Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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L'ART DÉCORATIF Janvier 1907. A compter du numéro de janvier 1907, la direction de l’Art Décoratif passe entre les mains de MM. EUGÈNE BELVILLE et YVANHOË RAMBOSSON. Gustave Soulier, qui s’était consacré avec tant de foi et de vaillance à faire de cette Revue l’organe vraiment moderne du mouvement artistique contemporain, a été contraint par la maladie d’abandonner la lutte au cours de laquelle il avait su réunir de si précieuses sympathies. La nouvelle direction s’efforcera de conserver celles-ci et d’en augmenter le nombre par un souci constant de perfectionnement dans l’application du programme qui a fait l’heureuse fortune de l’Art Décoratif et aux grandes lignes duquel elle entend demeurer fidèle. L’Art Décoratif qui entre dans sa neuvième année, reste, avant tout, l’organe de défense de tous les efforts sérieusement tentés dans le domaine de l’Art appliqué pour l’élargir et le revivifier. C’est dans ce double but que l’on pense devoir faire une part aux enseignements du passé, à côté des manifestations contemporaines. Les plus belles époques de l’Art ont été modernes dans le sens exact du mot, elles n’ont pas abusé comme la nôtre du pastiche et de l’érudition mal digérée ; essayer de faire comprendre par leurs œuvres la pensée des grands artistes qui ont su et pu être de leur temps, semble le meilleur encouragement à savoir enfin être du nôtre.

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L'ART DÉCORATIF Malgré l'apparent exclusivisme de son titre, l'Art Décoratif suit au plus près de l'actualité toutes les manifestations d'Art plastique, quelles qu'en soient les dénominations de catégories, en France comme à l'étranger où le service de correspondants a été largement développé et le sera encore. L'Art Décoratif comprend actuellement, en outre de son texte illustré, un supplément contenant des chroniques, petites nouvelles, avis professionnels, règlements d'expositions, offres et demandes d'emplois, etc. Une organisation nouvelle à l'étude permettra, prochainement sans doute, de donner une vie propre à ce supplément. Avec les monographies d'artistes en tout genre, les comptes rendus d'expositions, la technique des procédés nouveaux, nous ferons alterner les articles de critique générale et d'esthétique, les impressions d'artistes notées par eux-mêmes; nous donnerons aussi volontiers la parole à tous les défenseurs des œuvres de Beauté méconnues, oubliées ou menacées. Au gré de l'actualité, nous visiterons, pour nos lecteurs, les collections particulières, les musées, les ateliers; rien n'étant indigne de l'Art, nous le chercherons à tous les degrés dans les milieux les plus divers, le foyer élégant, la cabane rustique, le théâtre, l'école, la rue. La forme matérielle de la Revue reste l'objet d'un soin particulier, l'illustration abondante comprendra, comme jusqu'ici, mais en faisant une place aux œuvres du passé, les reproductions documentaires en noir et en couleurs, dans le texte et hors texte, des œuvres de peinture, sculpture, architecture ou art appliqué. D'autre part, nous augmenterons le nombre des dessins inédits, soit croquis de maîtres, soit modèles applicables aux arts industriels fournis par les meilleurs des professionnels en tout genre, art du meuble, du bijou, de la céramique, de l'étoffe, etc. Quant aux planches originales, nous nous appliquerons à en accroître l'intérêt par la diversité des procédés, eau-forte, pointe sèche, lithographie, gravure sur bois, etc. En résumé, l'Art Décoratif s'adresse à tous ceux qu'intéressent les questions d'Art à l'ordre du jour, aussi bien les professionnels, artistes, artisans, industriels, que les amateurs dans tous les sens que l'on donne à ce mot, c'est-à-dire ceux qui savent jouir des arts sans les pratiquer eux-mêmes et ceux qui trouvent un délassement à s'y essayer. Nous nous efforcerons de répondre aux questions qui nous seraient posées, de publier les communications d'intérêt général qui nous seraient faites et d'étudier les sujets sur lesquels notre attention serait appelée; les conseils peuvent nous être précieux et seront toujours accueillis avec plaisir, enfin, l'Art Décoratif demande à ses lecteurs d'être ses amis et souhaite de mériter la confiance qu'il en sollicite. LA DIRECTION.

