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ART et le BEAU Revue Mensuelle Illustrée de la Beauté Plastique Février 1906 No 2 --- Librairie Artistique et Internationale --- R. B. H. Master
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ART et le BEAU Revue Mensuelle Illustrée de la Beauté Plastique Février 1906 No 2 --- Librairie Artistique et Internationale --- R. B. H. Master
L'ART ET LE BEAU REVUE MENSUELLE ILLUSTRÉE. N° 2 FÉVRIER 1906. 1re Année. SOMMAIRE: Page. --- La vie parisienne Le Diable Bossu) --- Chronique théâtrale --- Les livres --- Petites Expositions --- Chronique de la mode --- Page. --- Le Culte du Beau et la Culture de la Beauté. Par Guy de Térandon. --- Au Temps de l'Arcadie --- Le Nu antique. Par Paul Bonhomme --- Les Colombes sont envolées. Par H. de Folgar --- La Séduction chez la femme. Par Al. Brown --- Sommeil (Sonnet). Par Fernand Arboval --- CHEMINS DE FER D'ORLÉANS EXCURSIONS aux Stations Therales et Hivernales des Pyrénées et du Golfe de Gascogne ARCACHON, BIARRITZ, DAX, PAU, SALIES-DE-BÉARN, etc. Tarif spécial G. V. n° 106 (Orléans). Des billets d'aller et retour, avec réduction de 25% en 1re classe et de 20% en 2e et 3e classes, sur les prix calculés au Tarif général d'après l'itinéraire effectivement suivi, sont délivrés toute l'année, à toutes les stations du réseau de la Compagnie d'Ouest, pour les stations thermales et hivernales du Midi, et notamment pour Arcachon, Biarritz, Dax, Guéthary (halte), Hendaye, Pau, Saint-Jean-de-Luz, Salies-de-Béarn, etc. Durée de validité: 33 jours (non compris les jours de départ et d'arrivée). --- BILLETS D'ALLER ET RETOUR DE FAMILLE Pour les Stations Therales et Hivernales des Pyrénées et du Golfe de Gascogne ARCACHON, BIARRITZ, DAX, PAU, SALIES-DE-BÉARN, etc. Tarif spécial G. V. n° 106 (Orléans). Des billets de famille, 1er, 2e et 3e classes, comportant une réduction de 20 à 40%, suivant le nombre de personnes, sont délivrés toute l'année, à toutes les gares du réseau d'Oriens, pour les stations thermales et hivernales du Midi, sous condition d'effectuer un parcours minimum de 300 kilomètres (aller et retour compris), et notamment pour Arcachon, Biarritz, Dax, Guéthary (halte), Hendaye, Pau, Saint-Jean-de-Luz, Salies-de-Béarn, etc. Durée de validité: 33 jours (non compris les jours de départ et d'arrivée). --- EXCURSIONS en TOURAINE, aux CHATEAUX des bords de la Loire et aux Stations balnéaires de la ligne de SAINT-NAZAIRE au CROISIC et à GUÉRANDE Tarif spécial G. V. n° 5 (Orléans). 1re CLASSE --- PREMIER ITINÉRAIRE --- 2e CLASSE --- DEUXIÈME ITINÉRAIRE --- 3e CLASSE --- 86 fr. --- Durée 30 jours --- 63 fr. --- 54 fr. --- 41 fr. --- Paris. — Orléans. — Blois. — Ambroise. — Tours. — Chenonceaux et retour à Tours. — Loches et retour à Tours. — Langeais. — Saumur. — Angers. — Nantes. — St-Nazaire. — Le Croisic. — Guérande et retour à Paris via Blois ou Vendôme, ou par Angers et Chartres, sans arrêt sur le réseau de l'Ouest. --- Paris. — Orléans. — Blois. — Ambroise. — Tours. — Chenonceaux et retour à Tours. — Loches et retour à Tours. — Langeais et retour à Paris via Blois ou Vendôme. --- Durée 15 jours. --- VOYAGES dans les PYRENEES Tarif G. V. n° 105 (Orléans). La Compagnie d'Oriens délivre toute l'année des billets d'excursion comprenant les trois itinéraires ci-après, permettant de visiter le Centre de la France et les Stations thermales et balnéaires des Pyrénées et du Golfe de Gascogne. PREMIER ITINÉRAIRE --- DEUXIÈME ITINÉRAIRE --- TROISIÈME ITINÉRAIRE --- Paris. — Bordeaux. — Arcachon. — Mont-de-Marsan. — Tarbes. — Bagnères-de-Bigorre. — Montréjeau. — Bagnères-de-Luchon. — Pierrefitte-Nestalas. — Pau. — Puyôo. — Bayonne. — Dax (ou Puyôo, Dax). — Bordeaux. — Paris. --- Paris. — Bordeaux. — Arcachon. — Mont-de-Marsan. — Tarbes. — Pierrefitte-Nestalas. — Bagnères-de-Bigorre. — Bagnères-de-Luchon. — Toulouse. — Paris (ou Montauban, Cahors, Limoges ou Pigaeac, Limoges). --- Paris. — Bordeaux. — Arcachon. — Dax. — Bayonne. — Pau. — Pierrefitte-Nestalas. — Bagnères-de-Bigorre. — Bagnères-de-Luchon. — Toulouse. — Paris (ou Montauban, Cahors, Limoges ou Pigaeac, Limoges). --- Durée de validité: 30 jours (non compris le jour de départ). PRIX DES BILLETS. — 1re classe: 163 fr. 50 c.; 2e classe: 122 fr. 50 c. --- LE MOIS COMIQUE. FÉVRIER par GRASS-MICK. LE PARFAIT GAFFEUR. — Eh bien, madame, comment va votre mari, lui qui est si aimable en société? DU BAL DU MARDI GRAS — Eh bien, quoi, on ne s'amuse pas ici? — Je te crois, ma femme est dans la salle... qui fait des miennes!
