Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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CINQUIÈME ANNÉE
N° 102
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15 MARS
1939
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L'ART VIVANT
Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par
LES NOUVELLES LITTÉRAIRES
BAOUL DUFY. PAYSAGE.
LE NOUVEAU
MUSEE DU LUXEMBOURG
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ROBERT REY
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CINQUIÈME ANNÉE
L'ART VIVANT
15 Mars 1929
COLLECTIONNEURS ET COLLECTIONS
ÉMILE DUNAN
L'appartement d'un collectionneur trahit souvent son propriétaire et le livre dès le seuil.
Ce qu'il a sécrété autour de lui, comme disait Théophile Gautier, déborde dans l'antichambre et permet de connaître ses goûts. Pourtant, il ne faudrait pas toujours s'y fier. La chambre où l'on entre d'abord et où l'on attend n'est quelquefois qu'un débarras décoratif, et le visiteur qui demeurerait dans la vaste galerie où M. Emile Dunan (1) m'accueille verrait d'intéressantes choses, sans avoir aucune idée de ce que renferment les autres pièces.
Il y a aux murs des tableaux anciens dans leurs bordures de bois sculpté, et, sur les meubles, dans les vitrines, d'admirables bronzes dorés et des appliques pavées d'émaux champlevés du treizième siècle.
Dans des coffres ouvrages comme des dentelles et qui montrent des serrures de prison, il y a tout un trésor de médailles et de monnaies d'or et d'argent : tous les césars romains et les dynastes grecs, des pièces uniques à l'effigie du pape Urbain VIII et des bijoux de la Renaissance.
A la façon dont M. E. Dunan vous invite à palper ces ors antiques, on pourrait croire qu'on est chez un numismate de marque, assez éclectique pour aimer encore les émaux limousins de Pénicaud et les prophètes de Parrocel drapés, selon les plus nobles canons, dans des manteaux couleur d'aubergine.
On pourrait se croire en Avignon ou à Nîmes, chez un chanoine qui aurait amassé toutes ces choses précieuses et rares ; chez quelque vicaire général qui, en attendant la mitre, ne dédaignerait pas d'envoyer une communication à l'académie du chef-lieu dont il serait membre pour la section de numismatique.
Meubles, tableaux anciens, émaux et médailles représentent là les premières amours de M. Dunan et viennent de chez les antiquaires du Midi, où il prit le goût de la collection.
Il n'a rien renié d'ailleurs et il vous confierait, si vous le poussiez un peu, qu'aucune toile ne vaut ce plateau gainé de velours incarnat qui offre une douzaine de masques d'or si précieux qu'on se prend à murmurer le vers de l'altissime poète:
Mais les bijoux perdus de l'antique Palmyre !
Les collections ont leur géologie. Dans l'antichambre de M. Emile Dunan, on traverse sa période primaire, pour parler comme les géologues; mais il pousse la porte du salon et huit siècles sont brusquement escamotés, et, s'il y avait sur quelque fauteuil un chapeau haut de forme à la mode de 1875, des gants blancs et une canne à pommeau de chez Verdier, on pourrait croire que M. Edouard Manet les a abandonnés là et qu'il s'est réfugié, au coup de sonnette, dans la salle à manger voisine où, sur la cheminée, la pendule de Bernadotte, qui appartint à M. Manet père, sonne deux heures...
***
Une authentique fine champagne de 1860, dans un grand verre qu'on chauffe, et un cigare très sec sont excel-
(1) Voir le numéro de L'Art Vivant du 1er mars.
lents quand on s'apprête à voir des tableaux. Un bon fauteuil n'est pas non plus à dédaigner, et nous avons l'air, M. Dunan et moi, au coin de la cheminée, de deux amateurs de Daumier.
J'avise une petite toile qui m'enchanté. Je lui trouve pour citer encore Baudelaire :
Le charme inattendu d'un bijou rose et noir.
Mon hôte m'interroge du regard : Manet? Il n'y croit pas plus que moi; mais c'est aussi beau qu'un beau Manet et je pense à John Sargent.
Pourquoi s'en étonner? J'ai vu autrefois chez les brocanteurs des toiles qui déroulaient. Elles étaient de la jeunesse et des débuts de Carolus Duran, de Raphaël Colin ou de M. Gervex, mais ces études de peintres devenus depuis officiels et prisonniers de tous les poncifs d'école, étaient des choses charmantes, libres, pas si loin que cela de Manet et de Degas.
Certaines, à l'heure qu'il est, en sont peut-être, et je me souviens d'avoir lu un article de Duranty, qui faisait le Salon de 1879 et qui accusait M. Gervex de suivre de trop près Manet.
... M. Gervex est un des jeunes peintres de la vie moderne sur qui l'on pensait pouvoir compter pour de belles œuvres, et qui commençait à exercer de l'influence sur ses confrères. M. Gervex est très préoccupé de reflets et de transparences, et il en met partout. Ce goût lui est venu depuis qu'il a cru prendre, auprès de M. Manet, le sens du clair en peinture...
