Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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ART et le BEAU Revue mensuelle illustrée de la beauté plastique 1906 Mai No 5 --- Librairie artistique et littéraire, 10, Rue du Mont-Thabor, Paris. — Prix net 2 Fr. 50 ; Étranger, 8 Fr. --- Rebel Kastor

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L'ART ET LE BEAU REVUE MENSUELLE ILLUSTRÉE. N° 5 MAI 1906. 1re Année. SOMMAIRE: Page. --- Page. --- La vie parisienne (Le bonheur des femmes) --- L’Education par la Beauté. Par Guy de Téramond --- La vie littéraire et théâtrale --- Salon de 1906 (Société nationale des Beaux Arts). Par Robert Kastor. --- Expositions --- La Grace. Les Attitudes. Par Victorien de Saussay --- Chronique de la mode --- L’Ombre du bois --- DANS LE MONDE. — Oui, mon ami, le mariage vous fera une entrée dans le monde. — Ou peut-être bien une sortie. --- CHEZ NOS MAITRES. — J’ai toutes les médailles du salon, sauf une!! — La première? — Oui, la première, chez nous c’est la dernière. --- AU MUSIC-HALL. — Tu payes un bock? — Il fait trop froid. — Ben, pour la chaleur à venir... --- Machine à écrire „UNDERWOOD“ a Écriture visible La plus rapide La plus solide Téléph. 295.74. La plus simple La plus complète Téléph. 295.74. La plus pratique École de Dactylographie et de Sténographie Maison principale: 36 Boulevard des Italiens, PARIS --- "nuit et jour" on emploie les PLAQUES JOUGLA dans le monde entier --- LA DUTAURINE PEINTURE HYDROTEUGEIGNIFUGE SOUS MARINE LA SEULE TENANT SUR LE GOUDRON ET SUR TOUS LES CIMENTS 3. Rue de (hateaudun BOULOGNE (Selon) --- SPÉCIALITÉ DE JUPONS DE SOIE LINGERIE Trousseaux & Layettes sur Commandes Corsages, Chemisettes, Peignoirs, etc. ROSE JACQUET H. Manessier Successeur DENTELLES & RUBANS 1, Rue de Chazelles (angle de la Rue de Courcelles) En face le Métropolitain Station de Courcelles PARIS, XVIIème Arrondi --- COMMERCE DE CHEVAUX LUXE — SELLE — ATTELAGE ACHAT — ECHANGE — LOCATION. LOUIS RIVIERE à CORCK (Irlande) Fournisseur des cours étrangères. Spécialité de Chevaux Irlandais Remonte d’Officiers et d’Ecuries de course Expéditions en France les 15 et 30 du mois. Pur-sangs à l’entrainement-Dressage PATURAGES 50 HECTARES Pension pour le saison depuis 1,50 par jour. Location pour les Chasses 25 fr. pour la journée. Tonneaux attelés, breaks 50 fr. pour la journée. Leçons de guide et Equitation. La séance 10 fr. 111, Rue de France à Fontainebleau.

