Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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L'ART ET LES ARTISTES
Art Ancien, Art Moderne, Art Décoratif
16e ANNÉE Nouvelle Série
NUMÉRO 23 JANVIER 1922
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DIRECTEUR-FONDATEUR
ARMAND DAYOT
RÉDACTION & ADMINISTRATION
23, Quai Voltaire, PARIS 7e
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Revue d'Art de France et de l'Etranger
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L'ART ET LES ARTISTES
Revue d'Art ancien, d'Art moderne, d'Art décoratif
(paraissant dix fois par an)
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Abonnement $\left\{ \begin{array}{l} \text{FRANCE.. 60 fr.} \\ \text{d'un An : ÉTRANGER. 75 fr.} \end{array} \right.$
Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT
Secrétaire de Rédaction : PIERRE LADOUÉ
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XVIe Année — SOMMAIRE DU NUMÉRO 23 (Janvier 1922)
- LÉON BONNAT, PEINTRE ET COLLECTIONNEUR (26 illustrations) … … … MARCEL PAYS
- ALEXANDRE IACOVLEFF ET VASSILI CHOUKHAIEFF (10 illustrations)… … … PASCAL FORTHUNY
- LA DÉCORATION MODERNE AU CINÉMA (9 illustrations).. … … … EMILE SEDEYN
- QUSTAVE PIERRE (2 illustrations). … … … JEAN MÉRIEM
L’ACTUALITÉ : A l’occasion du tricentenaire de Molière (6 illustrations), par René Chavance. — Echos des Arts. Les Expositions. — Les Livres.
En hors texte : TÊTE DE JEUNE CERF, d’après ALBERT DÜRER (Collection Bonnat).
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Prix de ce Numéro : 8 francs pour la France, 12 francs pour l’Etranger.
(Envoi d’un Numéro spécimen contre mandat de 3 fr. 50)
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Tous droits de reproduction, de traduction et d’interprétation réservés pour tous pays.
Les Articles publiés par L’ART ET LES ARTISTES deviennent la propriété de la Revue.
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Nous nous permettons d’aviser nos nombreux correspondants qu’il ne sera plus répondu désormais par l’Administration et la Rédaction de L’Art et les Artistes qu’aux lettres contenant l’affranchissement de retour.
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Copyright by L’Art et les Artistes, 1922
L’administrateur-gérant : Georges COUTAREL
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DUVEEN
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L'ART ET LES ARTISTES
Revue d'Art Ancien, d'Art Moderne, d'Art Décoratif
FONDÉE EN 1906
PARAISSANT CHAQUE MOIS (sauf en août et septembre)
Directeur : ARMAND DAYOT
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COMITÉ DE PATRONAGE
MM. LOUIS BARTHOU, LÉON BÉRARD, ALBERT BESNARD, PHILIPPE BERTHELOT, GUSTAVE GEFFROY, EDOUARD HERRIOT, ANATOLE FRANCE, MARÉCHAL LYAUTHEY, PAUL LEON, JULIEN LEMORDANT, RAYMOND POINCARÉ, ROBERT DE LA SIZERANNE, ROBERT DE ROTHSCHILD, ANDRÉ TARDIEU.
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LISTE DE N°S SPÉCIAUX PARUS PENDANT LA GUERRE
PREMIÈRE SÉRIE (Année 1915)
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de SEM, POULBOT, GUILLAUME, MÉTIVET, CAPY, CHAPERON, DHARM, FALKE, GENY, HEMARD, KERN, MASS-TRICK, MORISS, PALLIER
RADIGUET, J.-J. ROUSSEAU, ROUTIER, ROUEVRE, VILLEMOT.
LUCIEN DESCAVES
Directeur littéraire.
G. DE PAWLOWSKI
Critique dramatique.
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Musée de Bayonne.
DEGAS — LÉON BONNAT A TRENTE ANS
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LÉON BONNAT
PEINTRE ET COLLECTIONNEUR
Les dernières générations de peintres manqueraient aux us et coutumes de l’art si elles ne réagissaient point contre les doctrines, les aspirations et les techniques de leurs ainées.
En vertu de ce principe de renouvellement, l’œuvre de Léon Bonnat fut longtemps discuté. Les plus âpres critiques furent formulées par les innombrables élèves formés à l’école de ce peintre.
Le maître de Bayonne a assez vécu pour voir, en sa verte vieillesse, s’atténuer singulièrement la violence de cette réaction contre sa peinture. Du temps de la vague impressionniste, on l’accusait d’être sombre, froide et compassée, plus volontaire que sensible. Et voici que, par un juste retour des choses d’ici-bas, la peinture selon l’évangile de Cézanne, actuellement en faveur, apparaît encore plus sombre, froide et compassée, plus systématique et dénuée de sensibilité !
La jeunesse s’enthousiasme, maintenant, pour la leçon d’Ingres et du Poussin. Résolument, elle s’oriente vers un classicisme constructif. Elle n’ose avouer que son évolution l’entraîne vers des disciplines qui ressemblent fort à la parfaite probité de métier
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L'ART ET LES ARTISTES
BONNAT DANS SON ATELIER (1900)
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base de l'enseignement de M. Bonnat. Mais elle commence à comprendre que ce peintre, si honnêtement pein- tre, s'intègre dans la plus noble tradition de l'école française, par une science consom- mée, une intransi- geante conscience pro- fessionnelle, une pas- sion grave de bon ouvrier pour la tâche élue entre toutes, une compréhension sûre des chefs-d'œuvre.
