Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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Chérubins en retraite. LE SALON D'AUTOMNE Le Salon nous montre une fois de plus l'étendue des fautes commises par la Société Nationale. Lorsqu'elle se sépara du vieux salon officiel, tout lui indiquait la route à suivre : les talents, les appuis, l'argent ne lui manquaient pas. C'était à elle d'organiser des expositions rétrospectives, des concerts, et d'accorder aux jeunes leur place rationnelle. Son jury a préféré se faire la part du lion, oublier les morts, et surtout l'impressionnisme sans lequel tant de fils ingrats n'eussent osé ni leur œuvre ni leur scission indépendante, mécontenter ou exclure les nouveaux venus, recommencer les anciens errements malgré l'apparente suppression des médailles, négliger au profit d'un bénéfice immédiat tout élément de nouveauté. Le Salon d'Automne n'a eu qu'à profiter de la déception générale, à réaliser des projets commandés par le bon sens, et à présent c'est la Société Nationale qui l'imité, sous l'impulsion du libéralisme de M. Roll, malheureusement venu trop tard pour l'honneur et l'intérêt intelligent de ses collègues. Au Salon d'Automne aussi l'esprit de coterie s'est fait jour parfois, mais il est juste de reconnaître que déjà l'an passé, et cette fois plus encore, cet esprit a été restreint à des limites acceptables. Nous pouvions craindre que l'invasion arrogante d'une poignée de déments échappés des Indépendants ne fit avorter cette entreprise comme l'avaient fait, pour la Nationale, les peintres choyés du snobisme. Ces éléments semblèrent d'abord servir d'enseignes à ce Salon, et alors il devenait inacceptable et choquant que Puvis, Renoir, Carrière, Courbet, Ingres, Manet fussent là comme pour couvrir leurs folies et les soutenir de leur ainesse. Les organisateurs ont fait de sages réflexions. Ils ont laissé aux énergumènes la place souhaitée, mais dans la mesure où il est démocratique de permettre, même aux fous, de se prouver tels. Ils

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L'ART DÉCORATIF B. MORISOT. Au jardin. Appartient à Mme E. Rouart. les ont doucement relégués ensemble dans une salle, et, comme de coutume, il est plus simple, après examen, de n'en rien dire. Auprès d'eux on trouve ici la catégorie des peintres passables, soucieux de montrer et caser leurs laissés pour compte. Il y a encore la catégorie des novateurs de vrai talent que la Nationale a eu le plus grand tort de ne point accueillir. Mais ils sont une dizaine tout au plus, en sorte que ce Salon manque un peu de corps, car le but essentiel d'une telle société eût été uniquement de faire place à un grand nombre de tels artistes, les fous n'étant point intéressants et pouvant s'exhiber aux Indépendants, les petits producteurs qui ne cherchent qu'à vendre ne valant tout de même pas la peine d'une société spéciale. Somme toute, une rétrospective de Carpeaux, une de Berthe Morisot, une de Cézanne, une de Ponscarne, une de Seymour Haden, un groupe de chefs-d'œuvre belges à peu près tous posthumes, tout cela pouvait être montré par la Nationale ; il ne reste de vraiment «Salon de jeunes» qu'une dizaine d'artistes pleins de talent, qu'elle eût pu accueillir aussi, un lot de quelconques, et un lot d'aliénés. Quoi qu'il en soit, l'amateur d'art trouvera ici l'occasion d'une visite attrayante, plus attrayante qu'à la Nationale. Qu'importe la rubrique ? Allons là où on nous montre Carpeaux, Berthe Morisot, Henri de Brackeleer ou Stevens, et tant pis si tant de gens arrivés, qui leur durent tout, laissèrent à un Salon d'automne ou d'hiver le soin de faire en cela leur devoir. Allons là, et allons-y vite d'ailleurs, car l'Etat, qui prodigue le Grand Palais à des entreprises commerciales souvent suspectes, a mesuré chichement le temps et l'espace à ces rétrospectives où l'art seul était en jeu, et non plus un vague bazar colonial ou une incroyable exposition du Livre, mystification mille fois pire que tous les tableaux de «fauves» imaginables.