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L'ART ET LE BEAU No 5. Abonnement et Vente: 10, Rue du Mont-Thabor. Téléph.: 156-38. Conditions de l'Abonnement Paris : 1 an 28 fr.; six mois 14 fr. Départements : 1 an 32 fr.; six mois 16 fr. Etranger (Union Postale): 1 an 34 fr.; six mois 17 fr. Librairie artistique et littéraire 10, Rue du Mont-Thabor Mai 1906. LA VIE PARISIENNE. LE BONHEUR DES FEMMES. La Politique peut avoir sur la philosophie de la vie d'étranges influences. Depuis que le gouvernement de la République a décidé de ne plus s'occuper des diverses religions qui se partagent les croyances françaises, jamais on ne s'est autant inquiété des soucis de la conscience. Et, magique effet de da liberté de l'esprit, en presque totalité les femmes sont tout-à-fait embarrassées du cadeau qu'on leur impose; celles qui ne croyaient plus à Dieu ni à Diable sont très ennuyées de se voir dans l'obligation, justement parce qu'elles n'y sont pas forcées, de pratiquer une religion quelconque. Ne viennent-elles pas de s'apercevoir que, sans un peu de fanatisme, sans un peu d'esclavage spirituel, il n'est pas de bonheur possible? En somme, elles ont peut-être raison. C'est très bon de se sentir maîtrisée par une force imprécise; être une esclave toute femme devoirs qui ne sont jamais brutaux n'est pas une situation dépourvue de charmes; maintenant que l'Etat déclare inutile tout commerce avec Dieu, les femmes sont tentées de se rapprocher jusqu'à l'étreinte la plus intime, étreinte morale bien entendu, du doux Jésus blond dont les pieds furent baissés par la plus belle bouche qui fut au monde, la purpurine bouche de la fauve Madeleine. Jésus était le consolateur suprême des jolies pécheresses qui fardent leur front d'un agréable remords comme elles se poudrerizent après avoir reçu trop de baisers. Qu'auront-elles, à présent, comme palliatif à leurs fugitifs regrets? Oh! ceux qui ont fait voter la détestable loi, et Mr. Briand en particulier, ont privé nos belles dames perverses d'un secours trop précieux pour qu'ils ne soient pas l'objet de toutes sortes de colères. Et j'en ai bien vu la preuve à la seconde réunion donnée chez la baronne Amelie, dans son hôtel du Gros-Cailou, réunion à laquelle j'avais été convivée en grand secret, comme il est d'usage lorsqu'on conspiré. En effet, sous la présidence de cette exquise femme du monde qui accorde à la politique les heures qu'elle donnait jadis à l'amour, j'ai entendu des discours d'une dialectique très serrée et d'un bon sens inattendu que pourraient envier bien des politiciens à la mode. Lorsqu'une femme se met dans la tête d'être sage, elle l'est parfois excellemment. Et quand une femme s'autorise à parler de la vie féminine parisienne, elle s'y entend beaucoup mieux que la plupart des bonzes de l'Academie ou d'ailleurs qui, au moins, oublient trop que, malgré leur impuissance génésique, il y a tout de même une différence entre leur sexe affaibli et le sexe ardent d'une femme qui veut normalement vivre. C'était par une magnifique soirée de printemps; le grand salon brillait de mille lumières; ses larges fenêtres étaient ouvertes sur le parc et sur le ciel, où la lune se promenait triomphalement parmi les étoiles. M. Le Saurec, grâce à ses merveilleux secrets assistait, invisible, à la solennelle séance. Je ne savais où il se trouvait, j'ignorais quel sourire plissait sa lèvre railleuse, mais je le sentais près de moi, j'éprouvais le bienfait de son ombre protectrice qui envelopperait de toute sa bonté. Aussi me fût-il bien plus aisé de m'abandonner absolument à tout ce qui se passait autour de moi, certaine de sa vigilance, sûre que j'étais protégée contre toute chanceté de l'une ou de l'autre qui aurait tenté de m'atteindre. Malgré ma vie audacieuse, je suis demeurée timide lorsque j'aborde un monde où je suis à demi étrangère, parce que, dans ces sortes de réunions, il y a toujours des gens qui vous sont inconnus. Hélas! il me fut impossible de demeurer longtemps attentive aux si beaux discours qui durent être prononcés; en effet, je sentis tout à coup derrière