Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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L'ART ET LES ARTISTES 7e ANNÉE N° 82 ART ANCIEN ART MODERNE ART DÉCORATIF REVUE D'ART ANCIEN ET MODERNE DES DEUX MONDES DIRECTEUR-FONDATEUR: ARMAND DAYOT RÉDACTION ET ADMINISTRATION 23, QUAI VOLTAIRE PARIS 16, QUERSTRASSE LEIPZIG JANVIER 1912 ABONNEMENT (UN AN) FRANCE... 20 FR. ÉTRANGER 25 FR.

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L'ART ET LES ARTISTES PRIX DU NUMÉRO : - FRANCE .. Net 2.00 - ÉTRANGER.. Net 2.50 Directeur-Fondateur : ARMAND DAYOT Secrétaire : Francis de Miomandre --- SOMMAIRE DU NUMÉRO 82 - LA PEINTURE FRANÇAISE: Troisième article (23 illustrations) .. .. .. LÉONCE BÉNÉDITE, Conservateur du Musée du Luxembourg. - DANIEL VIERGE (12 illustrations) .. .. .. GABRIEL MOUREY - VARIÉTÉS: La Maison d’Albert Dürer (6 illustrations) .. .. .. J.-F. LOUIS MERLET - L’ART DÉCORATIF: L’art chrétien « moderne » (8 illustrations).. .. .. LÉANDRE VAILLAT Le mois artistique (2 illustrations), par F. M.; Le Mouvement artistique à l’Etranger: Allemagne, par WILLIAM RITTER; Autriche-Hongrie, par WILLIAM RITTER; Espagne, par J. CAUSSE; Hollande, par PH. ZILCKEN; Italie, par CANUDO; Orient, par ADOLPHIE THALASSO; Suisse, par CHARLES GIRON; Echos des arts; Bibliographie (1 illustration). Hors-texte en couleurs: Aquarelle par DANIEL VIERGE. Les avis de changement d’adresse doivent nous parvenir, accompagnés de o fr. 5o en timbres-poste, au plus tard le 25 pour le numéro du mois prochain. Les articles publiés par L’ART ET LES ARTISTES deviennent la propriété de la Revue. Tous droits de reproduction et de traduction réservés. --- J. ALLARD - Galerie de Tableaux des Maîtres Modernes - 20, Rue des Capucines, 20 --- J. FÉRAL EXPERT EN TABLEAUX PARIS 7, Rue Saint-Georges, 7 PARIS TÉLÉPHONE 238.61 TÉLÉPHONE 238.61 --- TABLEAUX ANCIENS ET MODERNES GALERIE SAINT-AUGUSTIN Spécialités : Ecole 1830 et XVIIIe siècle. — Miniatures, Dessins, Gouaches, Aquarelles Exposition permanente : 93, Boulevard Haussmann, 93 ---

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LA PEINTURE FRANÇAISE XVIIIe SIÈCLE Le XVIIIe siècle commence, avec la fin lamentable de Louis XIV, dans un besoin de réaction qui se fait sentir dès les dernières années de son règne. Les coups répétés du sort frappent le vieux monarque. Aux anciennes magnificences de la cour succèdent les parades concertées pour tromper son orgueil survivant encore à sa décrépitude. Tout se relâche, tout se détend au milieu de l'anarchie du pouvoir. L'art déserte peu à peu la cour maussade de cette ombre royale qui s'étend, triste, sur une société nouvelle, pour les hôtels, les « petites maisons », les « folies » et les « trianons » de princes et de grands seigneurs dissolus et de financiers enrichis. Il va devenir bientôt le protégé des favorites, des fermiers généraux et des filles d'Opéra. Il perdra de sa tenue, de son style, de son unité, pour tout dire de sa grandeur et tombera la plupart du temps dans l'élegance facile et la fécondité banale, dans la « manière ». Mais il retrouvera, à la faveur de ce désordre relatif et de cette indiscipline, d'autres qualités de race et, de plus, au milieu de tous les producteurs abondants et affêtés, s'affirment quelques belles individualités qui restent parmi les types les plus originaux de notre école et donnent à cette période un caractère qu'on se plaît à reconnaître comme éminemment français. La plupart des derniers décorateurs ou portraitistes que nous avons signalés à la fin du siècle précédent inaugurent le nouveau : les Coypel, les de La Tour, les Jouvenet, les Largillière et les Rigaud, en