Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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QUATRIÈME ANNÉE
N° 75
1er FÉVRIER
1938
L'ART VIVANT
Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par
LES NOUVELLES LITTÉRAIRES
DAVID MARAT
Musée Moderne de Bruxelles
L'Exposition de la Révolution Française à la Bibliothèque Nationale
par MM. A. David, Ch. Marchesné, A. Martin, Ch. Saunier
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QUATRIÈME ANNÉE
L'ART VIVANT
1er FÉVRIER 1928
L'EXPOSITION DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE À LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
L'an dernier, à pareille époque, la Galerie Mazarine, nettoyée, réparée avec goût, s'ouvrait à la foule qui venait y contempler un choix de livres, de gravures, de peintures et de meubles qui nous témoignaient du goût et de la magnificence de la France sous le règne du plus glorieux de nos rois. Aujourd'hui le même public est invité à contempler dans la même salle quels témoignages a laissés dans notre grande bibliothèque la période de crise la plus violente de notre histoire, celle de la première Révolution française.
Les vastes voûtes décorées par Romanelli des aventures des dieux et où l'on est prodigué composaient un cadre idéal pour les souvenirs du Grand Siècle. Elles convenaient moins bien à l'austérité de la France Républicaine. Pour atténuer cette opposition on a fort adroitement suspendu à la naissance de la voûte des bouquets de drapeaux tricolores, fidèles copies des drapeaux des sections parisiennes dont l'ensemble forme comme un vaste vélum aux couleurs vives et qui donne à la salle comme un faux air des Invalides.
Lorsque La Fayette offrit au roi Louis XVI la nouvelle cocarde où l'on avait cru unir les couleurs du roi et celles de la Ville de Paris, il fut décidé que ces couleurs seraient désormais celles de la Nation. Les Gardes Nationales qui se constituèrent alors en composèrent leurs drapeaux mais aucune règle fixe ne présida à leur répartition sur l'étendard. Les triangles, les lozanges rouges ou bleus s'opposent dans la plus grande fantaisie. Ce qui était supportable et même charmant dans des drapeaux sans importance comme ceux des sections ne pouvait plus être de mise lorsqu'il s'agissait des couleurs du pays à l'étranger. Le drapeau fut réglementé et divisé en bandes verticales, la bande rouge se trouvant à la hampe, disposition qui fut intervertie par la suite. Ajoutons encore, puisque nous sommes sur ce chapitre, que dans la marine, par mesure d'économie sans doute, on conserva longtemps le vieux pavillon blanc en le chargeant seulement, dans le canton du haut à gauche, d'un quartier tricolore. C'est ainsi que lors du légendaire combat du Vengeur (que Barère a si joliment auréolé dans son rapport à la Convention) une bonne partie de l'équipage et le capitaine Renaudin (qui mourut en 1805) préférèrent la conservation de la vie à celle d'un drapeau tricolore où le blanc tenait de beaucoup la plus grande place.
CARTES ET PLANS
Avant de pénétrer dans la galerie, examinons d'abord une petite salle dont les murs sont tapissés de documents géographiques, cartes, plans, vues de paysages ou de monuments. Hélas, le XVIIIe siècle fut bien trop rempli d'esprit scientifique pour faire encore de la géographie un spectacle aimable. Nous ne reverrons plus les cartes pittoresques où, sur une perspective fuyante, se dressaient en miniatures, bosquets, villages, châteaux, clochers, moulins, montagnes. Les mers ne sont plus parcourues par les vaisseaux aux voiles déployées et l'on n'y voit plus folâtrer les monstres marins à l'allure si débonnaire. Les géographes sont devenus des gens sérieux quise préoccupent de courbes de niveau et de gisements géologiques; bien mieux ou bien pis, ils veulent bouleverser l'histoire et la nature et substituer l'arbitraire division des départements à la traditionnelle répartition des provinces. On peut voir une étrange carte de France divisée en 9 régions dont chacune est divisée en 9 contrées (81 au total, la Constituante créa 83 départements). Et malgré tant d'efforts, les Français de 1928 continuent à se dire Bretons ou Normands, Bourguignons ou Tourangeaux!
