Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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B. KAFKA Bas-relief (Photographie Lémery) LA PEINTURE ET LA SCULPTURE AU SALON D'AUTOMNE M. CAMILLE LEFEBVRE, qui fut chargé d'organiser cette année le Salon d'Automne, a fait preuve d'ingéniosité et de goût. Il a accompli ce tour de force d'obtenir par d'adroites juxtapositions un ensemble séduisant avec des œuvres qui, prises chacune pour elle-même, sont souvent insignifiantes ou détestables. Sachons-lui gré d'avoir introduit cette amélioration dans le panneau-tage et, ceci dit, essayons de dégager du spectacle des deux mille œuvres inscrites au catalogue quelques considérations générales. Le plus facile et le plus pénible à constater c'est le mépris de tout dessin et de toute science. Beaucoup des meilleures choses de cette exposition sont de gens nés avec des dons de peintre, mais qui soit par suffisance ou soit par paresse, soit par une mal-saine hâte d'arriver, ont négligé d'acquérir les connaissances indispensables du métier d'artiste. Un équilibriste peut se permettre toutes les clowneries sur la terre ferme, s'il avait la prétention de les répéter sur la surface mouvante des flots il sombrerait dans leurs abîmes. Nous allons en rencontrer de ces bateleurs qui n'ont pas assuré à leurs acrobaties l'assise solide du savoir. Peu leur chaut que l'œuvre soit profonde! Que leur importe qu'elle soit émouvante! Ils boudent à trop long labeur et à trop de patiente pensée. Que leur œuvre soit extravagante, cela leur suffit. La renommée qu'Érostrate dut à sa folie les contente. Quel- E. DERRE Le petit Satyre de Montmartre (Photographie Lémery)

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L'ART DÉCORATIF Mme GONYN DE LURIEUX Le Somme (Photographie Lemery) ques snobs névrosés ou ignorants se pâment devant ces productions informes et parfois même les achètent feignant d'y découvrir des beautés que le vulgaire n'y saurait voir. Ainsi l'on se fait au regard des sots ou des timides une réputation d'intelligence avertie. Mais si vous demandez à ces parfaits connaisseurs la raison de leur admiration, ils ne sauront vous répondre que par un regard dédaigneux, et de ce qu'aucune parole d'éclaircissement ou de logique ne sera tombée de leurs lèvres les triomphantes insanités garderont peut-être à certains yeux la force troublante du mystère. Il est temps cependant de dévoiler le bluff et de signaler le piège grossier tendu au public par une poignée de commerçants et de critiques associés à quelques arrivistes présomptueux. Clamons bien haut que l'Art ne doit pas servir des intérêts de boutique et de coterie, et qu'aujourd'hui les marchands sont entrés dans le temple. Sur quelques tréteaux branlants ils vendent au rabais de la camelote toujours trop chère et il faut stigmatiser ceux qui se prêtent par leur adhésion ou par leur silence à cette démoralisation du milieu d'art et à cette duperie de la bonne foule. Rappelons aussi que toute la jeunesse n'est pas là où on crie fort, où on brandit en hurlant des loques multicolores. Il y a toujours eu et il y a encore plusieurs jeunesses. Il y a celle des gens qui sont jeunes tant qu'ils ne sont pas arrivés et je connais certains jeunes de cinquante ans qui risquent fort de retourner en enfance avant de s'être jamais avoués des hommes mûrs. Puis il y a la bohème turbulente des beaux parleurs fainéants qui préfèrent les bocks et la fumée des pipes au travail de l'atelier. Cette jeunesse-là n'a pas le temps de méditer, elle n'a pas le temps de concevoir. Elle ne consacre à produire que quelques heures d'une fantaisie intermittente qui n'est plus la fleur de la raison, mais seulement le fruit amer et desséché de l'aberration et de l'impuissance. Or, à côté des individualités aigries ou tapageuses, il en est d'autres qui préparent dans le silence, avec l'acharnement de la