particulier, qui fournirent leur carrière presque jusqu'à son milieu. Tout ce mouvement, nous l'avons vu, s'est produit sous l'influence nouvelle ou renouvelée des maîtres septentrionaux. L'action de Rubens s'exerce avec de plus en plus d'autorité; l'exemple de Largillière, formé en Flandre, se marque sur ses élèves. On va de plus en plus se tourner vers les coloristes, du nord ou du sud, flamands ou vénitiens; et les petits maîtres de Hollande, si longtemps méprisés, vont être recueillis avec soin dans les collections tant royales que privées, trouvant, du reste, dans l'école de glorieux émules qui en procèdent et aident à les faire aimer et comprendre. Mais, à nulle époque de cette histoire, ces influences étrangères ne furent plus librement acceptées ni plus intelligemment assimilées. C'est le siècle de ces figures exceptionnelles de Watteau, de La Tour et de Chardin et aussi de ces maîtres inférieurs, mais si plaisants, si aimables, si distingues et toujours si « peintres »: les Boucher, les Greuze et les Fragonard. Dans la grande peinture, il n'y a plus guère d'actions d'éclat pour tenter le pinceau des artistes et les entraîner dans l'Histoire, ce qu'on appelait le « genre héroïque ». La mythologie et l'allégorie continuent par habitude académique, traditions adulatrices et aussi à l'imitation du théâtre qui domine, à cette époque, toute l'inspiration. La peinture puise à cette source la plus grande partie de ses sujets. La réalité propre du temps ne se trouve plus traduite ouvertement que d'une manière exceptionnelle par de rares yeux clairvoyants et de non moins rares esprits indépendants et supérieurs. Tout est vu au travers de la scène; il n'est pas jusqu'au portrait qu'on devrait croire à l'abri de ces effets, qui ne se montre à nous, souvent, sous les affublements singuliers des divinités de la Fable ou des entités surannées de l'allégorie, sous les déguisements des grands rôles du jour ou les accoutrements exotiques suivant la mode des ballets de l'Opéra. Quant au paysage qui, lui, assurément, avait tous les motifs d'échapper à cette action, il n'y peut, lui-même, résister et la plupart du temps la nature n'est vue que comme un décor majestueux ou familier. Troisième article de "La Peinture française" JEAN-ANTOINE WATTEAU JEUNE FILLE A SA TOILETTE Coll. Wallace.

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L'ART ET LES ARTISTES JEAN-ANTOINE WATTEAU — LA LEÇON DE MUSIQUE Il n'est pas jusqu'aux tentatives dans le sens de l'actualité qui n'aient dû leur impulsion aux essais modernes du théâtre de Sedaine ou de Diderot; il n'est pas, à la fin du siècle, jusqu'à un certain essor de sujets guerriers et patriotiques qui ne doivent leur point de départ à certaines pièces très courues. La grande peinture décorative perd de l'importance murale qu'elle avait possédée au siècle précédent. Elle ne chôme, sans doute, pas encore dans les églises où elle étale ses machines agitées et tourmentées au milieu des architectures «rococo»; il y a encore quelque place à Versailles et dans les palais royaux, bien que l'adoption du style nouveau et plus sobre de lambris clairs et de plafonds blanchis ait singulièrement diminué le champ à couvrir par la peinture; elle est reléguée avec mesure sur les trumeaux et les dessus de portes. Il reste, toutefois, plus principalement, d'ailleurs, dans la première moitié du siècle, tout un groupe de décorateurs habiles, souples, brillants et féconds qui continuent avec un certain éclat superficiel la tradition de leurs ainés. Ce sont, par exemple, Jean-François de Troy (né à Paris en 1679, mort J.-B. JOSEPH PATER — LA BALANÇOIRE Coll. Wallace.