Après bien des re- cherches stériles, dans des voies sans issue, après des orgies d'ex- centricités tapageuses et des débauches de théories outrancières, les peintres réellement doués — il en reste quelques-uns — ad-
BONNAT PEIGNANT, A 88 ANS, (1921) LE PORTRAIT DE M. L'ABBÉ SICARD
mettent, enfin, cette évidence que le Des- sin, seul, sauvera la peinture moderne, si elle peut encore être sauvée du flot de mé- diocrité qui l'envahit.
Léon Bonnat gagne énormément à cette constatation. L'exa- men impartial de son œuvre, s'il ne provo- que point le délirant enthousiasme des créa- tions frémissantes du génie, force le respect par une maîtrise sim- ple, sobre et merveil- leusement sûre de ses moyens. C'est un œuvre nombreux et varié, de belle santé morale et physique; un œuvre bâti pour résister au temps, sans concession au goût du jour, sans effet facile
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LÉON BONNAT
ni fioriture vaine; un œuvre méritoire.
Cet œuvre, de couleur un peu sourde, vaut surtout par le dessin. Je dis le dessin, et non l'arabesque décorative qui, pour tant de peintres d'élégances conventionnelles, tient lieu de ce dessin que le père Ingres appelait : la probité de l'art.
Le dessin de Bonnat devient de l'art à force de probité. D'amour, aussi! Bonnat
lectionner tous les dessins des vieux maîtres, devenue, chez lui, une monomanie légendaire.
Du plus loin qu'il se souvienne, Léon Bonnat se voit collectionneur. On ne peut pas l'imaginer autrement. Il a collectionné, il collectionne, il collectionnera dans l'impénitence finale!
Cette vocation de collectionneur se confondit, à l'origine, avec celle du peintre, et il
aima passionnément le dessin. Toute la force patiente, têtue, de sa recherche est dans le dessin, et dans le modelé, qui est du dessin dans tous les sens, comme la sculpture.
Cette passion pour le dessin explique non seulement l'œuvre de Léon Bonnat, mais encore son caractère, et cette fureur de col-
se peut fort bien que celle-ci ait été déterminée par celle-là.
Vers la quinzième année, Léon Bonnat dut interrompre ses études et quitter Bayonne, sa ville natale, pour suivre son père, qui allait s'établir libraire à Madrid.
Le jeune écolier, par mesure d'économie, collabora au commerce paternel. Il utilisa les loisirs que lui laissait une clientèle rare à lire tout ce qui lui tombait sous la main. D'abord entreprises au hasard, ses lectures
(1) Bonnat exécuta cette toile, où figurent sa mère, son frère et sa sœur, à l'âge de dix-huit ans. C'est une de ses premières œuvres; elle est pleine de qualités charmantes.
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L'ART ET LES ARTISTES
ne tardèrent pas à s'orienter, de parti pris, vers la documentation artistique.
La vie des peintres, les écrits de Mengs et de Winckelman enthousiasmèrent l'apprenti libraire, qui rassembla toutes les reproductions qu'il put trouver des maîtres italiens, espagnols, allemands, flamands et hollandais. Sous le cercle d'or de la lampe familiale, il dessinait, passionnément, d'après ces modèles illustres.
Convaincre une famille bourgeoise de l'excellence du choix d'une carrière d'artiste est chose généralement malaisée. Tenace en sa volonté d'étudier la peinture, Léon Bonnat fut autorisé à suivre, le soir, les leçons de Federico Madrazo. Après une résistance assez vive, il finit par décider ses parents à l'envoyer à Paris.
L'Ecole de la rue Bonaparte reçut le petit basque, robuste et trapu, qui s'obstinait à dessiner et peindre envers et contre tous. Bonnat entra dans l'atelier de Léon Cogniet, dont il devait exécuter le portrait bon nombre d'années plus tard : une de ses meilleures toiles.
A l'encontre de tant de peintres actuels, qui ont tout de suite du génie, et se croient dispensés d'apprendre, Bonnat fut un bon élève. On sait que ses détracteurs di-
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LÉON BONNAT
HOLBEIN LE VIEUX — PORTRAIT D'HOMME
ALBERT DURER — PORTRAIT D'HOMME
sent qu'il fut bon élève toute sa vie. C'est d'ailleurs peut-être la meilleure manière de passer maître à la postérité. Ingres et le Poussin, déjà nommés, ne se flattèrent-ils point de n'être que les élèves des maîtres qu'ils égalèrent?
Léon Bonnat débuta, au Salon de 1857, par trois portraits, qui préludèrent à sa vogue de portraitiste, responsable de quelques milliers d'effigies d'hommes illustres et de grandes dames notoires.
ALBERT DURER — DESSIN
Si gourmées qu'elles semblent, il faut bien reconnaître qu'un dessin ferme et sûr, une pâte solide, un sombre coloris rehaussé de bruns chauds et une observation psychologique pénétrante, leur confère un style très particulier.
M. Bonnat dut à ses portraits une large part de sa célébrité et de sa fortune. Modeste dans le succès et naturellement économe, bien que d'humeur généreuse et charitable (il l'a bien prouvé pendant nos dures années de guerre et de souf-