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16° ANNÉE Nouvelle Série NUMÉRO 31 NOVEMBRE 1922 L'ART ET LES ARTISTES ART ANCIEN, ART MODERNE ART DÉCORATIF DIRECTEUR-FONDATEUR ARMAND DAYOT RÉDACTION & ADMINISTRATION 23, Quai Voltaire, PARIS 7° Revue d'Art de France et de l'Etranger
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
16° ANNÉE Nouvelle Série NUMÉRO 31 NOVEMBRE 1922 L'ART ET LES ARTISTES ART ANCIEN, ART MODERNE ART DÉCORATIF DIRECTEUR-FONDATEUR ARMAND DAYOT RÉDACTION & ADMINISTRATION 23, Quai Voltaire, PARIS 7° Revue d'Art de France et de l'Etranger
L'ART ET LES ARTISTES Revue d'Art ancien, d'Art moderne, d'Art décoratif (paraissant dix fois par an) --- Abonnement d'un An : - FRANCE... 60 fr. - ÉTRANGER. 75 fr. Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire de Rédaction: PIERRE LADOUÉ --- XVIIe Année — SOMMAIRE DU NUMÉRO 31 (Novembre 1922) LE MUSÉE DE DIJON (17 illustrations). JULES JOËTS (7 illustrations) KAZUNORI ISHIBASHI (7 illustrations) GUINO (8 illustrations) L’ESPRIT MODERNE A LA MANUFACTURE DE SÈVRES (10 illustrations) FERNAND MERCIER Conservateur au musée de Dijon CAMILLE MAUCLAIR LOUISE GEBHARD CANN FRANÇOIS FOSCA RENÉ CHAVANCE L’ACTUALITÉ : A travers les Expositions. — Échos des Arts. — Les Livres. En hors texte : LE PRINTEMPS, par ROSALBA CARRIERA (musée de Dijon) --- Prix de ce Numéro : 8 francs pour la France, 8 fr. 50 pour l’Etranger. (Envoi d’un Numéro spécimen contre mandat de 3 fr. 50) --- Tous droits de reproduction, de traduction et d’interprétation réservés pour tous pays. Les Articles publiés par L’ART ET LES ARTISTES deviennent la propriété de la Revue. Il ne sera répondu par l’Administration et la Rédaction de la revue qu’aux lettres contenant l’affranchissement de retour. Toute demande de changement d’adresse devra être accompagnée de la somme de un franc. --- GALERIE HAUSSMANN G. DANTHON TABLEAUX MODERNES — SCULPTURES 29, Rue La Boëtie Téléphone : ÉLYSÉES 12-14 --- Bénédictine --- Copyright by L’Art et les Artistes, 1922 L’administrateur-gérant : Georges COUTAREL
DUVEEN BROTHERS LONDON PARIS NEW-YORK
Galeries Georges Petit 8, RUE DE SÈZE, 8 — PARIS (IXe Arrondi) --- TABLEAUX MODERNES EXPOSITIONS - EXPERTISES BRONZES DE BARYE --- DIRECTION DE VENTES PUBLIQUES IMPRIMERIE ARTISTIQUE 12, rue Godot-de-Mauroi, 12 --- COGNAC J.F. MARTELL Le Cognac Martell est le produit naturel des vins recoltés et distillés dans la region de Cognac.
JEAN DE LA HUERTA ET ANTOINE LE MOITURJER — TOMBEAU DE JEAN SANS PEUR ET DE MARGUERITE DE BAVIÈRE LES TRÉSORS D'ART DE LA FRANCE LE MUSÉE DE DIJON Au moment où des dons importants affluent vers ce musée de la capitale bourguignonne que, dès 1900, M. Gonse qualifiait « d'ensemble de premier ordre », il peut paraître téméraire de formuler une appréciation. Elle ne saurait être définitive. Vingt-deux salles au premier étage, dont la célèbre salle des Tombeaux ; sept au rez-de-chaussée en y comprenant les admirables cuisines du palais ducal, plus de six mille œuvres diverses constituent déjà, avant les acquisitions nouvelles, l'une des plus riches, l'une des plus variées collections d'art de toute la France provinciale. Créé par les Etats de Bourgogne dès 1783, inauguré en 1799, le Musée de Dijon, installé actuellement dans l'ensemble monumental qui encadre la célèbre Cour de Bar, se présente sous une forme infiniment pittoresque. La succession des salons anciens, des salles ducales, des galeries modernes est extrêmement variée et ajoute un charme à la valeur des chefs-d'œuvre qu'ils renferment. Quelques esprits reprocheront à cet enchainement un manque d'homogénéité, une absence d'uniformité. Le Musée de Dijon n'est pas riche d'hier. C'est un tout qui témoigne d'un accroissement patient et sûr; c'est le souvenir d'un passé historique célèbre qui reflète aussi
Galeries Georges Petit 8, RUE DE SEZE, 8 — PARIS (IX Arrond) TABLEAUX MODERNES EXPOSITIONS - EXPERTISES BRONZES DE BARYE DIRECTION DE VENTES PUBLIQUES IMPRIMERIE ARTISTIQUE 12, rue Godot-de-Mauroi, 12 COGNAC J.F. MARTELL Le Cognac Martell est le produit naturel des vins recoltés et distillés dans la region de Cognac.