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CHARLES HUARD CERTAINS vocables, à force d'être prodigués dans la conversation, acquièrent l'apparence neutre de ces pièces de monnaie, dont nous apprécions seulement — à la longue — la valeur fiduciaire, sans aucun émoi pour la beauté de la frappe ou la finesse du dessin. Le maniement accoutumé, cette usure insensible et croissante des figures ou des attributs symboliques qui les ornent, font perdre leur intérêt d'œuvre d'Art; ce ne sont plus que de commodes instruments d'échange, susceptibles de n'éveiller en nous nulle autre attention que la défiance légitime de l'individu soupçonneux... C'est le cas de tant de mots jetés au cours des dialogues quotidiens, préférés — puérilement ! — à cause des caractères qu'ils sont censés résumer, à cause surtout du sens conventionnel qui s'y attache et nous épargne l'effort mental auquel répugne tout cerveau enclin à la paresse de l'esprit. Ces mots, considérés à la fois comme des dénominations professionnelles et comme des «étiquettes», perdent peu à peu leur aspect originel et expressif, revêtent une physionomie indifférente et terne qui en accélère amplement la déchéance... Et de telles expressions jadis vibrantes, vivantes, significatives, peut-on en concevoir de plus avilie par la foule ignorante et hilare que l'épithète «caricaturiste»?... «Caricaturiste», terme commode et ingénieux pour désigner, à loisir et indifféremment soit le dessinateur habile à exploiter les faits d'actualité en les présentant sous une forme risible et grotesque, soit l'artiste observateur qui note le spectacle des êtres et des choses avec un instinct perspicace, non sans accentuer ce «je ne sais quoi» qui distingue tout individu quelconque d'apparence, non sans étudier le contre-coup des événements sur une humanité éperdue de rêves ambitieux, assoiffée de jouissances, et dénuée de l'énergie féconde, maîtresse de l'avenir. Ainsi, l'on applique inconsciemment le terme de «caricaturiste» à un Albert Guillaume, aussi prompt à se réjouir des mondialités vulgaires qu'à révéler les beautés soyeuses des «Belles Madames», à un Léandre attentif à mettre ingénieusement en relief l'aspect agressif ou pitoyable de nos contemporains, avec l'esprit d'à-propos et la satire des contrastes, à un Poulbot ou à un Mirande, dont la verve malicieuse affuble nos bambins de la drôlerie sagace des grandes personnes et tire des effets surprenants des minois joufflus et des défrôques vénérables. Caricaturistes encore, Lucien Métivet agile à croquer Mondaines et Théâtreuses en des attitudes d'élégance contorsionnée, Ferdinand Bac, Boldini du crayon qui ploie les tailles harmonieuses sous des toilettes harmonieusement drapées, Jean-Louis Forain, à l'existence cloitrée dans cette «Forêt de Bondy» qu'est la vie de Paris (si l'on s'en rapporte à Alphonse Daudet), et aux légendes d'eau-forte; Sem, notateur cinglant et impitoyable du Boulevard et des silhouettes parisiennes aux tares physiques, accessibles à son œil aux aguets. CH. HUARD Croquis à la mine de plomb pour les «Figures de Vendée»

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L'ART DÉCORATIF Charles Huard lui-même est de ceux qui subissent cette manie de classification. Pour les lecteurs du Rire, pour les abonnés du Journal Amusant, pour l’Américain qui feuillette le Scribner’s Magazine ou le London Opinion Strand Magazine, Huard est le « caricaturiste » de la bourgeoisie des petites villes provinciales et des types burlesques de la vie parisienne... Sans doute, en matière de caricature, « il y a la manière », comme disait je ne sais plus quel personnage de M. Henri Lavedan, ce « caricaturiste » de certaines existences de notre temps; mais la foule confond pèle-mêle les amuseurs et les satiristes, ceux dont le crayon flatte volontiers ses menues rancunes et tend à provoquer un rire incongru, avec ceux qui observent les petites comédies du Vice ou les tragédies de la Vertu et nous rendent sensible la psychologie d’une humanité jamais indifférente. On dirait volontiers que les caricaturistes relèvent de deux Écoles: celle des Cham et des Bertall, ou celle des Daumier et des Constantin Guys, l’École des humoristes de l’Actualité et l’École des peintres de mœurs, à qui l’occasion d’une anecdote donne loisir de nous dévoiler des individualités, d’aller chercher, par