Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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L'ART VIVANT Revue bi-mensuelle des Amateurs et des Artistes éditée par LES NOUVELLES LITTERAIRES PEINTURE SCULPTURE LE LIVRE Direction, Rédaction 146, Rue Montmartre (2°) Administration et Vente : LIBRAIRIE LAROUSSE 13-17, Rue du Montparnasse PARIS (6°) ARTS DÉCORATIFS ET APPLIQUÉS Directeurs-Fondateurs : JACQUES GUENNE et MAURICE MARTIN DU GARD Rédacteur en Chef : FLORENT FELS --- SOMMAIRE 1905, date décisive pour l'architecture du béton armé --- Paul Jamot --- Conservateur Adjoint au Musée du Louvre --- Le Musée d'Unterlinden à Colmar --- Raymond Régamey --- Les Sources de l'Art Asiatique --- Joseph Strygowski --- L'élément plastique dans le film "La Croisière Noire" --- Jean Prévost --- Les ballets russes à Londres --- Michel Georges-Michel --- | Les Jardins de Le Nôtre | Marie Dormoy | | Plan de Cassis | Marcel Sauvage | | Chronique de l'Art Décoratif | Dessins de W. Becker | | La Mode Masculine | Ernest Tisserand | | L'Art et le Home : Les Lampes | Ariste | | Les Tapis des Flandres | Jean Annet | | | Jean Teughels | Notre Concours : Les Rébus de l'Art Vivant --- MATHIAS GRUNEWALD (DÉTAIL CRUCIFIXION) --- Année - N° 41 4e 1er Septembre 1926

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BING & CIE EXPOSITION TABLEAUX de MAITRES MODERNES 20 bis, Rue de la BOÉTIE --- GALERIE MARCEL BERNHEIM 2 bis, rue Caumartin - Paris (9e) Téléph. Central 88-28 — Telég. MABERNECO, PARIS --- TABLEAUX MODERNES ÉCOLE DE 1830 ÉCOLE IMPRESSIONNISTE EXPOSITIONS PERMANENTES D'ART CONTEMPORAIN VENTE - EXPERTISES - ACHAT --- dominique DÉLIVRE DU CAUCHEMAR DE L'ANGCIEN --- dominique CONSTRUIT • MEUBLE • DECORE --- dominique 104 FAUBOURG SAINT-HONORE - PARIS TEL: ELYS. 62-64 --- VOIR 3e page de couverture TARIF des ABONNEMENTS à L'ART VIVANT et des ABONNEMENTS à TARIF RÉDUIT à nos TROIS PUBLICATIONS : NOUVELLES LITTERAIRES, ART VIVANT, JOURNAL DES VOYAGES.

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“fermé la nuit” vous engage à venir voir ses expositions, ses livres, ses estampes et prendre votre thé, 28, place dauphine. 41, quai de l’horloge. téléphone : gobelins 55-55. --- BERNAUX ARTISTE-DÉCORATEUR 192, Rue de Vaugirard PARIS --- FONTAINE et Cie SERRURERIE DECORATIVE de tous STYLES, SERRURERIE DECORATIVE MODERNE SERRURE DE JOSEPH BERNARD Œuvres de : A. BOURDELLE — J. BERNARD — A. MAILLOL — P. JOUVE — J.-M. POISSON — LE BOURGEOIS — MONTAGNAC — R. PROU — SUE et MARE — GROULT — St MARCEAUX — T. SELMERSHEIM — A. CHARPENTIER — E. ROBERT, etc. 190, Rue de Rivoli — 181, Rue Saint-Honoré R. C. Seine 72,356 EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS MODERNES 1925 : Membre du Jury - Hors Concours

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--- “CLIO” Reliure automatique pour collection annuelle de L’Art Vivant Nous pouvons fournir à nos lecteurs un “Clio” pour une collection annuelle de “L’Art Vivant”, leur permettant de relier les exemplaires de leur revue soit en fin d’année, soit en cours d’abonnement. Le prix de cette reliure est de :12 francs Les lecteurs peuvent recevoir tous renseignements sur le “Clio” en s’adressant au Service Commercial de l’Art Vivant, Cie Auxiliaire de Publicité, 146, rue Montmartre, Paris (2°). Joindre 2 francs pour frais d’expédition en province et 4 francs pour les pays étrangers ayant adhéré à l’accord de Stockholm. Les commandes non accompagnées de leur montant ne seront pas exécutées. --- DiM --- meubleinstalledécore --- 40 rue du Colisée --- jean perzel verrier d’art luminaire sur rendez-vous 1, rue henri-becque (XIII°) par téléphone gobelins 77-24 ---