moi, un bras frôleur, je me retournai et je fus toute ravie et étonnée à la fois de reconnaître Anne de M..., mon ancienne amie de pension, ma camarade de dortoir, qui, pauvre chérie, depuis quelques années n'a pas été très heureuse dans son menage puisqu'elle vient d'obtenir le divorce contre son tyran d'époux. Et elle me dit tout bas, de façon à ne pas troubler la dame qui faisait un sermon sur la foi religieuse et le bonheur des femmes: — Vois-tu, Lyonne, je n'ai pu résister au besoin de te distraire de toutes les balivernes que chante cette bonne femme. C'est absurde tout ce qu'elle conte. Il faut avoir vécu, et avoir souffert surtout pour aborder la philosophie de la vie. Et bien, moi, je suis une victime; ma vie est manquée je n'ai même plus le courage de penser seulement que je pourrais recommencer une autre existence; laisse-moi donc t'affirmer que le bonheur de la femme est dans l'amour, dans le bon amour simple et matériel et non pas dans l'illusionnante foi en un Dieu auquel nous ne croyons plus assez. C'est de l'éducation que j'ai reçu que je dois ma misérable déchéance, cette déchéance irrémédiable que laisse le divorce derrière lui. Je fis une femme du monde stupide d'autant plus que je pus être une mondaine parfaite. J'allais à l'église comme j'allais au théâtre; je revenais à mon mari comme je revenais d'un bal. Il n'y eu jamais cette intimité qui rassemble les petites gens, chaque soir, après le labeur; nous ne fûmes même pas de bons amis parce que je manquais de confiance dans l'homme que l'on m'avait imposé et qui préférait s'entretenir des choses de son cercle que des bienfaits du Seigneur. Mon mari devint un chenapan, eût des maîtresses, parce que je ne fis rien pour le garder près de ma piété inutile, parce que je fus une femme aussi insuffisante que possible et qu'il n'eut jamais assez d'autorité et d'énergie pour m'obliger à devenir meilleure envers lui surtout. Elle reprit après une pause, tandis que les applausissements scandaient la péroraison de la dame: — Est-elle assez bouffonne, cette vénérable comtesse qui se fait conférencière après avoir usé toutes ses pudeurs de garçonnière en garçonnière pendant trente années consécutives? Sa théorie est lugubre comme l'aveu de tous ses péchés. C'est une longue litane de vices récitée comme une confession. L'Hypocrisie qui l'a sauvée et a fait son bonheur reste, au fond, son unique profession de foi. Alors, avec amertume, elle commença, à être méchante, et méchante comme sont les femmes chagrines. Elle s'amusa à disséquer les tares des unes et des autres, elle me révéla les secrets surpris dans les heures d'intimité et voilà comment je sais aujourd'hui que la dichesse de X... celle qui ne fut jamais un ange de vertu, est retenue au ban de la sagesse par une odieuse et atroce maladie. Oh! les maladies des femmes du monde! La comtesse de B... ne garde pas la chambre pour une phlébite, mais pour des ulcération innombrables. La princesse de K... cette russe de cinquante ans qui vole encore les amants de sa fille, est cruellement atteinte et s'antiséptise avec énergie. — Mais, ma chérie, m'écriai-je, je n'aurai plus jamais le courage de leur serrer la main! — Oh! ne crains rien, murmura-t-elle, elles sont si soigneusement gantées! Nous avions parlé trop fort, il y eut des putt!!!... J'écoutai la dernière conférencière portée au programme et, en même temps, je réfléchissais sur le bonheur des femmes. En somme, qu'est-ce que le bonheur? De quoi le bonheur est-il fait? Est-il possible de fixer le lot du bonheur de chacun? Devant de tels problèmes, je m'apparus à moi-même toute petite, si petite que je n'osai presque plus les aborder. Et, avec complaisance, je me rapprochai par l'esprit du bon M. Le Saurec qui, malgré sa science, malgré ses conquêtes sur la nature, ne trouvait rien de mieuque que de rester indifférent à tout. Il se plaisait à m'aimer, par coquetterie de vieux Monsieur qui a tout de même besoin de s'intéresser à quelqu'un, et sa clémence envers moi-même m'était bienfaisante comme certains onguments sont doux à une blessure douloureuse.

