Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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NUMERO 28
L'ART DÉCORATIF
REVUE MENSUELLE D'ART CONTEMPORAIN
JANVIER 1901
SOMMAIRE
ALPHONSE GERMAIN: LES BIJOUX DE VEVER. — ALBERT THOMAS: UN DÉCORATEUR, E. BONNENCONTRE. — CHARLES SAUNIER: UNE NOUVELLE CONSTRUCTION DE CH. PLUMET — HENRI FRANTZ: E. FEUILLATRE, ÉMAILLEUR. — O. GERDEIL: LE MEUBLE. — G. M. JACQUES: PARADOXES. — S. D. PACLETTI: UNE EXPOSITION D'ART APPLIQUÉ À MILAN. — CHRONIQUE.
55 REPRODUCTIONS
D'ŒUVRES DE MM. VEVER, GRASSET, E. BONNENCONTRE, CHARLES PLUMET, E. FEUILLATRE, GAILLARD, COLONNA, G. DE FEURE, BRUNO MÖHRING.
FRANCE BELGIQUE UNION POSTALE
UN AN 20Fr UN AN 24Fr
SIX MOIS 10Fr SIX MOIS 12Fr
LE NUMERO 2ER
ADMINISTRATION: 95 rue des PETITS CHAMPS, PARIS
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Les vases décorés de MAX LAEUGER, sont d'un prix très modéré, malgré leur caractère hautement artistique. Ceux qui figurent à l'Exposition ont été achetés immédiatement en très grand nombre. — Tarifs envoyés sur demande.
Voir L'Art Décoratif n° 24. Septembre 1900
SEUL REPRÉSENTANT POUR LA FRANCE
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L'ART DÉCORATIF
LES BIJOUX DE VEVER*
A présent qu’augmente sans cesse le nombre des ouvrages tendant à rénover l’art dans les objets, il est facile de constater que les créateurs se trouvent divisés en deux groupes par le sens dans lequel ils font intervenir dans l’œuvre les éléments qu’ils puisent dans la nature.
Les uns s’en servent en caractéristes, c’est-à-dire conservent aux formes naturelles leur type particulier. Si leur fantaisie les modifie, c’est pour exalter ce type et mieux frapper par le grossissement de ses particularités expressives.
Les autres, au contraire, ne cherchant dans les formes naturelles que le point de départ d’idées purement ornementales, synthétisent ces formes, les ploient aux besoins de chaque cas qui se présente, et les transforment en ornements, souvent en les fondant dans des jeux de lignes purement géométriques.
Ces deux modes d’élaboration de l’œuvre sont plus ou moins sensibles, ou se confondent plus ou moins, mais restent reconnaissables dans toutes les manifestations d’art. Ils sont la conséquence de deux compréhensions esthétiques différentes qui se partagent les hommes.
Également propres à la création dans l’art du bijou, chacun de ces modes expose le créateur à des dangers. Le caractère insuffisamment génial se dépense en représentations naturalistes banales. L’ornementaliste risque de tomber dans l’inexpressif ou dans une morne sécheresse s’il est outrancier dans sa vision de l’art.
Aujourd’hui, le mode caractériste et le mode ornementaliste sont représentés dans leur plus haute expression, le premier par M. Lalique, le second par M. Vever. Ce sont les œuvres de celui-ci que nous allons examiner.
Nous les diviserons non point selon leur destination spéciale, mais d’après leurs éléments constitutifs. Nous aurons ainsi trois catégories de pièces : celles entièrement composées de lignes, celles qui comprennent des formes empruntées à la flore ou à la faune, celles où domine la figure humaine. Toutes présentent une monture architecturée sans maniérisme ni recherche maladive, beaucoup réunissent et l’ampleur et la grâce. Leurs diverses parties sont assemblées avec aisance, stylisées avec goût, et leur contour général se profile d’une manière expressive. Mais avant d’entreprendre l’analyse de ces œuvres, rappelons que beaucoup sont des pièces de joaillerie, que l’on doit bien distinguer des bijoux.