L'ART ET LE BEAU N° 2. --- Abonnement et Vente:10, Rue du Mont-Thabor.Téléph.: 156-38. --- Conditions de l'AbonnementParis: 1 an 28 fr.; six mois 14 fr.Départements: 1 an 32 fr.; six mois 16 fr.Etranger (Union Postale): 1 an 34 fr.; six mois 17 fr. --- PublicitéLibrairie artistique et littéraire10, Rue du Mont-Thabor. --- Février 1906. --- LA VIE PARISIENNE. LE DIABLE BOSSU. D epuis un mois, je suis l'amie de Monsieur Le Saurec. Ma réputation, déjà mauvaise, n'a pas gagné à cette fréquentation. Malgré sa prudence, bien qu'il ait tout fait pour garder le prestige des âmes simples, Monsieur le Saurec est considéré comme un être dont il vaut mieux rester l'ami que devenir l'ennemi. A-t-on remarqué que tous ceux qui ont commis l'imprudence d'être — oh, si peu que ce soit — ses adversaires ont été victimes de toutes sortes de malheurs? En tous cas, aujourd'hui, je suis classée; je suis l'amie, presque l'associée du Diable bossu. Et l'on redoute ma plume autant que ma langue. Les chères bonnes amies savent à quoi s'en tenir quant à ma langue qui n'a jamais reculé devant une indiscrétion. Je suis bavarde et ma plume s'en ressent. Tant pis pour elles! Tant pis pour moi . . . — On danse beaucoup moins, cet hiver, que les hivers passés, me dit lundi dernier, M. Le Saurec; cependant, je sais qu'on donnera ce soir, un bal très intéressant pour vous, ma chère amie, avenue Bosquet. Je vous y conduirai sur le coup de onze heures. Il m'obligea à me tremper dans un bain merveilleux qui devait avoir le don de me rendre tout à fait invisible. Il faut vous dire que ce bain est plutôt désagréable; d'imperceptibles picotements agacent les chairs, troublent les nerfs et grisent comme si l'on avait absorbé de mauvaises liqueurs fortes. Monsieur le Saurec, avait, quelques minutes avant ma visite plongé son corps rabougri de vieillard dans la même baignoire. Vers onze heures, à pied, heureux de l'air très doux de la saison si complaisante dont nous jouissions, nous nous arrêtâmes avenue Bosquet, devant un somptueux hôtel qui donne sur un très beau jardin. — Mais nous sommes chez la Comtesse Lily, m'écriai-je. — Lily, Mimi, Titi, comme vous voudrez, dit simplement Monsieur le Saurec. C'est, incontestablement, une des dames de Paris, chez laquelle on s'amuse le mieux. La connaissez-vous? — Si je la connais! Je crois bien! . . . L'an passé, Lily et Carmen, sa meilleure amie, m'ont envoyé une délicieuse jeune femme pour m'inviter à leurs intimes soirées; par rosserie, j'ai refusé, mais je leur ai volé la messagère . . . J'ai sur Lily une foule d'histoires très parisiennes . . . Est-elle encore la tendre amie de son cocher? . . . Très gentil, ce petit! Les grandes dames ont seules droit aux amours ancillaires . . . . Est-ce que les patriciennes de Rome ne faisaient de leurs esclaves les plus belles joies de leurs nuits? On a beaucoup jasé, l'été et l'automne derniers, sur une croisière dans l'Adria-tique . . . . A bord de son yacht, Lily avait entraîné la princesse de Py, si belle, et cette Rosette qui sent le fauve ardent . . . . Ce fut une course charmante. Elles enlevèrent les plus muscels des gondoliers et des matelots qui s'en réjouirent luxueusement. On m'a raconté des nuits parasiques, des nuits féériques. Le grand yacht courant sous la piscine, éperdu de lumières et de musiques, pareil à ce Minotaure d'un roman célèbre qui promena à travers toutes les mers d'Orient les amours sublimes d'une archiduchesse d'Autriche. — Eh bien, cette