Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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DU BOIS D'AUBERVILLE.
Façade de la rue Mozart (partie supérieure.)
(Cliché Lémery.)
Une Maison de rapport à Paris
EUREUX les architectes du temps passé qui dans les villes étaient toujours assurés de jeter en terre ferme les bases de leurs constructions, n'ayant à se préoccuper que des accidents de la nature.
Aujourd'hui, le sol des cités est tellement perforé par mille conduits en lesquels sont drainés le son, l'eau, la force, la lumière, et jusqu'aux existences humaines qu'il semble un frêle tamis dont chaque trou nouvellement percé est aussitôt surmonté d'un nouvel édifice. Car on n'a jamais tant construit que de nos jours, et quelles bâtisses gigantesques les exigences de la vie moderne ne réclament-elles pas des architectes !
Maintenant, à toute société financière, à toute compagnie d'assurance, à toute maison de commission qui se respecte il faut une forteresse luxueuse entièrement en pierre de taille pour y installer convenablement ses bureaux; tout hôtel meublé prétend avoir des allures de palais. D'autre part, tout particulier, grâce à l'ascension mécanique et dans l'espoir de pouvoir bientôt utiliser la locomotion aérienne, préfère le huitième étage des immeubles de rapport au premier, jadis le plus coté.
Plus les appartements sont élevés, plus ils deviennent chers. « Accumulez-moi
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étages sur étages » disent à l'architecte les propriétaires intéressés. Aussi faut-il que celui-ci, chargé d'arbouter en parfait équilibre de tels géants de pierre entre les mailles si tenues du filet souterrain, fasse reposer sa témérité sur un raisonnement mathématique inébranlable.
L'architecte moderne doit se doubler d'un savant, et s'il veut que, en de grandes entreprises, toute confiance lui soit accordée et que sa conscience elle-même soit à
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Façade de la rue Mozart. (Vue d'ensemble.)
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l'abri des plus angoissantes inquiétudes, il fera bien de se munir du double brevet de l'école des ingénieurs et de celle des artistes.
C'est le cas de M. du Bois d'Auberville, qui doit se féliciter de posséder ces deux enseignements et ne pas regretter les années d'études scientifiques passées en compagnie du spirituel académicien Maurice Donnay à l'Ecole Centrale, quand il lui fut demandé d'édifier une énorme maison de rapport sur un vaste terrain présentant outre une double différence de niveau, différence considérable en longueur et en largeur, le scabreux inconvenient de la présence d'un tunnel de chemin de fer.
Les tours de force que M. du Bois d'Auberville dut imaginer et accomplir pour assurer les assises de cet immeuble, éviter les trépidations occasionnées par la locomotion souterraine, ménager la solidité du tunnel lui-même, nullement aidé en cela par
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Façade de la rue Mozart. (Window supérieur.)
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l'administration intéressée, parer à tous les inconvénients provoqués par la différence de niveau, tant au point de vue de la stabilité de la masse que de la correction esthétique de l'ensemble, tout cela mériterait d'être expliqué minutieusement dans une revue scientifique.
Seul pouvait se charger de cette entreprise délicate un ingénieur certain de l'exac-titude mathématique de son raisonnement et convaincu de la sûreté rationnelle d'éléments nouveaux de construction qui, tel que le ciment armé, permettent en architecture une audace qui aurait effrayé nos pères.
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Je féliciterai au surplus M. du Bois d'Auberville de ne pas s'être contenté de faire œuvre d'ingénieur adroit dans la construction de son immeuble sis à Passy rue Mozart, à l'angle de la Chaussée de la Muette, mais aussi de s'être préoccupé en véritable artiste des plus petits détails de cet édifice et d'avoir recherché une formule architecturale personnelle et bien moderne.
En effet, sans avoir la prétention de créer lui-même un style sans tomber dans l'exagération d'une excentricité de mauvais goût, il a rompu franchement avec les traditions des siècles précédents.
Puissent ces efforts tentés par cet artiste comme par quelques autres, Plumet, Landry, Sauvage et Sarrazin, pour ne citer que ceux-là, — puissent ces tentatives heureuses enrayer le goût fâcheux qui tend à éterniser en de déconcertantes inspirations le xvm^e siècle tout le long des nouvelles avenues parisiennes.
Jouissant d'une vaste place formée par le carrefour de la rue Mozart et de la Chaussée de la Muette, l'immeuble construit par M. du Bois d'Auberville peut être considéré facilement dans son ensemble. Ainsi est-il permis d'apprécier combien l'architecte a dû, dans sa façade principale, obéir aux fâcheuses différences de niveau entre les deux parties du bâtiment provoquées par la pente rapide de la rue Mozart.
Les proportions des window du corps supérieur sont aussi agréables que celles des autres window. Les décors fleuris avec retombées de liserons sont du plus heureux effet autour de ces grandes baies et, du premier étage au cinquième, les « taches » faites par ces sculptures riches distribuées avec goût et sobriété dans tout l'édifice sont du plus harmonieux effet.