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LA PEINTURE ET LA SCULPTURE AU SALON D'AUTOMNE passion l'art de demain. Cette jeunesse-là, on ne la rencontre pas exclusivement dans telle ou telle chapelle, on trouve de ses représentants partout. Il y en a au Salon d'Automne, il y en a au Salon des Artistes Français, il y en a à la Société Nationale et il y en a qu'on a encore acceptés nulle part et qui portent cependant en eux un peu de la gloire future. C'est pour cette jeunesse, en dehors de toute idée préconçue — qu'aurait dû vivre le Salon d'Automne. C'est en accueillant d'où qu'ils viennent et quelles que soient leurs formules, tous ceux qui faisaient preuve de vitalité artistique que l'on pouvait faire œuvre de vérité et de justice. Est-ce que l'histoire de l'Art ne nous enseigne pas la vanité des écoles et des procédés? Ne savons-nous pas que les formules passent, que ce n'est jamais par elles qu'un artiste demeure et que les seules œuvres qui restent ne comptent que par des qualités essentielles communes aux artistes de tous les temps et de tous les pays? Les exagérations plus ou moins co-casses peuvent amuser un temps, elles finissent toujours par sombrer dans le ridicule comme jadis le langage amphigourique des précieuses. Hélas! il faut bien reconnaître — et je le fais avec une certaine tristesse, moi qui fut le promoteur de la Société et qui donnai trois ans d'opiniâtre activité à sa constitution — il faut reconnaître que le Salon d'Automne est tombé au pouvoir des sectaires. Ce n'est pas ici la place d'expliquer toutes les raisons qu'il y avait de fonder le Salon d'Automne qui n'est pas — comme semble l'insinuer M. Roger Marx — né au caprice du hasard. Ce que je puis dire, ce que je tiens à dire pour dégager toute ma responsabilité morale, c'est que je lui avais rêvé un tout autre but que celui vers lequel il s'achemine et que j'eusse voulu y voir fraterniser dans une esthétique concorde les expressions les plus diverses de la pensée artistique. Je suis de ceux qui ne trouvent point extraordinaire d'hospitaliser sous le même toit Vuillard et Adler, Maillol et G. PRUNIER La Seine à Auteuil (Photographie Lémery)

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C. KRAAKT Derré, et je me déclare capable d'admirer les primitifs sans vomir sur les toiles de Rubens. Au Salon d'Automne, avec la direction donnée par le comité actuel, il n'y a qu'un groupe qui ait droit à l'existence, c'est cette sorte de camorra qu'ont toujours formée les élèves de Gustave Moreau. La plupart de ceux-ci — je dirai quelque jour combien fut néfaste l'enseignement du maître — sont des inquiets ou des déséquilibrés. Presque tous se montrent condamnés à chercher leur voie sans la trouver jamais. Leur chef, M. G. Desvallières, est le plus éclatant exemple de cette inquiétude qui le fait osciller entre une manière de mysticisme classique et les préoccupations exaspérées d'un Toulouse-Lautrec. Tour à tour, M. Desval- lières exécutera des portraits aussi sagement qu'un membre de l'Institut et croquera des danseuses du Moulin-Rouge dans la formule de Constantin Guys. Incessamment sous le coup d'une influence étrangère, il tâtonne avec fièvre dans une incertitude qui n'a d'égal que celle de ses condisciples. Ceux- ci s'efforcent de se réaliser dans le milieu des Indépendants. Hélas! ces Indépendants ne le sont plus. Leur embrigade- ment est la fin même de leur individualisme. Il y a désormais un poncif des Indépendants aussi caractéristique que celui de l'École et les suiveurs sans intérêt sont peut-être encore plus nombreux là qu'ailleurs. Ce sont «Ceux qui font un tableau pour le Salon d'Automne» qui donnent à certaines salles cet aspect d'usine à horreurs fabriquées à la douzaine et au rabais par un entrepreneur trop pressé. Deux ensembles do- minent par la leçon du contraste toute l'exposition présente: la salle Gauguin et la salle dite des «Fauves», ceux-ci prétendant se recommander de celui-là. La sincérité à côté de la