nuit, dit Monsieur le Saurec, nous allons assister à une fête splendide, à l'une des dernières splendides fêtes que donnera Lily. Mais il est inutile que nous pénétrions dans l'hôtel des premiers. Attendons que la folie ait fait des siennes . . . Voici les premières voitures . . . En effet, les coupés arrivaient successivement; il ne descendit qu'une femme de chaque coupé, et cette femme était enveloppée d'un immense manteau qui la couvrait de la nuque jusqu'aux pieds. Quelques jeunes hommes, cachés dans de longues pelisses le col relevé, pénétraient de temps en temps dans l'hôtel. — Dix huit invités, compta Monsieur Le Saurec, au passage d'une jeune femme de vingt-cinq à trente ans. Celle-ci fut très jolie. Elle est Comtesse depuis quelques années. Ce fut une des plus belles jeunes filles de ce monde, qui vit pour la debauche. Elle a du sang espagnol dans les veines: je voudrais, ma chère Lyonne, que vous l'eussiez connue avant son mariage . . . Elle a été très malade, depuis . . . D'ailleurs, elle a eu trois enfants, plus ou moins mal venus . . . Une messaline moderne. Elle n'a pas épargné sa sœur et son frère qu'elle a détraqués autant qu'elle-même. Je n'ose vraiment pas vous raconter les orgies auxquelles, sous sa direction, des jeunes hommes et des jeunes filles se livrent dans sa célèbre garçonnière, c'est insensé . . . Mais je vous promets que vous pouvez cette nuit, vous faire une idée de ces fêtes . . . Entrons . . . N'oubliez pas qu'il nous est interdit de parler, restons dans un coin d'où nous pourrons observer à notre aise; ne nous trahissons pas. Grâce à ses secrets, Monsieur Le Saurec, me fit pénétrer dans l'hôtel dont la porte ne s'était cependant pas ouverte; nous montâmes au premier étage par un large escalier, et, tout de suite, nous fûmes dans les salons. Les lumières étaient aveuglantes; d'abord, je fus comme éblouie et je crus avoir la berlu . . . Allant et venant, divinement nues, des femmes s'amusaient, jasaient, sans se soucier de toute pudeur; de jeunes hommes, en costume de soirée, francs de couleur et culotte courte, se mêlaient aux groupes des jeunes femmes. Tous et toutes avaient le corps maquillé comme les coquettes se maquillaient le visage. Les fards, en profusion, s'étalaient de nacre ou en rose; et, sur les épaules, flottaient de luisantes chevelures d'or ou d'ébène. On se serait cru transporté dans un âge de félicités et de délices. Et c'était charmant, car leur aisance bannissait toute honte. Des que certains principes, des que certaines lois sont tout à fait détruites, on conçoit mieux qu'on puisse, sans subir les tourments de la pudeur, se rapprocher de la nature. D'ailleurs, la pudeur est un vice moderne, née de la laideur des races nouvelles. Il est incontestable que Phryne pouvait se mettre nue, avec une facile coquetterie; je ne vois pas, en revanche, beaucoup de dames d'Monstrés capables de l'imiter avec la même insouciance. Parmi ses amies, Lily n'était pas la plus belle, certes; mais elle part peinte avec un art tout à fait supérieur; on eût dit une mignonne statuette de Gérôme. Aux accents d'une exquise musique, les couples évoluèrent, légers, frivoles; ce fut une ronde de nymphes et de satyres digne de Clodion; malheureusement, la danse dégénère en folie lubrique . . . et ce fut regrettable, car les nymphes devinrent répugnantes et les satyres macabres. Je suppliai M. Le Saurec qu'il m'emmenât. Nous traversâmes les salons, nous gagnâmes l'escalier: dans le vestibule, les laquais en livrée jouaient à la manille, sur un guéridon ancien. — Vous êtes plus sensible encore que je ne le pensais, me dit M. Le Saurec. Je ne sais plus m'étonner au spectacle de certaines hideurs, parce que j'ai contemplé trop de laidure dans mon existence. Savez-vous à quoi je songeais, moi, durant que ces folles s'animalisaient aux accords de musiques endiablées? Je tâchais de reconstruire l'individualité des maris de toutes ces femmes. Ou sont-ils pendant qu'ils s'imaginent que leur femme repose? Les uns sont chez des maîtresses pour lesquelles il dépensent la dot reçue en garde, acceptée en tutelle, ou bien ils sont au cercle où s'ils s'abrutissent autour d'une table de jeu. Ces hommes sont immodés puisqu'ils savent, pour la plupart, que leurs femmes ont des amants. Voulez-vous que je vous affirme que ces femmes qui posent des entières après-midi chaque semaine dans les maisons de rendez-vous, ont reçu de leurs maris les adresses de ces maisons où l'amour se vend? Ils savent, très nettement; ils n'ont même pas besoin de fermer les yeux. Nous avions pris le plus long chemin pour revenir sur la rive