delà l’incident, les caractères... Quiconque feuilleta les trois volumes que l’intelligent et entreprenant éditeur Eu- CH. HUARD Étude pour les « Figures de Vendée » gène Rey consacra à l’œuvre de Huard dans ses « Pages choisies d’artistes contemporains », reconnaîtra en l’auteur de Paris, Province, Étranger, un disciple de l’autre Ecole. Huard s’apparente, en effet, au véridique graveur de « l’Affaire de la rue Transnonain » et son crayon impitoyable fait souvent songer au « Peintre de la Vie moderne ». Comme Daumier, il s’en prend à cette humanité embourgeoisée, où s’épanouissent les petites vanités et les grands orgueils, consolation des âmes médiocres. Les gens de loi et les gens de négoce ont été saisis par l’artiste dans ces « cercles » et ces cafés de petites villes qui leur permettent de déposer les attitudes nécessaires à leur activité professionnelle. De notre époque où il importe tant d’être « quelque chose », faute de pouvoir devenir « quelqu’un », ils fleurissent dans les chefs-lieux de canton, ces « retraités » qui charment l’oisiveté de leur existence morne par l’évocation de souvenirs de bonnes fortunes ancillaires ou par le sentiment de leur importance d’anciens fonctionnaires... Et quel admirable dessinateur! Son crayon dévoile sur certaines faces ces plis d’orgueil ou d’amertume qui sont comme la signature de la destinée. Ses personnages, gonflés de vanité outrancière, éperdus de

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CHARLES HUARD haine envers l'intelligence active et bienfaisante, inconsciemment jaloux de l'élégance, ont l'aspect de ces sots dont on ne sait trop s'il convient d'en rire ou s'il vaut mieux déplorer chez eux la déchéance de la personne humaine. Pauvres pantins qui ne sont la peinture, qui attire l'admiration par la ressemblance des objets dont on n'admire pas les originaux! » Les passants dont le frôlement nous laisse insensibles, les « officiels » vagues sous l'habit noir uniforme, d'élégance contrainte et de raideur étudiée, CH. HUARD Eau-forte « Figures de Vendée » que les pièces d'une immense organisation, dont tout l'effort tend à rendre « demain » identique à « hier », à perpétuer la veulerie sociale... Huard se manifeste de tendances révolutionnaires, et ce grand garçon, d'allure nonchalante, épris de ses aises et passionné de l'art des Rembrandt et des Chardin, nous incite, de par la vertu de son talent vigoureux et incisif, à méditer le fameux mot de Blaise Pascal: « Quelle vanité que les consommateurs du Café du Commerce et les membres du Cercle de X...-sur-Rivière, le ménage Z... qui, après avoir — dans la pharmacie — acquis une respectable aisance en vendant sa marque « contre la constipation », épuise ses dernières années à redouter ce mal honni, le notaire et le médecin, ces deux puissances de petite ville, les vieilles dames toujours aigries, les « gaudissards » étourdissants de faconde et de jactance, toute cette humanité d'appa-

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L'ART DÉCORATIF CH. HUARD Étude à la mine de plomb pour «Bouvard et Pécuchet» rence simiesque s’agite dans des décors précis, d’un pittoresque singulier qui nous émeuvent, après tant de dessinateurs plus soucieux de présenter des «types» que d’évoquer des «coins d’existence». Grâce à son «style», Huard intéresse le public à des individualités, dont il est bien incapable, ce public d’esprit frivole et d’attention fugace, de discerner le risible et l’odieux, quand il les rencontre dans la rue ou ailleurs. Cependant, Charles Huard, tout caustique que soit son crayon, est d’accent moins âpre que Daumier. Dans la riche galerie d’imbéciles et de coquins qu’est l’œuvre du grand satirique, il n’y a guère place que pour le mépris. Les nombreuses toiles de la Collection Paul Bureau, l’une des plus riches en «Daumier», nous présentent des physionomies déformées par les tares professionnelles, des scènes de mœurs judiciaires ou autres, propices à la haine ou à l’effroi... Charles Huard, lui, n’est pas un familier des «milieux parisiens», ou du moins ce qu’il est convenu d’appeler ainsi. Ses tableaux de mœurs de province doivent leur accent de sincérité à la rare et profonde observation de l’auteur qui connaît admirablement la vie terne et grise des chefs-lieux de canton, pour y avoir vécu. Mais le grain de malice dont aucune de ses