Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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BOUCHER. — TIRÉ DE LA SUITE DU MARIAGE CHINOIS. — PEINTURE
MUSÉE DE BESANÇON.
J.-E. BULLOZ ÉDIT.
A LA FRANCE MAINTENANT!
CENT EXPOSITIONS IDÉALES
Les Maîtres hollandais ont remporté, grâce au change qui rend coûteux les voyages à Amsterdam, un grand succès dont tout le monde a été enchanté, et dont personne ne pouvait être surpris dans le pays de Fomentin, de Thoré et d’Henry Havard. Voilà qui est parfait.
Nous avons également, auparavant, admiré et fêté comme ils le méritaient, Goya et Guardi, et tous les autres Maîtres italiens et espagnols, qui sortirent de leur pays, comme on sort du tombeau pour les vengeances, afin de flétrir la barbarie allemande en contribuant au relèvement des régions qu’elle avait dévastées. Ce ne fut pas moins beau, moins réconfortant, et au point de vue de l’art, moins riche en enseignements.
Quelques années avant, encore, le Salon d’Automne nous avait, grâce à l’initiative de Serge de Diaghilew, révélé toute l’École russe depuis le XVIIe siècle jusqu’aux Wroubel, aux Bakst, aux Roerich, École superbe dont nous n’avions qu’une idée fort incomplète. Encore récemment, l’exposition russe de Mir Iskoustva nous a montré la suite, fort intéressante, de cette lignée. Le même Salon d’Automne nous a successivement fait connaître tous les Tchéco-Slovaques, Yougo-Slaves, Scandinaves, Catalans, Finlandais. Les Anglais nouvellement acquis au cubisme, les Américains remarquable-
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FROMENT. — LE BUISSON ARDENT.
CATHÉDRALE D'AIX.
ment assimilateurs, n'ont plus eu, cette année, de secrets pour nous, et ils commençaient déjà à n'en avoir plus guère.
Le Salon de la Société Nationale nous a renseignés aussi complètement que possible sur l'École polonaise.
Nous avons même fait le tour de l'art nègre et les chefs-d'œuvre des sculpteurs Maoris ont contrebalancé, dans les esprits inquiets de se proclamer modernes la gloire de Michel-Ange, lequel n'est plus à la mode.
Tout cela est fort bien. Cela nous a donné beaucoup d'idées sur tout. Cela nous en a fait perdre aussi, qui ne manquaient pas de justesse. Mais nous en sommes arrivés à ce point que, tandis qu'il faut encore, à nos insatiables appétits, du nouveau, il devient de plus en plus difficile d'en dénicher.
Or, après avoir longuement réfléchi, consulté, examiné, comparé, nous sommes parvenus à découvrir un domaine immense, magnifique et à peu près ignoré.
Des trésors à peu près inépuisables, et qui tout au moins pourraient fournir la matière pendant un demi-siècle à des expositions au prix desquelles toutes celles que nous avons vues et même admirées en ces dernières années sembleraient de simples préliminaires.
Cet art, à la fois grandiose et simple, tour à tour spirituel, passionné, voluptueux, tragique, passant de la frivolité la plus raffinée au mysticisme le plus poignant, cet art que l'on daigne parfois prendre en quelque considération, auquel on reconnaît seulement de la clarté et de la grâce, ce qui est la façon la plus sûre de le méconnaître, cet art si savant qui cache sa science, si subtil qu'il échappe aux opinions toutes faites, si divers qu'on a grand'peine à le classer, si riche qu'il fait mentir le vieux dicton qui prétend qu'abondance de biens ne nuit pas, puisque c'est la trop grande richesse qui le fait sous-estimer soit par les ignorants, soit par les rivaux intéressés — c'est, faut-il vous le dire ?...
C'est tout bonnement l'art français.
Toutes les autres Écoles — nous laissons à part, bien entendu, le monde antique — ont eu des périodes augustes, ou plus exactement la plupart ont eu chacune sa grande période, sa période culminante, après laquelle la production se raréfiait ou s'amoidrissait. On en pourrait tracer des schémas à la façon de ces tableaux graphiques qui sont à la mode aujourd'hui et qui s'appliquent aussi bien à la natalité qu'à la production de la houille. Là, on verrait des courbes d'art tout à fait
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ÉCOLE DE CLOUET. — PORTRAIT DE JEUNE FILLE.
MUSÉE DE REIMS.
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LE NAIN. — ENFANTS ÉTUDIANT LE DESSIN
MUSÉE DE LOUVIERS.
