSTRIES DE LUXE
OCTOBRE 1925
SOMMAIRE
- CHARLES POMARET.
- L'Impôt qui tue... A propos des Biens-oisifs.
- ARSÈNE ALEXANDRE.
- Les Sculpteurs à l'Exposition.
- 42 Illustrations.
- CAMILLE BLOCH.
- Le Musée de la Grande Guerre.
- 17 Illustrations.
- HANS HAUG.
- Le Musée des Arts Décoratifs de la Ville de Strasbourg.
- 22 Illustrations.
- PAUL GSELL.
- Le Théâtre à l'Exposition des Arts Décoratifs.
- 25 Illustrations.
- PAUL-SENTENAC.
- Quai d'Orsay.
- 5 Illustrations.
- LE CURIEUX.
- Le Carnet d'un Curieux.
- 5 Illustrations.
114 ILLUSTRATIONS DANS LE TEXTE.
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Jeanne Lanvin
Couture, Mode, Fourrures, Lingerie
22, Faubourg Saint Honoré, Paris.
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L'IMPÔT QUI TUE
À PROPOS DES BIENS OISIFS...
> « Tant de fiel entre-t-il dans l’âme des dieux. »
> VIRGILE.
Dans le budget de 1926 qu’il vient de présenter au Parlement, le ministre des Finances n’a pu réaliser l’équilibre qu’en faisant un appel nouveau à l’impôt. Quand il eut fait le total des dépenses qu’il estimait nécessaires à la vie publique du pays et qu’il eut mis en regard les recettes existantes, il s’aperçut qu’il lui manquait un nombre respectable de millions. Le recours à l’impôt pour assurer la balance est une solution facile et paresseuse. L’arsenal de la fiscalité est immense, la matière imposable est infinie dans l’imagination d’un ministre des Finances, et celui-ci, pressé de boucler son projet de budget, trouve toujours dans les cartons de ses services de « vieux rossignols » tous près à servir.
Un de ces « vieux rossignols », c’est l’impôt sur la richesse, sur le luxe, ou toute autre variante de l’impôt sur le capital, accommodée à la sauce du jour. On va frapper les capitaux mobiliers improductifs qui représentent des valeurs considérables mais qui n’ont pas de revenu, de loyer. Avant même de les imposer, on va les frapper d’un nom péjoratif, comme pour les discréditer et rendre leur taxation populaire à la masse. On les appelle donc des « biens oisifs », et je crois bien que le père de cette expression n’est autre que M. Loucheur qui, avec un sens du sacrifice personnel qui l’honore d’ailleurs, proposa au printemps dernier, quand tout le monde cherchait fièvreusement à conjurer la crise financière, un impôt sur ces biens. Appellation originale, sans doute, qui aura son succès dans l’opinion populaire, mais appellation inexacte si j’en crois les techniciens de la langue française. Oisif, celui qui accidentellement ne travaille pas ; oiseux, celui qui ne travaille pas du tout. Mais alors, c’est biens oiseux qu’il fallait dire, encore que je n’aime pas beaucoup cette logomachie fiscale qui donne ou refuse la vie à la matière inanimée…
Pour juger d’un projet d’impôt, il faut le connaître et j’admire mes confrères qui ont pris parti pour ou contre cette taxe, avant même que d’en connaître la substance. J’ai sous les yeux le texte du projet de loi et l’exposé des motifs qui l’accompagne. Et d’abord voici les principes qu’invoque le ministre des Finances, en différentes pages, pour trouver place à l’impôt qu’il propose dans la maison fiscale.
« Il est juste, écrit de sa main M. Caillaux, que l’oisiveté et l’opulence consentent à l’État un plus large sacrifice. Il est juste que ceux qui immobilisent une part de leur avoir en valeurs improductives, excédant les conditions normales de l’habitat, payent à raison de la possession de ces richesses aujourd’hui exemptes, une légitime taxation… La taxe sur les capitaux improduc-
tifs constitue une véritable cédule sur les biens oisifs… Elle doit prendre place dans cet édifice étagé dont l’impôt général sur le revenu est la clef de voûte. »
Ainsi M. Caillaux, auteur de l’impôt sur le revenu en France, n’a pas résisté à la tentation de donner à l’impôt nouveau qu’il propose une paternité qui lui est chère, mais qui est bien inattendue. En effet l’impôt proposé n’est pas autre chose qu’un impôt sur le capital. A la tribune du Parlement, le ministre des Finances aura du mal à le nier. C’est une manifestation nouvelle des partisans de la taxation de la fortune acquise. Pour subversive qu’elle paraisse, l’idée n’est pas neuve. Déjà avant la guerre, les archives de la Chambre des Députés se sont enrichies de multiples propositions d’impôts sur le capital avec des modalités diverses.