Les bijoux sont plus particulièrement les ouvrages où le métal précieux règne en souverain sur les gemmes et les perles dont on
* Dans toutes les reproductions accompagnant cet article, la grandeur des bijoux et joyaux est réduite d’un cinquième.
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JOAILIER, le metteur en œuvre, selon le terme technique, doit posséder une vision analogue à celle de ces sculpteurs qui savent obtenir sur leurs figures des jeux d'ombres et de demi-teintes, de véritables effets de clair-obscur, par la manière dont ils atténuent certains détails à côté d'autres qu'ils accusent. Il importe que les brillants deviennent entre ses mains, selon leurs dimensions et leur taille, comme autant de brèves et de longues, on pourrait presque dire de valeurs de tons. Mais il est indispensable que le créateur de motifs ne complique point la tâche par des combinaisons trop subtiles ou trop anormales. Un arrangement sobre, logique, sans prolixité ni jactance, sans vaines appoggiatures, sera toujours la meilleure structure, le plus sérieux dessous d'une harmonie adamantine.
Ceci dit, abordons l'examen des ouvrages de M. Vever. Une vingtaine des plus typiques ont été reproduits dans ces pages.
Les motifs des joyaux, dont beaucoup sont formés entièrement de combinaisons linéaires,
peut le rehausser. Quelle que soit la valeur de ces gemmes, elles n'y sont que l'accessoire. La pièce de joaillerie, au contraire, est le triomphe des pierres précieuses; les métaux et les émaux n'y jouent qu'un rôle subsidiaire. On demande avant tout au joyau de mettre en valeur les gemmes, d'en souligner la magnificence. Ce programme simple est entouré de difficultés si le réalisateur tient à faire du joyau autre chose qu'un signe extérieur de richesse. Car alors il n'a pas seulement à combiner ses pierres de façon qu'elles jettent tout leur éclat, il lui faut aussi en obtenir de vrais effets plastiques. Or, c'est une opération fort délicate que d'établir des plans, de bâtir des reliefs avec des matières transparentes et resplendissantes.
Le diamant réserve ici maintes surprises. Sans une ingéniosité patiente et une initiative toujours en éveil, le mieux rompu aux secrets du métier n'en viendrait pas à bout. Le bon
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frappent tout d'abord par leur sveltesse et leur style. Rien de plus simple cependant que leur structure. Quelques courbes disposées et reliées avec un juste sentiment de l'harmonie ont suffi pour composer deux élégantes broches et un merveilleux diadème. Légèrement infléchies dans cette dernière pièce, et séparées dans l'axe par une tige droite à trois pédoncules perlés, elles ébauchent deux antennes coquettement décoratives. Arrondies d'abord dans l'une des broches, protubérantes à sa partie centrale, puis allongées et brusquement muées en une sorte de fleuron, elles semblent le schéma de quelque animal fantastique, moitié mollusque, moitié insecte. Dans l'autre broche, elles évoluent en entrelacs aux extrémités aiguës
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et dessinent une parure de corsage qu'un accompagnement de trois verticales enjolivées rend on ne peut plus galantes.
Quant aux brillants incorporés aux lignes de ces joyaux, ils sont présentés avec une intelligente virtuosité et cette subtile diversité de reliefs dont nous avons indiqué la nécessité. Juxtaposés avec méthode selon la différence de leurs volumes, ils remplissent le même office que les dégradations de teintes en peinture, ils rompent l'uniformité des masses. Sur la seconde des broches précitées, ils forment de véritables constellations autour d'un diamant jaune, d'une eau charmeuse, leur soleil; sur la première, quatre d'entre eux servent de cortège royal au rubis qui trône au milieu d'étincelants élytres, et la candeur de leurs lumières se mêle à l'orgueil de ses feux pour la plus grande joie
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ture démotique, un langage d'initié. Ceux qui savent les tracer sont en nombre restreint. Tel qui réussit à souhait dans l'interprétation déco-
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des yeux. Sur le diadème, ils exécutent avec les perles une symphonie féerique. Cette pièce, remarquable par la mesure de ses proportions, la pureté et la flexibilité de ses galbes, a le rare mérite de répondre fort bien à sa destination.