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significatives. On remarquerait que l'art italien a eu deux siècles sublimes, précédés de balbutiements délicieux et d'ailleurs brefs, puis suivis d'une production brillante, mais sans influence dans la marche de l'esprit humain. Une autre courbe montrerait que la Hollande n'a pas même eu un grand siècle complet, — il est vrai, capital, dans l'histoire de la pensée et de l'émotion, — et que seulement à la fin du xixe siècle et au commencement du présent, elle a eu un réveil auquel la France elle-même n'a peut-être pas été étrangère. Une autre ligne commencerait, pour l'Angleterre, seulement au xviiie siècle (car auparavant il ne pourrait être indiqué que des points isolés). On pourrait prolonger la revue, mais à quoi bon ?
La France, elle, a des grands artistes, complets, savants, profonds, avant l'Italie. Peut-être est-ce pour la punir de s'être méconnue elle-même et d'avoir détruit des centaines d'œuvres grandioses qui éclipseraient les Giotto et les Memmi, que l'univers a pris au pied de la lettre ce jugement qu'elle portait sur sa propre beauté et gloire. Mais il semble que ce temps d'expiation touche à sa fin. Quoi qu'il en soit, une fois que les grands primitifs, que nous pouvons seulement reconstituer sur des traces plus qu'à demi effacées, ont ouvert la marche, la France ne s'arrête plus. Après eux, elle a le xve siècle, qui fut aussi grand que celui des Flandres, mais dont beaucoup d'œuvres encore ont ou disparu, ou été attribuées à d'autres Écoles ; art infiniment plus grand que celui de l'Allemagne à la même époque, oscillante entre le grimaçant et le fade. L'œuvre de Foucquet ne nous apparaît que le simple fragment de ce qu'on sait, et plus encore de ce qu'on devine, qu'il a été. Après notre Renaissance pour la grâce et la finesse de laquelle on demeure injuste, Poussin, un des plus grands esprits et un des plus grands peintres de tous temps et de tous pays, se continue, en ce xviiie siècle dont on ne sait plus assez ou pas encore assez le rôle immense, par une légion de merveilleux artistes, d'une richesse, d'une
CHARDIN OU AVED ? — MADAME GEOFFRIN
MUSÉE DE MONTPELLIER.
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dignité et — malgré les apparences — d'une humanité supérieures. Nous disons que le rôle du XVIIe siècle n'est plus assez apprécié en notre moment agité, mais il faut encore à ceux qui nous suivront du recul pour comprendre sa grandeur, ses services auxquels on aura toujours de plus en plus besoin de recourir.
Après les colosses (car c'en sont de véritables) que sont les Rigaud, les Le Brun et tant d'autres, vient l'éblouissant XVIIIe siècle, et nous ne nous donnerons pas le ridicule de citer des noms. Le XIXe recommence — et dure cent ans ! Phénomène fort rare en matière de littérature et d'art, où un siècle dure généralement tout au plus une cinquantaine d'années. Quelle continuation pour les cinq siècles continus de beautés constamment renouvelées, que des hommes comme David, comme Delacroix, Ingres, Corot, Courbet, Manet, Renoir, Puvis de Chavannes, Cazin, Carrière, et combien d'autres d'une si forte originalité, d'une action si universelle !
Notez que si nous devions envisager l'architecture et la sculpture, nous aurions à remonter beaucoup plus haut.
Mais les arts picturaux suffisent. Et ce sont eux qui suffiraient à alimenter les cent expositions idéales que l'on pourrait faire sortir, au grand jour, des édifices publics, des églises, des musées grands ou petits, célèbres ou ignorés. Quelquefois, même, ce sont les plus ignorés qui réserveraient les plus grandes surprises.
Les deux grandes expositions universelles de 1889 et de 1900 ont semblé révéler tout ce qu'il y avait de plus beau en France. Eh bien ! elles n'ont fait qu'effleurer la matière. On pourrait préparer une centennale de l'avenir pendant que, chaque année, on organiserait une centennale nouvelle, — car malgré le fléchissement actuel de certaines idées et de certaines méthodes, il n'y a pas à douter que ces années que nous vivons apportent, ou tout au moins apprêtent, des hommes et des œuvres dignes de continuer la gloire, de suivre la courbe triomphale de nos sept ou huit siècles d'art ininterrompus.
Nous avons pris absolument au hasard (pour illustrer notre causerie plutôt que pour confirmer notre thèse) quelques œuvres de cet extraordinaire répertoire. Il n'y avait qu'à puiser. Celles qui figurent ici sont loin d'être les plus écrasantes qu'on pourrait révéler au public. Mais simplement, d'après
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NONOTTE. — LA FEMME DU PEINTRE.
MUSÉE DE BESANÇON.
