Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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L'ART ET LES ARTISTES 8e ANNÉE N° 85 --- ART ANCIEN ART MODERNE ART DÉCORATIF --- REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX MONDES --- DIRECTEUR-FONDATEUR: ARMAND DAYOT --- RÉDACTION ET ADMINISTRATION 23, QUAI VOLTAIRE PARIS 16, QUERSTRASSE LEIPZIG --- AVRIL 1912 ABONNEMENT (UN AN) FRANCE... 20 FR. ÉTRANGER 25 FR. --- The illustration depicts a figure with outstretched arms, holding a globe. The background is dark brown, and the text is in black and white.

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L'ART ET LES ARTISTES PRIX DU NUMÉRO : - FRANCE .. Net 2.00 - ÉTRANGER.. Net 2.50 Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire : FRANCIS DE MIOMANDRE --- SOMMAIRE DU NUMÉRO 85 - L'INDE VUE PAR M. ALBERT BESNARD (19 illustrations) .. CAMILLE MAUCLAIR - LE BAIN DE MARBRE DE CASSEL (6 illustrations) .. JEAN MÉRYEM - LA PEINTURE ALLEMANDE: Deuxième article (20 illustrations) .. LÉON ROSENTHAL - L'ART DÉCORATIF : Le Salon des Artistes décorateurs (13 illustrations) LÉANDRE VAILLAT Le Mois artistique (2 illustrations), par F. M.; Le Mouvement artistique à l'Etranger : Allemagne, Autriche-Hongrie, par WILLIAM RITTER; Espagne, par J. CAUSSE ; Italie, par Ricciotto CANUDO; Orient, par ADOLPHIE THALASSO ; Echos des Arts. Hors-texte en couleurs: Femme de caste en voyage sur la route d'Ambar (Peinture), par ALBERT BESNARD. Eau-forte originale: Baigneuse par ALBERT BESNARD (tirage sur Hollande), gravée spécialement pour l'Art et les Artistes et réservée aux seuls abonnés. Les avis de changement d'adresse doivent nous parvenir, accompagnés de o fr. 5o en timbres-poste, au plus tard le 25 pour le numéro du mois prochain. Les articles publiés par l'ART ET LES ARTISTES deviennent la propriété de la Revue. Tous droits de reproduction et de traduction réservés. --- J. ALLARD - Galerie de Tableaux des Maîtres Modernes - 20, Rue des Capucines, 20 --- J. FÉRAL TÉLÉPHONE 238.61 EXPERT EN TABLEAUX PARIS 7, Rue Saint-Georges, 7 PARIS --- TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES GALERIE SAINT-AUGUSTIN Spécialités : Ecole 1830 et XVIIIe siècle. — Miniatures, Dessins, Gouaches, Aquarelles Exposition permanente : 93, Boulevard Haussmann, 93

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Echos de la Mode C'est toujours avec une grande surprise que je contemple les coiffures du soir, portées par les femmes les plus élégantes et qui se réduisent à une sorte de bandage, plus ou moins chatoyant, plus ou moins pailleté, mais donnant toujours l'impression que celle qui s'en pare a rudement mal à la tête pour avoir besoin d'un pareil pansement. J'ai connu des gens ayant subi l'opération du trépan, ornés pendant des semaines de plusieurs tours de gaze gommée qui avaient grand air de famille avec nos coiffures actuelles. Cette mode d'hôpital ne s'était pas encore affirmée, sans quoi, avec un petit pompon sur l'oreille, les opérés auraient très bien pu figurer dans le monde. Je parais exagérer, mais vraiment non, et l'on n'a qu'à pénétrer dans un salon de haut chic pour voir, dans tous les coins, d'infortunées belles Madames habilement pansées par des infirmiers de la coiffure qui s'entendent à embobiner une tête !... Pas un