Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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L'ART ET LES ARTISTES
Art Ancien, Art Moderne, Art Décoratif
Directeur-Fondateur
Armand Dayot
Rédaction & Administration
23, Quai Voltaire, PARIS 7e
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Revue d'Art de France et de l'Etranger
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17e ANNÉE
Nouvelle Série
NUMÉRO 32
Décembre 1922
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Revue d'Art de France et de l'Etranger
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L'ART ET LES ARTISTES
Revue d'Art ancien, d'Art moderne, d'Art décoratif
(paraissant dix fois par an)
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Abonnement
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Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT
Secrétaire de Rédaction : PIERRE LADOUÉ
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XVIIe Année — SOMMAIRE DU NUMÉRO 32 (Décembre 1922)
JOACHIM PATENIER (7 illustrations)
FERNAND MAILLAUD (12 illustrations)
LES PORTRAITS SUR SOIE DE M. JACQUES BAUGNIES (4 illustrations)
L’ART DÉCORATIF ET LES ARTS APPLIQUÉS AU SALON D’AUTOMNE (8 illustr.)
A TRAVERS LE SALON D’AUTOMNE (3 illustrations)
L’ACTUALITÉ : Les Expositions. — Échos des Arts. — Le Mouvement artistique à l’Étranger. — Les Livres.
JEAN-LOUIS VAUDOYER
GEORGES LECOMTE
W.
L.-Ch. WATELIN
JEAN MÉRIEM
En hors texte : VÉNUS, par ALBERT BESNARD
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Prix de ce Numéro : 8 francs pour la France, 8 fr. 50 pour l’Etranger.
(Envoi d’un Numéro spécimen contre mandat de 3 fr. 50)
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Tous droits de reproduction, de traduction et d’interprétation réservés pour tous pays.
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Il ne sera répondu par l’Administration et la Rédaction de la revue qu’aux lettres contenant l’affranchissement de retour.
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GALERIE HAUSSMANN
G. DANTHON
TABLEAUX MODERNES — SCULPTURES
29, Rue La Boëtie
Téléphone : ÉLYSEES 12-14
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Bénédictine
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Copyright by L’Art et les Artistes, 1922
L’administrateur-gérant : Georges COUTAREL
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DUVEEN BROTHERS
LONDON PARIS NEW-YORK
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Galeries Georges Petit
8, RUE DE SÈZE, 8 — PARIS (IX° Arrond')
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TABLEAUX MODERNES
EXPOSITIONS - EXPERTISES
BRONZES DE BARYE
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DIRECTION DE VENTES PUBLIQUES
IMPRIMERIE ARTISTIQUE
12, rue Godot-de-Mauroi, 12
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COGNAC
J.F. MARTELL
Le Cognac Martell est le produit naturel des vins recoltés et distillés dans la region de Cognac.
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ALBERT BESNARD
Phot. Vizanima.
VÉNUS
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Galeries Georges Petit
8, RUE DE SÈZE, 8 — PARIS (IX° Arrond')
TABLEAUX MODERNES
EXPOSITIONS - EXPERTISES
BRONZES DE BARYE
DIRECTION DE VENTES PUBLIQUES
IMPRIMERIE ARTISTIQUE
12, rue Godet-de-Mauroi, 12
COGNAC
J.F. MARTELL
Le Cognac Martell est le produit naturel des vins recoltés et distillés dans la région de Cognac.
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ALBERT BESNARD
Phot. Vizzavona.
VÉNUS
L'Art et les Artistes.
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Phot. Anderson.
JOACHIM PATENIER — SAINT CHRISTOPHE
Escorial, Isalle Capitulaire.
JOACHIM PATENIER
JOACHIM Patenier (qu’on appelle aussi de Patenier, le Patenier ou Patinir) est un excellent type de ces artistes exceptionnels et savoureux dont l’œuvre peu nombreuse et peu connue est moins faite pour un public étendu que pour un petit nombre d’amateurs choisis.