roublardise, l'œuvre d'un homme ingénue, qui tout au moins fut personnel, à côté des pastiches insipides. L'enseignement donné par Gauguin c'est qu'on tire toujours quelque chose d'élevé et d'émouvant de la pénétration attentive de la nature. Gauguin, avec tous ses défauts, reste un noble artiste dont l'œuvre commande le respect; son originalité, il la tient du courage qu'il eut de rompre avec l'univers civilisé pour s'en aller dans un monde sauvage vivre en une contemplative et fructueuse solitude. C'est dans l'explora- tion d'un milieu nouveau qu'il s'est arraché des sensations neuves et ce que l'on découvre dans ses toiles de force ou de saveur, il l'a conquis dans l'exil et l'isolement. Que ses imitateurs en fassent donc autant! Au lieu de demeurer les disciples serviles de celui qui fit à un point extrême profession d'indépendance, qu'ils se cherchent une Tahiti — tout au moins morale sinon géographique — et qu'en en franchissant les

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bords ils abandonnent toute ambitieuse agitation pour se consacrer à l'étude scrupuleuse de leur art. Mais ils ne le feront point car il leur manque le natif besoin de liberté et de vérité que possédait Paul Gauguin et par quoi compte sa production. Gauguin fut toujours un incompris. Il l'est encore de ceux-mêmes qui proclament le plus hautement sa louange. On a voulu faire de lui un chef d'école, un génie rénovateur de toute la peinture, alors qu'il ne fut qu'une exception étrange et captivante et qu'il existe surtout à ce titre. Il manque de presque toutes les qualités que l'on rencontre d'ordinaire chez un artiste et cependant il existe parce qu'il en possède deux ou trois qui sont bien à lui et qu'on ne trouve chez personne. C'est cet être tout à fait incomplet, curieux et charmeur, que l'on voudrait donner comme directeur à la jeunesse picturale. Erreur insigne s'il en fut! On peut apprendre quelque chose de Gauguin, mais seulement lorsque l'on sait déjà tout ce qu'il faut connaître et que lui est incapable d'enseigner. Ses œuvres font songer à ces fleurs qui poussent anormales au milieu de leurs sœurs. Leur déformation nous arrête et souvent nous captive. Leur monstruosité est parfois somptueuse. On les admire d'autant plus qu'elles ajoutent la rareté à la bizarrerie. Cependant leurs graines avortent et ne perpétuent point l'anomalie maladive et séduisante. Ainsi M. Derain ou M. Girieud, les apôtres du nouvel évangile, sont loin de l'exemple qu'ils se sont imposés. Où Gauguin reste décoratif dans un mélange d'audace heureuse et de maladresse, ils restent d'une complète impersonnalité dans l'abominable. A l'exception des œuvres de M. Hermann-Paul auquel on a infligé ce voisinage — je me demande au nom de quel illogisme — les peintures de la salle III paraissent le produit d'un même cerveau désorienté. Le R. NAU Tigre dans les roseaux (Photographie Lémery) même barbouilleur a passé par là avec le pot de rouge et le pot de bleu. Rien ne différencie ces œuvres d'une douzaine de peintres. Cela peut paraître paradoxal, il n'en est pas moins vrai que ces soi-disant hardiesses se ressemblent. Elles ont pour base la même ignorance. C'est l'uniformité dans la sauvagerie. Ces bariolages se confondent d'autant plus qu'il serait impossible d'y découvrir des colorations chères à tel ou tel exposant, c'est partout le même outremer, le même vermillon, le même jaune de chrome sans mélange, étalé sans peine sur la toile au sortir du tube. De là l'apparence d'amusements d'enfants que prennent ces prétentieux essais. Leurs auteurs perdront d'ailleurs vite le monopole de la brutalité inexistante mais sans vergogne, étant donné le nombre incalculable des gens qui vont pouvoir en faire autant. Il serait fâcheux qu'un réel artiste comme M. Marquet subisse la contagion. On perçoit chez lui une netteté de vision et un bon sens naturel que n'ont pas encore tout