L'ART ET LE BEAU droite de la Seine, et je fus surprise d'être au Boulevard de la Tour-Maubourg. — Tenez, dis-je, c'est ici que demeurait, autrefois, la petite comtesse de Kerrieu . . . — Je me souviens, en effet, que vous l'avez beaucoup connue, dit-il . . . — En effet, ce fut et c'est encore une amie . . . Maintenant, rue de Grenelle, elle se cache comme une fleur craintive, sous la garde de l'ombre de la duchesse de Talleyrand, à l'abri de son parc, en face de ces Invalides qui s'écrasent sur le sol, au bout de l'Esplanade, comme un amoncellement de niches où passeront ceux qui rêvent des définitifs tombeaux . . . — Mais voici l'hôtel de la Baronne Z . . . Derrière les volets clos, derrière les murs épais, à cette heure, sommeille une vieille femme qui, avec l'aveugle de la rue de Monceau, fut une des plus grandes détraquées de son temps. Il n'y a que cinq ou six ans encore, elle attirait chez elle des jeunes filles pour les initier à toutes sortes de péchés ; jalouse de la marquise, de cette marquise qui ne fut pas longtemps belle, et qui brûle ses restes de splendeur en même temps que sa suprême boîte de cigares, elle lui disputait les fétudes lauriers du vice qui sont encore à cueillir à travers Paris ; mais, hypocrite et prudente, elle sut satisfaire ses instincts et ne compromettre jamais la renommée de son nom et des siens, tandis que la pauvre marquise n'a même plus le courage, sur les petites plages bretonnes, d'ambitionner les faibles conquêtes, qui, telles des mollusques, se cachent, les nuits d'été, dans les creux de rochers où la lune seule peut laisser tomber son large et beau regard. Et M. Le Saurec reprit : — Moi, aussi, l'été, quand j'étais las de l'ivresse du travail, quand j'avais l'âme heureuse d'avoir accompli le devoir que je m'étais imposé, j'aimais aller me recueillir dans la tranquillité sereine de cette mélancolique Bretagne où j'espérais rassasier mon âme de doux et beaux rêves . . . J'errais, parfois, à travers les landes silencieuses, je me perdais à travers les marais salants, je me croyais dans un désert où l'esprit du mal n'avait jamais pénétré encore . . . Hélas ! Paris vint avec son cortège odieux, ses vices, ses gangrenes . . . Je dus me heurter aux Parisiennes troublées et troublantes . . . Et j'ai fui les rochers où j'avais espéré reposer mon front. Rochers de Pregastel, rochers de Plomanack, rochers de Morgat, rochers de Bourg-de-Batz, vous avez étouffé les germes de mes beaux songes et quand je pense à vous, de loin en loin, il me semble que je vois s'entrouvrir les fenêtres vertes de morbides. O ma Bretagne, mon pays ! tes matelots aux yeux couleur de ciel sont devenus les tristes héros des plus tristes ripailles, ils s'enivrent d'alcool comme leurs frères se grisaient d'azur, d'espace, de poésie, et, quand il leur arrive de conduire vers la haute mer, une belle étrangère avide d'infini, ils n'ont plus que cette joie de rassasier leur brutalité sur le tas de toiles à voiles dont ils ont fait un lit de hasard au fond de leurs barques fragiles. — Avez-vous longtemps vécu en Bretagne ? demandai-je à M. Le Saurec. — Oui, longtemps ; j'y ai même aimé. Et c'était une passante. Pauvre roman lointain ! Elle avait des regards d'ange : c'était une goule infâme. Elle venait de Paris, elle a empoisonné la lande où elle courait, la nuit, échevelée comme une sorcière de Sabat, entraînant à sa suite la meute affolée de nos gars