JEAN DE LA HUERTA ET ANTOINE LE MOITURIER — TOMBEAU DE JEAN SANS PEUR ET DE MARGUERITE DE BAVIÈRE LES TRÉSORS D'ART DE LA FRANCE LE MUSÉE DE DIJON Au moment où des dons importants affluent vers ce musée de la capitale bourguignonne que, dès 1900, M. Gonse qualifiait « d'ensemble de premier ordre », il peut paraître téméraire de formuler une appréciation. Elle ne saurait être définitive. Vingt-deux salles au premier étage, dont la célèbre salle des Tombeaux ; sept au rez-de-chaussée en y comprenant les admirables cuisines du palais ducal, plus de six mille œuvres diverses constituent déjà, avant les acquisitions nouvelles, l'une des plus riches, l'une des plus variées collections d'art de toute la France provinciale. Créé par les Etats de Bourgogne dès 1783, inauguré en 1799, le Musée de Dijon, installé actuellement dans l'ensemble monumental qui encadre la célèbre Cour de Bar, se présente sous une forme infiniment pittoresque. La succession des salons anciens, des salles ducales, des galeries modernes est extrêmement variée et ajoute un charme à la valeur des chefs-d'œuvre qu'ils renferment. Quelques esprits reprocheront à cet enchainement un manque d'homogénéité, une absence d'uniformité. Le Musée de Dijon n'est pas riche d'hier. C'est un tout qui témoigne d'un accroissement patient et sûr; c'est le souvenir d'un passé historique célèbre qui reflète aussi
L'ART ET LES ARTISTES bien la richesse d'une cour ducale, rivale en splendeur de celle des rois de France, que l'intimité plus fermée du milieu parlementaire bourguignon. Tel qu'il est actuellement, le Musée de Dijon a son caractère à part parmi les galeries artistiques. C'est le miroir de la cité dijonnaise dont on ne connaît l'âme que derrière des murailles parfois austères et qui ne se livre qu'à ses amis très intimes. Un nom illustre domine tous les autres dans l'histoire du Musée de Dijon à son origine : c'est celui de François Devosge, artiste conscientieux, sans plus, mais administrateur émérite et guide admirable pour ses nombreux élèves. C'est sur sa proposition que les Etats de Bourgogne décidèrent, le 2 janvier 1783, de construire l'aile orientale du palais, destinée à former un musée « pour les progrès de l'Art et l'utilité des élèves ». Le Musée commença par le Salon Carré où le maître disposa les moulages en plâtre, d'après l'antique, achetés à Rome en 1780, à la vente du peintre Raphaël Mengs, ainsi que les copies faites dans la ville éternelle par les jeunes pensionnaires envoyés par la Province de Bourgogne; c'est là l'origine du plafond que Prudhon peignit librement, à la gloire des Princes de Condé, d'après celui que Pietro da Cortona avait conçu à la gloire des Barberini. La Révolution devait interrompre l'essor du Musée, mais elle permit à l'activité de François Devosge de continuer ses bienfaits par la protection des œuvres d'art. Au moment le plus terrible de la tourmente iconoclaste, François Devosge fut officiellement chargé de «conserver» les monuments et les œuvres les plus remarquables de notre pays. La création des Ecoles centrales, en 1795, donna plus de pouvoir à cet excellent protecteur en le plaçant à la tête de la classe de dessin du nouvel établissement installé au Collège des Godrans. La nomination de M. Monnier comme conservateur, en 1799, consacrait officiellement la valeur de l'effort si méritoire qui doit faire considérer avec respect le nom de François Devosge par tous les artistes et tous les amis de l'Art. A cette date, le Musée comprenait trois salles d'exposition pour ses 287 tableaux ou dessins et ses 240 sculptures ou objets d'art. Que d'agrandissements se sont produits depuis cette date, causés par des envois de l'Etat et des dons importants! Il n'entre pas MELCHIOR BROEDERLAM — ANNONCIATION ET VISITATION (Volet gauche du retable de Champmol)