cheveu ne dépasse, c'est sinistre, on croit fleurir une odeur d'odoforme... Pour un rien, on prendrait la température de ces dames. Combien j'aime mieux le bonnet de nuit emprunté aux tableaux du XVIIIe siècle !... Chiffonnage de mousseline et de dentelle galamment planté sur les cheveux qu'ils voile sans les cacher, et tombant comme une caresse sur le cou et les oreilles. En ce genre, il en est de ravissants qui donnent un air gai, tendre, mutin ou langoureux, font revivre les délicieux modèles de Greuze, Boucher et Fragonard, et les plus jolies femmes gagnent à cette parure désuète un charme nouveau. Par exemple, je ne leur conseillerais pas d'adopter les bonnets de l'Empire et de la Restauration, aux fonds énormes, ballonnés, raides d'empois, avec des barbes dégringolant jusqu'aux yeux, à moins qu'elles ne tiennent à rappeler Galipaux dans son incarnation de Mme Mac-Miche. Les manches sont très longues ou très courtes, au choix. Cette facilité fait plaisir à bien des femmes, chacune ayant là-dessus ses idées personnelles, souvent inspirées par des raisons majeures. Ainsi, malgré la chaleur, ce n'est jamais flotteur d'exhiber des coudes pointus, des poignets maigres, des mains rugueuses ou d'une teinte qui flotte entre la pivoine et la tomate. Avec des manches courtes, tout cela saute aux yeux ; avec des manches longues, terminées par un léger plissé, tout s'estompe, paraît moins défectueux, mais, en somme, ce n'est qu'un palliatif et il est plus sage de remédier au mal. Le bon moyen sera d'employer la Pâte des Prélats, excellente pour blanchir et velouter l'épiderme, affiner les jointures, donner, en un mot, une apparence aristocratique à une pauvre patte vulgaire. L'usage du Savon des Prélats complètera la cure. Ces deux spécialités de la parfumerie Exotique, 35, rue du Quatre-Septembre, valent : la pâte, 5 francs et 5 fr. 50 franco ; le savon, 2 fr. 50 le pain, 7 francs la boite de 3 pains, ou 3 francs et 7 fr. 85 franco. Comtesse Régine. Marjolaine la blonde. — Essayez de la véritable Eau de Ninon. Elle est très renommée pour purifier le teint, faire disparaître taches et rougeurs. Prix : 6 francs et 6 fr. 50 franco, à la parfumerie Ninon, 31, rue du Quatre-Septembre. Cmme R. LE GARDE-MEUBLE PUBLIC BUREAU CENTRAL : 18, Rue Saint-Augustin BUREAU DE PASSY : 18, Avenue Victor-Hugo Agrée par le Tribunal BEDEL & Cie MAGASINS : 194, rue Championnet 308, rue Lecourbe 14, rue de la Voûte 2 et 4, rue Véronèse 16, rue Barbès (Levallois) Charles POTTIER EMBALLER Successeur de son Père 14, Rue Gaillon, 14 Près l'Avenue de l'Opéra Téléphone 246 - 84 PARIS EMBALLAGE SPÉCIAL DE TABLEAUX, MEUBLES, MARBRÈS & OBJETS D'ART SUCCURSALE 12 :: Rue de Louvois :: 12 GARDE-MEUBLE POUR OBJETS D'ART 12, Rue des Messageries, 12 CHOCOLAT À LA TASSE PRÉVOST Le même Chocolat en tablettes le 1/2 kilo 3 fr. Chocolats supérieurs 4 fr. et 5 fr. le 1/2 kilo Chocolats de ménage 1 fr. 70 et 2 fr. le 1/2 kilo Grand choix de Bonbons au Chocolat QUALITÉ SUPÉRIEURE PARFUMS TRÈS VARIÉS MAISON FONDÉE EN 1827 39, Boulevard Bonne-Nouvelle, PARIS 4, Allées de Tourny, BORDEAUX