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NOTRE CONCOURS Les Rébus de “L’Art Vivant” Nous publions dans le présent numéro le quatrième et dernier rébus du Concours de l’Art Vivant. Rappelons les conditions de ce concours : 1° Dire de quelle œuvre (peinture) sont extraits les objets figurant sur le rébus et appartenant à des Tableaux du Musée du Louvre. Donner le nom de l’auteur de cette œuvre. 2° L’ensemble des objets, ou mots, constitue le titre d’un tableau du Louvre. Donner le nom de l’auteur et le titre de cette œuvre. Etablir la liste des réponses sur une feuille portant le nom du concurrent. Y joindre les quatre Bons Concours. Rappelons, pour faciliter les réponses, que tous les éléments reproduits (à l’exception des lettres et des traits unissant les objets entre eux ou complétant le décor qui n’entrent pas dans les rébus) appartiennent à des œuvres du Musée du Louvre. Le titre du tableau est cité dans le Larousse Universel en deux volumes. Ces titres appartiennent uniquement à des œuvres du XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle. Il est indispensable de centraliser les réponses sur une même feuille qui doit nous parvenir avant le 1er octobre. --- LISTE DES PRIX 1er PRIX. — Un coffret argenterie de la maison Christofle …………………… 7.000 --- 14e PRIX. — Un tête-à-tête à thé, et une coupe porcelaine décorée, de la maison Delvaux, 18, rue Royale. …………………… 250 --- 2e PRIX. — Une bibliothèque, valeur 1.000 francs, contenant un grand dictionnaire Larousse en 14 vol. (1.750 fr.) …………………… 2.750 --- 15e PRIX. — Une paire de chaussures “Edith”, rue Tronchet …………………… 250 --- 3e PRIX. — Un appareil de T. S. F. de la Société Radio-Industrie, 25, rue des Usines (15e) …………………… 1.200 --- 16e et 17e PRIX. — 2 bons de 150 francs de photographie, à prendre chez Franz Lowy, 39, boulevard de Strasbourg …………………… 150 --- 4e PRIX. — Un appareil de T. S. F. Super-Universel (de C. I. R., 13, boulevard Voltaire) …………………… 1.000 --- 18e à 29e PRIX. — Un bon d’ondulation, de la maison Anzalric, 24, rue Montaigne, ou un bon pour un portrait de la maison Martinie, rue de Penthièvre …………………… 150 --- 5e PRIX. — Une bicyclette Lugnano, offerte par Automoto …………………… 875 --- 30e à 34e PRIX. — Un abonnement d’un an aux Nouvelles Littéraires, au Journal des Voyages, à l’Art Vivant …………………… 130 --- 6e PRIX. — Un poste de T. S. F., Universel Piano (C. I. R., 13, boulevard Voltaire) …………………… 850 --- 35e à 37e PRIX. — Un bon de 100 francs de livres à prendre, au choix, chez Grasset, chez Plon, à la N. F. R. …………………… 100 --- 7e PRIX. — Une lampe électrique de boudoir, de la maison Perzel, 1, rue Henri-Becque …………………… 800 --- 38e à 42e PRIX. — Un abonnement d’un an aux Nouvelles Littéraires et à l’Art Vivant …………………… 95 --- 8e PRIX. — Un poste à 4 lampes B.A.4., de la maison Radiola, 79, boulevard Haussmann …………………… 715 --- 43e à 52e PRIX. — Un abonnement d’un an à l’Art Vivant …………………… 75 --- 9e PRIX. — 500 francs de livres, à prendre : 200 francs chez Grasset, 200 fr. à la N. R. F. et 100 fr. chez Albin Michel …………………… 500 --- 53e à 82e PRIX. — Une coll. Art Vivant 1926 …………………… 75 --- 10e PRIX. — 2 vases grès de la maison Cérarn, 11, rue de Paradis, ensemble …………………… 450 --- 83e à 87e PRIX. — Un