Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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F. THIBAUT. Frise au pochoir. $\mathbb{Q} \quad \mathbb{Q} \quad \mathbb{Q}$ LE $V^{\text{me}}$ SALON $\mathbb{Q} \quad \mathbb{Q} \quad \mathbb{Q}$ de la Société des Artistes Décorateurs Ainsi que je l'ai déjà fait en un rapport qui me fut un jour officieusement demandé sur l'un des derniers salons des Artistes décorateurs, je tiens, au début de ce compte rendu, à rappeler l'agitation quelque peu saugrenue qui présida à l'écllosion de cette intéressante Société, et cela à seule fin de mettre davantage en relief ses efforts et de prouver combien elle est sortie tout à son honneur de cette période difficile pour mériter aujourd'hui, avec de très brillants résultats, de légitimes et chaleureuses félicitations. C'est essentiellement à l'union plus étroite des artistes, union depuis si longtemps souhaitée, et depuis si longtemps aussi comprise à l'étranger comme indispensable au renom de l'art national, qu'est dû certainement ce succès; mais nos décorateurs auront eu quelque peine à reconnaître la nécessité de cet accord. En effet, ceux qui furent des premiers membres de la Société n'ont certes pas oublié les orages G. DERAISME. Pendentif.

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L'ART DÉCORATIF E. FEUILLATRE. Gobelet "Eucalyptus" (Argent gravé et ciselé et cristal opale.) qui se déchaînèrent en son sein même, dès sa naissance. Dans le petit salon Louis XVI qui, sur la scène de la salle du Journal, servait de cadre au Comité des Artistes décorateurs modernes, s'engouffrèrent les vents contraires les plus bruyants et les plus étrangers au souffle artistique. Avec son président-fondateur, feu Guillaume Dubufe, le plus galant homme et le plus habile organisateur d'expositions qui ait existé, la Société se vit entraînée prématurément à l'étranger en une exposition internationale avant d'avoir fait ses preuves plus intimement en France. Mais la légende qui prétend que les cordonniers sont toujours mal chaussés est aussi fausse que le serait celle qui voudrait que les décorateurs refusassent de se voir eux-mêmes convenablement décorés! Pour être décorateur on n'en est pas moins homme! Or, le grand « bateau » décoratoire — oserai-je dire — du moment était en partance pour l'Exposition de Saint-Louis et, malgré certaines protestations assez vives, une majorité voulut que la trop jeune Société des Artistes décorateurs apportât sa modeste pierre au vaste et fameux « four » américain d'où plus d'un céramiste ne retira qu'en infimes miettes ses précieux bibelots. Je me souviens qu'au Comité, Hector Guimard, non sans raison, fulminait avec sa fougue coutumière contre l'architecture officielle de cette foire et beaucoup parmi ses collègues se figuraient mal, en effet, la virtuosité indépendante du style du

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L'ART DÉCORATIF Castel Béranger dans le Trianon de carton-pâte qui devait abriter l'art moderne français. D'autre part, quelques orateurs de réunion publique s'acharnaient à d'obscures questions d'ordre trop syndical ou discutaient inutilement le titre d'artiste au véritable maître décorateur Lalique. Las de ces bavardages mesquins, de nombreux sociétaires que ne séduisait pas la traversée de l'Atlantique en de pareilles conditions préférèrent alors, tout en conservant dans la Société de vives amitiés, ne pas collaborer à des entreprises aussi hasardeuses. D'autres, plus confiants en l'avenir, franchirent l'Océan en faisant la moue, puis affrontèrent aussi l'humidité et l'obscurité des sous-sols du Petit Palais. Ceux-là reçurent dans la suite, en récompense de leur calme ténacité, l'abri confortable qui depuis quelques années leur est enfin généreusement accordé par l'Union Centrale des Arts décoratifs. Entre temps, durant le court trajet qui sépare les Champs-Elysées du Pavillon de Marsan, ils avaient pu semer les interpellateurs de la première heure, les empêcheurs d'exposer en rond. Enfin, au début de ce mois, la Société des Artistes décorateurs vient d'offrir au public parisien, pour son Ve Salon, une manifestation d'art tout à fait brillante et par le E. FEUILLATRE. Vase "Automne". Argent champlevé émaillé.