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L'ART ET LE BEAU Et, quand, un peu plus tard, il me reconduisit chez moi: — Vous vous êtes beaucoup ennuyée, mon amie, me dit-il; voyez-vous, ces femmes sont des toquées... Il s'arrêta de parler soudain. Une étoile filante rayait le ciel. Je vis que M. Le Saurec était pâle. — Qu'avez vous? m'écriai-je. — Oh! presque rien... C'est un grand roi qui vient de mourir. Il savait donc aussi le langage des astres! En effet, le lendemain, on apprenait qu'un roi nègre était mort, et que ce roi nègre avait été un homme de bien. LYONNE DE LESPINASSE. --- LA VIE THÉÂTRALE ET LITTÉRAIRE. Les pièces de Romain Coolus n'ont jamais rien d'in- différent. Dans chacune d'elles il y a une note personnelle de fine observation de la vie, de particulière rossette à l'encontre de la pauvre et malade humanité. Hier, c'était Petite peste, aujourd'hui c'est l'Enfant Chérie. DUMENY. HUGUENET. MAKTHE REGNIER. Les quelques lignes consacrées ici, chaque mois, aux théâtres ne permettent pas de donner de cette nouvelle pièce un compte-rendu détaillé. Disons seulement qu'admirablement jouée par Dumény, Huguenet et Marthe Régnier, plus adorable que jamais, elle a remporté une victoire complète. Aux Folies Dramatiques, la Troupe Chamberlin a assez bien réussi. Ce n'est pas un chef-d'œuvre — les auteurs n'y ont point prétendu. Ils n'ont cherché qu'à faire rire et ils y sont plus ou moins parvenus. C'est déjà beaucoup. Félicitons donc Mrs... pardon, M. Paul Delaroy, dit l'affiche. Six petits actes dans une soirée semblaient une gageure, et six petits actes sans amour surtout. Antoine a su triompher brillamment. Dans cette salade panachée, mettons à part Depuis six mois de Max Maurey, et Une vieille renommée qui ont été les succès de la soirée. Les autres pièces sont ternes et Sévérité est d'une banalité désolante et lugubre. Sévérité est de M. Frapié. Le gros succès artistique de la saison est Aphrodite qui tient victorieusement l'affiche de l'Opéra-Comique. Nulle œuvre ne se prêtait mieux que l'admirable roman de Pierre Louys, évocateur de la volupté antique, à un livret intéressant et original. Avec son habileté coutumière, M. Louis de Grammont en a tiré adroitement une suite de jolies scènes ne s'écartant point, du sujet du roman, et il faut l'en féliciter. La musique de M. Camille Erlanger est pleine de grâce et d'émotion; c'est une jolie partition qui attirera le public et restera longtemps au répertoire. Mais ce qu'il faut louer, sans mesure, c'est l'admirable façon dont M. Carré a montré cet ouvrage, c'est la sincérité d'art, la recherche perpétuelle du beau qui ont présidé à la mise en scène. C'est un spectacle unique où le directeur de la Nécropole Nationale de Musique et de Danse fera bien d'aller prendre quelques leçons. Cela lui vaudra mieux que de se faire casser l'encens sur le nez dans ses communiqués aux journaux. A force de se gratifier des épithètes « d'intelligent directeur, de grand artiste etc... » il a bientôt fini par le croire. Laissons ce gaillard là à ses illusions. Ne sutor, ultra... vous connaissez la suite. Aphrodite fort bien chantée par la troupe de l'Opéra-Comique qui donne tout entière et il faut citer hors de pair, Mlle M. Garden et Beyle qui ont fait des créations inoubliables. Notre terrible Curnonsky, le tombeur de cocktails, rencontré au Palais de Glace, le dernier salon où l'on cause, en admirant les huits savants sur la glace de M. Delval se trémoussait de joie dans les couloirs, le soir de la première: — C'est l'apothéose de la beauté de la chair, de la splendeur de la forme à combien de braves bourgeois à la sortie cette pièce coûtera... un Louys! Le fait saillant du mois littéraire, a été l'assemblée générale de la société des Gens de lettres. Un petit groupe de conspirateurs