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LA PEINTURE FRANÇAISE FRANÇOIS BOUCHER — LE REPOS DES FERMIERS à Rome en 1752), praticien habile, esprit inventif, dont la facilité abondante et élégante charme ses contemporains. Il était fils du portraitiste François de Troy, qui fut directeur de l'Académie. Agrée de l'Académie à peine âgé de vingt-sept ans, il reçut nombre de commandes de décorations ou même de tableaux de chevalet, petit genre dans lequel il se plut avec quelque bonheur. Il décora les appartements du banquier Samuel Bernard et ceux de M. de la Live, la crypte et le tableau d'autel de la chapelle seigneuriale de Poissy et diverses autres décorations pour des églises ou des châteaux. Il fut nommé directeur de l'Académie FRANÇOIS BOUCHER LA MARQUISE DE POMPADOUR de France à Rome en 1738, obtint le cordon de l'ordre de Saint-Michel et fut élu à Rome prince de l'Académie de Saint-Luc. On lui doit la belle suite connue des sept tapisseries de l'Histoire d'Esther. On trouve de lui des tableaux d'histoire et des portraits au Louvre : Premier Chapitre de l'Ordre du Saint-Esprit tenu par Henri IV, aux musées de Besançon, de Montpellier, de Nîmes, de Nancy, de Rouen et d'Orléans. De Troy eut un brillant rival dans le peintre François Le Moine. Celui-ci reste comme un des derniers décorateurs à grande envergure du temps. On garde de lui, au Louvre,

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L'ART ET LES ARTISTES Musée du Louvre. TOCQUÉ — PORTRAIT DE Mme DE GRAFFIGNY l'Hercule et Omphale, de la collection La Caze et, à Versailles, le tableau allégorique de la Paix, de forme ovale, placé sur la cheminée du salon de ce nom. Mais c'est dans ce palais qu'il a exécuté l'œuvre qui lui assure sa gloire la plus sûre, cette vaste décoration du plafond du salon d'Hercule, qui contient près de 150 figures et qui est vraiment d'un éclat, d'une fraîcheur de coloris et d'une composition mouvementée rappelant les meilleurs ouvrages d'autrefois. Il fut nommé premier peintre du roi en 1736 à la suite de l'exécution de son plafond de Versailles, mais surmené par le travail, miné par la jalousie et l'orgueil, sa raison s'altéra, il se crut persécuté et il se suicida un jour que, entendant monter des amis, il crut qu'on venait le chercher pour le conduire en prison. Le Moine eut un élève, aussi fameux dans son temps et qui est resté comme le type du décorateur, habile, fécond et superficiel, d'un académisme aimable et un peu banal, c'est Charles-Joseph Natoire (Nîmes 1700-Castelgandolfo, près de Rome 1777). Grand prix de peinture en 1721, il obtint ses premiers succès à Rome où il devait plus tard, en 1751, revenir comme directeur de l'Académie de France, succédant à de Troy. Près de lui, son élève Jean-Baptiste-Marie Pierre (1713-1789), prix de Rome, et qui travailla à la villa Médicis également sous la direction de de Troy, brille par les mêmes qualités d'agrément et d'ingéniosité et l'a suivi, en raison des mêmes défauts, dans la demi-obscureté de l'Histoire. A côté de ces décorateurs patentés, près desquels il ne faudrait pas oublier le nom de Pierre Subleyras (Uzès 1699, Rome 1749) peintre d'un mérite plus sérieux, qui passa presque toute sa vie en Italie, on doit s'arrêter devant la longue dynastie des Van Loo, dont on connaît environ une douzaine d'artistes. C'était une famille originaire de Hollande qui vint s'établir à Paris; puis l'un d'eux se fixa à Aix-en-Provence et fit souche d'artistes peintres. Plusieurs d'entre-eux furent très estimés. Tel Jean-Baptiste, fils de Louis (1684-1745), membre de l'Académie en 1722, qui travailla en Italie, principalement à Turin, pour le duc de Savoie et le prince de Carignan et à Rome où il fut chargé de restaurer les cartons de Jules Romain. Habile dans cette pratique, on lui confia plus tard, en France, la restauration des Musée de Versailles. MARC NATTIER — MADAME SOPHIE

