Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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L'ART ET LES ARTISTES
17e ANNÉE Nouvelle Série
NUMÉRO 33 JANVIER 1923
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ART ANCIEN, ART MODERNE
ART DÉCORATIF
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DIRECTEUR-FONDATEUR
ARMAND DAYOT
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RÉDACTION & ADMINISTRATION
23, Quai Voltaire, PARIS 7e
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Revue d'Art de France et de l'Etranger
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L'ART ET LES ARTISTES
Revue d'Art ancien, d'Art moderne, d'Art décoratif
(paraissant dix fois par an)
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Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT
Secrétaire de Rédaction : PIERRE LADOUÉ
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XVIIe Année — SOMMAIRE DU NUMÉRO 33 (Janvier 1923)
LES FONTAINES SACRÉES DE BRETAGNE (13 illustrations) . . . . . . . . . . PAUL GRUYER
CHARLES MILCENDEAU (14 illustrations) . . . . . . . . . . TRISTAN KLINGSOR
UN PEINTRE BELGE : GUSTAVE VAN DE WOESTYNE (8 illustrations) . . . . . . PAUL FIERENS
MAURICE MARINOT, PEINTRE ET VERRIER (15 illustrations) . . . . . . . . . . RENÉ CHAVANCE
L’ACTUALITÉ : Echos des Arts : La Danseuse de Degas. — A travers les Expositions. — Le Mouvement artistique à l’Étranger (Belgique). — Les Livres (5 illustrations).
En hors texte : DESSIN ORIGINAL INÉDIT de CHARLES MILCENDEAU
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Prix de ce Numéro : 8 francs pour la France, 8 fr. 50 pour l’Etranger.
(Envoi d’un Numéro spécimen contre mandat de 3 fr. 50)
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Tous droits de reproduction, de traduction et d’interprétation réservés pour tous pays.
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Il ne sera répondu par l’Administration et la Rédaction de la revue qu’aux lettres contenant l’affranchissement de retour.
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GALERIE HAUSSMANN
G. DANTHON
TABLEAUX MODERNES — SCULPTURES
29, Rue La Boëtie
Téléphone : ÉLYSÉES 12-14
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La grande
Liqueur
Française
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Bénédictine
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Copyright by L'Art et les Artistes, 1922
L’administrateur-gérant : Georges COUTAREL
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DUVEEN
BROTHERS
LONDON
PARIS
NEW-YORK
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Jean CHARPENTIER
76, Faubourg Saint-Honoré, PARIS (VIIIe)
TABLEAUX ANCIENS et OBJETS d'ART
DÉCORATIONS du XVIIIe SIÈCLE
GALERIE D'EXPOSITIONS
COGNAC
J.F.MARTELL
Le Cognac Martell est le produit naturel des vins recoltés et distillés dans la région de Cognac.
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LES FONTAINES SACRÉES DE BRETAGNE
LEURS LÉGENDES
Le culte des sources et des fontaines, dont l'eau limpide et pure désaltère la soif de l'homme, lui donne de quoi préparer ses aliments et fournir à ses ablutions, est vieille comme le monde. En Grèce et en Italie, sources et fontaines étaient placées sous la garde mystérieuse de la divinité protectrice qui les faisait sourdre du sol et à laquelle on offrait, en guise d'ex-voto, de petites figurines en terre qui représentent des personnages ou des choses divers, que l'on y jetait dans l'eau. L'image que nous retrouvons en France, à l'appui de la Gaule romaine.
À même temps, et en face de ses vertus physiques, l'eau était considérée comme un symbole de purification morale. C'est ainsi que prit naissance le baptême chrétien; que Jésus-Christ ne dédaigna point de recevoir de la main du plus célèbre «baptiste» de la Judée, Saint-Jean-Baptiste, qui, comme un grand nombre d'ascètes hébreux, ses contemporains, prenait jour et nuit des ablutions d'eau froide. Les sources intermittentes, notamment, passaient en Judée pour «sabbatiques». Plus tard, à l'apogée de sa prédication, Jésus tenta de réagir contre cette observance superstitieuse, si chère aux dévots de son époque. — «Pouvez-vous, leur disait-il, laver votre âme dans un peu d'eau? C'est
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Jean CHARPENTIER
76, Fauvoury, Saint-Honoré, PARIS (VIII)
TABLEAUX ANCIENS et OBJETS d'ART
DECORATIONS du XVIIIe SIÈCLE
GALERIE D'EXPOSITIONS
COGNAC
J.F.MARTELL
Le Cognac Martell est le produit naturel de vins recoltés et distillés dans la région de Cognac.
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Phot. Monuments historiques.