Cinquante ans après, M. Jacques-Emile Blanche, dans ses Propos de peintre (1), si prodigieusement intelligents, si touffus et si clairs, avec ce que j'appelle des fenêtres ouvertes à chaque page, ne dit-il pas :
... Quand j'étais élève d'Henri Gervex, alors étoile de la jeune peinture française, il peignait Retour du Bal et un portrait de Stevens inspiré du Bon Bock. Un marchand de la chaussée d'Antin exposait en secret son scandaleux, indécent Rolla, refusé par le jury du Salon. Le Salon officiel était donc alors un conservatoire de bonnes mœurs, où le nu moderne, c'est-à-dire une figure de femme sur un lit, dans une chambre non stylisée, offenserait la pudeur du public? La hardiesse du pinceau de Gervex, sa qualification de réaliste mondain, ses bruyantes liaisons féminines et son esprit parisien le désignaient à l'attention de la jeunesse...
Et deux pages plus loin, Jacques-Emile Blanche ne dit-il pas encore, à propos d'Helleu, peintre de marines : Selon nous, jeunes rapins, il était le plus habile et le mieux doué ; Manet, Monet, Renoir le croyaient comme nous...
Cela est infiniment intéressant et je rêve d'une exposition où l'on verrait des études de Sargent, de Nittis, de Boldini, de Carolus Duran, de M. Gervex et d'Helleu, datant de l'époque dont parle Jacques-Emile Blanche.
Quoi qu'il en soit, la petite esquisse que j'examine est une chose d'une qualité et d'une distinction parfaites et, dans la collection de M. Dunan, cette dame en rose et noir
(1 De Gauguin à la Revue Nègre.
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L'ART VIVANT
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9 Mai 1873
Evan de Ears
J. Jumé de Lelitie
Mme Carrie Bellucci
Nutri Dorrie
Ravil del Stoyl Meunonovin
Mr. Picard
Eugene Barrie
A. Guilleminet
A. Brun
Jules de Ayel
Marye
L. Martinet
Stéphane Mallanin
Le Mégari
B. Laurens
Th. Narby
Lorenz Newman
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Voici d’abord des portraits :
- Un gentilhomme (Ecole française du seizième siècle).
- Hugues de Lionne, par Philippe de Champaigne.
- Sisley, par Bazille.
- Verhaeren, par Van Rysselberghe.
- Une jeune femme, par Van Dongen.
- Cézanne, par lui-même (dessin).
- Juliette Cabor, par Boudin.
- Un enfant, par Monticelli.
- Lebourg, par lui-même (dessin).
- Mlle Sisley, par Sisley (pastel).
Puis :
- Une Marine, de Courbet ; un Paysage de Pissarro ; un Christ de Prud’hon ; Deux femmes, de Toulouse-Lautrec ; Hérodote devant les mages, de Delacroix ; Le Moulin de la Galette, par Van Gogh ; deux petits paysages de Corot ; des Baigneurs de Seurat, une nature morte de Gauguin ; de nombreux dessins, des aquarelles et un très beau portrait de femme par Renoir, peint sans doute vers 1875.
De mon fauteuil, au coin du feu, j’aperçois une quinzaine de toiles de Manet, et comme je fais mine de poser mon verre et de me lever pour aller les examiner une à une, M. Dunan, qui a tiré d’un tiroir une liasse de papiers, me dit :
— Tenez, voici des choses qui vous intéresseront. Lisez donc cette lettre que j’appelle la Lettre de l’Olympia. Elle a dû être dictée à Victorine Meurend, le modèle préféré du maître, trois mois après sa mort*
***
Je feuillette quelques autres lettres de Zacharie Astruc, de Zola, de Claude Monet et de Pissarro, puis j’ouvre un petit registre à couverture de toile noire comme en ont les commerçants.
C’est le registre sur lequel vinrent s’inscrire, le jour des obsèques, les amis de Manet, et j’y déchiffre les noms qu’on lira en marge.
Il n’y a que trois pages de signatures dans ce registre et Mme Manet a utilisé les cent autres. Elle y a noté d’humbles comptes de ménage, mille petites choses familières et médiocres qui étaient ses soucis et sa vie.
Avant d’examiner de plus près les toiles que possède mon hôte et qu’elle vit dans l’atelier de son mari, sans les comprendre sans doute complètement, je songe à elle.
Bonne Suzanne Leenhoff ! A vingt ans, elle donne des leçons de piano et elle vient des Batignolles où elle vit avec sa mère, au quai des Petits-Augustins où habite la famille d’Edouard Manet.
* Voir page suivante.
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est une sorte d’initiatrice, puisqu’il la trouva en sortant des vieux siècles et de la peinture ancienne et qu’elle lui donna l’amour de Manet et le goût des artistes modernes.
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J’énumérerai simplement les toiles que possède M. Dunan, afin de pouvoir m’attarder un peu plus longuement sur Manet et les documents qu’il a réunis.
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L'ART VIVANT
LA COLLECTION E. DUNAN
FEMME EN ROSE.
LA PENDULE DE BERNADOTTE.
BRONZES DORÉS ET APPLIQUÉ AVEC ÉMAUX CHAMPLEVÉS DU XIIIe SIÈCLE.
Photographies Rep.
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