Ces joyaux portent l'empreinte d'une originalité de bon aloi qui les classe parmi les œuvres rares. Le public ne se doute pas de la somme de connaissances acquises et de difficultés vaincues que représente une harmonie purement linéaire. Il faut, pour en réaliser de vraiment inédites, une imagination très particulière, un goût des plus cultivés, un esprit ouvert aux abstractions. Les traits simples sont en quelque sorte aux formes naturelles ce que les hiéroglyphes sont à l'écri-
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rative de la flore et de la faune échouerait dans la transformation des lignes géométriques en ornements. Cela explique que la plupart des artistes recourent de préférence au naturisme dans la décoration.
Dans d'autres joyaux, M. Vever a demandé l'origine des motifs à la flore des jardins et des champs.
La feuille du chardon se reconnaît dans trois des parures de corsage. Sur la première, au milieu de laquelle émerge une émeraude entourée comme il sied, sa métamorphose est complète; elle conserve son caractère sur la seconde, qu'elle enveloppe d'une inflexion serpentine, et sur la troisième, dont elle assure exquisement la partie inférieure, d'où tombe une perle allongée en forme de larme de pluie. Expressive et légère, la partie supérieure de cette dernière parure évoque un vol de libellule; la précédente se termine en fleur schématisée, quintessenciée, sur laquelle un saphir semble refléter quelque coin de ciel austral.
L'œillet et le gui ont servi de thème pour deux décorations de peignes où l'or se marie à la corne. L'un d'eux expose une agréable arabesque de tiges et de calices en émail couronnés de pétales en brillants; sur l'autre, des ramifications de gui dressent leurs feuilles émaillées d'un vert languissant et leurs fruits
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coupent en feuilles lancéolées sans caractère défini. Deux rubis étoilent de lueurs purpurines quelques-unes des feuilles qui agrémentent les pompeuses courbures jaillies des hauts côtés du plus aimablement paradoxal des triangles curvilignes.
L'autre porte, à son arabesque finale, des fleurettes encore ingénues, quoique dénaturees. Celles-ci se relient par une aimable inflexion à l'ossature du motif, dont les courbes faiblement involutives figurent assez bien deux ailes ouvertes superposées, sur lesquelles des brillants constellent les fins émaux A leur intersection sourit un brillant rose.
Parmi les ornements tirés des formes animales, nous signalerons tout particulièrement la tête de hibou qui décore l'un des peignes. Son masque, arrêté au bec, est comme tatoué de flexueux linéaments dont l'or rehausse les émaux translucides qui dessinent les chairs, tandis que des émeraudes font luire dans ses prunelles le mystère. Les Hellènes n'eussent pas fait mieux.
La meilleure des reproductions photographiques ne peut guère montrer que l'ossature de ces œuvres, mais c'est assez pour qu'on puisse lire l'harmonie de leurs proportions et le caractère expressif de leurs lignes essentiels.
Ceux auxquels les illustrations de ce texte
de perle au milieu et au dehors de capricieuses volutes en corne.
La capucine a fourni le motif d'un pendant qui, grâce au dessin de sa silhouette, pourrait aussi fort bien être porté en diadème. C'est un ternaire de fleurs stylisées et disposées avec un art charmant. Les multiples rencontres de lignes en sont équilibrées avec beaucoup de bonheur et concourent activement à l'effet exquis de l'ensemble.
Enfin, la fleur de pois a été choisie pour l'ornementation d'un collier qui n'est ni la moins magnifique, ni la moins impressionnante des pièces. Les feuilles de l'humble légumineuse modelées en émail translucide y deviennent une guirlande aux flexions capricieuses, où fleurissent des brillants et des rubis, dont les feux exaltent aux suavités d'alentour.
Ces fleurs et ces feuilles sont largement interprétées; aussi leurs galbes s'unissent le mieux du monde aux ondulations des lignes. Ainsi comprise, l'interprétation du végétal se prête à maints effets de transition entre ce qu'on pourrait appeler l'ornement naturalisé et le jeu purement linéaire. Deux des broches représentées en témoignent.