FONTAINE DE SAINT-JEAN-DU-DOIGT (FINISTÈRE) ET VUE D'ENSEMBLE DE L'ÉGLISE ET DE L'OSSUAIRE
LES FONTAINES SACRÉES DE BRETAGNE
LEURS LÉGENDES
Le culte des sources et des fontaines, dont l'eau limpide et pure désaltère la soif de l'homme, lui donne de quoi préparer ses aliments et fournit à ses ablutions, est vieille comme le monde. En Grèce et en Italie, sources et fontaines étaient placées sous la garde mystérieuse de la divinité protectrice qui les faisait sourdre du sol et à laquelle on offrait, en guise d'ex-voto, de petites figurines en terre cuite représentant des personnages ou des objets divers, que l'on y jetait dans l'eau. Usage que nous retrouvons en France, à l'époque de la Gaule romaine.
En même temps, et en face de ses vertus physiques, l'eau était considérée comme un symbole de purification morale. C'est ainsi que prit naissance le baptême chrétien, que Jésus-Christ ne dédaigna point de recevoir de la main du plus célèbre « baptiste » de la Judée, Saint Jean-Baptiste, qui, comme un grand nombre d'ascètes hébreux, ses contemporains, prenait jour et nuit des ablutions d'eau froide. Les sources intermittentes, notamment, passaient en Judée pour « sabbatiques ». Plus tard, à l'apogée de sa prédication, Jésus tenta de réagir contre cette observance superstitieuse, si chère aux dévots de son époque. — « Pouvez-vous, leur disait-il, laver votre âme dans un peu d'eau ? C'est
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L'ART ET LES ARTISTES
FONTAINE DE SAINT-ANASTASE, PRÈS DE LANDIVISIAU (FINISTÈRE)
seulement en accomplissant le bien que votre cœur sera purifié. » — Mais cette pratique lui survécut et le baptême est devenu et est resté un des rites officiels de la religion chrétienne. De la purification de l’âme à la guérison des maux du corps par l’eau sainte, il n’y a qu’un pas, qui fut vite franchi, et aujourd’hui encore, c’est l’eau qui, à Lourdes, la plus célèbre des fontaines sacrées de France, sert de véhicule au miracle.
Ces fontaines, dont le culte s’appuyait tant sur la tradition païenne que sur la foi nouvelle, étaient innombrables sur notre sol, aux premiers temps du christianisme. Tantôt l’autorité ecclésiastique luttait contre cette superstition, et tantôt elle s’efforçait de la régulariser et sanctifier. C’est ainsi que, si nous en croyons la légende, nous voyons en Normandie l’illustre Saint Valery obstruer, à l’aide de balles de laine entassées, la source et le cours de la rivière qui coulait jadis dans le vallon de ce nom et où les habitants de la région se livraient à mille pratiques indécentes et ridicules. C’est depuis lors que le vallon du gentil petit port normand est privé d’eau. C’est ainsi encore que, dans une lettre adressée par lui au pape Alexandre III, à la fin du xii^e siècle, l’évêque de Lisieux se plaint des encouragements à la superstition de l’eau auxquels se livrent les moines de l’Abbaye de Grestain (Eure), dont les ruines subsistent sur l’estuaire de la Seine, entre Honfleur et Pont-Audemer. Ces moines, dit-il, prétendent opérer des miracles et guérir les malades en les plongeant sept fois dans une piscine d’eau glacée que renferme leur couvent, ce dont une pauvre femme est morte entre leurs mains.
Par contre, d’autres fontaines sacrées ont traversé les siècles et demeurent encore aujourd’hui sur le sol normand. Telle est, à Fécamp, la Fontaine du Précieux-Sang, qui se trouve encastrée dans une petite chapelle, à peu de distance de l’église abbatiale, et où les pèlerins sont nombreux, principalement le mardi de la Trinité. Telle encore, au Grand-Andely, la Fontaine de Sainte-Clotilde, qu’ombrage un tilleul séculaire et que surmonte une statue de la sainte, entourée d’ex-voto. Tandis que les maçons travaillaient à la construction de l’église Notre-Dame (xiii^e siècle) qui est voisine, Sainte Clo-
FONTAINE ET GROTTE DE SAINT-GILDAS (PRESQU’ILE DE RHUYS)
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LES FONTAINES SACRÉES DE BRETAGNE
Phof. P. Gruyer.
FONTAINE DE SALAÜN, A L'ABSIDE DE L'ÉGLISE DU FOLGOËT (FINISTÈRE)
(XV° SIÈCLE)
tildé, un jour, afin de réparer leurs forces, changea en vin l'eau de la source qui alimente cette fontaine. En mémoire de ce miracle, les fidèles s'y rendent en pèlerinage, le 2 juin de chaque année. Une procession a lieu de l'église à la fontaine, dans laquelle on baigne une statuette de vermeil contenant les reliques de la sainte ; puis on y jette plusieurs brocs de vin. Longtemps les fidèles y pratiquèrent, dans deux piscines ménagées à cet effet, l'une pour les hommes et l'autre pour les femmes, l'ablution complète. L'eau, très froide, ne dépasse pas 6 à 7 degrés centigrades. On trouve en Normandie d'autres fontaines de ce genre, notamment à Diville-lès-Rouen, à Rolleville, près de Montivilliers, et à Canouville, près de Saint-Wandrille.