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L'ART DÉCORATIF De l'exposition de Cézanne il n'y a rien de nouveau à dire. Natures mortes d'une assez belle matière, parfois d'un beau ton malgré certain bleu plombé qui exprime indifféremment l'ombre d'un linge ou l'horizon de la Méditerranée ; paysages aixois sincères et lourds ; portraits vulgaires d'un dessin très gauche ; compositions désarmantes par leur mauvais goût et leur absence d'imagination ; peinture d'ouvrier convaincu, pauvre de moyens, impuissant à réaliser des velléités honorables ; pionnier malchanceux d'un domaine magnifiquement fécondé par ses camarades, et qu'on n'eût pu raisonnablement déclarer grand novateur que si Manet, Renoir et Monet n'eussent point existé. Son influence est dangereuse et dévoyante pour des jeunes qu'enthousiasme le mérite, esthétiquement faux, de sa naïveté, et qui refont sans naïveté cet art périmé. Il serait d'ailleurs injuste d'accabler cette mémoire sous les louanges exaspérantes des bluffeurs, les trafics de certains négociants. Quand ils auront fini de crier au génie, alors pourra-t-on replacer Cézanne à son rang secondaire dans un mouvement d'hommes mieux doués, plus émouvants, plus variés, plus sensibles que la nature ne lui permit de l'être. Mais, en attendant, ce tapage rebute. A cet art pesant l'exposition de Berthe Morisot apporte le contraste le plus délicat. Ce n'est qu'une femme, mais que ne peuvent la grâce et le goût de France ? Tout, ici, est exquis, frais, vivant, léger, artiste dans chaque touche. Des souvenirs de Corot, Stevens, Manet et Renoir passent dans cette peinture, et aussi, et surtout peut-être, de Boucher, de Frago ; mais tout cela est refondu dans une âme et une imagination délicieuses. Tout charme, la justesse, la finesse et la force des valeurs, la souple élégance des attitudes, la distinction des gris et des beiges, où s'impose capricieusement une note noire, la vérité des gestes et des atmosphères, l'inachevé subtil de certaines parties, l'esprit et la vivacité de l'exécution. B. MORISOT. Intérieur. Appartient à Mme la marquise de Ganay.

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L'ART DÉCORATIF L'ensemble est d'un maître de la vieradieuse, c'est tout un printemps de jeunesse qui fleurit sur les murs, et chaque toile, ravissante en soi, accroît sa valeur et sa dignité par le voisinage des autres. C'est l'attrait d'un tel Salon que l'heure passée devant ces témoignages d'une sensibilité si intensément féminine, servie par un tel don technique. Auprès de Berthe Morisot quelques œuvres d'Eva Gonzalès attestent, servie par des dons analogues, une nature moins foncièrement originale, mais sérieuse, solide et fine, un côté de l'âme de Manet. Plusieurs de ses études féminines sont de petites merveilles de sentiment et d'exécution. Il est très difficile de parler de l'œuvre gravée de Seymour Haden si l'on ne dispose pas du temps et de la place nécessaires pour en définir les nombreuses planches, suivre avec des mots les sinuosités de leur arabesque, s'étonner à souhait des ressources inouïes trouvées dans le trait par cet artiste si libre et si soigneux tout ensemble, l'égal des meilleurs aquafortistes de notre époque, avec un sentiment de fidélité toute classique. Il est encore bien plus difficile, pour ne pas dire inconvenant, de parler succinctement de Carpeaux et de son génie. Il y a longtemps qu'une joie d'art aussi élevée, aussi passionnante, ne nous avait été offerte, et l'exposition faite naguère quai Malaquais n'avait pas cette allure. Le génier rayonne dans la Flore, dans l'Ugolin, dans l'esquisse sublime du Watteau phthisique, dans certains bustes, dans certaines esquisses peintes, dans la Danse ; génie qui n'est que le jaillissement d'une intelligence brûlante, d'une âme fièvreusement amoureuse de la vie, d'un caractère altier, d'une sensibilité lyrique tout à coup dévouée à une délicieuse tendresse. Voir cela au Salon d'Automne n'est qu'une illusion : là où paraît Carpeaux, là il transporte le Louvre. Il est l'acheminement, superbement nécessaire, de Rude à Rodin, l'alliance du tragique héroïque de l'un et du tragique passionnel de l'autre. Il est, aussi, l'évocateur de la Renaissance : par la grâce de sa Flore immortelle s'accomplit la mystérieuse synchronie de Jean Goujon et de notre temps. GROPEANO. Portrait de S. M. la Reinz de Roumanie.