Mais laissons les cartes qui n'offrent plus d'artistique que quelques médaillons ou cartouches rejetés sur les bords. Car, bien entendu, il y eut à cette époque comme de tout temps du travail utilitaire pressé et pauvrement exécuté et du travail de luxe, fait à loisir et où le désir de s'attirer la faveur d'un puissant stimulait le goût de l'ardeur du cartographe; nous y reviendrons. Portons notre attention sur une vue charmante de la maison que Bellanger et Hubert-Robert élevèrent pour cet aimable aventurier que fut Beaumarchais. Ce gracieux monument, qu'accompagnaient un temple de Bacchus et un pavillon Voltaire, a aujourd'hui disparu, mais du moins un boulevard et une statue conservent le souvenir de l'auteur de Figaro. La proximité de la Bastille nous conduit à examiner le projet (en 1784) d'une place publique et d'un monument à Louis XVI sur l'emplacement de la vieille forteresse. Ce projet fut, on le sait, exécuté en partie (pour ce qui touche la démolition) par le patriote Palloy qui pilla à son bénéfice les pierres du monument. On voit ici un plan de la Bastille qu'il adressa à l'abbé Grégoire et où l'industrieux démolisseur appelle la forteresse « tombeau d'une foule immense de victimes du despotisme ». Mais rien ne sert de démolir une prison, il fallut bientôt en aménager d'autres pour les besoins pressants des divers gouvernements. Cela nous a valu un assez joli album d'un certain Giraud qui, architecte des prisons, rêvait de les améliorer au risque de détruire les silhouettes vénérables du Châtelet ou du Palais de Justice.
Mais il ne sufisait pas de loger les prisonniers, il fallait aussi donner un abri aux législateurs. Voici le plan de la salle de l'Assemblée qui nous permet de connaître l'origine des expressions droite et gauche parlementaire, voici un projet de palais national pour la Constituante, le Nouveau Cirque ou Champ de Mars aménagé pour la Fédération, voici enfin un joyeux projet qui place l'exécutif et les deux Chambres aux sommets d'un triangle équilatéral dont le centre est le bassin des Tuileries promu au rang de borne métrique nationale.
Mais la Révolution ne fut pas, on le sait, autrement pacifiste, elle débordait volontiers chez les voisins. Cela nous vaut un plan de Genève que l'on venait d'annexer, d'Arenheim, de Maestricht que venait de bombarder la batterie Fraternité, une carte de la rive gauche du Rhin « où la Nature, disait-on, fixait les limites de la République », une autre des pays italiens dont nous rendions « les peuples... à la Liberté et à la Vérité ». D'aucuns ne perdaient point de temps pour flatter leurs nouveaux maîtres. C'est le cas de Sébastien Ittar divenuto gia libero qui se hâte d'offrir le plan du port de Malte (Lavalette) aux cinq Directeurs, dont il écorche joyeusement les noms dans sa crainte de se laisser prévenir par un autre quémandeur.
On a exposé également quelques planches de cette énorme Description de l'Egypte dont la publication s'étendit sur quelque 20 ans. On remarquera le Sphinx non encore dégagé, quelques vues du Caire, le Nilomètre, Saint-Jean d'Acre. Puis ce sont les colonies auxquelles on préférait si légèrement les principes, et où les bons sauvages se montraient aussi habiles massacreurs que les civilisés, les vues de Saint-Domingue, le plan du Cap Français avec les quartiers incendiés, les vues de la Louisiane aux dernières années de notre occupation.
A côté des mauvais nègres pervertis par le contact de la
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L'ART VIVANT
civilisation, les véritables hommes de la nature auxquels révaient Jean-Jacques et Bernardin de Saint-Pierre, nous sont dépeints par les compagnons d'Entrecasteaux partis à la recherche de La Pérouse ou Etienne Marchand quiva découvrant des îles auxquelles il donne le nom de Révolution. Ah ! qu'il devait être plaisant en avril 1793 d'assister, aux îles des Amis, aux ballets nègres donnés en l'honneur de reine Tiné.
