Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

Page 1

FRANCIS PICABIA Exposition de Tableaux et Dessins Février 1907 L semble bien que les âges héroïques de l’Ecole paysagiste contemporaine aient pris fin. Les Boudin, les Monet, les Pissarro, les Sisley, ont accès, et large accès, dans des Galeries, jadis hostiles à leurs œuvres, et les amateurs, les amateurs conscients d’un goût personnel et réfractaires soit aux lois de la Mode soit aux prescriptions du snobisme, s’éprennent volontiers de tant de toiles, où la vision harmonieusement nuancée tend à perpétuer les charmes de l’heure dans notre France infiniment ondoyante et variée. Seul, Cézanne, par son art, fruste d’apparence, mêlé à une virtuosité surprenante dans la représentation des « natures mortes », déconcerte les passionnés de « plein air », en qui subsistent encore d’antiques vestiges de répulsion à l’égard des novateurs... Cependant, ce qui assure aux maîtres de l’Impressionnisme une supériorité durable sur les praticiens du paysage qui se réclament d’autres Ecoles, c’est leur évidente, leur intense probité d’art : ils ne tendent pas à faire œuvre d’imitateurs (besogne sotte et vaine, car la nature renouvelle constamment ses aspects suivant le lieu, la température, l’heure de la journée, l’instant du matin ou du soir !), on doit les considérer plutôt comme des amoureux épris de la beauté singulière de nos champs ou de la majesté pénétrante de nos forêts, de l’élégance apprêtée de nos jardins ou de la splendeur émouvante de nos plages. Mais ce sont des amoureux dont l’effort cherche à transmettre la saveur captivante d’une vision des bords de rivière, à nous confesser le mystère exquis et inquiétant d’un sous-bois, à nous raconter le labeur des moissonneurs dans les grasses plaines de l’Eure, cet avant-poste de la Normandie plantureuse et saine. De là, une Dessin. F. PICABIA

Page 2

L'ART DÉCORATIF méthode de travail qui produit des œuvres inspirées par un commerce constant et direct avec la nature franche et robuste, sans nulle de ces recettes traditionnelles, sans ces ombres de lumière imposées par le séjour à l’atelier clos ; de là, une représentation sincère et vibrante des paysages dans leur diversité infinie, d’après l’intensité des sentiments éprouvés ; de là, enfin, des fragments de vie rustique ou urbaine rendus dans leur lumière aveuglante ou dans leur crépuscule attristé, comme les Blés en gerbes à Giverny, de Claude Monet, comme l’Inondation sur la route de Saint-Germain ou une Rue à Louveciennes, par Alfred Sisley... A ces maîtres qui infusèrent un sang nouveau à notre Ecole française de paysage en voie d’affadissement, Francis Picabia se rattache visiblement. Il possède — à leur exemple — une égale passion pour la couleur et pour la lumière, et il éprouve — de même que ces maîtres — une répugnance invincible pour les procédés d’atelier. Les soixante ou soixante-dix toiles que son exposition offrit au jugement du public durant le mois de février, représentent l’œuvre persévérant, parfois séduisant, toujours sincère et chaleureux, d’un artiste encore jeune (il approche de la trentaine !) et dont les mérites essentiels proviennent d’une étude attentive des Maîtres — en pleine expansion d’individualité, — d’une admiration noblement réfléchie pour nos campagnes et, surtout, d’une étonnante, d’une merveilleuse intelligence de l’atmosphère. L’atmosphère est — en effet — dans la réalité, un élément trop souvent négligé — ou ignoré — de nos artistes. Que de peintres ne parviennent point à produire — malgré tout un talent indiscutable — cette impression de vie sans laquelle point n’est d’œuvre d’art ! Et pourtant les malheureux, courbés F. Picabia 1906