Quelle est exactement l’économie de la taxe nouvelle, au travers des textes longs et confus ?
La matière imposable, c’est les meubles meublants, l’argenterie, les bijoux, perles et pierres précieuses, les tableaux, objets d’art ou de collection, les tapisseries et livres et autres objets mobiliers non dénommés. Ces capitaux sont frappés par la taxe où qu’ils se trouvent, non seulement dans les locaux d’habitation, mais même dans les locaux professionnels ou commerciaux, s’ils confèrent à l’installation un caractère luxueux. « Il en sera ainsi, dit l’Exposé des motifs, des objets de valeur qui garnissent les salles des conseils d’administration des grosses sociétés et les bureaux de certains chefs d’entreprise ou de leurs principaux collaborateurs, les salons des commerces de luxe. »
Le débiteur légal de l’impôt, à raison de ces capitaux, c’est toute personne, physique ou morale, quelle que soit sa nationalité, qui a, en France, sa résidence habituelle. Les personnes qui ont leur domicile à l’étranger et qui ne possèdent en France qu’une résidence secondaire, ne paient la taxe que pour les objets garnissant cette résidence, « à l’exclusion de ceux que le possesseur fait suivre dans ses résidences hors de France ».
Les diplomates, les établissements publics ou d’utilité publique, les personnes ou collectivités possédant des capitaux imposables à la taxe pour une valeur inférieure à 50.000 francs, sont exempts de l’impôt nouveau. Tout assujetti à la taxe a droit, en outre, à des déductions pour charges de famille, comme en matière d’impôt sur le revenu. Ainsi un contribuable marié, père de trois enfants, ne paiera la taxe que si ses capitaux improductifs ont une valeur supérieure à 110.000 fr. (50.000 pour tout contribuable + 30.000 du fait du mariage + 10.000 pour chacun des enfants).
La taxe est de 0 fr. 50 % par an.
L’assiette de la taxe est fondée sur le principe de notre
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fiscalité moderne, le principe de la déclaration contrôlée du contribuable. Celui-ci doit aller au-devant du fisc avant le 1er mars de chaque année, et lui déclarer le nombre et la valeur des objets imposables. L'estimation faite par le contribuable ne peut jamais être inférieure à l'évaluation la plus forte attribuée aux objets dans les polices ou contrats d'assurances, lesdits documents devant être communiqués à l'administration si elle en requiert la production. Le contrôleur des contributions directes vérifie la déclaration, la rectifie et peut provoquer l'expertise, soit qu'il établisse que la déclaration, même fondée sur une police d'assurance, « comporte une insuffisance excédant le dixième du capital imposable », soit qu'il s'agisse d'objets qui n'ont pas été assurés contre un risque matériel.
Le contribuable qui ne va pas au devant du fisc et ne fait aucune déclaration est imposé d'office par l'administration et s'il veut ensuite faire appel à la voie contentieuse pour établir que le chiffre fixé est trop fort, c'est à lui qu'incombe ce qu'on est convenu d'appeler, depuis le droit romain, le fardeau de la preuve.
Enfin, la taxe nouvelle est assortie de l'arsenal habituel des pénalités et majorations pour absence ou insuffisance de déclaration.
Point n'est besoin ici de disséter sur l'impôt sur le capital et d'instituer une discussion de doctrine. Cet exposé est à l'usage des hommes d'affaires et des possédants et non à celui des théoriciens. Aussi bien, quelque opinion que l'on ait sur le prélèvement sur la fortune, sur ce que Léon Blum appelait, dès 1920, une « saignée thérapeutique », il faut bien convenir de l'impossibilité matérielle où l'on est de le réaliser. Tout impôt sur le capital, et spécialement un impôt sur les biens dits oisifs, exige un recensement et une estimation des capitaux taxés. Comment faire l'inventaire de la matière imposable, si dissimulable souvent, si intime en général, sans entrer dans la voie d'une inquisition fiscale aussi décevante pour l'Etat qu'odieuse pour le contribuable ? Comment ensuite fixer judicieusement la valeur de cette même matière imposable ? Nulle part comme ici la notion de valeur est difficile à saisir. La loi de l'offre et de la demande se trouve constamment faussée. Ce qui ne vaut rien aujourd'hui aura demain un prix inattendu. Souvent la valeur de ces objets est une valeur de souvenir ou d'émotion. Une telle valeur n'est ni vénale ni taxable.