LA PEINTURE, LA GRAVURE LES DESSINS
Franchissons maintenant le seuil de la Galerie où sont offerts à nos yeux les documents les plus représentatifs de cette période: manuscrits, livres, peintures, dessins, gravures. Des manuscrits nous ne dirons rien, car ces précieux papiers, s'ils peuvent émouvoir notre sensibilité ou notre sens critique, n'ont, on en conviendra, nulle valeur esthétique. Le testament de Louis XVI ou telle délibération du Comité de Salut Public peuvent être d'importants documents pour l'histoire, ils n'ont aucun intérêt pour l'art.
Pendant la période révolutionnaire, les Arts ne connurent point une brillante fortune. Les principes de Liberté et d'Egalité sont la négation même de l'activité artistique qui a besoin d'ordre et d'autorité dans sa formation et de sélection dans sa production. Le résultat le plus marquant des troubles politiques fut la suppression des Académies et l'ouverture à tous du Salon qui devint comparable aux Indépendants de nos jours. En 1791, le Salon comptait 767 exposants; on en voyait 1049 au Salon de 1793. Mais plus que de liberté et d'égalité les artistes ont besoin de mécènes. La liste civile ne commandait plus guère, les princes, les nobles, en butte au pillage, à la persécution, au massacre, avaient franchi la frontière, les ordres religieux étaient dispersés, les églises fermées et ceux qui s'enrichissaient du trafic des biens nationaux ou des fournitures à la République songeaient à satisfaire avec leurs gains d'autres appétits que ceux du dilettantisme artistique, et en 1799 il n'y avait plus que 489 exposants au Salon.
Le gouvernement essaya bien de compenser l'absence de commandes par des prix, des encouragements et rappela que Protogène traçait un chef-d'œuvre au milieu de Rhodes assiégué, mais les médailles ne valaient jamais l'assurance de débouchés. Ajoutons que l'on venait de créer les musées où s'entassaient les œuvres d'art saisies révolutionnairement ou acquis par droit de conquête. Les gens amis du beau pouvaient satisfaire leur goût en flânant au Muséum National, au Musée des Monuments français, ou au Musée de l'Ecole Française à Versailles sans être accusés d'incivisme.
Le temps n'était point d'édifier, de produire; on démolis- sait et brûlait plus de châteaux et d'églises qu'on n'élevait de monuments; la statuaire était suspectée de fanatisme ou de féodalité, on envoyait à la fonte les trésors des églises et des palais, les toiles étaient critiquées dès qu'elles ne représen- taient plus des scènes de vertus républicaines, les graveurs étaient mis en demeure de « purifier leur burin ». Ce n'était point là, on le voit, une atmosphère propre à favoriser une ardente production.
Et pourtant que cette époque aurait pu être favorable. Le xvm^e siècle, ardent chercheur, avait songé à renouveler la technique de tous les arts; les procédés de peintures des anciens faisaient l'objet de passionnés débats, la fonte des statues de bronze avait atteint une perfection inouïe, l'art du graveur connaissait de multiples ressources nouvelles; la gravure en couleur, l'aquatinte, le physionotrace permettait d'établir un portrait en quelques heures et d'en tirer douze copies pour vingt-quatre livres ; la gouache, l'aquarelle, le pastel, la miniature se disputaient la faveur du public; on avait même ressuscité la vieille gravure sur bois qui pouvait contenter le peuple avec des estampes violemment enluminées, ramenant nos ancêtres affranchis à la même admi- ration qui leur avait fait chérir les images pieuses de la fin du xy^e. Dans la rue, la foule indomptée joue au naturel les grands mouvements historiques. Les costumes sont plaisants, les nouvelles couleurs nationales mettent une note plaisante dans les décors et les costumes; l'égalité républicaine n'est point un obstacle aux panaches et aux écharpes des représen- tants.
Un effort considérable est fait en faveur des fêtes qui doi- vent faire oublier aux masses les splendeurs des liturgies abolies et les pompes des cours disparues, et l'on voit un peuple entier célébrer avec gravité la Fédération, l'Etre suprême, la Raison, la Régénération, les Arts ou le Salpêtre.