Comme l’italien Pisanello ou comme le suisse Nicolas Manel, on pourrait appeler ce flamand un « naïf précieux ». Ses tableaux valent à la fois par une grandeur involontaire et par une minutie consciencieuse, par une alliance imprévue et subtile entre ce que l’œil voit et ce que l’esprit rêve. Sa clairvoyante humilité devant les spectacles de la nature est comparable à celle d’un Corot ; mais, dans des paysages vrais, il place capricieusement des personnages singuliers, chi-
mériques, qui ajoutent à la poésie sans apprêt que dégage la représentation d’un champ, d’une forêt, d’une rivière, la poésie vaguement fabuleuse des choses imaginées.
Avant d’examiner quelques-unes des œuvres les plus personnelles de Joachim Patenier, nous voudrions, grâce au livre de M. Jules Helbig (1), résumer ici ce qu’on sait de la vie de l’artiste et situer celui-ci à son époque, parmi ses contemporains.
Joachim Patenier est sans doute né à Dinant, et très probablement en 1485, c’est-à-dire environ un siècle après les frères Van Eyck et environ dix ans après Albert Dürer. On pense qu’il est mort en 1524. Ces deux
(1) Jules Helbig. — La peinture au pays de Liège et sur les bords de la Meuse. (Liège 1903, imprimerie Henri Poncelet.)
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L'ART ET LES ARTISTES
dates, sans être certaines, sont assez vraisemblables pour qu'on puisse dire que Patenier n'a pas vécu beaucoup plus de quarante ans.
Il travailla d'abord à Bruges, puis à Anvers. A Bruges, il fut l'élève de Gérard David, qui en fit rapidement son collaborateur. Il y a, au musée de Bruges, un Baptême du Christ, par Gérard David « où, dit M. Helbig, la végétation est traitée d'une manière magistrale qui rappelle entièrement par le feuillé des arbres et d'autres détails, la manière de Patenier ». En 1515, les deux peintres sont reçus en même temps comme francs-maîtres de la Ghilde Anversoise. C'est là qu'en 1520 Albert Dürer rencontre et fréquente Patenier.
Dans le Journal de Voyage du maître allemand, il est fréquemment question de Patenier. Dürer l'appelle : « le bon peintre de paysages »; il emprunte à Patenier, pour un travail pressant, des couleurs et un élève ; il lui donne des gravures, un dessin ; il lui offre un tableau de Hans Baldung Green ; il assiste, le 5 mai 1521, au mariage de Joachim avec sa seconde femme, Jeanne Nuyts. Enfin, à deux reprises, Dürer fait le portrait de Patenier.
L'un de ces portraits (le meilleur, d'après M. Helbig, qui le reproduit) est un dessin à la pierre noire, presque de grandeur naturelle et conservé au musée de Weimar. Il est signé et daté. Grâce à Dürer nous connaissons donc Patenier à trente-cinq ans. C'est un homme au visage imberbe, très jeune d'aspect. L'expression de ce visage est empreinte de gravité; le regard, sous les sourcils fournis et bien dessinés, a une intensité presque un peu triste; le nez est fort, la bouche charnue, le menton très détaché de l'ovale. Patenier est coiffé d'un beau chapeau de feutre ou d'étoffe, aux bords larges et découpés; le cou sort d'une chemise soigneusement plissée que recouvre un manteau confortable. Ce portrait implique l'aisance et la sécurité matérielles.
On a peine à croire que ce Patenier, si sérieux et si bien mis, soit celui que le plus ancien de ses biographes, Van Mander, décrit comme « un personnage vulgaire, grossier, s'adonnant à la boisson, à l'oïsiveté et dépensant son argent au cabaret jusqu'au moment où le besoin le forçait de reprendre ses pinceaux ». D'après ce même Van Mander, Patenier, « au lieu de signer ses tableaux, y plaçait ordinairement un petit homme satisfaisant ses besoins naturels ». M. Helbig affirme que Van Mander se trompe et qu'il confond Joachim Patenier avec un certain Henri Patenier, contemporain du nôtre, et dont on conserve à Middelbourg un tableau de bataille qui ne peut absolument pas être donné à Joachim.
