Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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COROT. — MÉDITATION.
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La Collection d’un Homme d’État
Pierre Baudin
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Sil est un écrivain qui sache apprécier les œuvres d’art et en parler avec agrément, et qui, en même temps connaisse à fond l’histoire parlementaire et soit apte à réunir les considérations esthétiques et les portraits psychologiques des hommes d’État, voici pour lui le sujet d’un livre intéressant et neuf. Je le lui offre sans réclamer une part des droits d’auteur.
Il s’agirait d’écrire l’Histoire des Hommes d’État collectionneurs. On y étudierait les prédilections de ceux des hommes politiques qui, depuis le Second Empire par exemple, se sont livrés à cette belle passion ; en même temps, on chercherait à analyser les rapports entre leurs goûts, ou tout au moins entre leur vie publique et les considérations qui les ont déterminés dans leurs achats. Peut-être trouverait-on dans cette analyse des explications inattendues de leur conduite, des traits de caractère nouveaux et significatifs ; peut-être, au contraire, pour certains se trouverait-on en présence de contrastes paradoxaux. De toute façon, l’historien
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JONGKIND. — BATEAUX DE PÊCHE.
pénétrerait plus finement dans leur intimité, et le curieux d'art suivrait à la trace les pérégrinations plus ou moins piquantes d'œuvres célèbres.
Quelle leçon, en effet, que de voir des Vénus et des Nymphes chez tel émule austère de Royer-Collard ou, au contraire, des chefs-d'œuvre de l'art mystique dans la galerie d'un farouche anticlérical ! D'autre part, ne pourrait-on pas discerner, d'après les bibelots, tableaux, estampes ou livres d'un orateur renommé, les dessous même de son inspiration ? En un mot, si l'on peut appliquer à beaucoup d'autres professions, l'adage (légèrement arrangé) : dis-moi ce que tu collectionnes et je te dirai ce que tu es, il semble qu'il y a plus d'originalité à poser la question au sujet de nos politiciens, parce que c'est chez eux que l'on s'attend le moins à rencontrer le goût de la collection.
Bien à tort, du reste, car si nous considérons, même sans nous donner beaucoup de peine pour les rechercher, certaines figures bien connues, nous nous trouvons en présence de collectionneurs nullement médiocres. Trouvera-t-on qu'il est imprudent d'évoquer le nom de M. Thiers ? Pourquoi non ? Il appréciait trop haut certaines de ses trouvailles, et les services
de table ont nui dans l'esprit des raffinés au tableau très curieusement documentaire que présentait sa collection, dont le seul tort fut d'aller au Louvre. Mais ce qu'elle eut d'intéressant au point de vue psychologique et historique, c'est qu'elle montrait un esprit curieux et informé de tout. Si nous avions possédé un « Musée national » dans le sens spécial du terme, comme on en trouve dans certaines capitales étrangères, elle eût été, sans discussion, un de ses attraits. D'ailleurs, l'homme qui sut comprendre des premiers et défendre Delacroix, aurait une place d'honneur dans le livre dont nous suggérons l'idée.
Avec le duc de Morny, nous assisterions à un spectacle d'art singulièrement plus princier ; c'est le cas de le dire. Sa galerie a enrichi plus d'un musée de premier ordre. Plus près de nous, M. Aynard avait formé d'admirables collections, et il faut se rappeler les prix élevés que ses chefs-d'œuvre ont obtenus pour se rendre compte de la façon dont on peut être un grand politique d'affaires et un collection-
MAURICE DENIS. — LES PORTEUSES D'EAU.
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neur avisé. De notre propre temps, n'avons-nous pas vu M. Denys-Cochin réunir des Manet, des Cézanne, importants, concurremment avec des Corot et autres maîtres de la grande époque ? Ne connaissons-nous pas tous un ancien ministre qui a pour les jeunes écoles une tendresse sans pareille qui n'est pas sans harmonie avec sa politique avancée ; et un autre ancien ministre qui, malgré une ligne politique plus modérée (autant que je m'y connais en ces matières) montre par ses achats et ses paroles qu'il ne croit jamais, en art, aller assez loin.
Et l'on multiplierait ces exemples. M. Pierre Goujon, tué à l'ennemi, s'était déjà signalé comme un collectionneur à la fois hardi et exquis... Et le livre serait déjà à moitié fait si nous ne laissons pas à notre confrère supposé, quelques autres recherches à poursuivre.
Vous demanderez, sans doute, pourquoi cet article et en quoi il se rattache à l'actualité, cependant que M. Clemenceau (jadis grand collectionneur d'art japonais et admirateur enthousiaste de Monet, encore un !) poursuit dans les Indes un voyage surtout artistique.