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L'ART DÉCORATIF 165 A ces expositions il faut joindre celle du livre, où M. Piazza, notamment, réunit quelques beaux exemples modernes, celle de Ponscarme faite entre toutes pour ravir les techniciens et les amateurs de glyptique, celle enfin des maîtres belges; si noble, si riche, dont Octave Maus parlera ici avec le double droit de la compétence et du mécénat. Ces expositions forment une orchestration splendide aux thèmes nouveaux des jeunes, dont il me faut à présent vous parler. L'impression dominante est, comme toujours, celle d'une profusion de talent, employée à réaliser des études. Etudes pourquoi ? On dirait que chacun fait un fragment d'un tableau collectif, idéal, qu'on attend toujours. Beaucoup de peintres exposent ici des études remarquables. Mais croient-ils avoir fait là tout leur devoir d'artistes ? Hélas ! Ce n'est que le commencement. S'en tenir là c'est prendre le moyen pour le but. Comme le disait excellemment Paul Adam, « mettre un ton auprès d'un ton n'est pas remplir la mission d'un art plastique, qui est de transformer la chose vue en motif de pensée ». Il n'y a ici à peu près aucun souci de composition. Des choses copiées telles qu'elles se présentaient, avec la seule préoccupation de les traduire par des tonalités imprévues. Le peintre travaille et s'amuse pour soi, et il faudra en revenir un jour prochain à des œuvres plus dessinées, à des compositions plus expres-

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L'ART DÉCORATIF ALBERT MARQUE. Buste de Daumier. Bronze. (Cliché Lémery.) sives, car la culture générale est devenue telle qu'on ne peut plus fonder un art sur la naïveté ou le joli ton. Un démenti imposant à cet état d'esprit est donné par M. José Sert, qui n'avait jamais rien exposé et qui se révèle comme un décorateur somptueux et un artiste de haute volonté par sa colossale décoration pour la cathédrale catalane de Vich. Personne n'a depuis longtemps osé un effort si soutenu : c'est fuir le succès facile que de l'avoir tenté. Appuyée sur des dessins de l'exécution la plus sincère et la plus sérieuse, cette série de peintures énormes apparaît comme une fanfare de couleurs, où chantent les bleus, les bruns pourprés, les jaunes étincelants, colorant des formes simples et puissantes, et tout l'ensemble révèle une rare faculté de l'arabesque ornementale, et aussi un sentiment de la puissance saine, une abondance sans prolixité, une profonde compréhension de la complexité harmonieuse des lignes, de l'unité des valeurs, en un mot tout ce qui autorise à compter sur un artiste promis à une belle destinée. Cette œuvre aux tendances presque classiques est autrement « nouvelle » que bien des œuvrettes engendrées par un furieux désir de nouveauté à tout prix, qui font leur petit effet cette année et paraîtront démodées dans trois ans. Voyez ce qui arrive déjà pour les « fauves ». Leurs hurlements ne nous étonnent plus du tout, il y a déjà là un poncif de la démence, tandis que la logique est, comme la nature, toujours nouvelle. Avec M. José Sert nous avons un nouveau lyrique. Avec M. Simon Bussy nous avons un poète d'une subtilité mystérieusement nouvelle. Il signe, dans cette exposition,