En l'état de la question, il semble raisonnable de s'en tenir au Patenier que nous laisse entrevoir le Journal d'Albert Dürer. Dans ce cas, il faut admettre que Patenier fut un artiste que ses contemporains estimèrent, admirèrent, et qu'il fut même célèbre de son vivant.
Voyons maintenant ce que, pour justifier cette célébrité, Joachim Patenier apportait de nouveau.
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Là encore, la petite phrase de Dürer que nous citons tout à l'heure, nous renseignera: « Patenier, le bon peintre de paysages. »
Ce qui nous frappe lorsque nous regardons un tableau de Patenier frappait déjà ses contemporains; certes, on ne peut pas dire que Patenier a « inventé » le paysage en peinture; il y a, dans les plus beaux Van Eyck, des paysages incomparables et tels, peut-être, que Joachim n'en a jamais peint de plus beaux. Mais personne sans doute, avant Patenier, n'avait donné au paysage, dans un tableau, cette place prépondérante, parfois exclusive (si l'on a raison d'attribuer à Patenier une petite toile consacrée à la Galerie Nationale de Londres, et où les personnages ne comptent pas).
En l'envisageant à ce point de vue spécial du paysage, l'œuvre de Joachim Patenier peut être partagée en deux groupes; d'une part le groupe des tableaux d'époque, d'autre part le groupe des tableaux où le tempérament particulier de l'auteur l'emporte sur le goût général de son temps.
Les tableaux du premier groupe ne nous retiendront pas longtemps. Ce sont pour la plupart des tableaux d'autel, commandés sans doute par des couvents ou par des corporations, et destinés à occuper des emplacements déterminés. Là, Patenier ne pouvait guère se laisser aller à son inspiration, à son caprice. Il devait subir le sujet, le format, et se plier à une tradition iconographique stricte et intransigeante. De cette série est par exemple la Crucifixion, conservée à la pinacothèque de Munich, où certains détails
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JOACHIM PATENIER
dans la disposition et la coloration du beau paysage rappellent certes ce que Patenier est capable de faire, mais qui, dans l'ensemble, est une œuvre assez pareille à celles que l'on peignait en Flandre à ce moment-là. Tout différents sont les tableaux du second groupe, qui sont l'invention propre de maître Joachim. De son vivant et lorsqu'il fut mort,
Aucun d'eux n'étant signé ou daté, on ne peut songer à leur assigner un rang chronologique.
Nous trouverons dans le Saint-Christophe le thème qui permettait à Patenier de traiter l'un de ses motifs préférés : une rivière. M. Helbig nous apprend que cette rivière est la Meuse, qui passe à Dinant, la ville
LA TENTATION DE SAINT ANTOINE
ces « paysages animés » furent imités, mais, avant lui, on ne les connaissait pas.
Parmi celles de ces œuvres que nous reproduisons, quatre sont particulièrement significatives : le Paradis et l'Enfer, Saint-Christophe, la Fuite en Egypte et la Tentation de Saint-Antoine. Ces tableaux sont en Espagne, au musée du Prado, à Madrid, à l'exception du Saint-Christophe, qui se trouve au palais de l'Escrorial.
natale de Patenier. Nous avons vu que, si l'on en croit les quelques renseignements biographiques assez pauvres que l'on possède, Patenier aurait quitté Dinant pour Bruges, puis pour Anvers. Cette Meuse serait donc, au moins pendant la seconde moitié de la vie de Patenier, un modèle qu'il ne voyait plus qu'avec les yeux du souvenir. On peut dire que la Meuse hantait la mémoire du peintre. Parmi les tableaux de Patenier