Page 3

L'ART DÉCORATIF sur leur œuvre, s'évertuent à faire vrai ! Mais, s'ils atteignent un point de perfection dans la ressemblance idéale, ils ne savent point donner de leur sujet — portraits d'individus ou aspects de paysages — une image vivante, vibrante, émouvante... Je causais une fois de cette question avec l'éminent et significatif maître qu'est M. Albert Besnard, et l'auteur du merveilleux Portrait de Théâtre m'objectait : « Ne vous étonnez point d'un tel fait ! On enseigne beaucoup de choses à l'Ecole des Beaux-Arts, et même en de certains ateliers, mais l'on oublie d'apprendre à nos jeunes gens que les gens comme les choses changent d'apparence avec les conditions de l'atmosphère. L'on se préoccupe de démontrer par quels moyens il est possible de produire une ressemblance exacte, mais l'on s'abstient de prévenir l'élève que — pour faire réel — il faut d'abord regarder le décor. C'est du décor que le tableau tire sa vie ! Et pourtant, avec l'enseignement donné, la qualité de la lumière demeure un facteur inconnu de l'artiste... » Ainsi, au sentiment de toute intelligence cultivée, l'Art n'apparaîtra point comme la représentation plus ou moins parfaite d'un spectacle, mais comme l'illusion d'une réalité vivante d'un objet soumis à de certaines conditions de lieu, de temps, d'éclairage, d'atmosphère. Du voisinage des objets environnants, de leur couleur, de leur forme naîtra même cette harmonie séduisante qui provoque la volupté de l'Art... Comme tout peintre sincèrement conquis par la beauté des soirs d'août dans les campagnes ou par la splendeur des matins d'été, Picabia ambitionna souvent cette harmonie. De bonne heure, du reste, il éprouva le sen- timent de sa vocation devant les spectacles de la Nature et — depuis une dizaine d'an-

Page 4

L'ART DÉCORATIF nées — ses envois au Salon d’automne comme au Salon des Artistes français attestent un « tempérament », une valeur d’artiste, d’un talent qui a donné mieux que des promesses, mais dont on peut encore attendre de belles œuvres, s’il poursuit son labeur obstiné et fécond dans sa retraite de Villeneuve-sur-Yonne. Mais, avant de passer contrat avec la nature pour la mieux connaître, l’artiste eut une jeunesse conforme à la tradition. Parisien de Paris, où il naquit le 22 janvier 1879, il éprouva pour les études classiques les répugnances manifestées par tant d’autres artistes et couvrit livres d’études et cahiers de cours des croquis les plus surprenants. Mais, cette fois, à l’encontre de la tradition, ce n’étaient point ses camarades de classe ou ses maîtres, dont il reproduisait les traits dans un style légèrement caricatural; un coin de jardin à peine entrevu au hasard de ses flâneries, une barque à l’attache sous les saules, étaient les motifs accoutumés de ces croquis juvénilement esquissés. Déjà, les splendeurs matinales du soleil irradiant sur une nappe d’eau le hantaient ; déjà, les maisons couvertes de neige par un temps gris, le blanc décor coupé, ça et là, par les peupliers couverts de givre, le remplissait d’un émoi délicieux. Naturellement, ses condisciples le voyaient fort attentif aux leçons du maître de Dessin, et les explications de Virgile ou d’Homère, les démonstrations du livre premier de la Géométrie plane le laissaient indifférent. Sa famille prit le bon parti de le retirer du lycée, où, décidément, il ne faisait rien qui vaille. On résolut de l’envoyer à l’Ecole des Arts Décoratifs, qui, tout en lui permettant de satisfaire son irrésistible vocation de reproduire les contours des objets et de représenter les spectacles qui se présentaient à sa vue, laissait l’espérance de le placer, une fois ses études terminées, chez un fabricant de meubles d’art ou dans une manufacture de porce-