Mais c'est que la question est des plus actuelles au moment où vont se trouver en vente les collections de deux hommes politiques qui ont laissé un grand nom. La collection de Jules Ferry, — très caractéristique avec ses Henner et ses Corot, — est mise aux enchères en même temps que celle de Pierre Baudin, se révèle digne de tenter le plus difficile et déjà le mieux pourvu des amateurs.
Aussi, dans notre galerie des hommes d'État collectionneurs, Pierre Baudin occuperait-il une place des plus en vue. On verrait, avec une surprise charmée, un esprit très au courant de tout l'art de son temps ainsi que de ses origines directes.
Celui qui, comme nous, a fait campagne pour des maîtres naguère combattus, aujourd'hui appréciés à leur valeur, se serait-il douté qu'il avait en Baudin un partisan en parfait accord avec lui, et d'autant plus sincère qu'il n'agissait point par vanité, et ne demandait pas (comme nous en avons eu parfois le peu enviable honneur), des brevets de certitude sur les morceaux de son choix.
La collection de Pierre Baudin, — je le dis tout d'abord pour n'avoir pas à revenir sur cette question matérielle — doit être, en principe, mise en vente à l'Hôtel Drouot, le mercredi
PUVIS DE CHAVANNES. — LE REPOS.
DESSIN.
RENOIR. — LA TOILETTE. — SANGUINE.
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16 mars. Mais il est vraisemblable que sa femme et héritière trouvait l'acquéreur assez sagace et assez compréhensif, pour ne point disperser un ensemble aussi harmonieux, elle préférerait de beaucoup se voir épargner la toujours longue et poignante cérémonie de ces enchères, dont chaque coup de marteau du commissaire-priseur est comme le glas d'un souvenir cher. Quelque riche et bien composée que soit une collection moderne, elle trouverait encore à se compléter et à s'enrichir par l'adjonction de cette petite et rare réunion.
Vous pourrez vous en convaincre en la voyant, dès maintenant, chez l'expert Jos Hessel, et vous serez heureux, comme je l'ai été moi-même, de trouver en Pierre Baudin un ami insoupçonné. Ceux qui l'ont connu l'ont beaucoup aimé, et cela s'explique du reste, pour nous qui ne sommes pas dans ce cas et en rece-
ALFRED STEVENS. — LA CONFIDENCE.
CONSTANTIN GUYS. — UNE ÉLÉGANTE. — AQUARELLE.
vons, par suite, une impression plus vive et plus imprévue. Il nous était toujours apparu, de loin, comme un homme un peu renfermé, un peu froid, ayant adopté une attitude assez dogmatique. Or, voici qu'on m'affirme qu'au contraire, dans l'intimité, il était plein d'affabilité, d'abandon et de chaleur de cœur. Il m'est dorénavant facile de reconstituer de lui, à l'aide de sa collection, un portrait complet, et à peu près à coup sûr.
D'abord, un homme au courant de ce qui a précédé son temps immédiat, chose plus rare qu'on ne pense. Pour avoir acquis une figure de Corot d'un caractère aussi spécial et d'une expression aussi intense que ce portrait de femme méditant dans un paysage, il faut avoir eu un sens parfait de ce qu'il y a de plus haut dans le génie du maître. Il eût été si facile, si le collectionneur avait eu pour critérium, comme beaucoup
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d'hommes politiques, le succès « consacré », d'acheter un Passeur.
Mais il se trouve qu'en conquérant cette belle pensée, Baudin a, du coup, conquis et aimé une perle de toute pureté. Il était donc secrètement tendre et poète.
De même, il ne pouvait que ressentir vivement la nature et l'humanité, celui qui savait choisir des dessins de Millet aussi graves et aussi vrais que la Bûcheronne et la Bergère, aussi expressifs des premiers essais du maître que le Faune. Épris de la vie, cela va sans dire, sans cela, se serait-il intéressé aussi vivement à Guys et de façon aussi typique ; et aurait-il également été attiré par un charmant et précieux Stevens ? Car sous des formes qui datent, de tels artistes conservent toujours, pour le regard et l'esprit pénétrants, une vie nullement défraîchie.
Puis, passant à son propre temps, et acquis à divers maîtres du mouvement dénommé si arbitrairement l'« impressionnisme », il prouvait son intelligence de ce mouvement en réussissant à se procurer, chose devenue difficile après que Camondo les avait accaparées, cinq œuvres de l'initiateur par excellence, Jongkind.