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L'ART DÉCORATIF à fait entamé les théories outrancières de l'anarchie picturale. M. Deltombe ou M. Puy eussent été là mieux à leur place. A leur défaut M. Frün Kormendi ou Mme Élisabeth Epstein, dont on a relégué les abracada-brances au rez-de-chaussée, pourraient prendre rôles de chefs de file. M. Henri Matisse vit se fonder sur lui beaucoup d'espoirs à une taires et les barbouillages incongrus pour perfectionner humblement le talent dont ils firent preuve tout d'abord. Je néglige une demi-douzaine de simples loufoques et j'arrive à MM. Maurice de Vlaminck et Derain dont les œuvres sont considérées par certains comme des modèles, on se demande pourquoi, car il y a Dans le promenoir d'un Music-hall (Photographie Lémery) une époque où il se donnait encore la peine de dessiner ou de peindre. Espérons qu'après des divagations momentanées il comprendra qu'il n'est pas besoin de torturer son imagination pour faire un bon peintre. Qu'il suive l'exemple de M. Camoin qui va s'assa-gissant et qui y gagne. Quant à MM. Man- guin, Friez et Dufy, ils préfèrent les triomphes faciles au cœur de la coterie au travail loyal qui fit goûter leurs premiers essais. Conseil-lons-leur de fuir les tachismes rudimen-dans ce Salon beaucoup de choses aussi mauvaises dans l'inédit. Convenons pourtant qu'avec ces deux messieurs nous sommes en plein dans le schématisme désordonné et irraisonné. Il y a là sous un soleil figuré par des cercles concentriques de blanc, de vert et de rouge — cible à l'arc des fêtes foraines — une vue de Westminster (ô Monets de l'an dernier où êtes-vous !) que l'on pourrait intituler la Tour penchée de Londres. Sur cette outrance-là on ne peut plus suren-

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LA PEINTURE ET LA SCULPTURE AU SALON D'AUTOMNE chérir. La place est libre pour une réaction qui pourrait être aussi dangereuse pour l'Art que les présentes cacophonies chromatiques. J'ai tenu à causer en premier de ce qui m'a paru caractériser le présent Salon d'Au- G. REDON tomne. Avant de passer en revue les efforts individuels je dirai quelques mots des ensembles. Je laisse de côté l'Exposition de l'Art Russe des plus remarquables et des plus importantes qui vaut largement un compte rendu spécial et je vous introduis dans la Salle Courbet. Il ne faut pas avoir le fanatisme des noms et on me permettra de juger en toute impartialité cette salle où l'on a peu épargné la mémoire du maître en y faisant figurer certaines toiles qu'il eût sans doute lui-même écartées. Courbet fut un puissant artiste et un hardi novateur, mais rien de ce que l'on a exhibé ici ne nous le présente sous ce jour. A l'exception d'une marine blonde appartenant à M. Bureau, de deux ou trois portraits et d'une étude pour les Demoiselles de la Seine, rien de ce qui compose l'ensemble ne valait d'être montré. J'ajouterai que certaines œuvres comme La Femme Nue n'étaient même pas à accrocher. Autre chose est l'exposition rétrospective des Eugène Carrière. Le génie palpite et revit dans cette pièce où tant de visages

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L'ART DÉCORATIF R. DU GARDIER s'animent sous nos yeux. La pensée est là toute nue dans sa force. Mais que dire d'Eugène Carrière qui n'ait été dit, sinon quelle pleine et concise leçon il donne ici dans le local de la démence, leçon de gravité, de probe labeur, de patiente analyse des êtres et des choses. Ce n'est pas lui qui se tint pour satisfait des premiers balbutiements de son adolescence. Il ne les eût jamais proposés à notre admiration. Tout ce que nous connaissons de lui sent la réflexion, l'étude persévérante et quasi-désespérée de la nature humaine. Il offre à toute la jeunesse ce testament suprême qu'il faut apprendre son métier avec ferveur et qu'avant de vouloir exprimer la Vie il faut en avoir par quelques côtés pénétré les éléments mystérieux. Ce n'est pas dans la section scandinave que