matelots. Ils la suivaient, comme des chiens suivent la chienne ; ils se battaient pour ses baisers. Elle se livrait au plus robuste d'abord, et s'accrochait ensuite à ceux qui avaient dû attendre. J'ai su . . . j'ai fui . . . — Et qu'est-elle devenue ? — Elle a épousé un brave homme qu'elle ridiculise et trompe outrageusement. Si vous voulez, un jour, je vous conduirai dans sa garçonnière de l'avenue de Tourville . . . Mais aujourd'hui, elle est vieille, elle est laide . . . Elle y reçoit de petits jeunes gens à qui elle fait des avances d'argent et de jeunes abbés qui attendent un premier vicariat. Nous étions arrivés près de l'Etoile ; M. Le Saurec avoua qu'il était las. — Voulez-vous, lui proposai-je avant de le quitter, au lieu d'aller, la prochaine fois dans les lieux où les femmes se roulent dans l'ignominie, nous chercherons une maison où les âmes grandissent ou, au moins, elles demeurent grandes ? J'ai soif d'idéal. J'ai soif d'amour . . . J'ai trop patauge dans la boue. — Sera-ce la politique ? fit narquoisement M. Le Saurec. — Peut-être ! En tous cas, ce sera toujours moins laid que cette éternelle et odieuse prostitution. — Ma belle amie, fit doucement M. Le Saurec, nous irons où vous voudrez . . . LYONNE DE LESPINASSE. CHRONIQUE THEATRALE. In toute sincérité, il est difficile de se prononcer dans le différent entre la Société des Auteurs et les ceuss du Trust. Il y a, pour et contre, tant de choses à dire de part et d'autre ! Quand on a lu les arguments de Tristan Bernard, le portedrapeau de ces derniers, on se dit : les trustistes n'ont point et même pas tort ! Mais si ensuite l'article de Rochefort vous tombe sous les yeux, on songe : les thuri-féraires de la Société ont cependant raison. Allez donc vous faire une opinion sans parti pris ! Ce n'est pas, d'ailleurs, dans ces lignes rapides que nous aurons la place d'étudier la question, pas plus, du reste, que nous n'avons la prétention de l'élucider. Toute cette affaire semble, au gros public, surtout une lutte entre quelques manitous de la société défendant leur grosse assiette au beurre et des directeurs qui ne veulent plus passer sous leurs fourches caudines, lutte ou trinqueront surtout, nous, les stagiaires, le peuple, le vulgum pecus . . . . . . les petits, les obscur, les sans grades, sans espoir de succès, d'honneurs, de pensions . . . pris entre le marteau et l'enclume. Car, au milieu de tout le fratras des boniments de l'un et l'autre camp, ce que je ne vois guère, c'est la suppression réelle, radicale, sincère de la combinaison, mot nouveau, plaie pas nouvelle, dont on ne parle jamais, et qui, cependant, sévit un peu partout, sous le manteau discret de la cheminée ! Il y en a mille cas. Ils courent les rues. On en ferait un volume. Tenez, un seul, le plus récent. Un jeune auteur allait faire jouer un lever de rideau au théâtre de . . . Aussitôt que l'auteur de la pièce en trois actes qui tenait l'affiche, avec un certain succès, l'apprit, il courtur chez le directeur, exigea et obtint que la moitié des droits du dit lever de rideau lui serait versée. Et tout le monde trouva cela naturel . . . même le jeune auteur! Et ce lecteur du théâtre du . . . qui, lorsqu'un manuscrit lui plaît impose sa signature, en se réservant les 9/10 des droits — il paie l'autre chez lui — quand il ne garde pas tout simplement l'idée de la pièce en rendant le manuscrit à l'auteur avec mille bonnes paroles de refus. Et celui-là, un des plus âpres défenseurs de l'ordre et de la moralité, qui subventionne plusieurs théâtres en sousmain et à qui les auteurs qu'on y joue doivent abandonner la plus forte partie de leurs droits. Tout le monde connaît la chose et personne n'en souffle mot . . . Surtout à la Société. Grimaces, tout cela . . . Grimaces, vous dis-je! . . . Aussi demeurons sceptiques et marquons les coups. En tout cas, les trustistes ont un point. Ils voulaient être expulsés de la Société, ils le sont. Vive la liberté ! Si la Société n'avait pas voté leur expulsion, les avait gardés de force, leur infligent à chaque infraction l'amende d'usage, sanctionnée par les tribunaux, ils auraient moins ri ! . . . Revenons aux colonnes Morris, Jeunesse! si bien montée à l'Odeon par Tarride, continue sa route brillante, ainsi que Triplepatte à l'Athénée. PAUL HERVIEU TARRIDE