La valeur qui figure au contrat d'assurance ? Mais vous faites ainsi de cet impôt une prime à la non assurance, à l'insouciance. Vous atteignez du coup les compagnies d'assurances, en sorte que vous allez voir cellesci, si fortes en France, se dresser en l'espèce contre le projet du gouvernement. Le détail du mécanisme proposé nous révélerait de même mainte incidence fâcheuse ou inattendue. En voici une, à caractère politique : les associations cultuelles de la loi de séparation de 1905 seraient exemptes de la taxe pour leurs biens improductifs. Mais l'église catholique, par ailleurs si riche en biens oisifs, ne s'est jamais conformée à la loi et n'a pas créé d'associations cultuelles, en sorte que vingt ans après, elle va se trouver indirectement pénalisée pour une inobservation de la loi que les pouvoirs publics avaient jusqu'ici tolérée. Nonobstant ces critiques de détail, d'ailleurs sérieuses, la taxe proposée se résume en une prime à la fraude et à la dissimulation et en une dure atteinte au commerce déjà si difficile des objets d'art.
Mais surtout quelle singulière contradiction dans l'ensemble de notre législation ! D'une part, un ensemble de lois existantes, tendant à la conservation du patrimoine artistique national, notamment en empêchant son exportation. D'autre part, un impôt nouveau qui, s'il était créé, serait un grand adjuvant à l'exode de ces biens oisifs.
C'est ce que discernait déjà en 1912 l'auteur d'un projet de taxe sur la richesse, le député Jean Javal, partisan convaincu d'un prélèvement sur la fortune. Ses paroles ont conservé une force singulière : « Il serait de rigoureuse justice qu'un archimillionnaire donnant à sa fortune disponible l'emploi le plus agréable, souvent le plus profitable, par l'acquisition de bijoux, meubles anciens, objets d'art, tableaux de grands maîtres, ne fut pas exempt d'impôt. Eh bien ! le résultat certain, inéluctable, d'une pareille taxe serait de porter un coup mortel au patrimoine artistique de la France.
« Les capitalistes français ou étrangers, possesseurs de collections, ayant des propriétés en divers pays, s'empresseront, comme ce sera leur droit strict, de faire passer les frontières à ces trésors qui, sauf des cas exceptionnels, ne les repasseront plus guère après leur mort pour enrichir nos musées. Le législateur aurait peut-être l'approbation de la foule, et cependant par un acte de démagoie, il aurait dépouillé l'Etat, le public lui-même, de beaucoup plus que ce qu'il aurait réussi à prélever à leur profit ».
Au fond, et ce sera là notre consolation dès aujourd'hui, le gouvernement actuel ne se fait pas illusion sur le sort qui sera réservé à son projet, bien qu'il en attende une recette de 80 millions. Et s'il se trouve à la Chambre des Députés une majorité pour voter la nouvelle taxe, il est vraisemblable que le Sénat, gardien tout à la fois de nos finances, de notre équilibre social et défenseur du patrimoine français, s'opposera à l'entrée de la taxe sur les « biens oisifs » dans notre fiscalité déjà si vexatoire et souvent si contraire aux intérêts de l'économie nationale. Le dépôt du projet n'a, semble-t-il, dans l'esprit du gouvernement que la valeur d'un symbole. C'est un « coup de chapeau » aux doctrines socialistes, une satisfaction donnée au corps électoral, qui si souvent se contente de manifestations et de velléités.
S'il n'en était pas ainsi, peu à peu, par delà l'Atlantique, notre patrimoine artistique, pièce par pièce, fuyant l'impôt qui tue irait enrichir les collections anglo-saxonnes. C'est Horace qui dit :
...In mare proximum
Gemmas, et lapides, aurum.
CHARLES POMARET,
Auditeur au Conseil d'État.
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LES SCULPTEURS A L'EXPOSITION
CL. LIBRAIRIE DE FRANCE
BOURDELLE — LA FRANCE SALUANT LES NATIONS
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Les questions que nous nous sommes posées, en passant en revue les principales œuvres picturales de l’Exposition, ne se présenteront pas exactement sous le même angle, en cherchant à tirer quelques conclusions de l’immense armée de figures sculptées qui ponctuent les jardins, complètent les lignes architecturales, enrichissent les surfaces des pavillons, ou bien enfin se mêlent plus ou moins intimement aux mobiliers.