nous trouverons des efforts relevant de cette haute méthode. Contrairement à ce que nous eussions pu attendre, aucune révélation ne se produit ici. Entre la correction banale des portraits de M. Émil Osterman et les incohérences de M. Alex Torneman se placent un certain nombre de paysages qui font penser à ces photographies peintes dont s'adonnent les agences de voyage. Tout au plus pourrait-on sortir de cette réunion sans intérêt M. Oscar Hullgren. Par contre on eût bien dû renvoyer à ce groupement les œuvres du peintre norvégien Diriks, dans lesquelles il n'y a aucun savoir, nonobstant beaucoup de prétention. Malgré l'antagonisme que je n'ignore point exister entre Suédois et Norvégiens, c'est bien là le même art faux exprimant avec gaucherie un romantisme vraiment trop facile. Les exploits de Han d'Islande buvant l'eau des mers dans le crâne des morts sont passés de mode et tout l'arsenal d'Ambigu que déploient devant nous ces messieurs du Nord n'est pas fait pour nous émouvoir. Le vent de M. Diriks fait trop songer au tonnerre du cinquième acte. Quelques Polonais et quelques Tchèques affectionnent aussi cette formule soi-disant impressionnante qui consiste à faire surgir à nos regards des larves informes aux yeux caves et aux bouches grimaçantes. Ce sont là farces de Rapin à M. Pipelet, cela n'a rien à voir avec le culte de la beauté, car ça ne dépasse pas la portée des contes de Sur le sable (Photographie Lémery)

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LA PEINTURE ET LA SCULPTURE AU SALON D'AUTOMNE nourrices qui évoquent pour les petits apeu- rés et réjouis le méchant ogre et le loup- garou. A ces manifestations véritablement enfantines se rattachent les divagations d'un artiste dont le passé rend attristant un actuel état d'esprit dont il est impos- sible de suspecter la sincérité. Je veux parler de M. Rouault qui nous initie à la peinture du Père Ubu avec ses marionnettes sinistres grossièrement taillées et badigeon- nées de sang, d'encre et de... pus. Et comme les plus déplorables manies trouvent imita- teurs, M. Rouault a déjà des émules qui le pastichent agréablement si j'ose dire. D'autres encore sont atteints par la gangrène ambiante. M. Milcendeau, M. Braut ont abandonné leurs qualités pour s'affubler de tous les défauts à la mode. M. Dusouchet, dont les apti- tudes naturelles nous avaient séduits, est corrompu par le voisinage. M. Simon Bussy délaisse ses subtilités, ses tendresses d'antan pour emprunter à M. Vallotton ce que son art a de dur et d'antipathique. Sa grande toile reste décorative, mais combien plus je préfère ses envois précé- dents! Les trop rapides succès de cénacle de M. Dufrénoy ne sont pas non plus sans lui avoir fait tort. M. Flandrin fait songer à Puvis de Chavannes juste assez pour faire regretter qu'il ait choisi un maitre dont il restera toujours si loin. M. Laprade expose des toiles de plus en plus lâchées. M. Charles Guérin, qui a modelé solidement quoique dans une bien vilaine couleur deux torses de femme, s'obstine d'autre part à démarrquer Watteau avec le pinceau d'un peintre d'enseignes et à recommencer les natures mortes de Cézanne. Cézanne lui-même n'est représenté que par d'en- nuyeuses toiles à l'exception d'un paysage de carrières et d'une assez expressive tête de jeune homme au foulard blanc. M. Vuillard, avec trop de désordre dans la présentation, nous captive moins que l'année dernière. De M. Baignières on ne saurait dire qu'il s'est dévoyé, il a toujours été le Bouguereau du groupe, un Bouguereau cotonneux et violacé. Fort heureusement quelques artistes ont résisté à l'épidémie. Avec des types définiti- vement fixés M. Dethomas reste un observateur original et puissant. M. Vallotton améliore plutôt sa manière misanthropique. Au profit de notre volupté visuelle M. Anglada-Camarasa cultive les fleurs du mal. M. Dezaunay interprète synthétiquement des femmes de pécheurs bretons. Ses Pécheuses F. LÖHR Sortie de bain (Photographie Lémery)