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L'ART DÉCORATIF le tableau le plus complet, le plus suggestif, un poème crépusculaire d'une distinction exquise, où le goût raffiné de l'artiste dissimule des difficultés techniques avec autant de soin que d'autres en apporteraient à les montrer. Il faut en dire autant, en une direction toute différente, de M. Eugène Martel, qui accumule dans deux petits tableaux, un surtout, les Maquignons, des trésors d'observation vivante, de sensibilité chromatique, les dons les plus précieux de peintre de caractère. Celui-là ne fait pas « nouveau », mais il fait magistral, trop artiste de race pour daigner convoiter le tapage. M. Charles Guérin, que je n'ai pas toujours vanté, n'a, je crois, jamais rien fait d'aussi bien que sa nature morte avec un violon et des roses, la plus belle de ce Salon, et sa femme nue, un morceau à la Manet, d'une facture superbe. Moins brillamment doué, c'est par une scrupuleuse patience que M. Albert André est parvenu à peindre les excellentes natures mortes, la scène aux champs vraiment belle qu'on voit ici, et d'année en année il se fortifie. On est heureux de voir M. Desvallières tout à fait guéri de ses inquiétantes incursions de jadis dans un domaine caricatural et falot où il est déplorable que M. Rouault soit resté. Il y a de la maîtrise en ces petites toiles tendres et raffinées de M. Desvallières. Il y en a dans les beaux dessins teintés de M. Maxime-Dethomas, le plus fort dessinateur peut-être de sa génération. Il y en a dans les deux figures de femmes de M. Albert Braut, et il y en a dans les œuvres si animées,sifrémissantes,sisûres, de M. Gaston Prunier. Il y a enfin les plussérieux gages dans l'œuvre de M. Lemordant, un jeune,inconnu hier, qui expose d'importantspanneaux décoratifs retraçant la lande bretonne, la mer et les pardons, avec toutes les qualités d'un beau coloriste, de l'air, de la lumière, un dessin impeccable, une charmante finesse de valeurs, une interprétation complètement indépendante d'un domaine où Simon et Cottet semblaient n'avoir rien laissé à dire. C'est un beau début, un des plus heureux que nous ayons vus depuis plusieurs années : et voilà un groupe de gensde talent dontla Société Nationale aurait pu s'honorer, et dont elle a relégué les uns, exclu ou ignoré les autres. Il B. NAUDIN. Dessin à la plume.

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faudra y joindre M. Urbain, M. Déziré, M. Durenne, M. Ottmann, M. Barwolf et M. Madeline, qui ont tous des qualités diver- sement intéressantes, et qui devront être suivis soigneusement à l'avenir. PRINCESSE MARIE TÉNICHEF. Flambeau et plats émail champlévés. d'une couleur un peu boueuse, elles sont pleines de vie, pleines des preuves d'une observation juste et personnelle, mais si l'atmosphère en est jolie, tout y chavire, et on a la sensation désagréable d'une plan- tation de décors qui se disloque. Le ton est solide sur des surfaces inexistantes. L'ART DÉCORATIF La verve de M. Casteluchio donne à craindre que cet artiste très doué n'accorde trop à la virtuosité. On peut le craindre aussi de M. Lempereur, dont les larges simplifications, qui plurent tant l'an passé, tournent un peu à la formule, au détriment de la solidité. On ne peint par masses qu'en se fondant sur des plans plus strictement assurés. C'est l'objection qu'on peut faire aux vues de Paris de M. Dufrénoy : en dépit

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L'ART DÉCORATIF Un beau portrait du pianiste Moszkowski par Léon Kaufman ; de jolies notes peintes par le poète Tristan Klingsor ; des études lumineuses de Mme Gonyn de Lurieux, dont une minuscule vue du Sacré-Cœur dans une brume de perle est parfaite ; des fleurs éclatantes de MM. Truchet et d'Espagnat ; de beaux Guillaumin où l'Estérel rouge croule dans la mer bleue ; d'amusants Boutet de Monvel ; d'expressifs dessins de Bernard Naudin pour le Scarabée d'Or ; quatre « harmonies » au pastel caressées amoureusement par Lévy-Dhurmer ; des envois de MM. Le Bail, A. Morisset, Lopisgich, Roussel-Mazure, Louis Gonyn, Fernand Piet, Crébassa, Gropéano, Synave, John Marin ; et voilà le bilan tout à fait honorable de cette exposition. A la sculpture, parmi plusieurs choses intéressantes, les figures nerveuses de M. Kafka, le buste admirable de Daumier par Albert Marque, le Lanceur de poids de Buffet en noyer et cuivre. (Cliché Lémery.)

