Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

Page 1

L'ART ET LES ARTISTES 17e ANNÉE Nouvelle Série NUMÉRO 34 FÉVRIER 1923 --- ART ANCIEN, ART MODERNE ART DÉCORATIF --- DIRECTEUR-FONDATEUR ARMAND DAYOT --- RÉDACTION & ADMINISTRATION 23, Quai Voltaire, PARIS 7° --- Revue d'Art de France et de l'Etranger

Page 2

L'ART ET LES ARTISTES Revue d'Art ancien, d'Art moderne, d'Art décoratif (paraissant dix fois par an) --- Abonnement $\left\{ \begin{array}{l} \text{FRANCE.} \quad 60 \text{ fr.} \\ \text{d'un An :} \quad \text{ÉTRANGER.} \quad 75 \text{ fr.} \end{array} \right.$ Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire de Rédaction : PIERRE LADOUÉ --- XVIIe Année — SOMMAIRE DU NUMÉRO 34 (Février 1923) UNE FEMME-SCULPTEUR FRANÇAISE AU XVIIIe SIÈCLE ; MARIE-ANNE COLLOT (Mme Falconet) (10 illustrations)...

Page 3

DUVEEN BROTHERS LONDON PARIS NEW-YORK

Page 4

Galeries Georges Petit 8, RUE DE SÈZE, 8 — PARIS (IX° Arrond') --- TABLEAUX MODERNES EXPOSITIONS - EXPERTISES BRONZES DE BARYE --- DIRECTION DE VENTES PUBLIQUES IMPRIMERIE ARTISTIQUE 12, rue Godot-de-Mauroi, 12 --- COGNAC J.F. MARTELL Le Cognac Martell est le produit naturel des vins recoltés et distillés dans la région de Cognac.

Page 5

PIERRE-ÉTIENNE FALCONET — PORTRAIT DE MARIE-ANNE COLLOT (1773) UNE FEMME-SCULPTEUR FRANÇAISE AU XVIIIe SIÈCLE MARIE-ANNE COLLOT (MADAME FALCONET) Bien qu'elle soit pratiquée de nos jours et souvent avec une incontestable maîtrise par un grand nombre de femmes, la sculpture a longtemps passé pour un art essentiellement masculin. Le pétrissage de la glaise, la manœuvre du marbre semblaient à tort ou à raison incompatibles avec la grâce délicate et la faiblesse physique des femmes qu'on se représente plus volontiers appliquées à figoler d'un pinceau délié des miniatures ou à pincer coquettement les cordes d'une harpe. Le langage, qui évolue souvent moins vite que les mœurs, prouve la persistance de cette opinion ou plutôt de ce préjugé : le terme de sculpteur n'a pas d'équivalent féminin et le néologisme sculpteuse, qui serait pourtant si commode et nous épargnerait d'inutiles périphrases, n'a pas encore reçu dans la langue française droit de cité. Le xviie siècle a produit en France et à l'étranger plusieurs femmes-peintres, qui, sans être des artistes de premier plan, sont parvenues à une très grande renommée : les plus fêtées furent la Vénitienne Rosalba Carriera, la Suissesse Angelica Kaufmann et chez nous Mme Vigée-Lebrun. Outre ces noms universellement connus, un historien de l'art féminin pourrait citer quantité d'artistes d'un talent très estimable que l'Aca-

Page 6

Galeries Georges Petit 8, RUE DE SÈZE 8 - PARIS (IXe Arrond') TABLEAUX MODERNES EXPOSITIONS - EXPERTISES BRONZES DE BARYE IMPRIMERIE ARTISTIQUE DIRECTION DE VENTES PUBLIQUES 12, rue Godot-de-Mauroi, 12 COGNAC J.F. MARTELL Le Cognac Martell est le produit naturel des vins recoltés et distillés dans la région de Cognac.