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peintures de Rosso et de Primatice à Fontainebleau. Celui qui fut le plus célèbre de la famille est Carle Van Loo (né à Nice en 1705, mort à Paris en 1765), frère cadet, à près de vingt ans de distance, du précédent qui fut son maître et l'associa d'abord à ses travaux. Il remporta le grand prix de peinture en 1724 et partit pour l'Italie en 1727 avec ses neveux Louis et François et son camarade François Boucher. Il y eut de suite de grands succès, qu'il retrouva en rentrant en France. Il passa par tous les grades de l'Académie, y compris celui de directeur, reçut le cordon de Saint-Michel, obtint la place de premier peintre du roi et de directeur de l'école des Elèves protégés, sorte d'école préparatoire à l'Académie de France à Rome et se fit remarquer dans tous les genres : mythologies, allégoriques, scènes chevaleresques, portraits, orientaleries, sujets militaires, avec une variété de moyens, une ingéniosité et une grâce que n'altère point sa fécondité. Carle Van Loo fut, à la fin du siècle, la « bête noire » des réformistes suivant le goût antique. Mais nous sommes aujourd'hui en état de rendre justice à ce talent souple, aisé et brillant, ne fût-ce que devant cette Halte de Chasse (1737) si justement célèbre ou encore son portrait de Marie Lezinska, tous deux au musée du Louvre. Il y eut encore dans cette famille des Van Loo des artistes qui se sont élevés à une certaine réputation, tels Louis-Michel (1707-1771), fils et élève de Jean-Baptiste, qui fit une partie de sa carrière en Espagne où il fut peintre du roi et directeur de l'Académie de Saint-Ferdinand, et Amédée, son frère, qui fut appelé à Berlin et devint peintre du roi de Prusse. Cet Amédée fut un de ceux qui s'adonnèrent le plus aux orientaleries à la mode. Mais, au milieu de toute cette production honorable et distinguée d'école, dès le commencement même du siècle, apparaît la figure qui en est restée comme la plus merveilleuse incarnation, le plus fécond initiateur : Watteau. Antoine Watteau est né à Valenciennes, le 16 octobre 1684. Il était fils d'un maître-couvreur, chargé de famille. Ses goûts pour le dessin s'étant manifestés de très bonne heure, il fut mis en apprentissage chez un peintre en LA PEINTURE FRANÇAISE MAURICE QUENTIN DE LATOUR PORTRAIT DE LOUIS XV (PASTEL) Musée du Louvre. MAURICE QUENTIN DE LATOUR PORTRAIT DE MADAME DE POMPADOUR (PASTEL)

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L'ART ET LES ARTISTES NICOLAS LANCRET — LES TROQUEURS réputation de la ville, J.-A. Gérin. Il partit ensuite pour Paris, où il vécut très misérablement. On le vit d’abord chez un peintre sans travaux, Métayer, puis dans la boutique d’un grossier enlumineur, au pont Notre-Dame, où il peinturlura des « saints Nicolas », sans discontinuer, pour la somme de trois livres par semaine « plus la soupe ». Il s’était lié entre temps avec le peintre flamand Spoede et avec le peintre décorateur Claude Gillot (1673-1722), fantaisiste délicat et spirituel, chez qui Watteau s’installa et près de qui il prit le goût des sujets de la comédie italienne. Il ne s’entendit guère, toutefois, avec lui, le quitta et J.-B. PERRONNEAU — ADAM L’AINÉ (PEINTURE) entra chez un autre décorateur de mérite, Claude Audran (1658-1734), peintre d’ornements et de « grotesques », qui appartient à une nombreuse et célèbre famille d’artistes. Il était conservateur ou, comme on disait, « concierge » du Luxembourg. Grâce à ce séjour près de lui, Watteau fut mis en contact avec les Rubens de la grande galerie de Marie de Médicis qu’il étudia longuement et avec fruit, tandis qu’il se plaisait à errer sous les ombrages du Luxembourg, où il prit sans doute plus tard bien des motifs pour ses fonds de paysages. Il quitta bientôt ce maître, soit par suite de son instabilité coutumière,