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CRÉDIT LYONNAIS Société anonyme fondée en 1863 Capital entièrement versé : 250 millions Siège Social : LYON, Palais du Commerce Succursale : PARIS, Boulevard des Italiens Dépôts de fonds à vue et à échéance fixe - Ordres de bourse (France et Etranger) - Avances sur titres - Dépôts de titres - Escompte et encaissement de coupons - Envois de fonds en France et à l’Etranger - Change de monnaies étrangères - Lettres de Crédit pour voyages - Souscriptions - Dépôts de bijoux, argenterie, etc. - Assurances - Garantie contre les risques de non vérification des tirages LOCATION DE COFFRES-FORTS --- PHOTOS D'ART des Musées et Salons de Paris et Galeries étrangères. Gravures. Tableaux p' Appartements. ETUDES D'ART de tous genres. Cartes Postales illustrées. Portraits Miniatures sur email, agrandissements. SUPERBE CATALOGUE D'ART avec 600 illust., 1 fr. 75, timbres français ou mandats de tous pays. BELLES COLLECTIONS de Photos et Cart.s Postales, de 3 fr. à 100 fr. Asrt : Songeuse 24.3o, 1 fr. 75 franco H. A. WEISS, Éditeur 23, rue d'Enghien, PARIS --- A Vendre à l'Amiable TABLEAUX DE PREMIER ORDRE Deux portraits d'hommes, par H. RIGAUD (peintures); Un portrait de femme, XVIIe siècle (peinture); Deux portraits de femmes, XVIIIe siècle (pastels). S'adresser à M. E. LAPORTE Buffet, gare LAROCHE (Yonne) --- J. MEYNIAL, Successeur de JEAN FONTAINE LIBRAIRE 30, Boulevard Haussmann, 30 ACHAT ET VENTE DE LIVRES RARES ET PRÉCIEUX DU XV° AU XIX° SIÈCLE Manuscrits, Reliures anciennes avec et sans Armoiries, Gravures, Direction de Ventes publiques, Expertises Catalogue franco sur demande --- CADRES DE MORENVILLIER ENCADREMENTS ARTISTIQUES STYLES ANCIENS PARIS (2°Ann.) STYLE NÉO-FLORAL 8, Rue Marie Stuart --- POUDRE DE RIZ AMBRE ROYAL La plus Parfaite des Poudres VIOLET, PARFUMEUR, PARIS --- tous vos livres sous la main avec la bibliothèque tournante TERQUEM PARIS 31e Boulevard Haussmann angle de la rue Sainte. ENVOI FRANCO DU CATALOGUE 1912 SUR DEMANDE --- BIJOUX ET OBJETS D'ART MODERNE OR :: ARGENT BRONZE :: FER CUIVRE :: CORNE :: IVOIRE :: P. AROUY PARIS — 78, Rue du Bac — PARIS Réparation, Restauration, Transformation, Reproduction :: de Bijoux et Objets d'Art anciens et modernes :: ---

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CHEMIN DE FER DE L'ETAT EXCURSIONS Billets d'aller et retour valables pendant 15 jours délivrés à l'occasion des : Fêtes de Pâques, de la Pentecôte, de l'Assomption et de Noël, du Derby d'Epsom et des Régates d'Henley De PARIS-SAINT-LAZARE à LONDRES ou toute autre gare de la Compagnie de Brighton : 1° classe : 49 fr. 05 ; 2° classe : 37 fr. 80 ; 3° classe : 32 fr. 50. Ces billets donnent le droit de s'arrêter, sans supplément de prix, à Rouen, Dieppe, Newhaven, Lewes ou Brighton. Pour plus de renseignements, demander le bulletin spécial du Service de Paris à Londres, que l'Administration des chemins de fer de l'Etat envoie franco, à domicile, sur demande affranchie adressée au Secrétariat de la Direction (Publicité), 20, rue de Rome, à Paris. CHEMINS DE FER DU NORD PARIS-NORD à LONDRES 5 Services rapides quotidiens dans chaque sens (VOIE LA PLUS RAPIDE) Trajet en 6 heures 45 — Traversée Maritime en 1 heure PRIX DES PLACES (Droits de Ports compris) De PARIS A LONDRES --- PRIX DES BILLETS --- Billets simples,valables 7 jours : --- 1° cl. --- 2° cl. --- 3° cl. --- Via Boulogne-Folkestone --- fr. c --- Via Calais-Douvres --- 62.50 --- 43.35 --- 28.35 --- 70.80 --- 49.55 --- 32.05 --- Billets