Page 7

PIERRE-ÉTIENNE FALCONET — PORTRAIT DE MARIE-ANNE COLLOT (1773) UNE FEMME-SCULPTEUR FRANÇAISE AU XVIIIe SIÈCLE MARIE-ANNE COLLOT (MADAME FALCONET) Bien qu'elle soit pratiquée de nos jours et souvent avec une incontestable maîtrise par un grand nombre de femmes, la sculpture a longtemps passé pour un art essentiellement masculin. Le pétrissage de la glaise, la manœuvre du marbre semblaient à tort ou à raison incompatibles avec la grâce délicate et la faiblesse physique des femmes qu'on se représente plus volontiers appliquées à figoler d'un pinceau délié des miniatures ou à pincer coquettement les cordes d'une harpe. Le langage, qui évolue souvent moins vite que les mœurs, prouve la persistance de cette opinion ou plutôt de ce préjugé : le terme de sculpteur n'a pas d'équivalent féminin et le néologisme sculpteuse, qui serait pourtant si commode et nous épargnerait d'inutiles périphrases, n'a pas encore reçu dans la langue française droit de cité. Le xviiiie siècle a produit en France et à l'étranger plusieurs femmes-peintres, qui, sans être des artistes de premier plan, sont parvenues à une très grande renommée : les plus fêtées furent la Vénitienne Rosalba Carriera, la Suissesse Angelica Kaufmann et chez nous Mme Vigée-Lebrun. Outre ces noms universellement connus, un historien de l'art féminin pourrait citer quantité d'artistes d'un talent très estimable que l'Aca-

Page 8

L'ART ET LES ARTISTES MARIE-ANNE COLLOT — BUSTE COLOSSAL DE PIERRE-LE-GRAND (Plâtre) Académie des Beaux-Arts, Petrograd. démie Royale de Peinture et de Sculpture, plus féministe que notre Académie actuelle des Beaux-Arts, jugea dignes d'être accueillies dans l'illustre Compagnie à titre d'agréées et même d'académiciennes. A tant de femmes-peintres on ne peut opposer qu'une seule femme-sculpteur : Marie-Anne Collot. Son maître Falconet, qui allait devenir plus tard son beau-père, n'exagérait pas son mérite lorsqu'il écrivait à Catherine II : « Sans vouloir ici vanter son talent, Votre Majesté sait qu'il est singulier et qu'elle est la seule de son sexe qui se soit consacrée au pénible métier de travailler le marbre et à le travailler avec succès. » Cette singularité aurait dû suffire à préserver de l'oubli le nom de Marie Collot. Malheureusement pour sa gloire elle a surtout travaillé à l'étranger et ses œuvres, rares en France, ne se rencontrent guère qu'en Hollande et surtout en Russie. Le seul Musée français où l'on puisse l'étudier est le Musée de Nancy. Le Louvre n'a recueilli qu'un buste en terre cuite, don de M. Jacques Doucet, qui est l'un de ses tout premiers essais. Mais cette circonstance, préjudiciable à sa renommée, devrait nous inciter au contraire à l'honorer davantage : car cette jeune « déracinée » a été non seulement l'unique « sculpteuse » française du XVIIIe siècle, mais une des meilleures ouvrières de l'expansion de notre art national. Son séjour de douze ans à Saint-Pétersbourg partage sa vie en trois périodes très nettes. Née à Paris en 1748, elle se forme de 1763 à 1766 dans l'atelier de Falconet. De 1766 à 1778, elle émigre avec lui en Russie, à la Cour de Catherine II, où elle produit la majeure partie de son œuvre. De retour en Occident, elle modèle encore quelques bustes soit à Paris soit à La Haye ; puis, toute jeune encore, elle abandonne brusquement le ciseau pour soigner Falconet devenu paralytique et finalement, à la Révolution, elle se retire dans une propriété qu'elle avait acquise en Lorraine. La carrière artistique de cette femme qui devait vivre jusqu'à l'âge de 73 ans, de 1748 à 1821, tient donc tout entière en vingt années : de 1763 à 1783. I Tous les contemporains vantent son étonnante précocité. Entrée à quinze ans dans l'atelier de Falconet, elle avait déjà produit avant sa majorité une série de bustes remarquables, si remarquables que certains critiques malveillants soupçonnaient Falconet ou, à son défaut, Jean-Baptiste Lemoyne d'y avoir collaboré. Il est certain que les trois bustes en terre cuite que nous connaissons de cette période attestent déjà une maîtrise exceptionnelle chez une apprentie, si bien douée qu'elle soit, et cette miraculeuse précocité devait fatalement éveiller, dans les esprits sceptiques, le soupçon d'une supercherie. Le plus ancien de ces bustes est celui du Louvre, qui est signé Marie Collot, 1765 : l'artiste avait à cette époque 17 ans. Les deux autres bustes que nous avons retrouvés dans la Collection Léon Reinach et chez M. Bouet appartiennent à l'année suivante : ils sont datés de 1766. L'identification de ces trois bustes d'hommes est assez délicate. Nous savons par les témoignages des contemporains (1) que les premières œuvres de Mlle Collot étaient des bustes en terre cuite de Diderot, de Grimm, du prince Galitzine, ambassadeur de Russie (1) Correspondances de Grimm et de Diderot.