Poète au fond, nous venons de le dire, et nous en trouvons encore la preuve avec plusieurs dessins de Puvis de Chavannes, tous de son inspiration classique la plus suave.
Pissarro, Guillaumin, Signac, Lebourg, Berthe Morisot, et Renoir avec une sanguine qui est un véritable bijou, représentaient encore, avec beaucoup de suite et de netteté, toute une époque, — et Pierre Baudin aurait parfaitement pu s'arrêter là, en méritant déjà la réputation d'un excellent connaisseur. Mais je vois en lui
un homme capable de percevoir avec beaucoup d'acuité et de comprendre avec beaucoup de décision ce qu'il y a d'original en son propre temps, et qui n'est pas encore consacré. C'est ainsi que Gauguin, Signac, Manguin, Vuillard, Marquet, se relient sans à-coup, mais au contraire par de très fins rapports, à leurs prédécesseurs, et que surtout Maurice Denis et Lautrec se trouvent représentés de façon décisive, le peintre mystique avec une seule œuvre, mais rare autant que délicieuse, les Puiseuses d'eau, et le peintre caustique avec plusieurs ouvrages dont un capital, incisif quoique plein de fraîcheur, et très caractéristique de l'artiste quoi qu'en dehors de ses thèmes préférés, ce Portrait de l'Enfant au chien qui a sa place toute désignée au Musée.
Je me suis étendu un peu longuement sur un sujet un peu différent de mes préoccupations habituelles. Et pourtant, peut-être pas autant qu'il pourrait paraître, car en somme c'est une leçon de goût et de clarté que Pierre Baudin nous a laissée ainsi. Mais si la collection nous a paru digne d'être signalée, et si le ministre disparu nous procure seulement la surprise de n'avoir pas présidé aux Arts en France, bien qu'il eût signalé ses aptitudes par un beau livre, l'Art contemporain, puisqu'il ne se laissait guère connaître comme amateur pratiquant, nous voyons en tout cela une conclusion encore plus générale et plus réconfortante : que les hommes éminents de notre pays ont et auront toujours une intelligence large et multiple, et à la hauteur des conceptions les plus diverses de la pensée.
ARSÈNE ALEXANDRE
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LES OUVRIERS DU MOBILIER NATIONAL FRANÇAIS, AIDÉS DE LEURS CAMARADES ANGLAIS, ORGANISENT LE SALON D'HONNEUR.
LA TAPISSERIE FRANÇAISE
À L'EXPOSITION RÉTROSPECTIVE FRANCO-BRITANNIQUE
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DANS le South Kensington Museum, qui est avec le British le plus riche musée de Londres, l'Angleterre vient de convier la France à une Exposition rétrospective de textiles. Cette Exposition devait primitivement être internationale ; mais le Gouvernement anglais, qui en est le promoteur, a préféré lui donner un caractère strictement franco-britannique, afin que la première exposition officielle d'après-guerre, en Angleterre, fut, en même temps qu'une manifestation artistique, un nouveau témoignage de l'entente cordiale des deux nations et un discret hommage à la grande blessée des cinq années de guerre.
Malgré des conditions rendues difficiles, la France n'a pas manqué au geste chevaleresque d'apporter à cette exposition d'art la contribution des trésors de son patrimoine, et tapisseries des Gobelins et de Beauvais, Savonnerie, soieries lyonnaises promettent un succès à notre participation.
Dans les trois grandes salles réservées aux tapisseries, l'on peut suivre l'évolution de cet art essentiellement français que les fortunes diverses du pays ont exilé à plusieurs reprises, mais qui n'en n'a pas moins laissé à la France une réputation universelle.
Voici d'abord, appartenant à M. Demotte, une tapisserie représentant un Seigneur et sa Dame se promenant dans la campagne, tandis qu'un chien, couvert d'une armure, saisit un jeune ours. Elle constitue un spécimen précieux de la production des ateliers français du xve siècle, qui conservaient encore à cette époque la suprématie qu'ils s'étaient acquise au siècle précédent.
La tapisserie, fort intéressante également, de l'Histoire de Charles VI, doit dater de la fin du xve siècle. Elle représente le roi accompagné de ses trois oncles, le duc d'Alençon, le duc de Berry et le duc d'Anjou — ces deux derniers, comme lui, grands amateurs de tapisserie. Les quatre personnages traversent la forêt
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UN SEIGNEUR ET UNE DAME CHASSANT A L'OURS.
TAPISSERIE FRANCAISE DU DÉBUT DU XVᵉ SIÈCLE (VERS 1425).