D'autre part, l'artiste a besoin de sécurité pour produire et l'on savait trop que le maître David surveillait les opinions de ses confrères. L'art est aussi une production lente et celui qui commençait la statue du roi applaudi de tous pouvait bien n'achever que la statue d'un tyran. Le graveur qui entaillait sa plaque de cuivre en l'honneur d'une victime de la réaction se trouvait, l'œuvre terminée, avoir fait le portrait d'un homme que reniaient même ses enfants. Les œuvres les plus étrangères à la politique donnaient encore prise à la critique. Le conventionnel Sergent est obligé d'affirmer qu'il n'a composé ses gravures légères qu'au temps de l'ancien régime. L'artiste doit donc trop souvent céder la place à celui qui travaille vite pour rester dans le goût du jour. Le caricaturiste l'emporte, mais même dans cette bran- che l'adaptation n'est point faite et trop d'œuvres de ce genre n'ont pu être exposées et souffiraient encore moins une description décente.
Ce n'est point dire que tout ait péri. Les fortes personnalités savent toujours s'imposer. Un maître comme David subit son époque mais aussi la marque fortement. La Bibliothèque Nationale a la bonne fortune d'offrir à ses visiteurs l'émoignant tableau que David consacrera à la mémoire de son ami Marat et qu'il nous faut en d'autres temps aller contempler à Bruxelles. Nous aurions souhaité qu'on en rapprochât le charmant Barra qui fait la gloire du Musée Calvet et dont la gravure fut envoyée par Barère à toutes les écoles primaires. Mais nous avons, pour nous dédommager, un beau dessin du Serment du du Jeu de Paume et de nombreux portraits de la main du maître (Desmoulins, la tête de Marat, tête de Lepelletier de Saint-Fargeau. Un représentant du peuple aux armées et surtout le cruel et émouvant croquis représentant Marie-Antoinette conduite à l'échafaud). Regrettons encore le Danton tragique allant à la guillotine que conserve précieusement le Musée de Lyon.
David revit encore dans une feuille mutilée, seul exemplaire connu de la gravure où Tardieu traduisit le grand tableau peint par le maître à la mémoire du premier martyr de la Liberté. On se souvient que le conventionnel Lepelletier, qui avait voté la mort du roi, fut assassiné le 20 janvier 1793 par le soldat Paris, et qu'ainsi le juge précédé sa victime dans la mort. David peignit le cadavre du représentant étendu à l'antique sur un lit mortuaire et fit hommage du tableau à la Convention. Celle-ci plaça le tableau dans la salle des séances, où bientôt devait venir le rejoindre le Marat du même peintre, fit à Lepelletier des funéraires nationales au Panthéon et adopta la fille de la victime. Cependant Tardieu, pour renforcer sa réputation de civisme, entreprit la gravure du tableau. Puis les événements continuèrent. D'autres formes de gouvernement succédèrent à la Convention. Le tableau fut rendu à l'auteur qui fut exilé comme régicide. La fille de la victime, l'ancienne enfant de la Nation, épousa son cousin Mortefontaine et vit d'un mauvais œil la gloire régicide de son père immortalisée par David. Des pourparlers aboutirent à lacession par David du tableau pour cent mille francs (somme énorme pour l'époque) que Madame de Mortefontaine s'engagea, paraît-il, à ne point détruire mais que depuis personne n'a jamais revu. Restait la gravure que l'honnête Tardieu avait poursuivie d'un burin plus consciencieux que rapide. La planche fut détruite et tous les exemplaires connus lacérés. Seule au monde l'estampe
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L'ART VIVANT
DAVID MARAT
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L'ART VIVANT
DAVID, LEPELLETIER DE SAINT-FARGEAU SUR SON LIT DE MORT
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MÉDAILLE COMMÉMORANT LA FIN DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE
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MÉDAILLE COMMÉMORANT LA MORT DU ROI LOUIS XVI
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COPIE D'UN DRAPEAU RÉVOLUTIONNAIRE, PAR RODIER
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MÉDAILLE DE REPRÉSENTANT
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MÉDAILLE COMMÉMORANT LA PRISE DE LA BASTILLE
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L'ART VIVANT
déchirée que possède la Bibliothèque Nationale nous garde le souvenir de cette œuvre que l'on peut considérer comme perdue à jamais. De moins grande envergure mais plein de charme se révèle Debucourt, l'habile auteur de gravures en couleurs jamais surpassées et qui atteignent aujourd'hui les prix des tableaux des meilleurs maîtres. On verra à la Bibliothèque la Noce du Château, la Promenade publique, la Galerie du Palais Royal, La Rose mal dirigendine, la Croisée, les portraits de Louis XVI et du duc d'Orléans, l'Almanach de 1791 et le Calendrier de l'an II qui comptent parmi les meilleures œuvres du maître. Un autre grand artiste, Boilly, est représenté par un fort beau lavis: Marat porté en triomphe, premier projet du tableau que n'ont point oublié les visiteurs du Musée de Lille et qui par ailleurs nous donne la seule image authentique de l'entrée du tribunal révolutionnaire.