légendes n’est dépourvue, révèle cependant la bonne souche parisienne de l’artiste. Charles Huard naquit, en effet, à Paris en 1876. Dès sa première enfance, il fut transplanté en pleine province, à Granville, où la famille Huard demeura plusieurs années. Il y grandit, alla au collège de son pas nonchalant, plus curieux du spectacle de la vie que de la lecture des livres, fit son devoir d’élève docile, sinon studieux, apportant à ses classes une attention ennuyée. Son adolescence se passa à crayonner sur ses livres et ses cahiers gens et choses de l’endroit où sa destinée l’obligeait de séjourner. En cela, il ne manqua point à l’usage traditionnel des artistes de vocation; mais ses bonnes heures étaient pour Balzac et Flaubert: il goûta à dévorer leurs romans d’observation réaliste une joie que lui refusait l’austère et pompeuse littérature classique. Dans un moment d’expansion, Huard m’avoua le charme des longues flâneries à travers les rues aux pignons de guingois, aux demeures étages qui laissent entrevoir le clocher de l’église. Promenades fécondes qui avivèrent son génie de réaliste et le mirent en présence directe de ses futurs modèles de prédilection. Il y rencontra plus d’une fois, dans ces voies étroites, Bouvard et Pécuchet, dont il devait commenter par

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CHARLES HUARD la suite, de son crayon expressif, les aventures aussi pitoyables qu'immortelles dans une édition conçue à l'usage des nababs de « Bibliopolis »... De simples leçons de dessin au Collège l'avaient mis en possession des éléments pratiques qu'il compléta par son travail personnel. Il vint à Paris pour passer à d'une pleine maîtrise les oppositions entre les ombres et les lumières, a-t-il donné au modèle des personnages toute sa variété et aux formes des choses l'aspect singulier et précis qui leur procure toute leur valeur. Qu'il voyage en Hollande ou s'égaré à travers l'Angleterre, qu'il poursuive ses pérégrinations à travers la France, notre France, CH. HUARD Eau-forte « Bouvard et Pécuchet » l'École des Beaux-Arts le temps juste nécessaire à l'initiation de la technique du peintre. L'Académie Julian le compta également parmi ses élèves, mais, mouton indocile du troupeau bélant, il se lassa vite d'un enseignement stérile... Sa vision nette le prédisposait à la pratique de l'eau-forte. Félix Buhot, maître sans rival, poète des quais de Paris et des aspects pittoresques et séduisants de la Cité, enseigna à Huard l'art de graver des planches où l'observation vient se confondre avec l'impression de manière émouvante. Aussi, à l'exemple de Félix Buhot et d'Eug. Béjot, Charles Huard a-t-il rendu et s'inquiète — oh! à fleur de vision — des paysages sans cesse renouvelés et sans cesse émouvants des provinces, l'aquafortiste a toujours la même netteté expressive du coup de pointe dans le vernis, la même sûreté de la morsure, la même justesse des remorsures qui font de lui un peintre graveur, dans toute la plénitude du mot, et un peintre graveur, dont l'œuvre, à peine connu de rares amateurs, compte déjà maintes pages maîtresses comme le Passeur à Marseille, comme Coin de Volendam (Hollande), comme Place de l'Amiral Courbet (à Abbeville), comme quantité de planches dignes — si l'artiste se rend à la prière de

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L'ART DÉCORATIF CH. HUARD Eau-forte «Bouvard et Pécuchet» ses sincères amis — de révéler au public épris des talents originaux et puissants une personnalité sans compromission et un maître exempt de toute fadeur et de toute excentricité. Et nous savons qu'une Exposition — en voie d'organisation — fera connaître à l'élite de Paris seule capable de s'intéresser aux choses d'Art combien l'on se méprend en classant Huard parmi les seuls «caricaturistes». L'on verra alors que cet art de la caricature, pratiqué ainsi, ne fut qu'un acheminement vers l'illusion de perpétuité qui est le but suprême de l'Art. En attendant, Charles Huard va aiguiser son observation et rajeunir ses motifs d'inspiration par de brèves tournées à travers le monde. Hier, New-York comme je l'ai vu était le carnet de notes du voyageur impénitent qui vagabonde pour son plaisir et pour le nôtre, notes iconographiques et scripturales, où l'esprit du texte se joint à l'à-propos du dessin, où l'humanité transatlantique est appréciée sans