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L'ART DÉCORATIF REVUE MENSUELLE D'ART CONTEMPORAIN MARS 1901 --- SOMMAIRE - HENRI FRANTZ: LES PEINTURES DÉCORATIVES A LA NOUVELLE GARE DE LYON (1 ILLUSTRATION). - ALBERT THOMAS: GEORGES D'ESPAGNAT (10 ILLUSTRATIONS). - G.M. JACQUES: TAPIS (12 ILLUSTRATIONS). - ALPHONSE GERMAIN: QUELQUES VERRIERS (14 ILLUSTRATIONS). - MUSEY-GREVIN: A TRAVERS LA SCULPTURE (7 ILLUSTRATIONS). - CHARLES SAUNIER: LA RELIURE MODERNE (20 ILLUSTRATIONS). - O. GERDEIL: L'INTERIEUR ALLEMAND (3 ILLUSTRATIONS). - CHRONIQUE. --- FRANCE BELGIQUE - UN AN 20 Fr - SIX MOIS 10 Fr UNION POSTALE - UN AN 24 Fr - SIX MOIS 12 Fr LE NUMERO 2er ADMINISTRATION: 95 rue des PETITS CHAMPS, PARIS M.DUFRENCE --- MEANNEE 3 NUMERO 30

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N° 30 MARS 1901 L'ART DÉCORATIF LES PEINTURES DÉCORATIVES A LA NOUVELLE GARE DE LYON Il convient ici d'applaudir à l'idée plus qu'à la réalisation elle-même; car certaines fautes — imputables soit à l'architecte M. Toudoire, soit au conseil d'administration de la Compagnie P.-L.-M. — sont venues entraver la parfaite exécution de l'œuvre. Quelques critiques en effet, s'imposent. C'est, sans même insister sur l'ornementation surchargée et dorée à l'extrême de la salle, le trop grand morcellement des panneaux qui surprend désagréablement, rompant l'unité d'un ensemble. Ainsi les horizons bleutés des montagnes de Suisse de M Burnand voisinent avec les terrains rougeâtres de M. Buffet, que les blancheurs des maisons arabes de M. Allègre viennent heurter à leur tour, alors qu'il eût été si facile de confier à un seul artiste tout ce côté de la salle. Les plus grandes œuvres décoratives qui soient, depuis les fresques du Campo Santo de Pise jusqu'aux décorations d'Amiens, furent toutes conçues suivant ce principe d'unité que l'on cherche vainement ici. Enfin, le choix des artistes ne fut pas toujours heureux. Assurément je vois ici des peintres de premier ordre: Billotte, Lagarde, Auburtin, Latouche, qui ont fait leurs preuves. Mais que viennent faire à côté d'eux les peintres médiocres, que je ne veux pas désigner autrement, dont les signatures se lisent au bas des plus piteux essais d'amateurs qui se puissent voir? Il ne manquait pourtant pas à Paris de vrais peintres et dont personne ne discute plus le talent. Des orientalistes comme Dinet ou Prouvé auraient pu nous apporter de fulgurantes visions d'Orient. Beaudouin, auteur du beau panneau: Le Bois, qui décorait un des palais des Invalides à l'Exposition universelle, était tout désigné pour exécuter ici quelque paysage. Et Besnard, de quelle voluptueuse gamme de coloris il eût enveloppé le lac d'Annecy peint, hélas! par M. Cachoud! Et cette bataille de fleurs à Nice, je l'aurais voulu non par M. Gervex, qui l'a si lourdement traitée, mais par notre Chéret, peintre nerveux du geste, évocateur de la joie lumineuse où se complaisent Pierrettes et Arlequins, ainsi qu'en de nouvelles fêtes galantes dignes de celles d'antan. Ceci n'est pas à dire que tout ici soit mauvais. Bien au contraire. Parmi ces œuvres, il en est de charmantes. Au premier rang brille M. René Billotte avec sa Rue des Nations vue à l'heure crépusculaire chère au peintre. En face de lui M. Lagarde a très heureusement interprété le Palais de Fontainebleau et le lac où nagent de blancs essaims de cygnes. M. Paul Buffet reste fidèle à l'Orient, qui nous a valu de lui tant d'impressions charmantes, et M. Allègre peint avec succès une Vue d'Alger (que j'aurais peut-être préférée sans les danseuses un peu factices du premier plan) et un joli Port de Cassis. M. Burnand a de belles montagnes du Dauphiné; M. Olive une entrée du port de Marseille; M. Auburtin une Vue de Nice admirablement composée. M. Montenard a des effets de lumière un peu factices, mais reste infiniment supérieur dans son grand panneau à son vis-à-vis M Décanis. Le plafond de M. Flameng, quoique bien dessiné, est d'une dureté métallique désagréable. Je lui préfère celui de M. Maignan. Mais trop souvent les auteurs de ces œuvres — à part quelques heureuses exceptions qui se signalent d'elles-mêmes — paraissent oublier qu'ils font de la peinture décorative, et nous donnent simplement des tableaux de chevalet agrandis suivant les besoins de la cause et manquant d'unité, de dessin et de coloris. Malgré tout, ces salles sont agréables d'aspect; et, la part faite à la critique, il n'est que juste de féliciter la Compagnie P.-L.-M. de son heureuse initiative, d'autant plus que toute préoccupation artistique avait été jusqu'ici bannie des gares de chemins de fer. HENRI FRANTZ.