abonnement aux Nouvelles Littéraires et au Journal des Voyages …………………… 65 --- 11e PRIX. — Un poste de T. S. F. “Familial”, nu, d’une valeur de …………………… (C. I. R., 13, boulevard Voltaire) …………………… 400 --- 88e à 91e PRIX. — Un bon de 50 francs de livres à prendre, au choix, chez Plon, Grasset, N. R. F. ou Albin-Michel …………………… 50 --- 12e PRIX. — Un vase grès, sur pied, de la maison Cérarn …………………… 350 --- 92e à 96e PRIX. — Un abonnement au Journal des Voyages …………………… 40 --- 13e PRIX. — Une lanterne murale, de la maison Perzel …………………… 300 --- 97e à 102e PRIX. — Une bouteille de Bénédictine …………………… 35 --- 103e à 112e PRIX. — Une collection reliée du Journal des Voyages …………………… 35 ---

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ÉDITION ART VIVANT CARTON DE 10 REPRODUCTIONS EN COULEURS reproduites en fac-similé par le Procédé JACOMET CONFORMES AUX ORIGINAUX (AQUARELLES ET PEINTURES) MATISSE --- Propriété de l’artiste --- FIGURE COUCHÉE. --- PICASSO --- Collection Paul Guillaume --- L’ENFANT. --- UTRILLO --- Collection Van Leer --- LE CANAL ST-MARTIN --- VLAMINCK --- Collection F. Fels --- MA MAISON. --- MARQUET --- Collection Bernheim --- NOTRE-DAME de PARIS. --- VAN DONGEN --- Collection Fontaine --- LA PLAGE. --- DUFY --- Collection Le Portique --- LES COURSES. --- SEGONZAC --- Propriété de l’artiste --- L’ARBRE. --- CÉZANNE --- Collection A. Vollard --- BAIGNEUSES. --- RENOIR --- Collection Hodebert --- BAIGNEUSES. --- Tirage limité, numéroté : 750 Souscrivez au Prix de faveur valable jusqu’au 30 Septembre (inclus) France et Colonies: 350 francs (comptant à la souscription) Frais de port en sus(1) Taxe de luxe comprise A l’étranger : Dollars : 14 ; ou Livre sterling : 2.18.4 ; ou Francs suisses : 70 ; ou Pesetas : 100 ; ou Florins hollandais : 35. Au premier Octobre, le prix de l’ouvrage sera porté à : France et Colonies : 385 francs. A l’Étranger : Dollars: 15,40 ; ou Livres sterling : 3.4.2. ; ou Francs suisses : 77 ; ou Pesetas : 110 ; ou Florins hollandais : 38,50. (1) France, Algérie, Tunisie, Maroc, Belgique, Luxembourg 3 %. Autres Colonies, Etranger 5 % du prix de l’ouvrage --- NOTA. — C’est par suite d’une erreur qu’une annonce comportant les anciens prix a paru dans le numéro du 15 Août. LIBRAIRIE LAROUSSE, 13-17, rue Montparnasse, Paris (6e)

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L'ART VIVANT DEUXIEME ANNÉE --- 1905 date décisive pour l'architecture du Béton Armé FRITZ HOEGER. "LE CHILEHAUS", A HAMBOURG. 1925. D'APRÈS BAUKUNST JANVIER 1925 A. ET C. PERRET. ÉGLISE SIE-THÉRÈSE À MONTMAGNY (S.-ET-O.) 1925-26. ---

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L'ART VIVANT PETERS BEHRENS, L'AMBASSADE ALLEMANDE A S^PÉTERSBOURG 1912 --- A. ET G. PERRET, ARCH^es. THÉÂTRE DES CHAMPS-ÉLYSÉES. OSSATURE - A. Grande salle. - B. 1/4 Coupole de la Comédie. - D. Radier, plancher étanche. - O. Fosse de l'orchestre - P. Plancher en béton armé. - R. Grande salle répétition. - S. Vide de la scène. ---