LE MUSÉE DE DIJON dans les limites d'une étude aussi générale d'indiquer les noms de tous les généreux donateurs. Qu'il nous soit permis de rendre hommage, cependant, à ceux qui ont offert des collections complètes dont les présentations en nos galeries constituent autant de jalons témoins de leur accroissement et dont les salles portent les noms : Anatole Devosge (peintures et dessins), 1850; His de la Salle (dessins), 1862 à 1865; Célestin Nanteuil (estampes), 1869; M. et Mme Trimolet (meubles, peintures, dessins, céramique, objets d'art), 1878; Mme Décle (peinture et céramique), 1906; M. et Mme Grangier (meubles, peintures et objets d'art), 1908; M. Maciet (peintures et dessins), de 1897 à 1911; M.etMme Roydet (céramique), 1919. Depuis trente ans, le Musée de Dijon est dirigé par un homme de goût et de science, véritable Mécène, M. Albert Joliet. Cemusée actuel tel que nous l'admirons est son œuvre. C'est grâce à son activité intelligente et tenace que nos galeries ont pris cet air accueillant de vieille maison bien tenue dans laquelle règne le calme, la sérénité. Il n'est pas de salle où nous ne rencontrions des pièces très importantes offertes par M. Albert Joliet ou par son très regretté frère, M. Gaston Joliet, décédé en décembre 1921 dans les fonctions de conservateur-adjoint qu'il exerçait avec une compétence et une autorité universellement reconnues. Nous n'avons aucunement l'intention de dresser un inventaire des richesses du musée de Dijon. Comme toutes les collections publiques, il compte des pièces de seconde valeur. Nous nous contenterons de signaler les œuvres marquantes : elles sont suffisamment nombreuses pour le rendre célèbre. Sculpture. — La Bourgogne étant avant tout la terre des sculpteurs, c'est par les « tailleurs d'images » que nous commencerons notre étude. Depuis le xiv° siècle, en effet, nous nous honorons d'avoir des sculpteurs connus. L'école burgondo-flamande illustre, avec Claus Sluter et son atelier, les siècles des grands ducs de la Maison de Valois. Le xvi° siècle bourguignon est celui du célèbre ciseleur dubois, Hugues Sambin. Au xvii°siècle, Jean Dubois enrichit les monuments de Dijon d'œuvres très vraies quand il n'exagère pas l'italianisme. Le xviii° siècle a le talent gracieux d'Attiret. Le xix° siècle est dominé par le grand nom de Rude et au xx° siècle encore, notre Bourgogne est plus que dignement représentée par les Dampt, les Gasq, les Bouchard, les Piron et les Auban; de chaque période il reste au Musée de Dijon quelques pièces importantes. C'est dans la « salle des Gardes », partie du palais ducal réédifié par Philippe le Bon, restaurée de 1895 à 1900, que figurent les tombeaux des ducs Philippe le Hardi et Jean sans Peur placés jadis dans la nef de l'église de la LE MAITRE DE FLÉMALLE — ADORATION DES BERGERS
L'ART ET LES ARTISTES BERNARDINO LUINI — VIERGE ET ENFANT (FRAGMENT) Cluny, mort en 1424, cet original morceau provenant de l'église des Carmes de Dijon, pétri de la même vérité réaliste et marqué de la même technique. Ce chef-d'œuvre est encastré, au Musée de Dijon, dans la muraille de l'ancien escalier d'honneur. C'est dans la même salle des Gardes dont la célébrité est mondiale que, dominés par la cheminée de Jean d'Angers (1504), se trouvent les retables exécutés sur la commande de Philippe le Hardi par Jacques de Baerze, de 1390 à 1399. Ces œuvres merveilleuses de la sculpture sur bois comprennent, sous de multiples rampes d'arcatures gothiques, dans un caisson central, l'une, trois scènes de la vie des saints (Décollation de Saint Jean-Baptiste; martyrs de Sainte Catherine et de Sainte Barbe; tentation de Saint Antoine), l'autre, trois scènes de la vie de Jésus (Adoration des Mages; Crucifixion; Mise au tombeau). Le retable de la vie des Saints, de même que celui de la vie de Jésus, portent à l'intérieur des volets une série de statuettes de saints personnages dont la plus célèbre, celle de Saint Georges, remarquable de vérité et de précision historique, a inspiré Fremiet dans son Saint Michel du Monastère «en péril de Chartreuse de Champmol. Celui de Philippe le Hardi commencé avant 1389 par Jean de Marville, continué par Claus Sluter, a été terminé par son élève et neveu Claus de Werve. Qui ne connaît ce monument remarquable dans lequel l'artiste a joint l'effet d'une ligne audacieuse à une polychromie harmonieuse? Toute la pensée du Moyen Age est dans ce gisant à l'âge idéalisé, aux