(APPARTIENT À M. DEMOTTE).
du Mans, le fou du roi s'avance au devant de lui et s'apprete à lui dire : « Arrête-toi, Sire, tu es trahi ».
La salle de droite est consacrée aux tapisseries de Beauvais, du xviiiᵉ siècle, époque si florissante de la manufacture. François Boucher y règne incontestablement — n'est-il pas l'astre de ce xviiiᵉ resplendissant ? — et sa collaboration à la manufacture de Beauvais, porta la réputation de celle-ci à son apogée.
Les quatre pièces envoyées par M. Stettiner appartiennent à la tenture des Chinois, dont François Boucher donna les esquisses en 1743. Puis voici, appartenant à M. Gaston Menier, Vénus et Vulcain, de la délicieuse tenture des Amours des Dieux ; de Boucher, encore, Vertumne et Pomone, de la série des Fragments d'Opéra — variantes des modèles exécutés aux Gobelins, — à M. Théodore Reinach; enfin, quatre pièces de la magnifique Tenture des Dieux, représentant Vénus, Amphitrite, Jupiter et Cérès, exposées par M. Larcade.
A côté de ces scènes pleines de grâce aimable et légère, voici les fougueux Casanova, d'une qualité exceptionnelle : La Bataille et La Tente du Vivandier, appartenant à M. Wildenstein, dont le succès est considérable à Londres.
Le Beauvais du xviiiᵉ, on le voit, est merveilleusement représenté.
En longeant ces deux salles, on accède au Grand Salon d'honneur, vaste hall de plus de trente mètres de côté, qui a été réservé aux tapisseries des Gobelins des xviᵉ et xviiᵉ siècles de la collection nationale française. En y pénétrant, on ressent vraiment une impression d'art grandiose : la tapisserie qui en découle le fond est une des fastueuses compositions d'Antoine
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COYPEL. — OFFRANDES AUX DIEUX (AMPHITRITE).
MANUFACTURE DES GOBELINS.
(APPARTIENT A M. LARCADE).
Coypel, de la tenture de l'Iliade. Sur une longueur de près de huit mètres et une hauteur de cinq se déroule la scène épique de la colère d'Achille, disputant Briséis à Agamemnon. Cette pièce imposante est dignement entourée par la tapisserie représentant Énée et Didon, du même artiste, et le Sacrifice d'Iphigénie, de Charles Coypel, son fils.
Les Coypel formèrent une véritable dynastie aux Gobelins. Ils exercèrent une influence sensible sur la production des ateliers, et les tapisseries exécutées d'après les modèles qu'ils fournirent sont bien caractéristiques de l'époque. Ils maintiennent encore les traditions de Lebrun, l'inimitable décorateur du siècle pompeux de Louis XIV et leurs grandes compositions décoratives, d'un style un peu emphatique peut-être, conservent la belle ordonnance de celui-ci.
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FRANÇOIS CASANOVA. — LES CONVOIS MILITAIRES : LA TENTE DU VIVANDIER. — BEAUVAIS, XVIIIe SIÈCLE.
(APPARTIENT A M. WILDENSTEIN).
La bordure, à cette époque, participe encore au caractère décoratif de la tenture et celle de ces pièces, aussi riche que simple dans ses éléments, réunit une collaboration de choix. Claude Audran, avec les dons reçus d'une illustre famille, composa les fleurs et les ornements, et François Desportes, dont l'exposition de Beauvais, en juin dernier, révéla entièrement le souple talent, y participa pour les animaux.
Ces pièces présentent la tonalité un peu vive des Gobelins de la fin du XVIIe siècle et des premières années du XVIIIe, entre autres, les rouges d'intensités diverses bien propres à ces ateliers; mais les teintes, loin de s'entretenir, se soutiennent mutuellement, et la bordure qui s'enlève en ton d'or sur le sujet donne à la tenture un aspect des plus somptueux.
En outre de l'intérêt que l'exécution remarquable de l'atelier Jans donna au tableau de l'Énéide, cette pièce présente également un intérêt historique. On sait que lorsque le duc d'Orléans, Monsieur, reçut de Louis XIV, en apanage, le Palais-Royal, il fit construire, d'après les plans de Mansart, une galerie que décora Antoine Coypel, son peintre habituel. Malgré la célébrité de ses peintures, cette galerie fut démolie pour faire place au Théâtre Français, or, la tapisserie d'Énée et Didon, constitue un document précieux de sa décoration, corroboré par les dessins du Musée du Louvre. Le sujet représente l'entretien de Didon et Énée, tel qu'il est raconté dans le Premier Livre de l'Énéide. Le nuage qui enveloppait Énée et son fidèle Achate et les rendait invisibles se dissipe, et le héros troyen, tout armé, apparaît ainsi aux yeux de Didon, surprise et émerveillée. À gauche du trône où est assise l'an-cienne reine de Tyr, se tiennent les compagnons d'Énée, étonnés et joyeux de retrouver leur chef vénéré, séparé d'eux depuis le naufrage de la flotte troyenne.