devait, disaion, porter la discorde au camp d'Agramant. Tout s'est bien passé, néanmoins et les élections ont eu lieu dans le plus grand calme. Les réformes plus ou moins urgentes (au dire des uns et des autres) ont été remises à plus tard. Enregistrons seulement avec plaisir que Victor Margueritte a été nommé président. C'est là un excellent choix. Victor Margueritte est un littérature probe, d'une haute valeur et d'un grand talent. Tout le monde à ratifié ce choix. Il avait, paraît-il, été un moment question de Jules Mary, un excellent et digne homme, mais trop le représentant du commerce dans la littérature, le type du tant-la-ligne. La Société des Gens de lettres se doit de ne pas se montrer toujours seulement une société de perception. Un peu d'Art ne lui messied pas, de temps en temps. Double raison pour nous féliciter d'avoir comme président M. Victor Margueritte. A la suite des clus nouveaux au comité, quelques noms ont rallié un assez grand nombre de voix, comme MM. René Emery, Paul Bonhomme et Madame C. Pert; ce sont là de précieuses indications pour l'année prochaine. Et maintenant nommons les livres nouveaux: Illusions perdues, une histoire dramatique et d'allure vive, irreprochable comme sentiments, d'Henri Datin; A dix huit ans, un conte pur et blanc un peu romanesque aussi; Colvinopolis, une nerveuse étude de William Vogt contre Genève dont certaines personnalités sont passées au crible, non sans méchanceté. Je n'ai pas bien compris le mobile étrange qui a poussé M. Henri Allorge à publier l'Ane géométrique. Elle aurait pu être original, incontestablement, cette poésie soulignée de figures géométriques. Le malheur, c'est que, comme idées, ce n'est pas bien intéressant et que comme poésie, c'est plutôt faiblard. Mr. Allorge aurait du rester mathématicien. Qu'allait-il faire dans notre galère? ANTOINE. CAMILLE ERLANGER. CURNONSKY. V. MARGUERITTE. L. de GRAMMONT. APHRODITE (Opéra comique). MLLE GARDEN. M. BEYLE.

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L'ART ET LE BEAU LA VOLUPTÉ DU REPOS

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L'ÉDUCATION PAR LA BEAUTÉ. LE SOURIRE. LES PIPEAUX. Je songe parfois avec pitié aux pauvres enfants que les pions, champignons plus ou moins vénéneux des universités et des Sorbonnes initient aux charmes frustes de l'éloquence grecque auxquels ils ne comprennent pas grand chose et des subtilités rancées des historiens latins qui ne les émeuvent guère, dans des géoles obscures aux murs froids où l'on grelotte l'hiver, où l'on étouffe l'été, mais en revanche où l'on baille toujours. Pendant ce temps, dehors, passe, dans un orbe lumineux un clair rayon de soleil. Cet éclaboussement d'or, c'est le printemps, ce sont les fleurs embaumantes et multicolores, ce sont les petits oiseaux qui se poursuivent ou piail lent, c'est surtout la liberté, la beauté de la nature et de la vie. Et quand, pendant de longues années on a opprimé les malheureux petits prisonniers sous ce joug odieux, la première chose qu'ils se hâtent de faire, lâchés enfin, c'est d'oublier ce qu'on a eu la prétention naïve de --- L'ART ET LE BEAU

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L'ART ET LE BEAU leur apprendre, pour courir vers ce soleil et vers cette beauté. Alors, je me demande pourquoi on ne les a point laissés y aller tout de suite?... Je crains bien qu'une pareille question ne soit jugée par notre soit-disant civilisation comme d'une barbarie manifestement primitive, car les marchands de b, a, ba de tous genres, qui font le triste métier de torturer les jeunes intelligences, n'avoueront jamais que l'éducation de l'esprit cherchant à approfondir les mystères naturels de la Beauté est autrement élevé, autrement noble que l'ignorance intrinsèquement grossière de leur instruction