d'aller et retour, valables 1 mois (1) : --- 1° cl. --- 2° cl. --- 3° cl. --- Via Boulogne-Folkestone --- 109.85 --- 78.80 --- 46.70 --- Via Boulogne-Folkestone ou Calais-Douvres --- 119.75 --- 87.35 --- 50.55 --- Billets d'aller et retour, valables 2 mois : --- 1° cl. --- 2° cl. --- 3° cl. --- Via Boulogne-Folkestone ou Calais-Douvres --- 136.60 --- 95.70 --- 61.90 --- (1) Les voyageurs porteurs de billets d'aller et retour entre Paris et Londres qui ne pourraient retourner dans les délais prêts par leur billet, pourront, avant la date d'expiration, faire prolonger la durée de validité pendant 1 mois, moyennant les suppléments suivants : matiers valables : --- 1° cl. --- 2° cl. --- 3° cl. --- Par Boulogne et Calais --- 16 fr. 65 --- 10 fr. 95 --- 8 fr. 50 --- Par Boulogne exclusivement --- 15 fr. 15 --- 10 fr. » --- 7 fr. 90 --- BAGAGES : 25 kilog. gratuits. — Excédents de bagages par 5 kilogr., 1 fr. 27 pour Londres et Canterbury via Boulogne-Folkestone et 1 fr. 88 via Calais-Douvres, 1 fr. 15 pour Douvres via Calais et 1 fr. 97 pour Folkestone via Boulogne. Il est perçu en outre un droit d'enregistrement de 50 centimes. Pour droit de timbre, 0 fr. 10 pour les billets au-dessus de 10 fr. Billets d'excursions aller et retour a prix réduits, droits de port compris, valables 15 jours, via CALAIS, BOULOGNE, délivrés certains jours de file de Paris pour Londres et de Londres pour Paris, par trains désignés à l'exclusion des rapides. 1° classe, 72 fr. 85; 2° classe, 46 fr. 85; 3° classe, 37 fr. 50 CHEMIN DE FER D'ORLÉANS Relations directes entre Paris-Quai d'Orsay, le Sénégal et l'Amérique du Sud, via Bordeaux ou Lisbonne Par service combiné entre les Chemins de fer Français d'Orléans et du Midi, ceux intéressés d'Espagne et du Portugal et la Compagnie des Messageries Maritimes Billets simples et d'aller et retour 1° classe (1° classe chemin de fer, 1° ou 2° catégorie paquebots) entre Paris-Quai-d'Orsay et Dakar, Rio-de-Janeiro, Santos, Montevideo, Buenos-Ayres, Bahia et Pernambuco. Faculté d'embarquement ou de débarquement à Bordeaux ou à Lisbonne. Durée de validité : (a) des billets simples, 4 mois; (b) des billets d'aller et retour, un an. Faculté de prolongation pour les billets aller et retour. Enregistrement direct des bagages pour les parcours par fer. Faculté d'arrêt tant en France qu'en Espagne et en Portugal, à un certain nombre de points. La délivrance des billets a lieu exclusivement au bureau des passages de la Compagnie des Messageries Maritimes, 14, boulevard de la Madeleine, à Paris, ou dans les ports de l'Amérique du Sud et du Sénégal par les Agents de cette Compagnie. CHEMINS DE FER DE PARIS-LYON-MÉDITERRANÉE ALGÉRIE-TUNISIE Billets de voyages à itinéraires fixes, 1re et 2e classes, délivrés à la gare de Paris-Lyon, ainsi que dans les principales gares situées sur les itinéraires; certaines combinaisons de ces voyages permettent de visiter non seulement l'Algérie et la Tunisie, mais encore des parties plus ou moins étendues de l'Italie et de l'Espagne. Voir la nomenclature complète de ces voyages circulaires dans le Livret-Guide-Horaire P.L.M. en vente dans les gares, bureaux de ville, bibliothèques : 0 fr. 50; envoi sur demande au Service Central de l'Exploitation, 20, boulevard Diderot, à Paris, contre 0 fr. 70 en timbres-poste.