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LIÉ PERIN. — LA DUTHÉ.
MUSÉE DE REIMS.
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ces quelques échantillons, livrez-vous à ce petit exercice d'imagination que voici : supposez que dans une exposition de très belles œuvres étrangères, significatives et choisies, apparaisse l'une quel conque, de celles que nous avons fait figurer ici pour la seule raison qu'elles nous tombaient sous la main parmi d'innombrables documents. Que se produirait-il ? Que ces œuvres seraient, pour les plus fières rivales des autres contrées, de très redoutables voisines.
Croit-on par exemple que la Vierge au Buisson ardent, de Froment, orgueil de la ville d'Aix (dont le musée est lui-même si riche), ne triompherait pas, même au milieu d'un ensemble des meilleurs Flamands du xve siècle ? Croit-on que le triptyque de Moulins ne soutiendrait pas la lutte avec cette chose pourtant capitale qu'est le célèbre polyptique de Saint-Bavon, des Van Eyck ? Nous savons bien qu'on nous taxera d'exagération, parce qu'il est admis que certaines souverainetés sont de droit divin. Mais tout en leur rendant les honneurs voulus — comment ne le ferions-nous pas puisqu'elles ont été pour nous l'objet de nos révélations, de nos émotions, de toute notre foi ? — nous réclamons, du moins, la même souveraineté pour ce qui émane du génie de nos propres aieux.
Le musée de Reims possède la superbe série des portraits de Cranach. Mais un simple dessin comme ce crayon français d'une jeune fille, ne vaut-il pas, franchement, tous ces reîtres barbus, ces puissantes têtes carrées, toutes carrées et toutes-puissantes qu'elles sont ?
Si nous passons au xviiie siècle, il y aurait déjà toute l'œuvre des Le Nain à faire connaître au complet. Chaque fois qu'on cherche bien, on en découvre de plus beaux, à preuve celui que notre ami Guillaume Janneau nous a révélé de Louviers. Si on montrait ceux de Laon, ce serait puissamment émouvant dans la note humaine, même après l'entrée au Louvre du magnifique tableau de famille que nous avons appelé : Le pouvoir de la musique.
De même quelle monde de méditations serait le portrait de Rancé, que possède Carpentras, et dont Saint-Simon a écrit la si curieuse histoire (Rancé portraiture par surprise, car son ascétisme aurait repoussé cette vaine gloire). Quelle illustration pour réjouir les admirateurs de Chateaubriand !
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ANTOINE WATTEAU. — PORTRAIT DU SCULPTEUR PATER.
MUSÉE DE VALENCIENNES.
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GREUZE. — LE GATEAU DES ROIS
MUSÉE DE MONTPELLIER.
Pense-t-on que le Portrait de Mme Geoffrin, du musée de Montpellier, qu'il soit d'Aved ou de Chardin, ne battrait pas tous les Hogarth plus complètement que Dempsey n'a battu Carpentier ?
Il n'est jusqu'à un modeste et délicat bijou comme ce petit portrait de la Duthé, du musée de Reims, œuvre, notez-le, d'un artiste à peu près inconnu, Lié Perrin, qui ne soit un régal comme peu d'écoles en peuvent offrir.
Le jour où l'on ferait figurer dans une de nos « cent expositions idéales » un nombre plus curieux de dessins d'Hubert Robert ou de Fragonard que nous a montrés l'exposition des Arts décoratifs, qui avait puisé timidement dans les cartons de Besançon, ce serait une stupeur, une belle stupeur. Et les délicatement fantasques chinoiseries de Boucher dont un des épisodes se voit au début de ce numéro !
Et Watteau, Watteau inconnu, qu'Abbeville et que Lille tiennent en réserve, car c'est comme si on ne les connaissait pas, puisqu'on n'en parle pas sans cesse et avec enthousiasme. Quoi de plus puissant et de plus expressif dans toutes les Écoles que ce portrait du Sculpteur Pater, par notre même grand Watteau, et qui ne devrait pas rendre Valenciennes moins fière que ne l'est Harlem de ses Franz Hals ?
Greuze, que l'on affecte de mépriser maintenant, reviendrait vite en honneur, si on explorait certains musées et qu'on en rapportât un tableau comme celui qu'on voit ici. Mais voilà que nous arrivons au seuil du XIXe siècle. Il nous faut encore, avant de conclure, voir ensemble quelques images. C'est ce que nous ferons dans le prochain numéro.
ARSÈNE ALEXANDRE.
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JANE ET LOUIS MORIN. — LAQUES TRANSPARENTES ET AVENTURINES. — PENDULETTES.
L'OISEAU DE FEU.
L'ORIENTALE.