indulgence, mais sans parti-pris; demain, ce sera un livre sur Berlin et l'Allemagne, susceptible de dissiper bien des préventions et de rectifier bien des erreurs, un livre destiné non à nous révéler les secrets du Monarque impérial (c'est affaire à la diplomatie ou à de certains quotidiens), mais à nous décrire l'Allemagne et les Allemands à l'aurore du vingtième siècle, à nous conter, suivant la méthode du bon La Fontaine, la méthode à la Française: J'étais là : telle chose m'advint! Sur son Korrigan, yacht dont il est le capitaine vigilant et amusé de la vie des flots, il poursuit le cours de ses croisières le long des côtes bretonnes et normandes favorables aux motifs de planches d'un pittoresque jamais épuisé. Ce serait autant d'aspects de beauté lointaine, dont ses estampes apporteront la vision aux amateurs citadins. Souhaitons que, souvent, en compagnie de sa jeune et charmante femme, née dans les Arts j'elle est la fille de l'acteur Francis Wilson, une des célébrités théâtrales de New-York et collectionneur éminent, Huard abandonne sa demeure quiete du quai Bourbon, d'où il regarde passer ces Bateaux de Paris, qu'il commenta jadis sur le texte de mon maître et ami Gustave Geffroy, souhaitons-lui de délaisser ses lentes flane-

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CHARLES HUARD ries au long des vieilles rues parisiennes, occasion d'eaux-fortes exquises de délicatesse, savoureuses d'expression, pour parcourir encore cette Vendée, dont il nous retraça la physionomie âpre et dure dans les Figures de Vendée, œuvre de l'incisif et pénétrant écrivain qu'est M. Georges Clémenceau; souhaitons-lui encore de nous rapporter des cieux éclatants de l'Orient ou des brumes neigeuses de l'immense empire du Nord, éclaboussées de taches sanglantes ineffaçables, tant de visions, révélatrices de la hideur des êtres et de la magnificence des paysages... ÉDOUARD ANDRÉ. CH. HUARD Vue de New-York (New-York comme je l'ai vu. — F. Rey, Éditeur.)

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LA QUESTION DES FORTIFICATIONS Le souci de l'actualité nous a décidés à extraire cet article d'une étude très complète et fortement documentée de M. Georges-Benoit Lévy que nous nous réservons de publier ultérieurement avec tous les développements qu'elle comporte sur l'Œuvre des Cités-Jardins. On sait avec quelle ardeur d'apôtre M. Georges-Benoit Lévy s'est consacré à cette cause à laquelle sont acquis tous les amis du beau et du bien, il nous demande de rappeler à nos lecteurs qu'il tient à leur disposition tous les chiffres et documents techniques que les nécessités du cadre de notre Revue ne nous ont pas permis de faire figurer dans la présente étude. N. D. L. R. Nos ancêtres ont vu disparaître peu à peu tout ce qui contribuait vraiment à la beauté de Paris : ses parcs, ses jardins. Nous devons nous demander s'il nous appartient de léguer à la génération future un Paris encore plus dépourvu d'espaces libres et d'arbres, — un Paris composé uniquement de cubes de pierres avec des rues étroites, foyers d'épidémie et de maladie. — Que l'on y prenne garde! si tous ceux qui conscients de leur devoir et du sentiment de la solidarité sociale ne veillent avec grande vigilance, s'ils n'entreprendrent pas une campagne énergique, non seulement tous nos anciens jardins et grands domaines de l'intérieur de Paris auront disparu, mais les bois et les terrains de la région parisienne auront bel et bien fait place à des rues, à des immeubles de rapport, à de grandes casernes en pierre, ou pour mieux dire, à de vastes tombeaux «où viendra s'étioler, selon l'expression énergique de M. Cheysson, la santé de notre race.» On a commencé par mettre un impôt sur les propriétés non bâties, qui a précipité la vente des grands domaines appartenant soit aux congrégations, soit aux derniers représentants des familles nobles, et de ce chef, la réserve d'espaces libres dont jouissait Paris, s'est vue considérablement diminuée. Puis c'est au domaine public lui-même qu'on a porté atteinte: Places, squares, moindres parcelles de terre, tout a passé successivement de la bêche du jardinier à la truelle du maçon. Le Champ de Mars, le square du Temple, le marché Popincourt, tout ceci disparaît. Il a même fallu d'énergiques protestations pour préserver ce petit enclos fort modeste qu'est le square de la