Malgré son apparente unité, sa discipline malgré tout plus rigoureuse que celle de la peinture, la sculpture, il faut y réfléchir un peu pour s’en convaincre, a de plus nombreuses applications que la peinture elle-même. Nous avons vu que la principale affirmation qui se dégageait, de notre examen, était la constatation, sinon d’une renaissance, du moins, d’une large extension de la peinture murale, soit simplement illustrative, soit évocatrice.
Mais, de toute façon, nous n’avons affaire qu’à des surfaces, tandis qu’avec la statuaire, nous trouvons la double ressource des reliefs et des volumes. (Ce dernier terme pourrait prêter à équivoque depuis qu’il est devenu d’usage courant pour désigner les proportions en peinture ; il s’agit donc ici des masses isolées, érigées dans l’espace). Cela crée une diversité d’emplois et d’applications dont l’Art Décoratif tire ou devrait tirer un parti nouveau, ou renouvelé.
On n’a peut être pas, quoique quelques-uns l’aient remarqué en passant, assez signalé le contraste entre les édifices de l’Exposition et ceux entre lesquels elle se déroule. Avant de franchir la grille de Brandt et André Ventre, que nous n’avons pas à décrire ni à apprécier dans ces lignes, on néglige de regarder les deux Palais des Champs-Élysées, parce que, sans doute, on croit les trop bien connaître, et une fois sorti par l’extrémité opposée on oublie de lever les yeux vers les Invalides. Faites le rapprochement et vous tirerez vous-même d’assez intéressantes conclusions.
Le Grand Palais, tout comme le Petit, a ses qualités et ses défauts, qui appartiennent également à leur époque et à leurs auteurs, peut-être plus à celle-là qu’à ceux-ci. Ce qui saute au regard tout d’abord, c’est la profusion de l’ornementation et spécialement de la sculpture figurée, en même temps que l’absolue insouciance de la logique dans cet emploi. Il semble que les architectes aient dit aux sculpteurs : « Voici un Palais, faites y ce que vous voudrez, et comme vous le voudrez. » Alors aux angles du Grand Palais, les sculpteurs ont agencé des chars emportés par des chevaux emballés qui vont se précipiter dans l’espace avec leurs infortunés conducteurs allégoriques. On tremble de leur voir faire le saut, et quant à nous, nous avons toujours éprouvé, lorsqu’il nous arrivait de les apercevoir, une impression d’inquiétude qui va jusqu’au supplice. Au Petit Palais, c’est autre chose. Il a le moins vieilli des deux ; mais les statuaires qui ont été chargés de surmonter l’entrée principale se sont tellement peu préoccupés de l’aspect que présenteraient en place leurs ouvrages
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JANNIOT. — BAS-RELIEF DU PIGNON D'ENTRÉE DE LA GALERIE SAINT-DOMINIQUE CONSTANTINE.
CL. RENAISSANCE
JANNIOT. — GROUPE EN PIERRE «A LA GLOIRE DE JEAN GOUJON.»
PAVILLON DU COLLECTIONNEUR.
CL. RENAISSANCE
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JOSEPH BERNARD. — GROUPE DE LA DANSE, BAS-RELIEF DU PATIO DE JOSEPH BERNARD.
CL. REP
JOSEPH BERNARD. — GROUPE DE DEUX DANSEUSES.
JOSEPH BERNARD. — JEUNE FILLE AUX TRESSES.
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CL. F. HARANT
MAX BLONDAT. — L'ARRIVÉE DE M. L'AMBASSADEUR. BAS-RELIEF. — SALLE A MANGER DE L'HÔTEL D'UN AMBASSADEUR.
CL. F. HARANT
MAX BLONDAT. — L'ARRIVÉE D'UNE AMBASSADE. BAS-RELIEF. — SALLE A MANGER DE L'HÔTEL D'UN AMBASSADEUR.
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BUGATTI. — CHEVAUX, CIRE PERDUE, FONTE D'UN SEUL JET. — A. A. HÉBRARD, ÉD.
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faits à l'atelier qu'un autre effet de perspective est non moins choquant. Certaines figures de Saint-Marceaux, vues en raccourci, de quelque point qu'on les regarde, semblent avoir des jambes deux fois plus longues que le torse.