Page 5

L'ART DÉCORATIF laines. Ainsi, les déboires de la vie d’artiste seraient évités au jeune homme. Sa famille tenait à réaliser, selon sa manière, l’Utile dulci... du poète latin. Picabia avait seize ans. Que de fois ne se remémora-t-il point, durant les deux ans qu’il passa dans l’ancien amphithéâtre de Saint-Côme, l’Anch’io son’ pittore classique ! Il serait peintre, lui aussi, non peintre sur porcelaine ou peintre décorateur, peintre ornemaniste (encore que ce genre d’art soit des plus appréciés et que la distinction entre les arts nobles et les arts mineurs s’abolisse peu à peu), mais peintre paysagiste, peintre habile à interpréter sur la toile ou le bois ces « échappées » dans la forêt de Fontainebleau, qu’il aimait tant à parcourir par les clairs dimanches de printemps ou durant ces journées d’automne qui font jouer les rayons du couchant sur les feuilles cuivrées des arbres tournoyant dans l’air crépusculaire. Son enthousiasme se fortifiait aux spectacles sans cesse renaissants de la nature, l’éternelle charmeuse ; sa passion de la lumière et des jeux mouvants, d’où tant d’êtres et tant de choses tirent leur séduction, le dirigea vers le Midi. Il en ressentit une impression intense, qu’il synthétisa dans Une vue aux Martigues, sur l’étang de Berre, son premier envoi au Salon des Artistes français, en 1898. Depuis, l’étude des Maîtres, soit au Louvre, soit dans Dessin. Dessin.

Page 6

L'ART DÉCORATIF telle ville provinciale où il eut occasion de séjourner, lui révéla combien la verve spontanée est insuffisante pour remplacer les éléments techniques de l'art de peindre. Ces éléments techniques, il alla, de propos délibéré, les demander, pendant six ans, à l'Ecole nationale des Beaux-Arts, à cet atelier Cormon et Humbert, dont presque tous les meilleurs « sujets » tiennent si peu, quant à l'esthétique, quant aux tendances. Sa prédilection pour les maîtres souverains de l'art du paysage était trop vive, son admiration pour les Claude Lorain, les Corot, les Pissarro, les Turner, les Sisley, les Millet était puisée à une si parfaite conscience de leur génie, qu'il se confinait dans la figure avec zèle et persévérance. La rue Bonaparte était pour Picabia une « Ecole d'application dans l'art du dessin » si l'on peut ainsi dire. En ce qui concerne les harmonies de la couleur, la représentation des colorations vibrantes des pays ensoleillés ou le charme attendri et enveloppant des bords du Loing, de décors savoureux où les peupliers se balancent le long des rivières, où la vieille église se dégage des brumes matinales, il les apprit dans ses courses à travers la campagne bourguignonne et par de fréquents séjours en ces contrées méridionales si propices aux talents vigoureux et sincères. Son accent personnel se manifeste d'une séduction savoureuse avec le Pont de Villeneuve-sur-Yonne sous la neige ou avec ses Meules en plein champ, si justement admirées, où chante pour la plus grande joie de nos regards le décor de tas de blés entassés sur lesquels se jouent les rayons d'un soleil fulgurant. Passionné de lumière et de colorations, Picabia atteint parfois au chef-d'œuvre qui présente un effet d'ensemble vigoureusement et intelligemment composé. L'auteur ne s'inquiète pas seulement de nous offrir un beau tapage de couleurs, il se préoccupe du volume de ses masses, et cela le conduit sans effort à ne jamais omettre ces contours qui sont comme les squelettes du décor. Appartient à M. Weill. Appartient à M. R. Poincaré.