officielle — qu'on me dispense d'ajouter cette autre aberration : obligatoire. Mais qui conviendra de cela?... La beauté, qu'on le veuille ou non, est l'âme même de l'univers. Supprimez la beauté, tout s'écroule instantanément, car elle est l'aspiration continuelle de l'humanité. Dans la nature, tout est harmonie. Qui dit harmonie, dit principe de beauté. La déduction est aisée. Quel homme sensé le niera?... Il est certain que des esprits chagrins répondront : — Et puis, quand il n'y aurait point de beauté dans le monde, en serions-nous plus malheureux pour cela?... A quoi sert la beauté?... A quoi de défini, de palpable, de tangible en un mot?... que fait-elle, par exemple, dans la science qui est la caractéristique de XXème siècle?... quel est son rôle dans cet ensemble de préjugés, de routines, de grimaces qui forment les castes et les sociétés?... or, c'est de tout cela que nous vivons : supprimons la beauté et le monde n'en roulera pas moins!... Ce serait l'occasion de paraphraser le précepte de l'Ecriture : Habent oculos et non videunt.... ils ont des yeux et ils ne voient point! Car toute l'humanité tourne autour de la beauté. Elle est son fondement, son essence même. Sans elle, nous en serions encore aux cavernes. Tout se rapporte à elle, comme tout dérive d'elle. Il n'y a pas un progrès dont on ne retrouve le filon premier dans la Beauté. Elle synthétise l'aspiration perpétuelle de l'homme vers le mieux, vers le perfectible. Qu'on ne crie point au paradoxe! L'histoire est là pour montrer que les siècles ne sont grands que par elle. Un conquérant, un législateur ne laissent point sur leurs concitoyens une empreinte aussi forte qu'un artiste. Les mœurs changent, les victoires s'oublient, la Beauté reste. Elle seule demeure à travers les siècles aussi pure, aussi vibrante. Que voit-on, aujourd'hui, dans la Victoire de Samothrace, la bataille navale où triompha Démetrius Poliorcète ou la statue du Louvre? Quel souvenir évoque à notre esprit l'Arc de Triomphe, sinon les bas reliefs admirables de Rude, ce Chant du départ, merveille de la statuaire moderne? Toute science, de même, est éclosse de l'art, c'est-à-dire de la Beauté qu'il matérialise à la portée de notre cerveau, non point qu'il faille entendre par là qu'il n'y aurait pas la télégraphie sans fil sans la Danseuse de Falguière ni, en remontant en arrière, la trigonométrie sans la Vénus de Milo, bien évidemment. Mais il est hors de doute qu'aucune science — à quelque branche qu'elle appartienne — n'existerait aujourd'hui si le Beauté n'avait sorti l'humanité du chaos ténébreux où elle stagnait, ne lui avait soufflé cet enthousiasme vers le perfectionnement de tout ce qui l'entourait, de tout ce dont elle vivait et que rien n'a arrêté dans les bouleversements qui l'ont continuellement modifiée à travers les siècles. Cela, les Grecs l'avaient bien compris. Pourquoi ont-ils été le peuple qui a fait faire un si grand pas à la civilisation informe, indécise, imprécise surtout encore, malgré les incomplètes tentatives des Phéniciens et des Égyptiens? Parce qu'ils étaient, avant tout, épris de la Beauté. Parceque dans cette nation élue par les dieux, tout était aspiration naturelle vers le Beau qui se manifestait dans un amour profond de la perfectibilité. Imitons donc les Grecs. Voyons donc la Beauté la vraie, l'unique éducatrice. Laissons aux pions moroses les autres enseignements. Ne déprimons point, n'allourdissons pas les cerveaux par des obscures et oiseuses contingences, émancipons les au contraire, dirigeons les vers tout ce qui est beau. Ils ont besoin de soleil, de liberté, de Beauté, c'est-à-dire d'idéal comme nous avons besoin, pour vivre de pain et non des formules creuses des hygiénistes et des charlatans.... Guy de Téramond. LE CRÉPUSCULE DANS LES BLÈS.