Ce sont là des fautes particulières à la fin du xixe siècle. Jamais on ne les trouve dans nos cathédrales, ni dans les édifices du xviiie siècle.
En a t-on gardé la désastreuse tradition à l'Exposition de 1925 ? Nous le verrons tout à l'heure.
D'autre part, en jetant un coup d'œil, à la sortie, sur l'Hôtel des Invalides, on est frappé de l'harmonie qui règne dans l'ornementation sculpturale.
Elle n'intervient qu'à propos, et comme pour relever, avec mesure, de quelque richesse, la majesté des lignes. Rien de plus grandiose que cette ample ordonnance qui se développe d'une seule tenue de chaque côté de l'entrée centrale, monumentale elle-même avec force mais sans affectation. C'est cette entrée qui offre le plus de sculpture, mais combien calculée ! Un fronton demi-circulaire dans lequel s'inscrit une statue équestre de Louis XIV que le traitement en bas-relief préserve de l'irritante invraisemblance des cavaleries aériennes. Autour de ce motif, un bandeau d'attributs militaires. Au rez-de-chaussée, de chaque côté, une statue parfaitement proportionnée. Les lucarnes, encadrées de cuirasses et de casques, évitent à toute la ligne des toits la sécheresse et la nudité. Enfin, aux extrémités, couronnant les angles on a esquivé l'absurdité des figures volantes ou caracolantes, en plaçant d'amples trophées. Voilà tout, et la statuaire a joué un rôle discret et magnifique.
Mais nous n'avons pas la prétention de découvrir les Invalides. Toutefois, ce rapprochement nous paraissait nécessaire. Il frappe le regard dès qu'on y apporte un peu d'attention. C'est à lui que nous demanderons d'éclairer notre examen.
Les architectes actuels se sont-ils conformés à des principes permettant, non point l'imitation de formules décoratives heureuses ou consacrées, mais l'expression d'idées justes et des effets nouveaux et satisfaisants ? Quant aux sculpteurs, ont-ils cherché à les second er dans ce sens ?
KUNA. — VARSOVIE.
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Enfin apparaît-il des ressources également nouvelles, et, s'il y en a que l'on puisse attribuer en propre à notre temps, et en a-t-il été tiré tout le parti possible, ou tout au moins a-t-il été ouvert une voie pour l'avenir? Telles sont à peu près les questions, différentes, comme on voit, de celles, plus simples, que comportait la critique de la peinture.
disposé de biais de telle façon que pour en lire l'inscription l'on soit forcé de passer alternativement d'un côté de l'angle à l'autre. Le talent de M. Dejean, plus gracieux d'ailleurs que robuste, n'est pas en cause ; mais pour de la sculpture en fonction de l'architecture, il est visible que l'entente entre l'une et l'autre n'a pas été assez
SARRABEZOLLES. — LA DANSE TRIOMPHALE.
Deux des entrées de l'Exposition nous offrent immédiatement des exemples à souhait. A la Porte de la Concorde se présente la statue de M. Dejean intitulée l'Accueil. L'idée était ingénieuse et le geste est juste en lui-même. Mais c'étaient des conditions insuffisantes pour produire l'effet nécessaire. On s'aperçoit tout de suite que cette figure féminine n'est à l'échelle de rien d'environnant, et ne se relie à rien : on n'accueille pas dans le vide. Trop petite pour une statue monumentale, trop grande pour un simple motif d'entrée, cette œuvre serait à sa place dans un jardin, au milieu d'un parterre, à la condition de ne pas être érigée sur un piédestal raisonnée, ou l'a été de travers. Voilà donc déjà la leçon d'une erreur à éviter.
Au contraire, voici se dressant devant le Grand Palais la France de Bourdelle. Nous tenons de l'artiste l'assurance que l'emplacement attribué lui semble des plus défavorables, car il n'est en rien conforme à la destination finale de l'œuvre quand l'exécution définitive en bronze lui aura donné la vie qu'il a conçue. Mais pour nous, qui ne sommes pas prévenus, nous sommes saisis, dès l'abord, par le caractère vraiment monumental de cette personnification où, en plus, tous les détails et accessoires ont une signification intellectuelle et poéti-
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PERGOLA DE LA DOUCE FRANCE. — LUCIEN WOOG, ARCHITECTE. — VUE CAVALIÈRE SUR LE BASSIN D’EAU.