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L'ART VIVANT 1905 date décisive pour l'architecture du béton armé Dans l'article que l'Art vivant a publié le 1er juillet sur la Basilique de Sainte-Jeanne d'Arc, j'ai rappelé la mauvaise querelle qui a été faite aux frères Perret, taxés de germanisme. L'absurdité de cette accusation éclate pour qui a des yeux et voit les qualités bien françaises de finesse, de mesure et d'élégance dont toutes leurs œuvres portent la marque. Il me paraît utile cependant d'indiquer sur quelle confusion repose ce grief perfide. Il est très vrai que le béton armé, invention d'un jardinier de Boulogne, Joseph Monnier, en 1849, ne fut pas d'abord utilisé chez nous aussi largement qu'on aurait pu le souhaiter. Les Allemands eurent alors un mérite qu'on a dû leur reconnaître en d'autres occasions : ils multiplièrent les applications pratiques et industrielles d'un procédé qu'ils n'avaient pas inventé. Que ce procédé n'eût rien d'allemand dans son origine, ils le savaient si bien qu'ils avaient pris l'habitude de le désigner sous le nom de Monnierbelon. Mais, pendant longtemps, pas plus en Allemagne qu'en France, on ne vit rien qui annonçât la naissance d'une esthétique, vraiment architecturale, fondée sur l'emploi de cette matière nouvelle. Or, c'était là ce qu'il fallait trouver et ce qui importait pour l'avenir de l'art moderne. C'est le titre incontestable d'Auguste Perret d'avoir créé, par déduction logique, l'architecture du béton armé. Dès 1902, la maison de la rue Franklin représente une tentative très intéressante. Pourtant, malgré l'ingéniosité et la nouveauté du plan, elle garde encore quelque chose des anciens décors. La construction du garage de la rue de Ponthieu (1905) (1) est la date capitale d'une histoire qui fera honneur à notre pays devant la postérité. C'est le premier édifice où s'affirment, avec une netteté, une sûreté et une harmonie parfaites, des principes dont on n'aura plus ensuite qu'à développer les conséquences. Ces développements, d'ailleurs, les frères Perret seront longtemps les seuls à en donner les exemples. La façade du Garage Ponthieu est le prélude de celle du Théâtre des Champs-Elysées (1911-1913). Lorsque ce théâtre fut achevé, l'opinion se trouva incertaine. Presque tout ce qui se construisait alors à Paris ne faisait que varier plus ou moins ingénieusement (1) Voir une vue du Garage dans l'Art Vivant, 1er juillet, p. 501. le pastiche du style Louis XVI, ou bien répéter les formes contournées et bizarres de ce qu'on avait appelé aux environs de 1900 l'art nouveau. La surcharge ornementale était partout. Le public fut donc surpris, déconcerté par un édifice où l'on voyait un minimum de moulures, où les colonnes n'avaient pas de chapiteaux et dont les caractéristiques étaient lignes droites et surfaces nues. Là-dessus, des voyageurs qui revenaient d'Allemagne et des personnes qui feuilletaient les revues d'art allemandes s'écrièrent : « Ce parti pris de rigidité sans ornements, c'est justement le trait principal des constructions les plus récentes, élevées à Berlin, à Hambourg, à Munich », et une insinuation se répandit : « Le style du Théâtre des Champs-Elysées, importation allemande. » Or, il faut le proclamer sans réserve, aucune influence germanique ne s'est, à aucun moment, exercée sur Auguste Perret, ni sur ses frères. Si la verticale et les surfaces nues sont les communes dominantes de leurs ouvrages en plusieurs genres, ils sont arrivés à cette formule par un chemin tout différent de celui qu'ont suivi les Allemands — ils y sont d'ailleurs arrivés avant les Allemands — et le style ainsi créé par eux est un style sain, vivant, digne d'engendrer une descendance féconde, parce qu'il n'est que la traduction plastique, sans compromis ni superfétation, des lois de la matière employée. Au contraire, l'architecture allemande moderne est sortie d'une esthétique préconçue, tenant sans doute à