mains jointes symbolisant la foi, reposant sur une dalle de marbre noir et ayant à ses pieds le Lion allégorique de la Résurrection. La galerie d'albâtre avec ses deuillants si réalistes, si vrais, si «bourguignons», est une chose unique dans l'art de la sculpture. Le tombeau de Jean sans Peur et de Marguerite de Barière est plus riche dans le détail; mais—si son exécution révèle une habileté extraordinaire—une inspiration nouvelle, originale, a manqué à l'Aragonais Jean de la Huerta et à l'Avignonnais Antoine le Moiturier qui l'ont exécuté entre 1443 et 1470. On a voulu voir la main d'Antoine le Moiturier dans le génial tombeau de Philippe Pot qui figure actuellement au Louvre. Il serait vraisemblable de lui attribuer également la tombe de Jacques Germain, bourgeois de CORNEILLE DE LYON — LE COMTE D'ENGHIEN
LE MUSÉE DE DIJON mer ». Nous verrons que la valeur du Retable de la Vie de Jésus est considérablement augmentée par la présence, sur les volets extérieurs, des peintures de Melchior Broederlam. Entre ces deux retables, sur un socle encastré qui en modifie peut-être trop la destination primitive, repose la statue de la dame Antoinette de Fontette, originaire de la Chapelle du château de Verrey-sous-Drée (elle fut placée dans la suite, dans l'église du village à un banc de prière, près de l'entrée). Le costume polychromé nous fixe comme date le milieu du xvie siècle, ce qui correspondrait parfaitement à l'âge de l'orante agenouillée sur un coussin à glands d'or, tenant son cœur dans ses mains, plastique reproduction de sa devise « Mon cœur à Dieu ». Non loin de là, figurent deux des œuvres du maître Hugues Sambin qui caractérisent parfaitement les deux aspects de son talent fait tantôt de simplicité, tantôt au contraire de surcharge, ce qui ne signifie point lourdeur. La porte des archives du palais de Justice, dite Porte du Scrin (vers 1582) est peut-être le chef-d'œuvre de Sambin dont le rôle paraît avoir été considérable en Bourgogne. C'est en tout cas le type de son expression simple et pure, tandis que sa Porte du palais de Justice est un exemple de son travail le plus fouillé, le plus complet et qui se retrouve dans la plupart des meubles qu'on lui attribue, à tort ou à raison. Pour le xviie siècle, de notre Jean Dubois le musée ne possède que des maquettes intéressantes, notamment celle du groupe de l'Assomption qui figure dans la Chapelle des Œuvres de l'église Notre-Dame de Dijon. C'est Coysevox qui a la plus belle figure, celle du roi Louis XIV, attribuée longtemps à tort, à Girardon. Le marbre fut commandé par le Parlement de Bourgogne en 1686, à Coysevox; c'est une pièce remarquable qui peut soutenir la comparaison avec celle d'Aix. Le xviiie siècle est infiniment mieux doté aussi bien par les artistes locaux que par les noms les plus célèbres de l'Ecole française. La salle des Gardes présente le buste de ce Piron dijonnais « qui ne fut rien, pas même académicien », exécuté par son ami J.-J. Caffieri. Nul ne pouvait, en effet, mieux que Caffieri traduire le masque sardonique de celui dont on a peut-être exagéré la verve étourdissante et qui fut au demeurant un excellent homme et un tendre époux. Le buste tel qu'il existe avec son socle de marbre et son épitaphe avait été placé sur le tombeau du poète à Saint-Roch de Paris; c'est depuis 1819 qu'il est au Musée de Dijon. Caffieri est encore excellemment représenté par un plâtre plein de vie et d'énergie du grand musicien bourguignon Jean-Philippe Rameau et par un buste en plâtre de l'abbé Longuet de Gergy, exécuté en 1748. Le Salon Condé abrite deux des œuvres les ÉCOLE DE FONTAINEBLEAU - FEMME A SA TOILETTE (PORTRAIT DE DIANE DE POITIERS?)

La revue L'Art et les Artistes publie son numéro de novembre 1922, qui fait partie de sa 16ème année de publication. Ce numéro, le 31ème de la nouvelle série, présente des articles sur le Musée de Dijon, Jules Joëts, Kazunori Ishibashi, Guino, et l'art moderne à la Manufacture de Sèvres, accompagnés de nombreuses illustrations. Il inclut également des chroniques sur l'actualité artistique, les expositions, les échos des arts et les livres.