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L'ART DÉCORATIF M. Pierre Roche, les très curieux Chérubins en retraite de M. Soudbinine, sont, avec les deux amants de M. Aristide Maillol, les œuvres les plus notoires. Il y a des morceaux de maîtrise dans le groupe de M. Maillol, qui n'est pas (mettons : pas encore) le génie qu'on disait, mais bien un sincère et remarquable sculpteur, dont le talent est assez fort pour résister à de tels pavés d'ours. Aux objets d'art, si le ciel vous préserve des meubles imaginés par M. de Chamaillard et des poteries où l'on a utilisé les facultés de quelques-uns des déments du premier étage, il me semble que parmi de fort louables choses les meubles de M. Majorelle, les broderies de M. Keim, les céramiques de M. Lenoble, un meuble de M. Bellery-Desfontaines, des décors de fenêtre de M. Mezzara, les émaux de la Princesse Ténicheff et les envois de MM. Raguel, Jacquin, Sauvage et Sarazin, vous requerront à bon droit. Je trouve surtout l'occasion propice pour dire de Mme Ory-Robin tout le bien qu'elle mérite. C'est, simplement et sans fracas, une grande artiste, un tempérament de décorateur de premier ordre. Elle a tout, la grâce, le goût, l'invention, le sens des matières employées, le dessin, la composition. Il y a vingt œuvres d'elles ici : ce sont vingt merveilles. Je m'étonne que tout le monde ne le dise pas, et ne le redise pas chaque fois qu'on parle d'art ornemental ; qui me nommera-t-on, en effet, qui soit supérieur à cette artiste dans notre époque ? Il était sans doute moins urgent de donner la Légion d'honneur à Mme Abbéma qu'à la femme dont je parle ; il est vrai que si cela eût dû prouver son mérite, elle en avait infiniment moins besoin. CAMILLE MAUCLAIR. ALFRED VERWÉE. L'étalon. (Collection A. Devis. Bruxelles.)

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DE BRÆKELEER. La Fête de la Grand’mère. L’Art Belge au Salon d’Automne Le musée de Bruxelles possède, signé d’un nom peu connu, un tableau dont l’intérêt documentaire est précieux. C’est celui qui groupe — ainsi que le fit Fantin-Latour pour les disciples de Delacroix, pour les admirateurs de Wagner — quelques-uns des peintres qui, rebelles aux conventions, en révolte contre les recettes des académies, proclamèrent l’indépendance de l’artiste et cherchèrent autour d’eux, dans la nature et dans la vie, les sensations esthétiques dont les abstractions de la mythologie, de l’allégorie et de l’histoire avaient épuisé la source. Ces peintres s’appelaient Charles De Groux, Constantin Meunier, Louis Dubois, Félicien Rops, Théodore Baron, Louis Artan, Alfred Verwée, Jules Raeymaeckers, Camille Van Camp, Eugène Smits, tous nés entre 1830 et 1840, et dont le dernier seul survit. Epoque héroïque de luttes, de sacrifices, de polémiques, de revendications hautaines, de labeur opiniâtre et désintéressé ! En guerre ouverte avec les pouvoirs, honni par les artistes qui jouissaient de la faveur publique, méprisé par les collectionneurs, dédaigné de la foule, l’Art libre offrit, durant une vingtaine d’années, par l’ardeur et la fermeté de sa foi, le plus bel exemple que propose à l’admiration de la postérité l’histoire des peintres. Avec un idéal différent, il eut sur l’art belge une influence aussi décisive que celle des Impressionnistes sur l’art français.