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LES LAVEUSES A TRICHINOPOLI L’Inde vue par M. Albert Besnard$^{(1)}$ ÉTUDE DE FEMME HINDOUE, A PONDICHÉRY D e nombreux articles publiés par le Figaro ont déjà, depuis plus d’un an, donné l’idée de la considérable somme de sensations et de pensées accumulée par M. Albert Besnard durant son récent voyage aux Indes. Ces articles, par leur tenue littéraire, la souplesse et la pureté de leur langue, leur don évocatoire, leur prestige verbal et l’élégante sobriété de leur présentation, offraient la curieuse preuve de ce que peut l’intelligence d’un artiste supérieur, s’il lui plaît de changer momentanément de technique. Ayant déjà publié des essais et des conférences où le goût d’un esprit orné, sage et parfois nuancé d’ironie et de fantaisie, secondait l’autorité professionnelle d’un magistral ouvrier, le peintre-écrivain s’affirmait ici capable de toutes les ressources descriptives du styliste, et ces pages resteront précieuses à qui voudra comprendre profondément sa peinture. Parvenu à penser et à sentir directement en mots, et non plus seulement en lignes et en couleurs, M. Besnard réussissait ainsi à se traduire lui-même. Tous les lettrés amoureux d’art sauront combien une telle réussite est rare et intéressante, quel document elle peut contribuer à l’étude mystérieuse de la formation comparée des idées dans le cerveau du coloriste et dans celui de l’homme de lettres. Une intention autrement sérieuse qu’une coquetterie d’esprit avait décidé M. Besnard à publier ces pages dont le charme et l’éclat, scintillant insolitement dans le journalisme actuel, ravirent tant de lecteurs surpris par la signature : elles étaient la préface nécessaire à l’exposition qui (1) Exposition de peintures et dessins, galerie Georges Petit, du 20 avril au 20 mai.

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L'ART ET LES ARTISTES A BÉNARÈS : LE BURNING GHAT (DÉPART DU CADAVRE) (DESSIN À LA PLUME) s'ouvre à la galerie Georges Petit, et il convient de souhaiter que tous ceux qui iront voir aient d'abord lu. Ce grand voyage n'était point une aventure de jeunesse : l'artiste ne l'avait entrepris qu'après trente années de considérable labeur, après y avoir longuement songé, avec le calme et le recueillement de la pleine maturité. Il ne s'était point seulement embarqué en peintre avide de nouveaux spectacles, fasciné par les promesses de magies insoupçonnées, espérées de cette lumière dont l'expression fut la passion de sa vie. Il était parti en homme fait, en Occidental averti, raffiné, saturé de la connaissance sagace de nos moeurs et de nos aspects sociaux ou intimes, avec le désir de mesurer ses facultés d'analyse à l'envisagement soudain d'une race totalement différente. L'Inde était avant tout pour M. Besnard, Européen de haute culture, un lieu de mystère : et ce peintre des évidences radieuses a toujours été, au fond, hanté par le mystère. Il l'a effleuré, il a sans cesse tenté de le rendre visible, de le saisir au cours de son œuvre, avec une subtilité de nerveux et d'intuitif. Sous l'ordonnance très claire et très saine de son art composé, classique en somme dans son faste décoratif, se référant au XVIIIe siècle et à l'Italie, l'étrangeté s'est toujours jouée comme un sylphe : de là, pour ceux qui ont scruté les motifs cachés de son évolution, les paysages préhistoriques de l'Ecole de pharmacie, la série des eaux-fortes sur la mort, l'hallucination du Plafond de l'Hôtel de Ville, la Féerie intime, certains décors, certaines figures, et la qualité spéciale du mysticisme de la Chapelle de Berck. Cette curiosité du nouveau, d'une psychologie inattendue, conduisait donc M. Besnard vers l'Inde, plus encore que l'attrait de jeux de couleurs exaspérés par l'exotisme : il partait avec des préoccupations bien différentes de celles qui, jadis, l'avaient emmené en Algérie avec le simple désir d'illuminer plus joyeusement encore une palette ardente et de se réjouir d'un pittoresque tout chromatique. Encore l'artiste n'avait-il pu, là