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soit parce qu'il crut remarquer quelque sentiment de jalousie lorsqu'il lui montra son premier tableau. C'était un petit sujet de genre militaire, Départ de Troupes que son ami Spoede lui fit vendre au marchand Sirois; celui-ci, dont le gendre Gersaint, marchand de tableaux également, devait être le plus intime ami de Watteau et qui lui ferma les yeux, commanda au jeune artiste un pendant: Halte d'Armée, qu'il exécuta à Valenciennes où il était retourné et où il eût l'occasion de voir souvent des passages de soldats, après Malplaquet. Car, déjà, ce qui constitue l'intérêt et l'originalité de Watteau, c'est qu'au lieu de peindre «de génie» comme on disait ou «de chic» comme on dit aujourd'hui, il regardait assidûment la nature. Il ne resta pas longtemps à Valenciennes, revint à Paris, fut mis en relations, qui devinrent très intimes, avec le grand amateur Crozat et eut la joie profonde et la satisfaction encore inconnue chez lui de pénétrer et d'analyser à fond les trésors inestimables de sa collection de peintures et de dessins. Il copiait et recopiait sans cesse les morceaux qui l'avaient frappé et il fut surtout sensible aux influences des maîtres de Venise, dont il semble avoir pris l'atmosphère fluide et subtile et la chaude lumière ambrée. Il fut admis à l'Académie d'emblée, un jour de séance, en 1712, sur des tableaux qu'il y avait envoyés pour appuyer une demande de pension à l'Académie de France à Rome. Il ne livra qu'en 1717, même—et, peut-on dire, heureusement—inachevé son morceau de réception, l'Embarquement pour Cythère, du Louvre, tableau incomparable de poésie, de sentiment, d'enchantement et aussi de vérité, tant le rêve et la réalité sont étroitement fondus dans une contemplation passionnée et inconnue de son temps, de la splendeur des arbres, des eaux et des cieux. Watteau fut un véritable précurseur. Il a dévancé les romantiques dans la compréhension des grands spectacles de la nature et il est une exception dans son milieu par son respect si attentif des formes de la vie. Ses petits personnages si vifs, si alertes, si spirituels et si expressifs, dans leur sentimentalité à la fois tendre et ironique, sont des êtres bien concrets et bien réels de corps, de manières, d'attitude et de vie. Son dessin est d'une construction savante et d'un beau modelé, sa mimique, dans sa petite manière piquante, pleine de naturel. Aimé et admiré de ses contemporains à qui il va ouvrir toutes les voies, Watteau ne fut, pourtant, pas compris à sa mesure, même de ses plus proches amis et intimes fervents. Ce n'est que notre temps qui a deviné et reconnu que ce petit maître était un grand maître et l'une des figures les plus originales, l'un des initiateurs les plus féconds de l'Ecole. Il a touché à tous les sujets qui vont fournir l'inspiration du reste du siècle et de telle façon même qu'il demeurera toujours supérieur à tous ceux qui l'ont suivi : petites scènes militaires de genre, à ses débuts, et près des petits maîtres de Hollande, ensuite pastorales amoureuses, issues des ballets inspirés de l'Astrée ou de l'Aminta, chinoiseries dont il prenait, du reste, les éléments sur la nature même, d'après quelques Chinois en séjour à Paris, sujets de la comédie italienne, puisés près de la Commedia dell'Arte, mais qu'il a animés d'un souffle de vie et même de vie supérieure et symbolique, fêtes galantes, assemblées, concerts champêtres, collations, badinages, danses. De tout ce beau rêve d'amour, d'aimable galanterie, de douce et tendre sensualité, de volupté subtile et délicate, se meut un peuple d'arlequins, de pierrots, de colombines, de bergers enrubannés, de pélerins et de voyageurs pour Cythère qui défileront dans le monde de l'inspiration artistique le restant du JEAN-FRANÇOIS DE TROY BETHSABÉE AU BAIN Musée d'Angers. LA PEINTURE FRANÇAISE