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L'ART DÉCORATIF nombre, et par le goût et par l'heureuse présentation des œuvres qui y sont exposées. C'est la première fois qu'elle obtient un résultat aussi éclatant avec une exposition aussi complètement réussie. Il ne faut pas omettre d'en féliciter son sympathique président E. Vernier, dont le joli talent de graveur en médailles est aussi notoire que sa cordiale aménité ; puis son intelligent secrétaire général René Guilleré et tous ces vrais décorateurs, maintenant unis et dévoués à la cause de notre art, qui forment un Comité d'action et qui possédaient il y a peu de temps encore à leur tête, à côté de Pierre Selmersheim, de Dufrène et de Decœur, le très regretté Bellery-Desfontaines. Cet année même, la Société des Décorateurs, légitimement émue de l'indifférence persistante du public à l'égard des tentatives de ses artistes, conçut l'heureuse idée de résumer en une petite plaquette les griefs que chacun de ses membres avait à présenter contre cette foule inintelligemment dédaigneuse et obstinée dans ses vieilles admirations routinières. Elle adressa ce petit libelle, imprimé lui-même avec goût, à tous ceux dont l'avis et les conseils pouvaient avoir chance d'influencer cette masse ignorante du présent, et lui prouver que, ayant « abandonné épées et perruques, robes à paniers et crinolines », il est ridicule, quand nos façons de vivre et nos besoins ont complètement changé, d'habiter toujours, par une sorte de paradoxale mascarade, en des H. ET A. BARBERIS. Motifs décoratifs Décorant le vestibule du groupe scolaire de Vincennes.

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L'ART DÉCORATIF 85 décors byzantins, gothiques ou Louis XV » ; quand surtout la musique, la peinture, le théâtre et tous les autres arts, hormis l'art décoratif, se sont adaptés au milieu nouveau. Je veux citer in extenso les quelques lignes de cet appel bien senti qui montrent le plus clairement le danger économique et moral de cette indifférence : « On déplore Fond de lit en dentelle au filet. vraiment de trouver que c'est dans notre pays seul que règne une telle apathie ; les autres nations, quant à elles, travaillent avec une enthousiaste ardeur à se créer des styles. L'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, l'Angleterre, l'Italie ont réalisé des œuvres nouvelles de l'ensemble le plus parfait. Déjà même, en plein Paris, ces pays ont ouvert des maisons de vente d'art décoratif et en bien plus grand nombre que nous ne comptons de maisons françaises.

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L'ART DÉCORATIF --- « Le danger est grave. Il va de notre intérêt et de notre dignité, tout à la fois, de multiplier au plus tôt nos efforts. Pensions-nous pouvoir vivre toujours sur la réputation de nos ancêtres?... » Mais cette réputation du passé ne doit pas nous suffire, puisque nous avons l'im-mense avantage de posséder des artistes dont le talent, sérieusement empreint de lo- L. MAJORELLE. Bureau. Acajou et cuivre ciselé. gique, quoique jeune, s'offre de lui même à la création d'un style nouveau bien en harmonie avec nos habitudes, nos mœurs et nos goûts modernes. Plusieurs amateurs ont eu déjà l'audace de faire appel à l'imagination novatrice de leurs contemporains pour l'installation décorative de leurs foyers et lequel, parmi eux, s'en est jamais repenti? Ce n'est pas M. Rouché, ni le docteur Tissier, ni le fondeur Georges Peignot! Ce ne sont pas non plus tous ces amateurs de Paris ou de la province, hommes de lettres, avocats, docteurs industriels ou simples rentiers, qui se sont déjà laissés entourer d'une atmosphère intime d'art moderne par Selmersheim, par Dufrène, par Follot, par Landry, par Gallerey, par Bigaux, par Croix-Marie, par Th. Lambert, par Gaillard, par Guimard, par Majorelle, par Belville ou par Simmen! Et quel plus curieux exemple de l'ingéniosité décorative des artistes actuels, quelle

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$\mathbb{S}$ L'ART DECORATIF $\mathbb{S}$ $\mathbb{S}7\mathbb{S}$ plus séduisante démonstration du style qui devrait être celui de nos appartements que cette suite de pièces, chambres à coucher, salles à manger, bureaux ou salons qui occupent la moitié de l’Exposition des Décorateurs! On ne se trouve plus là en face d’un L. MAJORELLE. Bibliothèque. Acajou et cuivre ciselé. concours de mobiliers à bon marché, — lui-même très intéressant à son heure, — mais devant une expression de luxe dans l’ameublement dont, de parti pris, le gros public ne croyait pas capable l’Art moderne et qu’il est bien forcé de reconnaître maintenant. Aujourd’hui douze artistes ont fait acte d’ensemblier. Le bureau de Louis Majo-