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L'ART DÉCORATIF GEORGES D'ESPAGNAT Le sens de la grande décoration semble assez rare chez nous pour qu'on doive signaler à l'attention du public toute œuvre où il apparaît. Même au milieu d'inexpériences, d'exagérations, de partis-pris, c'est toujours le signe d'un esprit bien organisé, d'un tempérament robuste et fécond. La surprise de découvrir en M. d'Espagnat une conception large et vraiment neuve du décor a naguère poussé M. Octave Maus à célébrer ailleurs les débuts de cet artiste; le contentement de le voir affirmer ses qualités natives fait que nous en parlons aujourd'hui dans cette revue. M. Georges d'Espagnat est un vrai « jeune », et cette épithète si ridicule quand elle est arborée par des barbons de cinquante ans lui convient comme une exquise parure. Il porte très crâne-ment aussi son titre d'« indépendant », et, dans plusieurs expositions, à Paris, à Bruxelles, à Londres, à Berlin, à Saint-Pétersbourg, à Stockholm, ses témérités, pour ce qu'elles révélaient de force réelle, lui valurent de chaudes sympathies. M. d'Espagnat, malgré son indépendance, se range pourtant lui-même parmi les impressionnistes, il se recommande de Renoir et de Claude Monet, il est moins attentif au dessin qu'à la couleur, il pratique la division du ton, il cherche à traduire l'éblouissement du plein air. Il est profondément épris de vérité et de modernité. A la grande nature un peu classique de Corot, un peu romantique de Théodore Rousseau et de Dupré, les impressionnistes préfèrent le pittoresque plus étroit de la banlieue parisienne. Les bords de la Seine à Meudon ou à Bougival, les rives de la Marne à Nogent, les villas, les guinguettes, les tonnelles, le mouvement des canots satisfaisaient mieux leur curiosité de réalistes à la Goncourt. Il y avait dans tout cela le dégingandé, la vulgarité joyeuse et piquante, le papillottement de clartés, de verdures et d'eaux, les délicatesse d'atmosphère et les brusques dissonances dont s'enchantait leur goût révolutionnaire. Depuis l'admirable Manet jusqu'à Luce et Signac, avec des mérites inégaux et divers, tous ont reproduit cette nature équivoque, et tous, insoucieux du choix et 1 Les reproductions accompagnant cet article ont été faites d'après les photographies gracieusement mises à notre disposition par M. Durand-Ruel, propriétaire ou éditeur des œuvres de M. Georges d'Espagnat. de l'arrangement, l'ont aimée pour son manque de tenue. Mise en toile, arabesque, équilibre des masses, harmonie des lignes, autant de choses à négliger. Ce qu'il fallait, c'était noter un frisson de lumière, un reflet de feuillage sur