L'ART ET LE BEAU ATALANTE
L'ART ET LE BEAU LE CULTE DU BEAU ET LA CULTURE DE LA BEAUTÉ. LASSITUDE. --- T e me suis souvent demandé quelle idée la foule de ces temps se faisait de la beauté. Ecartant l'art officiel que représentent quelques artistes privilégiés par des commandes de l'État, des décorations, des honneurs, j'ai cherché à travers les mille petites rigoles par où se canalise le sens esthétique moderne à quel degré en était l'éducation artistique populaire. Ce n'est point d'aujourd'hui que quelques nobles âmes, éprises d'art désintéressé, se sont préoccupées de sortir le peuple des ténèbres où il croupit depuis si longtemps. Malgré les affranchissements successifs qui lui ont donné le droit à la vie, puis à la liberté, puis à la discussion de ses intérêts propres, il est demeuré moralement un serf, c'est-à-dire l'esclave de l'obscurantisme, de l'ignorance et surtout aussi de l'indifférence artistique. De tous côtés, des œuvres sont nées pour l'en faire sortir. Car le beau est un. Il ne faut pas le faire consister dans une branche d'art unique. Toute beauté conduit directement au beau. C'est une loi naturelle inéluctable. Le rapport entre les plus sonores tirades de Corneille, les plus médiocues sonates de Beethoven, les plus merveilleuses statues de Praxitèle est étroit. Les unes et les autres poussent l'âme vers le sentiment le plus élevé qui est l'aspiration à la beauté, sentiment des plus complexes aussi, se subdivisant en quatre phases diverses, on pourrait dire en quatre échelonnements successifs : l'émotivité qui ravit l'âme en la réchauffant, l'en-thousiasme qui la féconde par la vue de l'idéal, la production qui enfante les monuments immortels du Génie. Ce travail de génération sacrée, qui fait, en quelque sorte, sortir une Minerve toute armée du cerveau créateur de Jupiter, selon un de ces jolis symboles qui furent la mythologie ancienne, pourrait s'appeler l'activité esthétique. Et c'est justement cette activité esthétique, développée proportionnellement à l'éducation intellectuelle, qui reste chez le peuple à l'état rudimentaire et qu'il s'agirait de faire sortir de sa cosse rugueuse et brute comme un beau fruit ne demandant qu'à mûrir au soleil. Y parviendra-t-on jamais? Je ne sais si l'heure est venue de le tenter. Il se produit dans l'âme des foules de mystérieuses secousses qui ne s'expliquent pas et qui bouleversent la face de bien des choses alors qu'on s'y attend le moins. Tout change avec le temps, tout se modifie : c'est lui le véritable grand maître de l'humanité. La semence, jetée un jour, germe quelquefois longtemps après. Elle s'épanouit, elle fructifie soudain, alors qu'on croyait la terre stérile ou le geste auguste du semeur inutile. Il ne faut donc point désespérer . . . . Certes, la condition de la vie actuelle ne pousse pas l'éducation du peuple à se développer vers l'Art. Les nécessités de l'existence, de jour en jour plus grandes, plus ingrates aussi, vers lesquelles sont forcés de tendre, sous peine d'annihilation totale, des efforts de plus en plus considérables, en raison de nombreux facteurs sociaux nouveaux, comme la surproduction, la