La tenture dite de la Galerie de Saint-Cloud, dont quatre pièces ornent le Grand Salon d'Honneur, est également un document intéressant sur la décoration
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En haut :
- ANTOINE COYPEL.
- L'ILIADE : LA COLÈRE D'ACHILLE.
- GOBELINS, DÉBUT DU XVIIIe SIÈCLE.
(MOBILIER NATIONAL).
En bas :
- HISTOIRE DE LA VIERGE : ADORATION DES MAGES, DÉBUT DU XVIe SIÈCLE.
(CATHÉDRALE DE REIMS).
d'une autre résidence du frère unique de Louis XIV : le Château de Saint-Cloud. Après un long séjour en Italie, Pierre Mignard entreprit la décoration de cette résidence qu'avaient aménagée les architectes Lepaute et Mansard. Il rivalisa dans celle-ci avec Lebrun qui, à cette époque, décorait les salles et la grande galerie de Versailles.
Les immenses tableaux et le grand plafond dont il orna la maison de plaisance de Monsieur, eurent un tel succès que, dès 1686, Louvois qui protégeait Mignard contre Lebrun, encore
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FRANÇOIS BOUCHER. — LES CHINOIS : LA FOIRE. — BEAUVAIS, XVIIIe SIÈCLE.
(APPARTIENT A M. STETTINER).
directeur des Gobelins à cette date, fit entreprendre en son nom, à la manufacture, une tenture d’après les peintures de Saint-Cloud. Quand Charles Lebrun mourut, et qu’en 1690, Pierre Mignard le remplaça à la direction de la manufacture royale, les ateliers continuèrent au compte du roi la tenture commencée et en entreprirent de nouvelles, d’après les mêmes cartons, jusqu’à la fermeture des Gobelins, en 1695.
Cette tenture de dimensions imposantes — le sujet de chaque pièce, sur une hauteur de près de cinq mètres, se développe sur une largeur de plus de six mètres, — est une des plus belles qui aient été exécutées aux Gobelins. Elle représente : La Naissance d’Apollon, Le Parnasse et les quatre Saisons : Le Printemps, L’Été, L’Automne, L’Hiver.
Les compositions de ces diverses pièces possèdent ce véritable caractère décoratif qui est par excellence celui de la tapisserie ; la faune et la flore, habilement distribuées, y contribuent fort heureusement sans nuire à la belle ordonnance des groupes.
Les bordures dues à Blain de Fontenay, ajoutent encore aux qualités décoratives de la tenture ; larges et somptueuses, par leurs colorations vigoureuses et soutenues, elles font valoir les coloris plus tendres du sujet et la délicate fraîcheur des carnations.
L’Été, L’Automne, L’Hiver et le Parnasse figurent à l’exposition de Londres. Dans L’Été, ou Sacrifice à Cérès, Pierre Mignard, qu’on a appelé Mignard de Rome, retrace toute la pompe naïve des ambarvales romaines que conservent encore, dans quelques provinces de France, les processions à travers champs de la fête chrétienne des Rogations. La statue de Cérès est portée en triomphe par quatre jeunes filles ; devant la déesse une femme brûle des parfums et, pour implorer sa clémence, pour préserver la récolte et chasser des troupeaux les maladies malignes, un homme s’apprête à égorger un porc, tandis qu’un éphèbe lui amène une brebis pour le sacrifice. Puis, s’avance la procession solennelle, les moissonneurs, hommes, femmes et enfants, tenant des cierges, s’agenouillent devant la déesse et lui offrent les plus belles gerbes de leur récolte. C’est le geste vers le ciel de tous ceux qu’un dur labeur courbe sur la terre parfois ingrate à leurs efforts.
Les frondaisons des arbres, les blés ondoyants, les guirlandes tressées d’épis et de fleurs des champs, toute une végétation en fête, font un cadre agréable à la scène.
L’Automne, triomphe de Bacchus, est également d’une composition de grande allure. Le fond est formé par un paysage d’arbres fruitiers. Sur un char trainé par deux tigres que chevauchent des amours, Bacchus,