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L'ART ET LE BEAU HENRI MORISSET. REPOS. SALON DE 1906. SOCIÉTÉ NATIONALE DES BEAUX-ARTS PAR ROBERT KASTOR. a grande innovation cette année, à la Société Nationale des Beaux-Arts, c'est l'ouverture d'un mélodrome, — lisez : la création d'une salle de concerts. Les musiciens ont été invités, tout comme de simples rapins, à déposer leurs œuvres entre les mains du très-aimable secrétaire. Un jury en a retenu un certain nombre — les plus pistonnés, sans doute ; c'est le cas ou jamais quand il s'agit de musiciens, — et ils seront exécutés par l'orchestre d'abord, et quelques uns, peut-être par le public. Mais il y a encore de la peinture. Il y en a même de très remarquable, et le Salon de cette année, par l'importance et la valeur de certaines toiles, et l'excellente tenue générale, peut être considéré comme un des meilleurs que nous ayons eus dans les dernières années. Si nous en causions, voulez-vous ? La Société a tenu, cette année, à rendre hommage à deux grands artistes, en leur accordant à chacun une salle particulière ; l'un, CARRIÈRE, dont les artistes portent le deuil récent, est ici représenté par une série de toiles, quelques unes inachevées, qui montre que la mort l'a pris comme il l'avait toujours souhaité : « En marche ! ». La salle qui lui est consacrée renferme, entre autres les quatre panneaux destinés à la Mairie de Reuilly, Nativité, Fiancés, les Mères, les Vieillards ; le Baiser du Soir, un Christ, et des portraits et Etudes de têtes. L'autre hommage s'adresse à Gustave COLIN, bien vivant, celui-ci, ainsi que le prouvent ses tableaux les plus récents ; il est du plus haut intérêt de voir, notamment dans la Sortie du Port de Passages et la Gitane chanteuse des rues, comment sa technique s'est rajeunie depuis les Basques Espagnols jouant à la pelote, toile refusée au salon de 1863, et la Récolte du Maïs, exposée en 1872, et nous avons été heureux de voir à la place qui lui est due depuis si longtemps ce grand et honnête peintre, si fort et si sincère. Il y a aussi une salle DUBUFE, à laquelle a collaboré l'architecte Tony SELMERSHEIM, et dont la décoration est des plus élégantes, et des plus agréables. Elle rompt complètement avec le décor habituel des expositions, abandonnant les éternelles tentures et les tapis rouges, et met bien en valeur les œuvres qu'elle contient.

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SUR LE BORD DU BASSIN DE PIERRE.

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L'ART ET LE BEAU Outre les compositions décoratives Poésie et Musique, Peinture et Sculpture, et une jolie aquarelle, l’Amour et Psyché, de Guillaume DUBUFE, cette salle donne asile à une figure de BARTHOLOMÉ, et des vitrines d’objets d’art, où nous remarquons de riches émaux de THESMAR, ainsi qu’à des tableaux d’une grande fantaisie et d’une belle couleur de Gaston LATOUCHE, le Bain, voyage de noces, la fête de nuit, et à un triptyque de CHUDANT, l’Eau. Cette décoration nouvelle est un essai, nous dit-on. Il est des plus heureux et nous croyons qu’il y aurait avantage à la généraliser ou tout au moins à l’étendre l’an prochain. * La peinture décorative est largement représentée cette année, et la salle de travail de l’École des Hautes Études, à la Sorbonne, pourra s’enorgueillir de posséder deux œuvres de René MÉNARD intitulées Terre Antique (I. Le Temple. — II. Le Golfe). Le Palais de Justice de Paris devra à LÉVY-DHURMER une composition un peu sombre, mais ne manquant pas de brillantes qualités, le Juge. Paul BAUDOIN, qui fait revivre la fresque et a doté Rouen de compositions si remarquables, expose ici l’Hiver et le Bûcheron, fragments d’une décoration de salle ; mais on a eu le tort de séparer ces deux fresques qui sont peintes de façon à se faire valoir l’une l’autre, et donnent une haute idée de ce que doit être l’ensemble. WILLETTE expose un plafond pour un libraire, inspiré par le thème suivant : « Aussi ardente que le feu qui dévore son sanctuaire charnel, la Pensée à travers le brouillard des superstitions persécitrices, rejoint la Liberté et la Sagesse. Le bonheur qu’elle rêve pour l’Humanité n’est pas une utopie ridicule, puisqu’il consisterait à travailler, sans désespoir, pour la solidarité, à vivre avec l’amour de la nature et la compréhension de l’Art. C’est à quoi songe le fou . . . l’artiste, si imprudemment perché sur la potence . . . Les livres étaient aussi jetés au feu par la main du bourreau. » Plus loin, c’est AUBURTIN, avec un Orphée charmant les tigres, dans une harmonie de gris et de verts très-sobre. Ce panneau voisine avec ARMAND BERTON. FEMME ET FLEURS. Pissaro phot.