Page 7

L'ART DÉCORATIF Aussi, quel culte déterminé du dessin! Les murs de son atelier sont couverts d'une quantité d'études, de croquis, d'essais, en quoi l'on reconnaît autant de préparations à des œuvres ultérieures. C'est d'un trait également attentif qu'il délimite le champ de sa vision pour la représentation d'un paysage dont la forme définitive surgira tôt ou tard sur la toile - c'est d'un crayon toujours soucieux de vérité qu'il caressera les molles rondeurs d'un corps féminin, dont la souplesse séductrice prend plaisir à échapper à l'œil de l'artiste. Il garde les mêmes qualités, avec un rien de fougue, dans l'élaboration de ses planches; mais sa recherche constante des colorations vives l'oriente vers la pratique de la gravure en couleurs. L'art charmant et presté de la gravure en couleurs l'aide à répandre sa magie de séduction colorée dans des planches où il s'efforce d'enfermer ces merveilleux ciels du Midi : le Retour de Pêche aux Martigues sur l'Etang de Berre et le Coucher de Soleil sur Port-de-Bouc initient nos régions septentrionales au charme des pays de clarté joyeuse et irradiante. Ce sera encore une de ces visions exactes et savoureuses des terres chantées par Mistral et Roumanille, qu'il enverra au prochain Salon des Artistes Français. Dans une toile de vastes dimensions, apparaîtra un Port de mer dans le Midi, où le soleil répandra sur toutes choses sa magnificence. Voilà dix ans que Picabia affirme résolument, à chaque Salon annuel des «Champs-Elysées », son effort persévérant vers le mieux ! Certes, il est détestable et vain de prodiguer aux artistes des louanges hyperboliques et extravagantes : un peintre, si remarquable soit-il, sera toujours redevable de sa personnalité aux dieux de l'art qui ont nourri son talent. Picabia est un « jeune », et ce « jeune » avoue, de bonne grâce, en toute sincérité, combien ses meilleurs paysages expriment médiocrement sur la toile les enchantements infinis qu'éveillent en son cœur les Bords du Loing (effet de soleil), les Pins à Saint-Honnorat (Cannes), ou encore Saint-Tropez (effet du soir), car il convient qu'un artiste digne de ce nom soit rarement satisfait de son œuvre. Et si, pour la seconde fois, il vient de soumettre ses toiles au sentiment des amateurs, on doit tenir l'Exposition de Picabia qui vient de se clore si brillamment à la Galerie Haussmann comme une halte de l'artiste dans le cours de son labeur.

Page 8

L'ART DÉCORATIF Après avoir reçu des Leclanché, des Dollfus, des Poincaré, des Viau, du Dr Brocq et d'autres collectionneurs réputés qui le tiennent en haute estime, de nouveaux témoignages, il est retourné parcourir les environs de Moret et cette petite ville de Villeneuve-sur-Yonne dont il a éternisé les aspects d'hiver ou d'automne en maintes toiles acquises par l'Etat. Mais, comme il sied à tout bon peintre, épris des reflets de lumière et des harmonies vivantes et colorées, de renouveler constamment son inspiration, l'artiste émigrera de nouveau vers ces ciels d'Espagne ou d'Afrique, d'où il rapportera pour le « Salon d'automne » des images d'intensité lumineuse qui seront des féeries de couleurs, sans que le dessinateur passionné ait rien sacrifié de la forme des êtres ou des choses, que les Impressionnistes d'autrefois dédaignèrent peut-être à l'excès, afin de renforcer la tonalité générale de leurs toiles... Francis Picabia ne tend donc point à nous présenter une Nature embellie, rajeunie, maquillée en vue de l'œuvre d'Art. La seule parure de ses paysages, c'est la joie des rayons du soleil sur les marronniers en fleurs, ce sont leurs reflets sur les nappes d'eau, c'est la tristesse lourde et angoissante du linceul de neige qui couvre la petite bourgade sous un ciel de suie. L'artiste écrit, avec son talent de peintre, la joie des êtres et la mélancolie des choses. A travers son tableau, nous apparaît, transcrite par une âme humaine, la grandeur mystérieuse et inquiétante de la Nature éternelle et inexorable... EDOUARD ANDRÉ. Effet de neige.

Page 9

ABEL LANDRY Architecte et Décorateur Parmi les œuvres créées par M. Abel Landry, j'ai gardé particulièrement le souvenir d'un service à thé d'une simplicité remarquable, et que faisaient valoir seulement l'heureuse proportion des formes et l'harmonie des contours. Porcelaine dessinée pour pouvoir être faite au tour, elle avait, comme toutes les poteries fines de ce genre, l'équilibre parfait des volumes, équilibre sans monotonie que venaient varier, dans la théière, l'anse et le bec à verser. Les deux courbes du bas et du haut de la panse s'y coupaient selon un angle aigu mais sans dureté, pour donner un accent nerveux que le potier obtient d'ailleurs facilement avec sa raclette, tandis qu'il tourne l'argile molle. Ceci me fait penser naturellement à l'origine de M. Abel Landry. C'est à Limoges qu'il fit ses premières études à l'Ecole des Arts Décoratifs et son œil conserva, sans doute, de ce séjour, le sens de la beauté particulière aux porcelaines. Venu à Paris pour suivre les cours de l'Ecole des Beaux-Arts, il en sortit comme architecte, mais une inclination instinctive pour la peinture lui fit d'abord prendre la palette, et c'est comme paysagiste qu'il fut remarqué à ses débuts. Un voyage à Londres lui permit de profiter des enseignements de William Morris et, dès son retour en France, il devint le collaborateur d'un décorateur industriel. L'architecture le requérait de nouveau : il fut l'architecte de la Maison Moderne, construisit des hôtels particuliers et des villas près de Paris, des maisons d'artistes à Bordeaux et des maisons de rapport à Lyon et à Marseille. Ce sont de jolies demeures à la française, et M. Abel Landry s'y révèle, par l'ingéniosité des plans intérieurs et le charme de l'aspect extérieur, de la race des Du