Pépinière. Mais nous n'insisterons pas sur la nécessité qu'il y a pour une ville à conserver et même à multiplier ses espaces libres. C'est dans l'intérêt même de la santé publique qu'il faut conserver nos espaces libres et si possible les augmenter. Sous l'ancien régime et même dans les années qui suivirent le premier Empire, on avait compris ceci, et nous rappelons d'après M. Hénard que: «Par arrêt du Conseil du roi, le 7 avril 1685, on décida d'abattre les anciennes fortifications qui tombaient en ruines et on ne saurait trop admirer la haute prévoyance de Jérôme Lefèvre, seigneur d'Orville et de Louvres en Parisis, prévôt des marchands qui, dès 1646, avait préparé cet arrêt du Conseil. Au lieu de tracer de petites rues et de couvrir de maisons les espaces occupés par les anciens remparts, il sut profiter de l'occasion unique qui s'offrait à l'initiative pour créer de magnifiques voies de circulation plus vastes, plus agréables, plus belles que toutes celles qui existaient jusque-là dans la ville. Cela avec une clarté de vues, une générosité de conception telles que ces voies ont été et restent encore une des gloires les plus incontestées de Paris.» En 1813, alors que l'Etat cherche par tous les moyens possibles à se faire donner de l'argent, pour procurer des ressources au Trésor, la loi de finances obligeait à vendre les biens communaux précisément en vue de porter secours aux ressources publiques absolument obérées. On retirait de cette imposition environ 250,000,000, mais on avait

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LA QUESTION DES FORTIFICATIONS pris soin d'en excepter les parcs nécessaires à la salubrité de la commune. Quelle est aujourd'hui la situation de Paris? Si l'on considère la portion de Paris qui s'étend jusqu'au glacis des fortifications, nous avons 7,803 hectares; mais il nous semble préférable de prendre pour base de notre raisonnement, avec M. Hénard, l'agglomération parisienne dont la surface est de 18,000 hectares et comporte une population de 3,600,000 habitants. Qu'est-il réservé aux espaces libres sur ces 18,000 hectares? juste 1740 hectares en y faisant encore entrer les 750 hectares du Bois de Boulogne et les 750 hectares du Bois de Vincennes. Que l'on se donne la peine de diviser 1740 hectares par 3,600,000 habitants on constatera que l'on a pour chaque habitant en chiffres ronds 50 mètres carrés. Loin d'avoir trop d'espaces libres, nous n'en avons pas assez. Et c'est après avoir fait cette constatation que l'on nous menace de nous prendre nos dernières réserves d'air constituées par les fortifications de Paris, et d'y construire de nouveaux cubes de pierres, de nouvelles maisons de rapport, de nouveaux tombeaux pour la population de Paris, Eh bien, la raison s'insurge contre de telles propositions, on demeure sceptique devant la possibilité de leur réalisation. Néanmoins, il serait dangereux de garder une attitude par trop expectative et de se reposer sur le trop mol oreiller du scepti- cisme. Le danger qui nous menace est prochain, imminent. D'abominables spéculateurs ont déjà établi leurs visées sur le terrain et attendent avec impatience le moment de se partager nos dernières parcelles d'espaces libres. L'Alliance d'Hygiène sociale, le Touring-Club de France, l'Association des Cités-Jardins de France, la Société des espaces libres, la Société pour la préservation des sites, et toutes les personnalités qui les dirigent ont jeté un cri d'alarme et se sont promis d'empêcher ce crime. Le Figaro a entrepris une vigoureuse campagne qui a permis d'apprécier les protestations qui s'élèveraient de partout le jour où l'on s'avi-serait de construire sur les fortifications de Paris. Le cri de réprobation entendu de tous les points de l'horizon politique et social peut nous faire présumer quelle résistance un tel forfait aurait à vaincre. Mais il faut prendre garde que les cris de protestation et l'émotion soient tout à fait vains, parce qu'ils se trouvent devant un fait. Nous nous proposons donc de montrer en quelques lignes comment se poserait la question et d'inviter tous ceux qui ont à cœur de la résoudre au mieux des intérêts de l'hygiène et de la beauté de Paris de grossir notre armée qui va lutter pour l'hygiène sociale et combattre sous la conduite de chefs aussi autorisés que M. Casimir Périer. La zone totale des fortifications a