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L'ART DÉCORATIF CH. HAIRON. Coupe. En argent ciselé. relle attire tout d'abord l'attention par la somptuosité de ses meubles : bureau, bibliothèque, bahut en palissandre ciré dont les courbes élégantes sont encerclées en de grands motifs de cuivre merveilleusement ciselé; Eugène Gaillard a conçu en un style sobre une salle à manger plus intime, dont la simplicité ne manque pas de charme. Une autre salle à manger plus riche, dont les meubles sont en acajou et les sièges en cuir, est due à Maurice Dufrène : des épis de blé, sculptés avec souplesse, suivent gracieusement les motifs du buffet, de la desserte et des autres pièces de ce mobilier. Deux intérieurs de bureau de travail se disputent l'attention des visiteurs : le premier, de Pierre Selmersheim, a de sensibles qualités d'originalité accentuées encore par le décor brillant des cuirs d'Edouard Bénédictus. Ceux-ci, incrustés de fleurs d'or et d'argent et de feuillages en lesquels est traduite la gamme rutilante de l'automne, s'harmonisent parfaitement avec les tonalités rouges du bois de padouck ; la décoration des voussures, due encore à Benedictus, est formée de nombreux panneaux ornés des mêmes fleurs incrustées en cuir sur les meubles, mais teintes, là, sur une matière nouvelle qui produit les plus heureux effets. C'est l'une des plus curieuses innovations de l'Exposition. Le second intérieur de bureau est de l'architecte Abel Landry : ici les murs sont divisés en petits et grands panneaux, dont ceux-là sont de pâte de verre avec des motifs en forme d'écusson et ces autres sont tendus de lampas de soie gris bleu dont le dessin

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L'ART DÉCORATIF a été fait spécialement pour cet ensemble. Les meubles, de lignes agréables et de composition pratique, sont en bois de citronnier incrusté de bois de violette et de filets en bois d'érable et d'amarranthe, et égayé de motifs en bronze ciselé et argent oxydé. Les sièges sont à la fois sveltes et d'apparence solide. Certes, le propriétaire de ce mobilier se sentira à son aise en ce bureau qui n'est pas fait pour un philosophe austère, mais pour un travailleur aimant la gaieté. De Jallot, je citerai d'abord le lit coquettement rehaussé de menus bronzes dorés et que Mezzara orna d'un charmant baldaquin de dentelle et d'un curieux fond en point au filet; puis la chambre complète en noyer finement sculpté dont l'habile brodeur Coudyser composa et exécuta toute la frise de gros papillons faite de soie teintes brodées et appliquées. D'autre part, l'architecte Théodore Lambert, le plus chercheur peut-être d'entre tous ces artistes, présente cette année une salle à manger que l'on peut considérer comme une œuvre parfaite. Répondant à merveille à tous les besoins pratiques que l'on peut réclamer d'eux chacun des meubles, construit avec une science et un scrupule de décoration au-dessus de tout éloge, possède un charme simple et discret auquel s'ajoute l'attrait semblant de fines incrustations de buis jaune dans le citronnier clair. Théodore Lambert est l'ennemi des profils anguleux et des courbes folles. Le résultat de ses recherches pour les combattre est là aujourd'hui pour prouver qu'il n'a pas tort. Rapin et Croix-Marie ont aussi composé: l'un une salle à manger d'allure plus rustique que les précédents intérieurs; l'autre une chambre sculptée E. SCHENCK. Chenét "Hibou". En fer forgé et cuivre poli.

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$\mathbf{9 0}$ L'ART DÉCORATIF non sans goût. Enfin Follot a mis une fois de plus en valeurs excellentes qualités de coloriste et d'intimiste dans une fort belle chambre qui est, à mon avis, une des œuvres les plus heureuses de ce jeune artiste. Lorsqu'on a terminé la visite de cette suite pittoresque d'ensembles variés et tous rationnellement établis, on ne sait vraiment vers quelle vitrine se porter d'abord, A. LANDRY. Bronze d'amoubrément ciselés. — Chapiteau d'angle et penture. tellement toutes attirent à la fois l'attention par la richesse des œuvres qui y sont contenues. Ce sont d'abord les ciseleurs qui laissent admirer la perfection de leur travail patient et délicat : Archambaut, Barboteaux, Hairon, Deraisme enfin, dont les bijoux sont aussi pleins de grâce à l'égal des pendants en joaillerie de Dufrène ; c'est Vernier, dont les médailles sont de très beaux portraits gravés avec art ; en différents autres genres, c'est Bastard avec ses délicieux éventails de nacre ; c'est Mlle O'Kin avec ses précieux bibelots de corne et de bois laqué ; c'est Clément Mère, dont on ne sait s'il faut admirer davantage ses exquises mousselines aux mille tonalités charmantes ou ses menues boîtes laquées si originellement teintes ; c'est Coudyser, qui sait allier avec un goût sans égal le travail mécanique au point fait à la main dans ses dentelles les plus délicates ; c'est Mme Ory-Robin, toujours si adroite et personnelle dans ses remarquables panneaux de broderies en ficelles et fils d'or, d'argent et de soie ; c'est Mme Lecreux et ses séries de clefs A. LANDRY. Façade de serrure.

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L'ART DÉCORATIF 91 Intérieur d'un cabinet de travail. A. LANDRY.