Dans l'une, les courbes culminantes se dé-
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révéleront les ouvrages dont nous venons de parler en trouveront peut-être les formes vigoureuses à l'excès. Qu'ils se rappellent que la nature même des pierres oblige à cette vigueur. Plus que jamais, d'ailleurs, en ces jours où l'on se montre, avec raison, sobre de parure somptueuse, le joyau, souvent solitaire sur un corsage ou une coiffure, gagne à se profiler en contours énergiques. Vues dans la réalité, ces mêmes pièces, dont l'image matérialise l'apparence, prennent, par leur scintillement, leur splendeur, quelque chose d'aérien. Et sur les fiers diadèmes à décor printanier.
« Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ».
L'éclat des brillants diminue l'épaisseur des traits de construction, la corpulence des armatures. Ces joyaux sont comme des dessins de lumière stellaire.
Les pièces où les formes humaines ont été assujetties au rôle décoratif sont aussi remarquablement équilibrées que celles des séries précédentes. Le pendant qui nous fait apparaître une créature légendaire, quelque soeur d'Ariel, au buste d'agathe taillée en camée, au corselet chargé d'un rubis, à la robe d'email opaque jaune fresque, aux ailes de diamant et d'email transparent d'un vert cendré si affectif, ce pendant excelle par l'ordonnance de ses parties et le dessin de sa configuration comme par l'ingéniosité de sa facture. Il faut en dire autant du pendant sur lequel deux figurines aux formes juvéniles se tiennent affrontées, l'une de dos, l'autre de face, et se donnent la main par-dessus le brillant obligatoire. C'est surtout grâce aux attitudes des figurines qu'il répond à son but. L'email et l'or ciselé ne font que vêtir de colorations charmantes les ossatures des motifs; du seul arrangement de celles-ci dépend l'harmonie générale. Dues aux matières précieuses ou aux émaux, les tonalités les plus rares n'ont qu'une puissance complétive ou explétive.
Et si le groupe qui fait revivre, au fronton d'un peigne, l'antique et toujours jeune idylle de Daphnis et Chloé réalise excellemment l'effet désirable, n'en cherchons pas la cause ailleurs qu'en les attitudes de ces amants avant la lettre. La posture des corps, l'enlacement des bras disent la chasteté de l'étrointe; l'inclinaison des têtes, dont les lèvres se rencontrent sans fièvre, proclame la tendresse des baisers qui s'échangent. Ces âmes sont blanches comme l'ivoire qui nous les révèle. Quant aux formes, synthétisées avec tact, elles se détachent de l'ensemble sans nuire à son unité. Nous n'avons pas en face de nous un sujet juché sur un objet, mais une œuvre dont rien ne trouble l'organisme.
Le pendant où le doux et mélancolique profil d'une jeune Bretonne est élégamment encadré par les rubans de sa coiffe est rendu séduisant au possible par un travail d'une adresse merveilleuse. L'ensemble offre une pro-
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digieuse accordance de matières hétérogènes. La chevelure et le visage ont reçu un léger émail au naturel, de même les genêts qui égayent le fond; la coiffe et les rubans sont en opale bleue aux reflets verdâtres, l'épaule enchâsse une améthyste. C'est une exquise orchestration de tonalités, dont la fraîcheur fait penser tout d'abord aux pâtes de verre d'Henri Cros.
Plus discrètes sont les teintes d'un autre pendant à tête de Bretonne, où l'ivoire a fourni la matière du visage, le diamant celle de la colle- rette et de la coiffe aux larges ailes relevées. Ainsi ceinte, la tête, grave et sereine, a presque l'air hiératique. Ce qui ne l'empêche point de dégager un charme intime. Elle se présente de face dans un losange que couronnent des iris et qu'enjolive un corail taillé en fruit de l'églantier.
L'élément floral, on le voit, n'a pas été banni de toutes les pièces auxquelles la figure humaine est adaptée, et l'on ne peut le regretter. Cette alliance aboutit parfois à d'imprévus effets décoratifs. C'est ce que démontre encore le pen- dant or et émaux incrusté d'une tête féminine dont la chevelure ruisselle en trois volutes, cha- cune encadrant un pavot.
