Extrait
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JEAN DESPUJOLS. — L'AGRICULTURE. — TOUR DE BORDEAUX.
LES PEINTRES A L'EXPOSITION
PARMi les nombreux et importants problèmes qui sont posés ou résolus par l'Exposition de 1925, un de ceux qui pouvaient le plus vivement préoccuper les esprits était celui des destinées de la peinture et de la sculpture, par rapport aux nouvelles conceptions et ressources de l'architecture.
Le propre de ces sortes de questions est de n'être jamais définitives, mais d'être assez clairement lisibles pour que l'on considère qu'aucun pas de l'évolution auxquelles elles sont soumises, ne se trouve perdu. Les résultats du passé se trouvent liés aux efforts présents mais ceux-ci en préparent d'autres et permettent de travailler avec plus de certitude pour l'avenir.
Un examen des œuvres peintes ou sculptées qui se trouvent incorporées à la plupart des constructions, ou qui y poussent naturellement comme des pariétaires, permettra de mieux faire comprendre cet énoncé un peu abstrait et de dégager quelques données utiles aux artistes eux-mêmes, comme à ceux qui doivent recourir à leurs talents.
Tout d'abord, quel est le caractère dominant de l'architecture qui fait appel aux arts graphiques en tant qu'éléments de décoration, et de quelle manière ces formes d'art doivent-elles se plier ou peuvent-elles se déployer conformément aux nécessités et aux nouveautés de la construction ?
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Il est un trait qui nous frappe dès l'abord. L'emploi du ciment armé a ramené, avec des moyens et des procédés différents, les surfaces de grande portée et les plus grandes ampleurs de voûtes que l'on obtenait dans les temps anciens par d'admirables mais complexes appareillages. Sans doute la question semble éludée, ou du moins le problème est simplifié. Où les Egyptiens avec l'entablement et les Romains avec la voûte mettaient de longues années, mais en vue de braver les siècles — et ils y réussissaient — il suffit à l'architecte moderne de quelques mois, de quelques semaines. Que l'on épilogue là-dessus tant qu'on voudra; que malgré sa commodité la construction moderne aussi puissante qu'on la puisse concevoir et réaliser, tout en nécessitant moins d'effort et de temps offre plus de sécheresse que le Panthéon d'Agrippa ou que Notre-Dame, le résultat est là, et il faut, artistiquement, en tirer le meilleur parti.
On a remarqué sans peine ce que l'on a appelé le caractère assyrien de cette architecture. Cette observation est d'une justesse très approximative. Byzantin, (quant à la résurrection de la coupole) aurait été tout aussi exact, ou tout aussi peu. Ce ne sont que des analogies d'apparences mais non des similitudes d'organisme. Quoi qu'il en soit il y a déjà ce premier résultat que, loin d'empêcher l'essor de la peinture décorative, la nouvelle architecture le favorise au contraire en lui offrant de larges surfaces à couvrir. Si vous préférez serrer les termes de plus près nous dirons qu'elle ne les lui refuse pas. Au contraire elle l'invite même à prendre possession des habitations particulières, et elle admet pour celles-ci jusqu'à la coupole jadis réservée aux temples seuls.
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JEAN DUPAS. — LE VIN. — TOUR DE BORDEAUX.
Voyez, par exemple, la grande allégorie de l'œuvre de Beethoven exécutée par Rigal pour la coupole du pavillon Ruhlmann, celle de Thomas pour Primavera ou bien encore les quatre imposantes compositions de Jean Dupas, Roganeau, Despujols et de Buzon pour la Tour de Bordeaux. Voyez encore les séries de représentations de la vie moderne par Marret, Rapin et Guillonnet sur les trois côtés de la Cour des Métiers.
Ici l'on peut objecter que Puvis de Chavannes, Jean Paul Laurens et les autres décorateurs du Panthéon pour ne pas remonter jusqu'aux stanze du Vatican et aux peintures de Pompéi, avaient résolu la question, si tant est qu'elle se posât. Mais ce n'est pas la possibilité même des peintures murales qui est mise en cause. Le progrès consiste aux occasions et aux facilités d'extension qui sont offertes dans tout édifice moderne de quelque dimension qu'il soit.