des raisons fort légitimes de psychologie nationale ; cette esthétique n'a presque rien à voir avec les principes d'une renaissance architecturale rationnelle. Le mérite des Allemands, il est juste de le dire, ce fut d'avoir, vers 1910, fortement réagi contre les extravagances de l'art nouveau et l'abus de l'ornementation. On peut croire que l'orgueil s'accordait avec une évolution du goût pour les pousser à rechercher dans des monuments aux lignes verticales, d'aspect massif, sévère, colossal, une affirmation de puissance. Mais c'est coïncidence pure si cette esthétique, que l'on pourrait qualifier d'imperialiste, les a conduits à des effets qui semblent avoir quelque affinité avec le style des Perret. En fait, l'architecture moderne en Allemagne n'est pas une architecture du béton armé. On ne saurait, pour s'en convaincre, choisir un exemple plus significatif que le palais construit, en 1912, pour l'ambassade d'Allemagne à Saint-Péters-

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L'ART VIVANT bourg, par Peter Behrens, c'est-à-dire par le plus illustre des architectes allemands de notre temps (1). La façade, où la verticalité triomphe, ne manque certes pas de noblesse ; mais rien n'y est commandé par l'ossature intérieure. C'est un placage arbitraire. Behrens prend la colonnade du Temple de Neptune, qu'il réduit à un schéma, mais dont il garde superstitieusement les proportions, comme s'il en avait reporté le calque sur son propre dessin. Puis il simplifie les détails, rabote les saillies, et il applique ce masque sur une construction de fer et de brique. Le manque de coordination est si évident que, à l'intérieur de l'édifice, on ne trouve pour ainsi dire pas de lignes droites pour répondre aux grandes verticales de la façade, lesquelles sont d'ailleurs faites de petits moellons. Ailleurs, et jusque dans les créations les plus récentes de l'architecture germanique, se trahit la même conception hybride, un art qui affirme avec une sorte d'intransigeance voulue une ligne qui n'est pas celle de la matière employée. Voyez la maison monumentale que M. Fritz Höger vient de construire à Hambourg. Tout un numéro de la revue Baukunst (2) lui est consacré et il débute par un chant de victoire. Sur un soubassement en arcades s'élève une haute façade percée de 2.500 fenêtres et striée verticalement dans toute sa hauteur par des piles de briques en saillie, aussi serrées que les rayures d'une étoffe. On dirait des traits qui soulignent énergiquement la structure, comme s'il s'agissait de poteaux en béton armé. Mais ce n'est qu'une fausse apparence. D'ailleurs, des poteaux de béton n'auraient évidemment pas besoin d'être si nombreux. Quant à ces immenses piles de briques, ce serait un contre-sens que de leur attribuer un rôle dans l'armature de l'édifice, car la brique n'est pas une matière qui résiste aux mouvements latéraux, — le béton seul a ce privilège, — elle n'est donc pas faite pour la verticalité. En l'espèce, ces piles, dont les emplacements ne se justifient par aucune raison constructive, ne sont là que pour l'ornement, pour la couleur. Dans de telles œuvres, il est impossible de nier un goût pittoresque, de l'imagination, le sens de l'effet. M. Peter Behrens, M. Fritz Höger et leurs émules sont des artistes, — artistes plus qu'architectes. Mais on a l'impression qu'en croyant réagir contre l'erreur de 1900, ils sont tombés dans une erreur toute pareille : cette erreur, c'est de