L'ART ET LE BEAU DOULOUREUSE MÉDITATION --- Table of Contents - Introduction - Overview - Purpose - Meditation Techniques - Pray - Concentration - Relaxation - Benefits of Meditation - Improved Brain Functioning - Enhanced Immune System - Increased Energy Levels - Meditation Practices - Yoga - Pilates - Pranavajnaya - Conclusion - Summary - Future Directions --- Introduction Overview Meditation is a powerful tool for enhancing mental well-being and physical health. It involves focusing on the present moment, acknowledging the impermanence of thoughts and feelings, and cultivating awareness through various techniques. Purpose The purpose of this document is to provide an overview of meditation practices, their benefits, and how they can be integrated into daily life. --- Meditation Techniques Pray Praying before or after a session helps in maintaining focus and reducing distractions. Concentration Concentrating on one thing allows for deeper relaxation and increased energy levels. Relaxation Relaxing by taking deep breaths, gentle movements, or simply sitting down can help reduce stress and improve mood. --- Benefits of Meditation Improved Brain Functioning Meditation improves brain function by stimulating areas involved in memory, attention, and executive functions. Enhanced Immune System It strengthens the immune system by reducing inflammation and improving immune responses. Increased Energy Levels Regular practice of meditation can lead to higher energy levels, improved mood, and better overall health. --- Meditation Practices Yoga Yoga poses offer flexibility and balance, making it accessible to everyone. Pilates Pilates involve performing specific stretches that require minimal movement, providing a controlled environment for stretching. Pranavajnaya Pranavajnaya involves meditating with a bodyweight, which provides a sense of strength and control. --- Conclusion Summary Meditation offers numerous benefits for both individuals and society. Future Directions Further research could explore new meditation techniques and their applications in different contexts. ---
L'ART ET LE BEAU concurrence, dirigent plutôt l'intelligence vers des matérialités pratiques. Demander à sa fatigue physique, à sa préoccupation morale, le surcroît de travail de l'éducation intellectuelle, est-il possible? Et puis, disons-le aussi, ne nous heurtons nous pas à cet orgueil de l'artiste qui n'admet point de salut en dehors de lui et des siens, qui cache soigneusement sa lampe de peur qu'elle n'éclaire autour de lui, si vaguement que ce soit, qui, en dehors des prædestinati, de ceux qu'a marqués au front le signe divin, ne conçoit pas que l'on cherche à faire boire la foule à la source sacrée où il s'abreuve? L'un d'eux me disait: — Vous avez tort de vouloir intéresser le peuple à l'art. Intrinsèquement, le culte du Beau n'existe pas. La diversité des opinions l'éparpille, l'annihile. Qu'est-ce qui est beau? Qu'est-ce qui n'est pas beau? Où en est le critérium? Avant de le prêcher, définissez-le donc? — Cependant, répondais-je, le Beau existe, cela n'est pas niable. Le Beau, conception de la perfection . . . . matérialisation de l'harmonie . . . . splendeur de la forme . . . . Il haussa les épaules: — Des mots! Ce qui existe, ce qui seul existe, c'est la culture de la beauté. Mais qu'est-ce que c'est que cela? Une simple hallucination cérébrale — rien de plus. Elle n'a aucune base perceptible, donc aucun critérium. Et on a heureusement jamais cherché à lui en trouver ! Cela prouve qu'elle est bien naturelle et bien humaine, et non point juchée sur les sommets inaccessibles d'un idéalisme mal défini. La femme qu'on aime est toujours belle, la femme que l'on désire se pare de tous les rayonnements de la beauté. Voilà ce qui est réel. Ne sortons point de là... Faut-il croire à ce pessimisme? Non. Le culte du Beau me paraît plus étroitement lié à la culture de la beauté. Celle-ci est le produit de celui-là, principe créateur éternel, puisque nous le trouvons dans les plus anciennes civilisations, avant toutes les législations, avant les religions même. Pousser donc la foule au culte du Beau, d'une façon quelconque, par des moyens qui sont peut-être encore à étudier, c'est lui imposer la culture de la beauté, car le respect que nous lui apprendrons pour le Beau, lui donnera celui de la beauté, sans lequel elle serait imparfaite. Tâche ingrate, lente, difficile, mais à laquelle les âmes généreuses ne sauraient faillir, parce qu'elle est plus qu'un devoir, mais le principe même de l'humanité pensante... Guy de Téramond. LE BAIN.