Il y a mieux encore. Cette nudité et cette rectitude qu'on critique dans la nouvelle architecture permettent la décoration extérieure et préparent une renaissance de la fresque, un fréquent et large emploi de ses gaies et somptueuses transparences. Il y a, en ce sens, quelques essais significatifs à l'Exposition, notamment dans les « patios » qui séparent les grandes galeries des Invalides. La composition apollonienne de M. Jean Adler est un des exemples les plus heureux. Si l'on a un regret à formuler ce serait plutôt le trop timide recours à cette admirable ressource de la peinture a buon fresco, et, pour une fois, il est à penser que l'on ne critiquera pas l'Ecole des Beaux-Arts qui la première a introduit la fresque dans les programmes de son enseignement. L'ardeur avec laquelle les jeunes gens ont suivi les cours de M. Baudouin est une preuve de l'instinct qu'ils ont pour cet emploi de leurs talents dans les villes et les édifices de l'avenir.
Parcourez de même les stands et les pavillons, vous verrez à chaque pas les blancheurs des salons, des
MARIUS DE BUZON. — LES COLONIES. — TOUR DE BORDEAUX.
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JEAN-GABRIEL DOMERGUE. — LES LIQUEURS, LES COGNACS. — UN DES 4 PANNEAUX DU PLAFOND DE LA TOUR DE BORDEAUX.
CL. BERNES-MAROUTEAU ET CIE
JEAN LAIR. — LE CRÉPUSCULE. — PLAFOND. — ESCALIER LATÉRAL MENANT A LA SALLE DES FÊTES ET A LA SALLE DES CONGRÈS.
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JAULMES. — MOIS DE MAI.
halls, des salles de bains, fleuries de quelque claire page, telle que celle où Mlle Elisabeth Chaplin a fait s'ébattre de vermeils enfantelets. On peut citer encore les panneaux vigoureux et originaux de Hubrecht et de Welsch dans le hall de l'Art en Alsace, où la lumineuse et gaie scène populaire de Mlle Yvonne Sjøeshedt à la « Maison de tous ». Enfin un talent aussi souple et aussi facile que celui de Jaulmes peut tour à tour s'éployer dans les vastes Saisons du Grand Palais et dans un simple ovale surmontant la cheminée d'un boudoir ou les rayons d'une bibliothèque.
Nous ne ferons qu'une allusion aux possibilités plus étendues que l'architecture du ciment armé et les surfaces ninivites ou byzantines fournissent désormais à l'art religieux. La question sera ultérieurement traitée par un maître en la matière pour la plus grande édifica-
GUILLONNET. — LA PARURE. — VESTIBULE DE LA COUR DES MÉTIERS.
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JAULMES. — MOIS DE JUILLET.
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CL. G. L. MANUEL PRÈRES
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tion et satisfaction de nos lecteurs. Mais déjà les nouvelles églises construites depuis la guerre en ont fourni de nombreux et beaux exemples.
Pour aujourd'hui nous avons surtout voulu insister sur la résurrection de la peinture décorative appliquée à l'architecture bourgeoise, civique, ou même populaire. Désormais, au lieu du seul tableau encadré et accroché, la maison particulière peut enclore des spectacles sans nombre et sans fin. Les écoles ne sauraient non plus se passer de cette récréation et de cette instruction par les yeux; et quant aux grands palais publics ils écriront les grands spectacles de la nature, de l'humanité et de l'histoire, le long de leurs couloirs, de leurs cours, de leurs salles d'honneur. Nous n'aurions garde d'oublier de même les grands magasins d'approvisionnement, de parure, d'édition ; les salles de concert, les foyers de théâtre, que sais-je encore ?
Répétons que l'on n'a point songé à opérer ainsi une
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HENRI MARERT. — LA RUE. — VESTIBULE DE LA COUR DES MÉTIERS.
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CL. A. HARLINGUE
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RIGAL. — DÉTAIL DU PLAFOND DE LA GRANDE COUPOLE
EU GRAND SALON AU PAVILLON DU COLLECTIONNEUR. — GROUPE RUHLMANN.