Page 10

L'ART DÉCORATIF Cerceau, des Robert de Cotte et des Gabriel. Profils d'un agrément rare, toits inclinés, volontiers incurvés légèrement, dôme sphérique au-dessus d'un atelier, jeux de lignes horizontales et verticales, oppositions de surfaces lisses de pierre à des surfaces rehaussées de briques, emploi habile de courbes simples, tout cela donne une apparence de richesse, sans faste inutile. Cette décoration est obtenue, en effet, uniquement par les contrastes de droites et de circonférences, de parties volontairement vides d'ornement et de parties qui arrêtent l'œil par la multiplicité des accents. L'usage alternatif de la pierre grise et de la céramique, la sobriété de la moulure, l'écart presque complet de toute sculpture naturaliste caractérisent cet art tout de mesure. Ce n'est pas que la sculpture A. LANDRY. Villa aux Coteaux (Seine-et-Oise). naturaliste ne puisse être employée pour décorer un édifice, et trop d'exemples fameux, que je n'ai pas besoin de rappeler, suffiraient à justifier son introduction dans l'architecture. Mais M. Abel Landry se plaît à la musique pure des lignes, des valeurs, des couleurs, et j'avoue que cette conception me paraît tout à la fois être d'un art plus raffiné et mieux convenir à la nécessaire simplicité d'une maison d'aujourd'hui. Eugène Grasset a méthodiquement montré de quelles combinaisons variées étaient susceptibles le point et la ligne, et les Orientaux, dès longtemps, ont résolu une foule de problèmes de décoration géométrique. Ce n'est pas manquer à nos qualités de race qu'user de ces moyens rationnels d'enrichissement des surfaces. Au contraire, l'esprit français s'est toujours plu à ce jeu. Il est de plus indispensable de respecter la gradation commandée par la dimension et la matière des choses, dans leur décoration. Car on ne saurait perdre de vue que l'ornementation naturaliste convient plus parti-

Page 11

L'ART DÉCORATIF culièrement à l'objet minuscule et précieux ; que déjà dans le mobilier, la nature ne doit guère servir que de point de départ pour des stylisations florales et qu'enfin dans l'architecture son absence complète se peut aisément justifier. Encore faut-il observer que, même minuscule et précieux, l'objet peut se refuser par sa destination à d'inutiles modelés et l'un des exemples les plus typiques peut en être fourni par telles soucoupes, telles tasses en émaux cloisonnés de Fernand Thesmar. Seuls d'ailleurs d'une façon générale, les édifices monumentaux élevés par un peuple ou par une aristocratie fastueuse auront recours à la sculpture. Pour la bourgeoisie aisée de nos jours l'emploi de figures sculptées risquerait souvent au contraire de dénoncer une faute de goût et je ne vois guère que les créations si charmantes et si pleines d'inspiration populaire d'un Emile Derré qui puissent échapper à ce reproche. Architecte de nos modernes demeures, M. Abel Landry voulut aussi en orner l'intérieur. Ses dons de peintre trouvèrent à s'employer dans l'invention de motifs de papiers peints, de modèles de décoration au pochoir, de frises et de bordures. En des harmonies obtenues par le rapprochement de tons voisins plutôt que par la sonorité