AQUARELLES SUR IVOIRE.
APPARTIENNENT A MM. WÉGELIN, DE LYON.
CL. RENAISSANCE.
L'HEURE DU BERGER.
Laques
CROMANDEL, lisses ou vénitiens, combinaisons d’ancien et de moderne, modernes sans mélange, anciens de grand style, les laques sont la fureur du jour. On dort dans des lits imitant le bois de fer et agrémentés, soit de sujets en or vieilli, soit de marbres et de bronzes. Chambres à coucher, salles à manger ou à recevoir revêtent leurs murs de l’épaisse et somptueuse matière, et indifféremment l’on étend le procédé au métal et à la soie, pour des plateaux ou pour des abat-jour.
Heureuses retrouvailles, car toutes les époques ont marqué un retour vers les formulaires d’art chinois. L’Occident a de tout temps recherché ces vernis et ces laques qui parent si bien les intérieurs et qui, à la fois, revêtent les bois d’élégance et leur donnent la solidité. Peut-être leur devrons-nous la cohésion enfin trouvée dans ce mobilier d’art moderne, dont la simplicité voulu des lignes s’arrange mal des bois trop simples et des contreplaqués cirés, ou devient trop coûteuse si elle se réalise en des matières précieuses, rarissimes, telles que le citronnier, les bois des pays chauds ou les albatères et les marbres.
Les laques, en effet, dont le procédé à peu près totalement retrouvé semble ne plus guère devoir le céder à l’ancien, en dépit de leur beauté non moins que de la solidité dont leurs applications sérieuses font preuve, les laques sont d’un revient peu coûteux. Ils sont de deux sortes : les orientaux noirs, or, brou et rouges, utilisables seulement par la main-d’œuvre chinoise en les ateliers de Boulogne, si spéciaux et bien connus des laquistes professionnels, et les anglais, qui ont recréé à peu près toute la gamme des coloris. Pour les uns comme pour les autres, la même série de trente-deux à trente-six couches de couleur et de ponçage superposées est nécessaire, minutieuse et longue, et le pur glacis profond comme un miroir est bien le même que l’ancien, ce dont s’étonnent les Extrême-Orientaux de passage dans les ateliers de nos maîtres laquistes.
Procédé infiniment supérieur à celui qu’avaient cru retrouver les artistes vénitiens de la fin du XVIIIe siècle.
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Certes, ceux-ci étaient arrivés à des raffinements savoureux de la nuance, et leurs rouges et leurs verts atteignaient des subtilités et des caresses dont nos laques actuels n'approchent point et qui semblent ne pas devoir se laisser dépasser. Mais un défaut de composition dans la matière même rend ces laques tellement cassants et friables qu'ils sont devenus plus rares que ceux des belles époques coréennes, Wang ou Tchéou. Regrettons-les, leurs sujets étaient pleins d'une fantaisie charmante, comme tout ce qui émane de ce gracieux et subtil XVIIIe, carnavalesque et léger, et ces fragiles laques, véritables emblèmes de l'époque, s'y paraient de maint motif, dont le cabinet de musique de la reine Marie-Antoinette aux Trianons donne l'idée et évoque la variété. Presque tout ce qui n'a pas été restauré a disparu.
Cela ne sera point le cas, espérons-le, des travaux d'art dans cet ordre d'idées où s'ingénient respectivement les plus savants de nos laqueurs modernes, MM. Dufet et Bureau, Eugène Sué, Jean Dunand, Tabouret, Roga, Brugier, Louis Morin, M. Chalom... parmi d'autres.
Directeurs de la Maison Mam, MM. Bureau et Dufet se sont avant tout préoccupés d'un souci d'esthétique moderne, et différemment des artistes laqueurs qui se passionnent du problème de reconstituer les chefs-d'œuvre chinois et japonais, inspirés plus immédiatement du goût actuel et de formules inédites, demandent-ils à des principes exotiques une décoration occidentalisante. C'est ainsi que pour un paravent, M. Bureau cherche de larges plans d'or sur fond d'un rouge intense en utilisant la grande feuille du bananier, ou celle de l'arbre caoutchouc. Véritable joie de la couleur, ce principe met en valeur, d'une façon à la fois linéale et plastique, la matière même et rompt avec la tradition du très petit sujet dans un décor multiplié et étendu à perte de vue. La même préoccupation de mise en valeur de la belle matière a présidé aux conceptions de ses meubles et appartements, et notre étonnement, d'ailleurs agréable, s'arrêtera devant la forme étrange de telle table de laque rouge et or qui apparaît comme une crinoline renversée, auprès de cette coiffeuse ou de ce chiffonnier qui n'empruntent aux vieux chinois de... paravents que l'énigmatique et puissante séduction de leur vernis qui réfléchit votre image du profond de ses trente-six couches de gomme végétale et de terre.