CL. VIZZAVONA
J.-F. THOMAS. — PLAFOND DU PAVILLON DE PRIMAVERA,
ATELIER D'ART DES MAGASINS DU PRINTEMPS.
CL. PRINTEMPS
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CL. G. L. MANUEL, FRÈRES
BARAT-LEVRAUX. — LA MÉTALLURGIE. — VESTIBULE DE LA COUR DES MÉTIERS.
HENRY DE WAROQUIER. — L'ORAGE. — SALON D'HONNEUR DE L'AMBASSADE.
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révolution, à créer une forme d'art inconnue jusqu'ici. Bien au contraire, il s'agit d'une résurrection, ce qui est peut-être encore plus beau.
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Le résultat c'est la remise en honneur, pour l'avenir, de la Composition qui un moment semblait devoir être à jamais perdue, victime de l'impressionnisme et du pur réalisme, du culte exclusif du nouveau. Sans doute un M. Guillonnet celle des élégances et des plaisirs. Est-ce leur goût et tour d'esprit, ou bien le programme imposé qui les ont fait se tenir dans une note de simple constatation, si exacte qu'elle soit ? Nous n'en saurions décider ; nous nous bornons à le remarquer. Quoi qu'il en soit leurs amples peintures appartiennent plutôt à l'illustration qu'à la décoration proprement dite.
D'autre part, regardons les grandes compositions de Jaulmes pour la Salle des Fêtes et celles des quatre peintres pour la tour de Bordeaux. Nous sommes ici
CL. G., L. MANUEL FRÈRES
HENRI MARCEL MAGNE. — DÉCORATION DE LA SALLE DES CONGRÈS.
beau « morceau » de peinture, portrait, scène, nature-morte ou paysage aura toujours son prix et sera toujours apprécié. Mais l'artiste qui aura l'imagination en partage pourra donner plus librement cours à cette belle et immortelle faculté, par le fait capital et nouveau en la circonstance : qu'a défaut de l'Etat, qui ne peut plus pour un temps être le seul mécène, l'architecture privée fera de plus en plus appel à cette forme de décoration.
Nous avons cité quelques exemples. Reprenons-les et ajoutons-en quelques autres dignes également d'attention.
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Les peintres de la Cour des Métiers ont été diversement inspirés et diversement jugés. Toutefois leur effort est méritoire. Il s'agissait d'évoquer (et peut-être de sacrifier, car les réutilisations ne sont pas assurées, l'édifice lui-même devant disparaître après la fête) de grands spectacles de la vie contemporaine. Ils l'ont fait avec beaucoup de franchise et de verve. M. Marret en retraçant la vie des foules, M. Rapin celle des industries,
tout à fait dans le domaine décoratif. Plus de spirituelles anecdotes rassemblées artificiellement ; plus de notations de types, de milieux et d'actions, reportées sur la muraille. Au contraire des généralisations de thèmes et des stylisations de personnages représentatifs. Avec M. Jaulmes ce sont les toujours beaux sujets des « travaux et des jours » traités avec un souci exclusif de formes pleines et juvéniles, de colorations apaisées dans des paysages à la fois synthétisés et véridiques.
MM. Dupas, Roganeau, Despujols et de Buzon prennent un parti tout à fait différent. D'abord ils bannissent la couleur de réalité, le ton local ; puis, ils précisent encore moins une action déterminée pour la remplacer par des attitudes cependant significatives. Les personnages qu'ils groupent suivant une arabesque ne sont plus appelés à figurer des vendangeurs, ou des laboureurs, etc., mais la vendange, ou le labour. Pour cela le nu, traité avec grandeur, demeure le moyen symbolique par excellence. Chacun de ces quatre peintres, tout en travaillant de concert à une œuvre d'ensemble, garde son personnel tempérament : M. Dupas avec une
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fantaisie puissante mais qui doit en passer par les rigueurs systématiques, les déformations voulues que l'artiste a adoptées désormais, sans concessions d'aucune sorte à la réalité moyenne ; M. Despujols avec des partis-pris analogues, mais de non moindres volontés de constructions caractéristiques ; MM. Roganeau et autres tons de rouges, bruns ou jaunes, atteignant ainsi une intensité plus grande que celle de la « couleur de nature » et qui sont, on sera forcé de le reconnaître, du plus vigoureux effet décoratif.