chercher, dans le décor, une renaissance de l'architecture. A la différence des promoteurs de l'art nouveau, — il faut les en féliciter, — ils ont du moins voulu un décor sobre, sévère, et quand ils ne dépassaient pas la mesure en visant au colossal, ils ont eu plus d'une fois le sentiment de la grandeur. (1) Kunst und Künstler, mai 1913, reprodu., p. 414-416. (2) Janvier 1925. Voir particulièrement les reproductions p. 9 et 11 Il n'en est pas moins vrai qu'ils n'ont pas su voir quelles perspectives nouvelles les vertus propres du béton ouvraient à l'architecture. Chez eux, la plupart du temps, le béton n'est employé que comme un auxiliaire, imposé par la commodité ou, plus récemment, par la mode (et cette mode n'a pas d'autre origine que les initiatives des frères Perret). Jamais ii ne régît, comme il le devrait, comme il le fait dans les moindres ouvrages des Perret, l'organisme structural, ensemble et parties. Même quand ils l'ont employé seul, dans ces dernières années, ce ne fut pas d'une façon vraiment rationnelle. Dans son Institut de physique astronomique, élevé à Potsdam, M. Eric Mendelssohn modèle le béton en masses compactes à la façon d'un sculpteur qui pétrit la glaise. A lui et à ses confrères le goût du colossal et du cyclopéen a fait méconnaître que le béton, étant à la fois la plus ductile, la plus dure et la plus résistante des matières, doit suggérer à l'architecte une loi, un idéal de légèreté. Auguste Perret n'a pas obéi à un parti pris. S'il a été amené à un style où la verticale et le rectangle dominent, c'est par là les impérieux commandements d'une logique interne. L'économie est la règle suprême de l'architecture. L'esthétique de Perret se résume en ces simples mots : faire le mieux possible avec le moins possible de matière et de main-d'œuvre. Par là, il rejoint les préceptes fondamentaux de tout art classique. Racine, à sa façon, pensait de même sur l'art et la matière. Or, le béton, qui permet de faire des voûtes minces comme des coquilles d'œuf et indestructibles, de supprimer presque les murs grâce à quelques points d'appui, de se passer de contreforts et de dresser dans les airs des flèches de 200 mètres, se prête mieux que toute autre matière à une telle conception d'art, la plus classique et la plus française. Pour Auguste Perret, une façade n'est que l'affirmation d'une structure et cette structure est elle-même un organisme vivant où tout est coordination, liaison et harmonie. Ce n'est pas de ses mains que sortira jamais un plan comme celui de l'ambassade d'Allemagne à Saint-Pétersbourg (1). Des yeux français sont stupéfaits d'y voir, sous la signature d'un artiste de grande valeur, je ne sais quoi d'inorganique et de désarticulé, comme d'un corps dont les membres ne s'adapteraient au tronc que par juxtaposition fortuite. Dès 1905, le garage de la rue de Pontheut montre que, sans ornements factices, la logique de l'ossature, la justesse des proportions et le soin donné à l'exécution sont les éléments nécessaires et suffisants d'où un homme unissant les qualités de l'ingénieur et de l'artiste peut faire surgir de la beauté, la beauté propre de l'architecture du béton armé. Paul JAMOT. Conservateur adjoint au Musée du Louvre (1) Kunst und Künstler, mai 1913, p. 431.

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L'ART VIVANT GASPARD ISENMANN (ENSEVELISSEMENT DU CHRIST ET MISE AU TOMBEAU) MARTIN SCHONGAUER (NATIVITÉ) MATHIAS GRUNEWALD (DÉTAIL DE LA CRUCIFIXION)