comme ailleurs, n'être qu'un peintre : et sous les prestiges de son exécution bien des traits révélaient combien l'homme, combien le penseur qui, en lui, contrôle constamment le sensualiste et le nerveux, avait été intéressé par le fatalisme de la race, par les données abstraites de la conscience, de la religion, par toute cette incompatibilité cachée qui, bien plus que les différences de vêture, de climat, de masques, sépare les hommes. Une telle constatation, généralement négligée, même s'ils la font, par les peintres, uniquement soucieux d'exprimer l'apparence rythmique et colorée des spectacles, LE BURNING GHAT (LE BUCHER) (DESSIN À LA PLUME REHAUSSE D'AQUARELLES)

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L'INDE VUE PAR M. ALBERT BESNARD une telle constatation d’ordre littéraire et philosophique s’est imposée de plus en plus à M. Besnard en route pour les Indes : et c’est pourquoi il a écrit, ne se bornant point à dessiner et à peindre. On dirait que de son ancien séjour en Algérie lui est resté le regret d’avoir trop peu sondé les âmes, d’avoir été surtout curieux des aspects : entre le voyage d’Algérie et le voyage des Indes, il y a le mûrissement de l’âge et d’une longue série d’œuvres, il y a l’intervention grandissante de l’homme méditatif, moins de désir de se jeter en virtuose superbe au-devant de tous les motifs qui s’offrent, plus de volonté de comprendre le profond, de choisir, de ne peindre que l’essentiel. Tout ceci ne sera point inutile pour préciser la leçon d’une semblable exposition. Elle est un des grands faits d’art de l’année : partout on s’empressera de la décrire dans le détail, et de la commenter avec le respect minutieux dû à une importante manifestation d’un homme dont personne ne conteste plus qu’il soit une des trois ou quatre figures glorieuses et représentatives de l’art national devant l’Europe. A chacun de choisir sa tâche : et plutôt que d’ajouter simplement une note au juste concert d’éloges, ou de n’examiner qu’en soi l’œuvre réunie à la galerie Petit, je préférerai rechercher le sentiment intime de cette œuvre, et la situer dans l’évolution entière de l’artiste et de l’homme. Quelque belles que soient ces visions brûlantes et frémissantes, elles sont mieux qu’un spectacle d’exotisme offert par un maître à notre curiosité visuelle, et leur intérêt capital est encore dans leur auteur lui-même. Je ne puis l’effacer derrière ses toiles : c’est sa pensée qui m’attache et que j’y recherche ; c’est le trouble ressenti par cette nature infiniment impressionnable, intelligente à un degré inconnu de tout peintre actuel ; c’est la façon dont cet esprit aigu, lucide, malléable, se passionnant à assimiler, s’irritant de toute nuance rebelle à l’analyse, a confronté ses méthodes au mystère morne d’une race entre toutes hermétique. Lutte étrange, où pour se secourir lui-même le peintre s’est fait écrivain ! Aucune des œuvres exposées ne sera, pour dire ce conflit de l’intelligence européenne et du mutisme oriental, précieuse et significative au degré de ces admirables carnets de voyage où l’écriture fébrile, menue, incisive et capricieuse comme un griffon-nis d’eau-forte, envahit les croquis, les ébauches aquarellées, ces carnets que les intimes ont vus, et où la double pensée écrite et peinte s’exalte, où l’on surprend le travail immédiat du cerveau assailli d’intuitions, cherchant à fixer, à synthétiser, avec des raccourcis magnifiques, des trouvailles enthousiasmées et des hésitations plus intéressantes encore... Beaucoup ont dû penser que M. Besnard, pour qui n’existe aucune impossibilité technique, partait dans l’Inde en grand peintre, pour y exécuter avec ampleur et sérénité une série de beaux tableaux composés, et y majorer d’un ton suprême les éclatantes harmonies de son œuvre antérieure. Pour un Delacroix imaginant l’Orient et le pei-