Nous nous sommes un peu étendu sur cette décoration, d'ailleurs une des plus importantes de toute l'Ex-
HENRI MARCEL MAGNE. — DÉCORATION DE LA SALLE DES CONGRÈS. — DÉTAIL.
de Buzon acceptant plus docilement les formes accoutumées, les lignes naturelles, quitte à les épurer sans pour cela en altérer les proportions ou en contrarier les mouvements usités. Chacun d'eux. M. Dupas sur le thème du Vin, M. Roganeau sur celui de la Forêt (inspiratrice à la fois de la poésie), M. Despujols sur celui de la Terre, M. de Buzon sur celui des Colonies, ont contribué à créer un tableau d'ensemble, d'une véritable grandeur, expressif de toute une province, non point dans ses particularités pittoresques, ce qui est à la portée de tout peintre capable de composer une aimable anecdote, mais dans ses idées immanentes et dans ses générales destinées. La cohésion de cet ensemble se trouve singulièrement assurée et renforcée par le parti de couleur uniquement en noir et en deux ou trois position avec celles de Jaulmes, de Marcel Magne à la salle des Congrès, et des peintres de la Cour des Métiers. Mais le sujet en valait la peine parce qu'il ne s'agit de rien moins que des possibilités et de l'avenir même de la peinture monumentale en France.
D'autres exemples intéressants auraient pu être fournis par la grande coupole de Thomas, au pavillon Primavera, et celle très puissante de M. Rigal au pavillon Ruhlmann, par le panneau de M. Inguimberty à la maison Provençale, les dessus de porte d'une si gracieuse nonchalance de M. Paul Vera au pavillon Fontaine, etc. On verra d'autre part, avec M. Raoul Dufy lorsqu'on parlera du pavillon de la Renaissance, une autre conception encore, celle qui se trouve partir de la figuration naturelle pour incliner délibérément vers l'or-
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PAUL VERA. — LA MUSIQUE. — PANNEAU DÉCORATIF, PAVILLON FONTAINE.
namental pur. Lorsque la peinture religieuse aura été étudiée, nous aurons posé, pour ceux qui voudront comprendre l'évolution, comme pour ceux qui s'efforceront d'y participer, toutes les données de la question décorative dans le domaine pictural.
Elles se récapituleront de la façon suivante :
On pouvait se demander si la place prépondérante que l'art décoratif avait prise en ces dernières années ne serait pas préjudiciable à la peinture proprement dite, bien que celle-ci, par essence même, soit une forme indispensable de l'art et que rien ne peut complètement remplacer ni abolir.
Or, il se vérifie qu'au contraire elle est appelée à jouer un rôle, non seulement dans les édifices à venir, mais encore dans les habitations privées elles-mêmes.
En second lieu, si sous cette application nouvelle, ou plus exactement renouvelée, elle ne revêtirait pas de préférence des caractères ornementaux dans lesquels n'entreraient plus guère de préoccupations de composition ou d'imagination. Sans doute les recherches de ce qu'on a appelé le cubisme ou ce qui s'y rattache, trouve dans ces occasions décoratives un aliment plus important et certainement plus rationnel, par conséquent plus agréable à l'œil comme à l'esprit, que sous la forme de rectangle enclos dans un cadre. Mais, d'autre part, grâce aux vastes surfaces nues offertes par les moyens de construction nouveaux, la peinture de composition peut alterner très opportunément avec les très séduisants revêtements qui doivent leur séduction à la seule matière, marbre, onyx, stuc, plaques céramiques, etc. Ainsi le grand tableau de Salon qui était abandonné, et pour cause, étant devenu à peu près une anomalie,
PAUL VERA. — LE JARDINAGE. — PANNEAU DÉCORATIF, PAVILLON FONTAINE.
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RAOUL DUFY. — LA BAIE DE SAINTE-ADRESSE.
RAOUL DUFY. — L'ÉTÉ.