L'ART ET LE BEAU AU TEMPS DE L'ARCADIE. mbo florentes etatibus, arcades ambo!... Heureux temps sur la terre que celui de l'Arcadie, ce plateau fleuri de tamaris, de narcisses et de roses Heureux temps que celui de l'Arcadie! Les mœurs des bergers étaient pures et les bergers étaient fidèles à leurs amours. Heureux temps sur la terre, chanté par les poètes, parmi les moissons perpétuelles de tamaris, de narcisses et de roses. Thyrsis et Corydon s'y préparaient aux combats de la flûte et Glycis, Théano et Myrtale, les jolies bergères, regardaient dans les ruisseaux clairs et frais la beauté gracile de leur corps svelte et jeune... Heureuse Arcadie où les corps sans voile n'avaient point d'impuideur au milieu des tamaris, des narcisses et des roses! Glycis, Théano et Myrtale, les jolies bergères, ignorant l'amour vénal et les baisers cupides, offraient les splendeurs de leur chair rose aux caresses tièdes du soleil, sur le plateau fleuri dela Grèce. Et Glycine s'essayait sur des pipeaux rustiques, tandis que l'écoutait Théano cueillant des tamaris, des narcisses et des roses et que, comme les poètes, suivant le vol des papillons azurés, chantait la blonde Myrtale: — Heureux temps sur la terre que celui de l'Arcadie!... Forêts, lacs et paturages étaient pleins d'ombre et de mystère et les amoureux pouvaient s'y promener, deux à deux, pour échanger leurs serments, car les mœurs y étaient pures et les amants fidèles. Aussi à travers les siècles, songeant à ce paradis perdu les amants, les poètes et les bergers soupirent-ils toujours en faisant des bouquets de tamaris, de narcisses et de roses: — Et in Arcadia ego! E.I.
L'ART ET LE BEAU LA MARCHE À L'ÉTOILE. LE NU ANTIQUE. Puisque c'est une vérité bourgeoise, passée aujourd'hui dans certains esprits à l'état d'axiome, que la civilisation a puissamment contribué à épurer nos mœurs, peut-être serait-il paradoxal d'insinuer qu'au contraire elle les a perverties. Mais ce qu'on peut dire, je pense, c'est qu'elle n'a pas voulu précipiter les choses ; car si elle a sur nous l'heureuse influence qu'on lui suggère, il y a beau temps qu'elle aurait dû — depuis qu'elle nous morigène — nous rendre mûrs pour la canonisation, et ce n'est pour personne un mystère que nous n'avons rien de ce qu'il faut pour faire de petits saints. Bien que passées au crible de tous les moralistes, nos mœurs ne sont plus celles des bergers d'Arcadie. Aussi bien faut-il en prendre son parti. Quelque effort que nous tentions, pour suivre les fameux sentiers de la vertu, nous y rencontrons toujours un écueil qui nous jette hors du bon chemin. Et si, précisément, nous ne trouvons à ces obstacles rien de trop rébarbatif, si nous ne faisons rien pour les éviter, si même nous nous attardons volontiers dans leur tête-à-tête, n'est-ce pas à la civilisation qu'il faut s'en prendre ? N'est-ce pas sa faute, par exemple, si ces jolis minois féminins, qui forment les plus fréquents écueils de la route, ajoutent encore par l'artifice à la séduction de leur beauté du diable ? Si leurs yeux, marqués aux cicatrices de l'amour, se font plus provocants ? Enfin, si ces dessous froufroutés et fripons, auxquels s'accrochent complaisamment nos regards, nous font rêver à chaque instant d'une foule de choses qui n'ont qu'un très lointain rapport avec les principes austères de la vertu ? En réalité, voyez-vous, la civilisation, qui est peut-être animée à notre égard des meilleures intentions — et l'on sait que l'enfer en est pavé — nous fait un peu l'effet d'une bonne grand'mère qui se serait ingéniee à avoir pour ses petits enfants toutes les gâteries, qui les aurait gavés de sucreries, bourrés de friandises, et qui, après leur avoir délabré l'estomac par ce régime débilitant, s'écrierait en présence du résultat obtenu :
LE MAÎTRE DE L'ESPACE

La Revue Mensuelle Illustrée "L'Art et le Beau" publie dans ce numéro de février 1906 des articles sur la vie parisienne, la mode, le culte du beau et la culture de la beauté, ainsi que des critiques littéraires et des chroniques théâtrales. Le contenu explore des thèmes variés allant de la vie mondaine aux réflexions philosophiques sur l'esthétique.