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L'ART ET LES ARTISTES UNE DANSEUSE A DELHI gnant avant de l'avoir vu, l'écriture, d'ailleurs admirable, était une dérivation de l'esprit et une confidence privée : pour un Fromentin retenu picturalement par d'incurables timidités disciplinaires et beaucoup plus compréhensif que sensible optiquement, l'écriture était une consolation mélancolique. Mais les notes tourmentées, cursives, ardentes, d'où sont sorties les pages du Figaro, sont — et on ne le comprendra pleinement qu'en voyant les carnets de M. Besnard — inséparables de son œuvre dessinée, et il nous faut, après l'exposition, le livre qui les réunira : ainsi seulement le véritable sens de ce voyage sera-t-il révélé. Il y a une grandeur singulière dans cet appel fait par le maître coloriste à la magie abstraite du mot, dans cet aveu perpétuel de scrupule fait par un homme qui pouvait tant dans son art. Ce n'est pas un triomphateur sûr de soi qui est allé là-bas pour voir, vaincre, et revenir se faire admirer, ayant appliqué sa technique à des thèmes inédits : c'est un homme habitué à nos plus secrètes façons de sentir et de penser qui revient d'affronter un peuple de mutisme et d'éénigme. Il pouvait inventer, machiner, nous l'eussions cru sur parole : que de peintres en eussent profité ! Il nous confie ses doutes, il nous laisse mesurer l'immensité d'un monde qu'il n'a pu que pressentir avec les antennes d'un esprit sagace, il ne nous dit pas tout, mais il ne nous ment sur rien, et ce qu'il a pu retenir, indiquer, dérober, est d'une sincérité qui émeut. L'homme des grandes œuvres savantes s'est, dans l'Inde, refait jeune, inquiet, a tout oublié, a recommencé à apprendre la peinture sur place, avec un regard neuf et une main qui hésite, ne craint pas la faute ni l'inachèvement, n'est que l'instrument d'un esprit acharné à deviner — et c'est cette modestie qui rend cet ensemble si beau. Ce qui y frappe d'abord, et ce qui a frappé M. Besnard lui-même, c'est la plasticité. Non ! Malgré la rutilance des rouges, la crudité des soleils meurtriers, la fascination des ombres diffuses où se fantômatissent les figures, ce n'est pas la lumière qui a ici séduit et détourné l'artiste. Il ne faut pas s'attendre à une réalisation de cette erreur que chacun de nous garde en son esprit, touchant l'Inde : un paroxysme de couleurs sonores, une assourdissante apothéose d'opéra, une pyrotechnie inouïe, voilà ce qu'évoque pour les profanes que nous sommes le TYPE DE MENDIANT

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L'INDE VUE PAR M. ALBERT BESNARD seul nom de ce formidable pays. Et pour beaucoup d'entre nous, le fait que M. Besnard allât peindre aux Indes était la promesse implicite des plus violentes orchestrations de la couleur, l'irruption d'un Richard Strauss de la palette dans la grise modernité de nos Salons, dans, même, la virulence de nos impressionnistes soudain décolorés auprès... La vision de M. Besnard a été tout autre. La lumière n'y est point un éblouissement, une exaltation : égale, impassible, fataliste dirait-on, elle est morne, elle est un élément de torpeur résignation farouche. Plastique et tristesse, et de mort, elle est affreusement triste, elle fait voilà les deux traits essentiels de cet ensemble. A la plastique, M. Besnard revient sans cesse en ses écrits : l'idée de vivre enfin au milieu d'un peuple nu, pour qui la nudité est naturelle, le hantait dès la préface de ses articles, page délicieuse où l'artiste supposait son voyage avant de le vivre. Mais cette idée l'avait occupé bien auparavant, dès l'Algérie où, admirant déjà l'ordonnance des draperies vivantes sur des Arabes habitués à comprendre que s'il y a un mystère dans l'ombre, il y en a un non moins redoutable et total dans la clarté absolue, immuable, dense, écrasante. On ne l'admire pas, on en souffre : ceux qui s'y meuvent n'es'y intéressent pas avec nos préoccupations d'artistes, ils ne sont que les formes d'argile qu'elle cuit ou dissout par sa torride et féroce irradiation — et ce sont avant tout des formes que M. Besnard a vues et étudiées. De cette lumière ne naît nulle joie lyrique, mais une intense, une intolérable mélancolie, une CROQUIS CROQUIS