Page 9

Mme VIGÉE LE BRUN PORTRAIT DE LA FILLE DE L'ARTISTE, EN FLORE L'Art et les Artistes.

Page 11

MARIE-ANNE COLLOT et du fameux acteur Prévile dans le rôle de Sganarelle. Bien que l'iconographie du correspondant parisien de Catherine II soit très pauvre, nous croyons pouvoir reconnaître dans le buste acquis par M. Bouet l'effigie de Grimm. (1) Il se peut que le buste de la Collection Reinach soit le portrait du prince Dmitri Galitzine dont nous ne possédons malheureusement aucun portrait gravé. Le buste de l'acteur Prévile dont nous connaissons bien, grâce à Carle Vanloo et au sculpteur Lucas de Montigny, la face ronde et joviale de valet de comédie n'a pas encore été retrouvé. Quant au Diderot, qui sortit du four de la Manufacture de Sèvres « avec un nez rouge », il avait été tiré à plusieurs exemplaires ; l'un d'eux — le meilleur — qui appartenait à Grimm, fut saisi en 1792 comme bien d'émiigré et transporté au dépôt des Petits Augustins (2). Les Catalogues du Musée des Monuments français l'enregistrent sous le nom estropié de Callot ou Collot : après quoi on en perd la trace. (1) La comparaison de ce buste avec le profil dessiné par Carmontelle et gravé par A. Tardieu paraît probante. (2) Mlle Collot en avait emporté un second exemplaire en Russie. Musée de l'Ermilage, Petrograd. BUSTE DE FALCONET (Marbre, 1768) Lorsqu'en 1766 Falconet fut invité à se rendre à Pétersbourg pour modeler le monument équestre de Pierre le Grand, l'idée lui vint d'emmenner Mlle Collot qui faisait honneur à son enseignement et qui pouvait être pour lui, en même temps qu'une agréable compagne de voyage et d'exil, une précieuse collaboratrice. La jeune fille qui, s'il faut en croire les indiscretions de Diderot, aimait secrètement son vieux maître et espérait sans doute s'en faire épouser, consentit à le suivre, sans réfléchir qu'une pareille aventure était fort compromettante pour sa réputation. Les mauvaises langues s'empressèrent naturellement d'insinuer qu'elle était sa maitresse (1). Dans un rapport qu'il adressait au ministre d'Etat Panine, le prince Galitzine se félicitait de cet arrangement : « M. Falconet, écrivait-il, amène avec lui une jeune demoi- (1) Le mot est imprimé crûment dans le récit de voyage de Fortia de Piles. Musée du Louvre. BUSTE D'HOMME INCONNU (Terre cuite, 1765)