Tout en regrettant qu'il n'ait point été fait plus de place au charmant artiste que fut Prud'hon, nous ferons une revue rapide des autres œuvres exposées. Il ne pouvait s'agir de retracer point par point la succession des événements qui se déroulèrent de mai 1789 à novembre 1799; il ne pouvait être question de représenter ni tous les artistes ni tous les genres. On a donc dû faire un choix arbitraire, mêlant les faits et les mœurs, les techniques et les artistes. C'est plus le caractère anecdotique qui nous retiendra que la valeur propre des œuvres, mais il est encore de bons moments à passer en contemplant cette sorte de film coloré qui nous permet d'assister à l'Ouverture des Etats, au Serment du Jeu de Paume, aux mouvements du peuple de Paris et des troupes du prince de Lambese à la suite du renvoi de Necker, à la prise de la Bastille ou au pillage de Saint-Lazare, aux massacres violents de Flesseles ou à l'assassinat juridique de Berthier de Sauvigny, à l'offrande des femmes d'artistes à l'Assemblée (Nous avons connu nous aussi offrandes patriotiques à la caisse nationale), au retour du roi à Paris (comme se le représentaient les Anglais), à la fête de la Fédération, à la destruction des signes de la féodalité, au pillage de l'hôtel de Castries, à la suppression de l'octroi de Paris (déjà), à l'arrestation du roi que nous voyons insulté dans son palais le 10 juin et renversé le 10 août. Nous suivons le prince au Temple, le voyons s'arracher à sa famille pour gagner l'échafaud où sa tête tomba.
Nous entendons la reine en appeler à toutes les mères des immondes accusations portées contre elle, et nous la voyons liée sur la charrette et eufin décapitée. Elle est bientôt suivie sur l'échafaud par les Girondins et David consacre alors par son crayon le Triomphe du peuple français.
Des gravures d'origine populaire nous tiennent au courant du progrès des armées de la République.Voici la retraite des Prussiens à Grandpré, à l'époque où l'on ne considérait pas encore Valmy comme une grande victoire (On ne s'en est vraiment aperçu que sous Louis-Philippe Ier), la bataille de Jemmapes, celle de Fleurus, les soldats de l'armée de Hollande, la bataille de Lodi, celle de Rivoli, la bataille de Nazareth, les généraux victorieux Hoche, Kléber, Marceau, Bonaparte.
Cependant Paris reste livré à l'émeute, Robespierre s'effondre en thermidor, la Convention est envahie en prairial, les royalistes écrasés en vendémiaire, enfin une dernière gravure à l'aquatinte nous montre la Journée libératrice du 18 brumaire; la Révolution est terminée.