Il nous reste à dire un mot de quelques ouvrages exécutés d'après les compositions de M. Grasset.
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Ces pièces, force est bien de le constater, supportent mal la comparaison avec les précé- dentes. La complication, parfois les contorsions de leurs linéaments les rendent quelque peu lourdes. Et si dans quelques-unes, telle la boucle émail vert, améthyste et amazonite, les éléments ont été bien harmonisés par le réalisateur, la plupart souffrent d'un rapprochement malheu- reux de matières disparates. C'est par l'exécu- tion qu'impressionnent surtout des pendants comme celui où deux femmes s'affrontent au milieu d'une gamme polychrome. Mais les stra- tagèmes du plus habile des exécutants ne sup- pléent point à l'insuffisance d'une ossature. Assurément, M. Grasset, que sa vision simplifi- catrice sert si bien dans la préparation du décor des surfaces, ne s'est pas encore rendu compte de ce qu'exige la création d'un ornement de corsage.
D'autre part, ses meilleurs motifs ont quel- que chose d'archaïque; ils semblent conçus pour des personnages chimériques plutôt que pour
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transformant à sa guise quelque corolle en antho- zoaire; il ne saurait vraiment créer une œuvre belle s'il néglige de proportionner ses délinéa- tions, d'en raisonner les méandres, d'en assurer la statique, s'il se plaît à l'incohérence et au bizarre.
Très diverses sous leur apparente ressem- blance, les pièces de M. Vever sont autant d'as- pects d'une individualité éprise d'harmonie et de style.
Scrutez leur air de famille et vous découvrirez la physionomie propre de chacune. Toutes ont le rayonnement de l'œuvre d'art et cette vie mystérieuse qui éveille chez les sensitifs ces correspondances chères aux poètes:
«Objets inanimés, avez-vous donc une âme?»
M. Vever a compris mieux que personne ce que les affinés attendent du joyau. Destiné à rehausser l'élegance d'un costume et non point à le travestir en vêture d'idole, il convient qu'il affirme non seulement l'opulence de celle qui le porte, mais son goût, sa somme d'aristie. Et comme il ne peut être partie intégrante des formes sur lesquelles on l'applique, pour un temps plutôt court, le joyau doit former un tout, constituer une œuvre belle par ses propres ressources. Aussi, comme le sonnet, ne souffre-t-il pas la médiocrité. Or, plusieurs des poèmes lapidaires commentés au cours de ces pages
d'élégantes mondaines. Or, ce détail ne manque pas d'importance. Le joyau et le bijou ne sont pas faits pour être conservés sous vitrine, mais bien pour être portés. Ce n'est pas formuler d'imperitives exigences que de leur demander de répondre, en une certaine mesure, au degré d'affinement des personnes auxquelles ils sont destinés. C'est parce qu'ils avaient cette qualité que les chefs-d'œuvre des arts somptuaires du passé sont si dignes d'intérêt.
Les ouvrages entièrement dus à M. Vever reflètent les goûts et l'idéal de l'élite actuelle; ils ont en outre, le lecteur a pu s'en convaincre, d'autres titres à l'admiration. En particulier sa joaillerie élève à la hauteur de l'art ce qui ne fut longtemps qu'un métier, et cela s'accomplit d'une manière qui ralliera d'autant mieux les suffrages qu'elle ne violente nullement les traditions.
C'est avec un délicat sentiment des concor- dances que les lignes de cette joaillerie ont été assouplies en réseaux décoratifs, leurs formes rendues significatives, leurs brillants changés en valeurs de tons, les colorations ardentes de leurs gemmes alliées avec les fines nuances de leurs émaux. Dans aucune d'elles, la nouveauté n'est obtenue au détriment de l'équilibre et de la logique. Et c'est pourquoi elles sont une manifestation de beauté. Un joaillier peut réaliser des effets inédits, soit en représentant avec la fidélité du copiste quelque plante fleurie, soit en
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