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MARS 1901 un chapeau de paille, sur une chair moite et pulpeuse, faire chanter suavement deux couleurs Sisley fins et frissonnants, la subtilité magique de Monet et la sincérité de Pissarro, on peut bien dire que les impressionnistes ne se sont jamais inquiétés de la composition. Quelques-uns réalisèrent des harmonies colorées, aucun ne poursuivit l'harmonie linéaire. Et vraiment on regrette qu'à l'acuité de la vision, au vif sentiment de la lumière ils n'aient pas joint le sens des ensembles, la préoccupation du caractère et du style. On le regrettera davantage encore quand le temps aura fané dans l'œuvre des meilleurs la vivacité des teints, la fleur charmante du coloris. Cette absence de composition est maintenant reconnue par tous. Les confrontations de la Centennale à la récente Exposition Universelle ont dessillé les yeux des moins clairvoyants. Certains artistes, un peu précipitamment peut-être, pour reconquérir le style, sont remontés d'un coup à la peinture noire et au paysage historique; d'autres, sans abandonner l'esprit et les théories impressionnistes, y ont ajouté la recherche et l'amour de l'eurythmie. Georges d'Espagnat compte parmi ces derniers. Impressionniste, il l'est de goût et de volonté, mais il sait ordonner une œuvre Dans cette campagne aux portes de Paris où ses ainés ne rencontraient que des effets de lumière, il découvre de larges perspectives, de belles formes, des agencements heureux. La confusion grâce à lui s'organise, les masses se dégagent et se balancent, les lignes heurtées s'assouplissent et se combinent pour d'amples harmonies. De plus les cartons rapidement tachés au fond de la boîte «à pouce», les cadres de proportions modestes font place à des toiles immenses. Avec sa fougue juvénile, M. d'Espagnat a déjà couvert un nombre respectable de mètres carrés. «L'agréable Campagne» qui pare la villa de M. Georges Viau, à Villennes, mesure 7 mètres sur $2^{m}8o$ . La «Terrasse du bord de l'eau», dans l'appartement du même, à Paris, offre, elle aussi, des dimensions honnêtes. Pour le château de Bénavent, dans l'Indre, l'artiste a exécuté 17 panneaux et pour l'hôtel de M. Joseph Durand-Ruel, rue de Rome, l'ornementation de neuf portes, soit 63 motifs. Ajoutez à cela «l'Après-midi d'été» et «l'Après-midi d'automne», le «Déjeuner sur l'herbe», le «Bain», la «Pêche à la ligne», d'autres panneaux encore, le «Paravent pour la chambre des enfants», qui appartient à M. Goupy, des tableaux de chevalet, paysages, figures, natures-mortes, des fusains et des sanguines, et vous imaginerez la AU CHATEAU DE B. ou les faire spirituellement «hurler». Tout en appréciant les Renoir si clairs, si voluptueux, si riches de vie instinctive et nerveuse, les

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L'ART DÉCORATIF GEORGES D'ESPAGNAT RONDE ENFANTINE GEORGES D'ESPAGNAT LA PÊCHE À LA LIGNE