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L'ART DÉCORATIF E. CHIGOT Coin de province (Photographie Lémery) de l'Ile Tudy se profilent sur l'horizon avec beaucoup de caractère. De M. Sue, une femme, des fleurs, notes tout à fait exquises et d'un beau peintre. M. Albert Laurens se renouvelle. M. du Gardier reste fidèle à ses plages élégantes. M. Volot travaille et il a raison; on peut beaucoup attendre de lui. MM. d'Espagnat, Albert André, Peccatte, Taquoy, Minartz, continuent à exercer dans des notes personnelles leurs facultés de décorateurs. Quant à M. Xavier Roussel, son envoi Les Baigneuses est tout à fait prenant. Le souffle de Pan traverse ces verdures argentées et ces baigneuses pourtant bien modernes ont tout le charme divin des nymphes. Que dire des nus de M. Renoir? Ils sont toujours amples et généreux. Le maître aime la nature expansive et les riches floraisons charnelles. Je ne reprocherai à ses tableaux que leur apparence un peu laineuse. La Marseillaise de M. Redon est d'une coloration qui fait grincer les dents, mais l'auteur l'a sans doute désiré ainsi et l'ensemble est pathétique et bien composé. M. Piet peint commun, mais sa Bretagne est pittoresquement vue. Je regrette simplement qu'il traduise de la même façon le parc Monceau. Les paysages de M. Lemperreur ont beaucoup de style dans leur notation rudimentaire. Dans l'esprit des bergeries de Nuremberg, M. Francis Jourdain peint de petites maisons à l'aspect pacifique. La vie mouvementée des bals et des marchés espagnols est bien rendue par M. Ramon Pichot. M. Cardona sait camper d'agréables Carmen hautes en couleur avec un parti pris décoratif. Les enfants bretons que Mme Gony de Lurieux indique d'un métier crâne et souple, dans le cadre pittoresque des intérieurs du pays bigouden, sont d'une vie attentivement observée et saisie. N'oublions pas les imageries si personnelles de M. Kandinsky; la sémillante Parisienne cro-

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LA PEINTURE ET LA SCULPTURE AU SALON D'AUTOMNE Mme A. Dannenberg Les Grand'mères (Photographie Lémery) quée par Willette; des intérieurs où la lumière joue par de Castro et les envois de MM. Wilhelm Lefebvre, Canals, R. Nonell, Ivan Thiele, Grass-Mick, Wely, Carré et de Mmes Pagany, Stettler et Loy. Parmi les portraits, celui que M. Abel Faivre fit de Mlle V..., est une merveille de charme délicat et mutin. Ceux de M. Lavery pour avoir moins de distinction que certains que nous vimes du même artiste, n'en décèlent pas moins un peintre savant et habile. Est-ce la lumière solaire ou le factice soleil de l'électricité qui éclaire M. Armand Parent portraituré par M. G. Desvallières? On ne saurait le dire. Cet éclairage est cependant suffisant pour laisser voir tout ce qu'il y a de négligence voulue dans la facture d'un homme auquel on ne saurait reprocher sans être injuste d'ignorer le dessin. On se demande ce que ce laisser-aller de la forme peut ajouter à l'œuvre dans l'esprit de son auteur. M. Loup sait les intimités et les pénombres. M. Belleroche, M. Bergès et Mlle Dufau restent de précieux portraitistes. Beaucoup de paysages. Cela sent le retour des excursions estivales. M. Maufra, toujours vigoureux, sait mieux que quiconque raconter ce que l'eau chante sous les quais du port. La nacre et l'ambre ont prêté à M. Jeanès leurs riches transparences pour ses études de mer pleines d'atmosphère. Les toiles du bon graveur Delfosse sont de purs poèmes colorés. Le manque de place me contraint de citer seulement les excellentes marines de MM. Moret, Loiseau, Paillard, Dabadie, Prouvé, Suréda, G. Bouche, G. Lambert, Marcel Fournier et Brugnot. Les évocateurs de Versailles sont nombreux : MM. François de Marliane, Charmaison, Léonce de Joncières et surtout M. Guirand de Scevola qui a su transcrire dans des valeurs d'une parfaite justesse le vieux château, les bassins, les terrasses mé-