La Pergola de La Douce France s’élève face au théâtre de l’Exposition sur l’Esplanade des Invalides, où elle forme trois chambres de sculpture, ouvertes, d’une part sur la circulation, d’autre part, sur un bassin d’eau entouré de verveines (bleues, blanches et rouges). Elle est l’œuvre du groupe de sculpteurs en taille directe La Douce France, que préside Emmanuel de Thubert. Toute construite en pierre (pierre de Rupt, des Carrières de Verdun, pierre de Lens, des carrières de Lens-Industrie, et pierre de Busy, des carrières de Lyon, elle conserve le caractère d’une architecture de jardin (Lucien Woog, architecte).
Les 16 bas-reliefs qui la décorent (8 en pierre de Rupt, de 1 m. 98 × 0 m. 66) et 8 en pierre de Lens de 1 m. 98 × 1 m. 32) ont été taillés par les sculpteurs de La Douce France directement, c’est-à-dire sans modèle, ni mise au point préalables — c’est ainsi que les artisans du Moyen-Age et de la haute antiquité sculptaient la pierre, le bois et le marbre, et ce retour à la tradition constitue déjà une nouveauté remarquable dans l’œuvre de La Douce France — d’autant que les 10 artistes, les 3 carriers, les entrepreneurs, les ouvriers, l’architecte, enfin, formaient ensemble une équipe où tous travaillaient de concert l’un avec l’autre pour donner forme à la pensée du poète maître de l’œuvre. L’inspiration d’où procède la sculpture de La Douce France n’offre pas moins d’intérêt pour être empruntée à des thèmes celtiques (romans de la Table Ronde et Conte de fées). En fait, étant donné le choix des sujets et des personnages qu’Emmanuel de Thubert distribuait entre ses collaborateurs, c’est toute la légende celtique qui se trouve concentrée dans ces 16 bas-reliefs :
Aux deux extrémités. — Le Dragon (Ossip Zadkine) et le Sanglier (François Pompon).
Façade sur le bassin. — Le Cheval sauvage (Georges Hilbert). — L’Auroch (Georges Saupique). — Le Cerf (Louis Nicot). — Les Serpents (atelier Seguin).
Façade sur la circulation. — Joseph d’Arismathie (Raoul Lamourdedieu). — Le nain Gwyon, la fée Koriadwen (Joachim Costa). — Le roi Arthur (J.-J. Martel).
Première chambre. — Merlin et Viviane (Raoul Lamourdedieu). — Taliesin et Ganieda (Louis Nicot).
Deuxième chambre. — Tristan et Yseult (Joachim Costa). — Lancelot et Genièvre (Pablo Manès).
que. Ici la grandeur des lignes, la simplification pleine de style des silhouettes et des masses, l’expression du geste sont les conditions même d’une telle entreprise, et lorsque ces conditions sont ainsi atteintes, on sent que malgré l’entourage et les contrastes les plus défavorables, subis momentanément, il se produirait forcément entre l’architecte et le statuaire l’entente qui manque pour une simplement aimable statue d’après nature.
Ainsi Antoine Bourdelle répond de façon irrécusable à une partie de notre première question, à savoir si les sculpteurs se conforment ou sont dans l’obligation de se conformer aux primordiales convenances de l’architecture. Nous examinerons un peu plus loin des œuvres de l’Exposition qui ont cherché ou atteint ce but essentiel.
Auparavant, il est logique de classer les sculptures sous diverses catégories : telles que le hasard de la promenade les montre sans ordre à nos yeux.
Tout d’abord la sculpture pure, du type de l’Accueil,
puisque nous avons pris cet exemple et que la statue n’est pas par elle-même une des moins bonnes, il s’en faut, de l’Exposition. Puis la sculpture plus spécialement ornementale. Ensuite la sculpture appelée à décorer, non pas, par le seul ornement, mais par la figure, isolée ou en groupe. Enfin la sculpture monumentale proprement dite.
Comme œuvres de sculpture pure, on n’a que l’embarras du choix. Les figures réussies se rencontrent à chaque pas. Voici, dans les jardins des Invalides, les séduisantes figures féminines de MM. Poncin, Guénot, Guillaume, Sartory, Aronson, Silvestre, de bien d’autres encore. Au Grand Palais, dans les niches du rez-de-chaussée qu’elles remplissent, on pourrait dire, trop bien, parce qu’elles valaient en elles-mêmes la pleine lumière, des œuvres éprouvées par le succès : la Source de Desbois, l’Éphèbe de Lejeune, et le duo de l’Amour et la jeunesse de Mme Heuvelmans. Cette dernière a du moins la bonne