Plus près de Paris, à cinq kilomètres au delà de Versailles, dans la Vallée du Rû de Gally, qui alimente le Grand Canal et où s'écoule l'eau des bassins du parc, on retrouve, non sans étonnement, au petit village de Rennemoulin, une de ces fontaines (bien peu de gens la connaissent) dont l'eau claire comme du cristal ne sert plus qu'à emplir un lavoir, mais que préside toujours, sous une voûte, le vieux saint de pierre, Saint Mathurin je crois, à laquelle elle était consacrée.
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L'ART ET LES ARTISTES
Ces fontaines, par contre, sont demeurées innombrables dans la vieille Armorique. L'esprit traditionnel des habitants les a respectées et a continué leur entretien séculaire, en même temps que le culte ancestral qui s'y rattache. Tout pèlerinage breton a sa fontaine sacrée. Or toute chapelle bretonne a son pèlerinage et, de ces chapelles, il en surgit à tous les coins de la route ou de la lande, charmante et poétique floraison de la foi. Les unes — et leur fontaine comme elles-mêmes — sont humbles et d'aspect tout intime, et ont leurs dévots locaux. Les autres ses sculptures rougies par les lichens, elle fait couler son eau dans trois bassins. Trois niches renferment trois petites et charmantes statues : Saint Nicodème, à qui l'on amène un bœuf, que l'on place sous sa protection ; Saint Gamaliel, entre deux personnages, l'un en prière, l'autre qui lui présente un porc, mis pareillement sous sa garde ; Saint Abibon, entre deux autres personnages, l'un à cheval, l'autre agenouillé, et implorant sa protection. Le jour du pardon, qui se tient le premier samedi d'août, les bestiaux, amenés des villages environnants, font, au
FONTAINE MIRACULEUSE A ARGOL (FINISTÈRE)
sont célèbres dans toute la Bretagne et l'on y accourt de partout, lors de l'époque de leur « pardon ».
Nous ne pouvons songer à énumérer seulement toutes ces fontaines. Les plus renommées sont celles de Sainte-Anne-d'Auray, dans le Morbihan, et de Sainte-Anne-de-la-Palue, dans le Finistère. Les plus modestes, en retour, sont le plus souvent les plus pittoresques.
Rien de plus délicieux que la Fontaine de Saint-Nicodème, qui accompagne la chapelle du même nom, à Saint-Nicolas-des-Eaux (Morbihan, région de Pontivy). La chapelle est du xvi° siècle et la fontaine, de 1608, est comme elle du plus riche gothique flamboyant. Avec son découpage de granit, à la fois gracieux et rude, ses pignons aigus et son du fifre et du tambour, le tour de la chapelle et de la fontaine, et l'on donne aux trois Saints des aubades. Parmi les pèlerins, les uns boivent l'eau sacrée, dans un bol, dans leur main, ou dans le creux rebord de leur grand feutre, transformé en coupe. D'autres, simultanément, avec une foi non moins robuste et sans crainte des vains microbes, se lavent les pieds et les jambes dans la fontaine, et y ablutionnent leurs bobos, pour en être guéris. La même cérémonie se renouvelle, à peu près semblable, à toutes les fontaines sacrées de la Bretagne.
Près de Dirinon-Sainte-Nonne (Finistère ; région de Landerneau), l'humble Fontaine de Sainte-Nonne, dans une lande aux ajones d'or, jaillit miraculeusement du sol, conte la légende, pour permettre à la Sainte (prin-
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LES FONTAINES SACRÉES DE BRETAGNE
cesse irlandaise, elle était venue en Bretagne, du Pays de Galles, après avoir été violente dans une forêt par le roi Kérétic) de baptiser son fils, Divy, dont elle venait d'accoucher sur un rocher voisin qui, pour de Saint-Divy porte au fronton les mêmes armes que la précédente. La niche renferme la statue de Saint-Divy, du xvi^e siècle, et de petites croix en bois, qu'on lui offre. On amène à la fontaine les enfants nouveaux-
recevoir l'enfant, s'était amolli comme de la cire. La source, entourée de bancs de granit à demi effondrés, est abritée par une petite voûte que recouvre un toit de pierres, dont le pignon porte la date de 1623 et les armes des seigneurs de Lézuzan; une niche contient la statue de la Sainte. Un demi kilomètre plus loin, au hameau de Lannuzel, la Fontaine nés, qui ont une ligne bleue entre les sourcils; ceux qui sont marqués de ce signe, dit « mal de Saint-Divy », passent pour être voués à une mort prématurée si le Saint ne leur vient en aide.
Pour l'exquise arcature gothique qui l'encadre et que décore, à son centre, une Vierge du xv^e siècle qui, la tête baissée, se