Au cours des événements, d'intéressants documents nous renseignent sur les mœurs, sur les idées. La caricature peint d'abord les aspirations du peuple lors de la réunion des Etats, sa joie devant la suppression des privilèges, ses railleries contre le clergé dépoussé, contre les émigrés menaçants. Le roi, dans une de ces gravures, est représenté coiffé du bonnet rouge et buvant à la Nation. Dans une contrefaçon parue après le 10 août, on le voit coiffé du bonnet vert des galériens et la légende nous apprend qu'il boit comme un Templier en attendant...
La raillerie populaire est lourde. Le caractère de la plupart des gravures politiques de l'époque les rendait inexposables, inexposables aussi les caricatures anglaises qui prétendaient peindre la vie des sans-culottes. On ne craint pas d'insulter aux adversaires vaincus : Compte rendu des sans-culottes de la déesse française très haute... femme Guillotine... contenant le nom et surnom de ceux à qui elle a accordé des passeports pour l'autre monde. L'anticléricalisme révolutionnaire ridiculise le statut de N.-D.-de-Lorette mais doit aussi railler les théophilanthropes.
Au sortir de la crise économique on trouve encore le courage de tourner en ridicule les gens qui sous le Directoire échangent en hâte de l'or pour du papier, du papier pour de l'or. On critique le nouveau riche (le ci-derrière) qui serait mieux à sa place au bagne, on plaint le petit rentier réduit à l'hôpital (Mais est-ce bien il y a cent vingt ans que cela se passait ?)
La vie heureusement est plus forte que tout. Les générations nouvelles se passionnent pour une danse d'importation récente (la valse), pour les courses de chiens ou de chevaux, pour les admirables revues militaires et sont toutes prêtes à suivre, où il voudra les mener, le dictateur qui succède au faible Louis XVI.
Charles MARCHESNÉ
LES IMPRIMÉS
Evoquer la Révolution française à la Bibliothèque Nationale, c'est-à-dire au moyen des seules ressources que peuvent fournir les documents écrits, manuscrits, pièces d'archives ou livres, les estampes et les médailles, paraît une tâche bien ardue. Les visiteurs ont pris l'habitude de trouver rue Richelieu une richesse et une splendeur qu'ils craindront de ne pas trouver aujourd'hui. Les artistes de tous ordres trouvaient auprès du grand roi — pour ne rappeler que l'exposition Louis XIV — la protection nécessaire à un fructueux travail et l'occasion multipliée d'exercer leur talent. Les courtisans par de rapides fortunes devenaient les clients prodigues des peintres, des architectes, des écrivains, aussi bien que des médailleurs et des relieurs. Le goût était à la somptuosité, aux fêtes, au luxe.
La Révolution, qui va remplir les dix dernières années du XVIIIe siècle, jettera dans l'existence de tous les Français un trouble profond, les préoccupations de chacun seront totalement modifiées. Le tableau qu'il s'agit d'en donner pour être fidèle ne peut être ni fastueux, ni aimable, et les organisateurs de cette manifestation s'adressent bien plus au cœur qu'à l'intelligence ou au goût artistique : la naissance d'un ordre social nouveau dans un enthousiasme sincère et violent peut être belle, mais d'une beauté grave ; et cela, les visiteurs ne devront pas l'oublier.
Les documents les plus émouvants sont des manuscrits, libéralement prêtés par les Archives nationales ou par des collectionneurs particuliers : les imprimés ont eu de ce fait une tâche particulièrement ingrate. Il n'y fut fait appel, d'ailleurs, que dans des cas assez rares : la typographie en est généralement médiocre, le papier rude : ce sont des délibérations d'assemblées ou de comités, des pamphlets destinés au colportage où le texte seul présente de l'intérêt.
Décrire ces pièces serait faire un résumé trop succinct de l'histoire même de la Révolution, nous ne nous y essaierons point. Qu'il nous suffise de signaler qu'une suite de questions seront traitées dans les vitrines, les précurseurs : philosophes et encyclopédistes ; les faits et les hommes : les assemblées et leurs actes; l'histoire économique, militaire, religieuse, l'instruction publique, les lettres, la typographie, les arts. Quelques-unes des vitrines nous intéressent particulièrement et sur celles-là seulement nous attirerons l'attention du lecteur. La liberté de la presse provoqua l'apparition