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Le « bobéchon » très original qui sert de départ à l'immeuble et décore agréablement l'intervention des deux voies, très léger se silhouette de façon amusante sur le ciel avec ses quatre masques burlesques qui décoront sa balustrade. Il nous plaît davantage que tous ces frontons flamands ou toutes ces coupoles en forme de tiare dont ne sont pas chiches les architectes contemporains.
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(Façade postérieure (rue Bois-le-Vent))
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Toute la sculpture de la façade, aussi bien les grappes de liserons en haut relief ornant luxueusement les window que les vases surmontant la balustrade des balcons, a été exécutée avec un soin particulier par Séguin sur les dessins de l'architecte qui a trouvé un collaborateur précieux en cet artiste adroit dont l'Art Décoratif a déjà vanté le talent à propos de sa décoration du Casino de Vichy.
La ferronnerie est aussi artistement représentée que la sculpture dans l'immeuble de la rue Mozart. Les deux grilles notamment, dont le dessin est dû à M. du Bois d'Auberville lui-même, sont parmi les plus élégantes que j'ai remarquées dans les constructions modernes. Le parti décoratif en est savamment conçu; les tiges des branches d'églantines qui en composent l'ornementation offrent des courbes gracieuses qui encadrent la partie centrale moins ouvragée et à travers laquelle la vitre permet facilement de voir du dehors le vestibule et inversement du dedans la rue. Pour les balcons, leur décor de feuillages devient plus riche aux étages supérieurs où la floraison de sculpture est elle-même plus luxuriante.
La façade postérieure de l'édifice en bordure de la rue Bois-le-Vent est excessivement originale. Cette partie de la construction fut pour l'architecte celle dont l'édification était la plus scabreuse. La différence de niveau entre la rue Mozart et la rue Bois-le-Vent est fort sensible et surtout la différence de largeur de deux voies
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Vestibule de l'escalier.
(Cliché Lémery.)
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entraînant des profils très différents, c'est à force d'ingéniosité que M. du Bois d'Auberville est arrivé, en superposant terrasses sur terrasses, à exhausser les appartements de cette façade, de telle façon qu'ils ne soient pas dominés par leurs voisins de la rue Mozart.
De ces terrasses, qui feront en la belle saison la joie des locataires, l'architecte a tiré le parti le plus heureux en les reliant par des grimpe-fleurs élancées qui sètermentpar des épis de ferronnerie d'où l'été les clématites et les capucines retomberont entre les vignes-vierges et les chèvrefeuilles.
Cette façadepostérieure toute en briques aux colorations gaies variant du rose au rouge offre encore comme particularité une cour formant échancrure et permettant aux appartements qui ont jour sur elle d'avoir vue également de toutes leurs fenêtres sur la rue.
De ce côté, l'édifice est couronné par des mansardes tout à fait curieuses avec leurs pignons pittoresques, elles-mêmes surmontées des cheminées dont l'architecte a étudié avec soin le profil en allégeant les coffres, par le percement de niches ajourées dans les angles et par une décoration très sobre où les tons seuls des briques rouges et
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Encadrement de glace d'un salon.
SÉGUIN, décorateur. (Cliché Lemery.)
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Grille d'entrée.
(Cliché Lémery.)
M. du Bois d'Auberville voulut à tout prix que cette différence ne fût pas remarquée dans l'escalier même; il n'entendit pas que la porte du grand appartement fût exhaussée sur des marches tandis que le voisin aurait l'apparence d'un logement bâtard ; et pour tourner cette difficulté, il imagina de placer les degrés d'exhaussement dans l'intérieur même de l'appartement, précédés par une sorte de petit hall sur lequel le vestibule d'entrée semble se trouver en terrasse. Chacun de ces appartements paraît ainsi posséder l'entrée d'un petit hôtel dans laquelle des voitures minuscules pourraient évoluer et déposer les visiteurs au bas des marches de cet escalier privé.
La décoration des appartements entièrement due à Séguin est discrète et du meilleur foncées jouent harmonieusement sur ce fond de briques roses.
Enfin, tout en haut de cette façade, les terrasses les plus élevées desservant des ateliers d'artistes dominent victorieusement Paris, semblant défier avec orgueil le soleil couchant qui embrase chaque soir devant elle le mont Valérien.
L'ornementation intérieure de l'immeuble répond à la décoration du dehors.
D'abord les vestibules en lesquels on pénètre par les grilles à chaque aile du bâtiment possèdent sous le plafond une frise de figuier qui finement sculptée dans la pierre se déroule jusqu'à l'escalier où repose l'ascenseur en sa cage de ferronnerie composée par l'architecte, ainsi que les rampes d'escalier dont l'agencement difficile a nécessité des études nombreuses.
A chaque étage de l'escalier, un problème délicat s'est posé à l'architecte qui se trouvait en face de deux appartements dont l'un, le plus grand, était situé à un niveau bien plus élevé que l'appartement mitoyen moins important.