M. Roga porte à l'extrême le respect et l'admiration du pays « céleste » où cette gomme est née, et son métier personnel est surtout fait d'érudition. Nous le surprendrons à reconstituer les lits de mandarins et de grandes dames, lits d'apparets et d'opium, sortes de vastes demeures à peu près cubiformes, sauf pour la paroi supérieure qui veut représenter la voûte du firmament et qui
JANE ET LOUIS MORIN. — PENDULE L'HEURE DU BERGER (AQUARELLE SUR IVOIRE). CL. RENAISSANCE.
JEAN DUNAND. — PANNEAU DE LAQUE D'APRÈS UNE PEINTURE DE HENRY DE WAROQUIER!
CL. RENAISSANCE.
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CL. RENAISSANCE.
JEAN DUNAND. — PANNEAU DE LAQUE (CYPRÈS DU MONT ATHOS). — PEINTURE DE JEAN GOULDEN
s'incurve comme celle d'un palanquin. M. Roga a eu l'ingénieuse idée de remplacer ce toit étouffant par des traverses longitudinales, conservant sa ligne à la coupole, et qu'une draperie de couleur tendre recouvre complètement. Moins de mystère, peut-être, mais plus d'aération... qualité toute occidentale des mobiliers. Le fond de ce lit comporte à lui seul une magnifique pièce en laque massif, aux lourdes épaisseurs d'un or patiné, vieilli, surlaqué, et qui nécessite neuf mois d'un travail continu et assoupli par une quantité d'essais sur toutes sortes de matières et en toutes les couleurs antiquement connues, parmi lesquelles le blanc,
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JEAN DUNAND. — COFFRET LAQUÉ NOIR, OR ET ARGENT.
dont M. Roga a imaginé de composer des fonds. Procédé qui se rapproche de celui des Vénitiens, et qui nous vaudrait sans doute de retrouver leurs fonds de vert d'eau et de teintes tendres, si le goût du jour y était, alors qu'il se maintient aux tons vibrants, puissants et lourds.
Des taches de couleur vive, cependant, bleus intenses, verts, orangés clairs, s'y mélangent pour les laques. Elles remplacent ou complètent les incrustations de nacre et d'ivoire chères aux Japonais, et incomparables pour le velouté qu'elles donnaient aux noirs, pour la distinction qu'elles ajoutaient aux ors. Nous ne les voyons guère encore employer
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EUGÈNE TABOURET. — CABINET CHINOIS.
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que pour de très petites réalisations, enfouies sous les couches, mais émettant de ces profondeurs un feu délicat et irisé qui donne un précieux charmant à ces véritables japonaiseries pour la dimension comme pour la couleur.
M. et Mme Louis Morin, en outre de ces ravissantes pendulettes, leur dernière trouvaille, en ont donné la réalisation très parfaite en leurs exquises boîtes d'aventurine, qui sont un des chefs-d'œuvre du bibelot moderne et qu'ils agrémentent parfois d'une miniature sur ivoire enchâssée dans ce laque aux rarissimes raffinements.
Avec son goût averti par les atavismes, M. Chalom, qui vit le jour à Constantinople, éclectise, et ses créations
d'intérieurs sont parmi les plus pures de ligne et les plus impressionnantes de couleur. Suivant un procédé très personnel, son Coromandel, sur fond très sombre, s'agrémenté de couleurs claires et chaudes et se fait valoir de panneaux où l'or domine, surmontés d'idoles et de feuilles de lotus. Ceci pour une sévère et haute bibliothèque bureau ; voici encore, du même artiste, une chambre à coucher somptueuse, dont la voûte cintrée donne l'illusion de reposer sur des colonnes sculptées et laquées d'or. Au fond, le lit sobre de lignes, un peu trop moderne, mais aux magnifiques panneaux de fond et de pied. Des niches à droite et à gauche sont disposées pour des bouddhas. Une marche où s'expose une peau de tigre complète la couleur orientale.
M. Tabouret s'applique à des pièces vastes, moins préoccupé de la minutie d'une réalisation de bibelot, qu'à de larges sujets, comme ceux d'une bataille au Tonkin, ou d'un siège de Pei-King, et lorsqu'il laque des pièces de plus petite taille que les neuf feuilles d'un para-vent, tables, banquettes ou plateaux à opium, c'est encore de personnages actifs et agissants qu'il en découpe
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MAURICE CHALOM. — BIBLIOTHÈQUE EN LAQUE DE CHINE.