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goût. Les voussures des plafonds sont ornées de courants de fleurs légères, liserons ou églantines que l'on retrouve au haut de chaque panneau décorant les cloisons. Le décor des boiseries qui encadrent les glaces est artistement composé de ces mêmes ornements floraux ou de vigne pour la salle à manger.
Recouvert de peintures clairés ou entourant les panneaux de tentures aux colorations aimables, il concourt à la gaieté qui règne dans ces appartements et d'un modernisme élégant, n'est l'en-nemi d'aucun ameublement de style qui pourrait y prendre place. Il souhaiterait des meubles modernes mais ne les exige pas.
Dans ces mêmes pièces, les crémones des fenêtres sont des modèles nouveaux et les radiateurs ne sont pas non plus les vilaines machines auxquelles il est si difficile de donner une silhouette agréable.
Les cuisines avec leurs offices et les salles de bains sont toutes revêtues tant sur le sol qu'aux murailles de carrelages bleus clairs et blancs, faciles à nettoyer et égayant ces pièces de service. Ces dernières donnent toutes sur des courettes entièrement construites du haut en bas en briques vernissées blanches, qui reflètent la lumière et dont le ravalement se fait naturellement par les pluies.
Somme toute, les appartements de l'immeuble lui-même ont été conçus dans un but essentiellement pratique. La distribution des pièces a été étudiée minutieusement comme par quelqu'un qui l'aurait faite pour l'habiter lui-même; nulle part il n'y a de place perdue, un balcon a été jeté où il pouvait l'être pour faciliter un service.
M. du Bois d'Auberville fut habilement secondé daus la réalisation de ses plans
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Bobéchon de la façade de la rue Mozart. (Cliché Lemery.)
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délicats par la Société Dumesnil pour l'emploi du ciment armé et puis par MM. Sainrapt et Brice pour les travaux sérieux de consolidation; par Morin et Gilles pour toute la maçonnerie si importante de cette œuvre; par MM. Borderel, Boyer et Cie pour la serrurerie, par Boucher pour la menuiserie, Daurat pour la plomberie d'eau, Mildé et Cie pour les installations des appareils électriques, G. Guenne pour la miroiterie, Pinard pour la peinture, Montenot, Schimberg et Boillot pour les papiers de tentures, Rousselet et fils pour les stucs, Pedrazzi-Morcau pour la fumisterie, A. Corbassière pour les carrelages, Jacquemet Mesnet et Cie pour les fermetures en fer, et Samain pour l'ascenseur.
Cet immeuble est vraiment le modèle de la maison moderne que réclament l'hygiène et le luxe, et celui qui l'a conçu est l'un des rares architectes qui sans contredit ait fait preuve à la fois de goût et de raison pratique.
RALPH PLANTAGENET.
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JOHN DUNAND. Petit vase en plomb. — Grand cache-pot en cuivre. — Vase en cuivre incrusté d'or.
JOHN DUNAND
HAQUE printemps, au Salon de l'Avenue d'Antin, dans cette section d'art appliqué qui semble de plus en plus sacrifiée et où l'on constate avec tristesse la demi-faillite du beau mouvement de rénovation dont le succès naguère semblait certain, on est du moins assuré de trouver cinq ou six vitrines d'exposants qui par leur constant effort vers le mieux, par la perfection d'une technique rare, par le don qu'ils ont de créer des formes belles, de subtiles ou de vibrantes harmonies de couleurs, font oublier un moment au visiteur l'élégante médiocrité de l'ensemble et lui permettent d'espérer encore en l'avenir. Parmi ces vitrines-là, une des plus intéressantes est celle où chaque année M. John Dunand réunit quelques-uns des vases, jardinières, cache-pots, d'une sobre et mâle beauté, que son marteau patient sait tirer d'une plaque de cuivre ou d'acier, d'argent, de métal blanc, de plomb ou d'étain.
Technique admirable, formes originales et pures, couleur même, et somptueuse couleur : ce sont les qualités que réunissent en elles presque toutes les œuvres de M. Dunand ; mais pour s'en bien rendre compte, saisir l'essence de cet art, il fallait plus que ces expositions fragmentaires du Salon. A la galerie Hédélibert, récemment, s'étaient groupés quelques artistes suisses bien intéressants : Bieler, ce primitif très savant dont la manière est si savoureuse ; Schmied, dont les paysages alpestres, à l'huile, ont une facture si personnelle et si jolie, dont les bois en couleurs sont superbes ; le bon sculpteur Angst ; John Dunand enfin, qui, à côté d'œuvres très différentes, avait groupé un ensemble de vases de métal vraiment imposant. Pour beaucoup, ce fut là, comme on dit, une révélation.
Une exposition, fût-elle complète, ne suffit point pour comprendre l'œuvre d'un artiste comme celui-là : il faut avoir vu l'énergie tranquille et méthodique du bon ouvrier à son travail, avec son gros tablier de forgeron, marteau en main et battant sur la bigorne le métal qui retentit, ou déchaînant l'ardeur rugissante du chalumeau, la ruée des fantastiques flammes vertes sur la pièce qu'il faut recuire.