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MARS 1901 grandeur superficielle de l'œuvre de M. d'Espagnat. D'ailleurs la plupart de ces compositions sont faciles, claires, riantes et conviennent bien aux nécessités de la décoration moderne. Nous sommes las des scènes mythologiques, des jolis scandales de l'Olympe, des pastorales enrubannées, des Vénus, des Amours, des Satyres, des bergers et des bergères dont le goût per- sistant du XVIIIe siècle encombre encore nos murailles. Surtout nous redoutons dans nos demeures l'invasion du symbolisme. Malgré l'en-thousiasme des snobs, nous nous défions des peintres trop littéraires et ne nous soucions point de voir incessamment processionner sous nos yeux, aux heures des repas, de la nonchalance, du travail ou du songe, des vierges et des chevaliers en quête du Saint-Grâl, des GEORGES D'ESPAGNAT Viviane et des Lancelot, des Sphynges, des «Maîtresses d'Esthêtes» et des Notre-Dame de La Rose-Croix. Mieux vaudrait encore la nymphe opulente et sensible que la maigre fille revêche, mieux vaudrait l'Arcadie ou le Pays de Tendre que les domaines du Mystère ou les limbes de l'Au-delà. Mais nous souhaitons autour de nous des aspects et des formes de notre âge, nous voulons vivre notre vie, et non le cauchemar de nos peintres néo-quattrocentistes, et non le rêve galant de nos aïeux. Modernes, nous exigeons de la modernité. Seulement cette modernité doit être calme et reposante, assez discrète pour ne troubler jamais la pensée dans son labeur, assez plaisante toutefois pour la distraire durant sa flânerie. Le spectacle de la ville, avec ses rues bruyantes et ses foules, nous apporterait trop de fièvre. Il nous faut la campagne et ses verdures douces, et la fraîcheur de ses haleines. Il nous faut aussi une campagne

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L'ART DÉCORATIF familière, amie, qui soit à notre mesure et qui porte notre empreinte, la campagne des courtes villégiatures et des dimanches aux environs de Paris. M. d'Espagnat a bien compris cette aspiration et ce besoin. En évitant les contrastes grinçants et les traits vulgaires dont abonde le paysage de banlieue, il a peint des sites larges, lumineux, aérés, des coins de parc, des berges fleuries, des eaux transparentes et, dans la demeure citadine, ses toiles ont apporté la vision d'une nature toute proche, accueillante, aux lignes harmonieuses et simples. Nous y retrouvons les figures rencontrées au cours de la dernière partie de bicyclette ou de canot. Des femmes vêtues de claires étoffes se promènent dans l'ombre bleue des arbres, étalent parmi l'herbe les « provisions » d'un déjeuner champêtre, se penchent au bord d'un bateau sur la moire mouvante du fleuve, feuillettent un livre, cousent ou font de la broderie. Les cheveux abondants et crépelés, la chair rose, le visage d'une gentillesse un peu moutonnière, elles ne posent point pour le spectateur, rien dans leur attitude ne sollicite une attention spéciale, rien dans leur geste ne prétend révéler une émotion intime. Ces figures sont là parce qu'elles complètent bien le paysage, parce qu'elles lui donnent son caractère et sa date, parce que leur jupe, leur chemisette, leur ombrelle, le ruban de leur chapeau canotier ajoutent une note heureuse à la fanfare de couleurs du plein air, parce que leur grâce chaude et passive reflète aussi la joie somnolente du ciel, des verdures et des ondes. Près de ces calmes images de femmes, des petites filles aux vives silhouettes minaudent et jacassent, bercent leur poupée, piquent des pavots dans leurs nattes flottantes, jouent au cerceau, à la corde et mènent des rondes sous les tilleuls en chantant de délicieuses chansons : « Il pleut, il pleut, bergère ! — Giroflé Girofla ! — Sur le pont d'Avignon! — ou les Compagnons de la Marjolaine. » Maintenant voilà des marmots sans nombre, accompagnés du seau de bois et du cheval de carton. Car notre artiste chérit surtout les très jeunes enfants. Il s'émerveille de leur chair si limpide, si douillette et qui semble gonflée de lait, de leurs yeux « rafraîchissants à voir », de leur bouche molle et brillante comme une fleur ; il s'amuse à l'incertitude de leur marche, à la gaucherie de leurs mouvements, à leur étonnement en face des choses. Il sait le charme de ces mignons, il conte leurs balbutiements, leurs faux-pas, il les place au milieu des vastes paysages, sous de hauts arbres en parasol, et du contraste de tant de grandeur et de tant de petitesse naît une impression de comique infiniment touchante. GEORGES D'ESPAGNAT PANNI

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MARS 1901 Les six panneaux que nous reproduisons ici, fragments de la décoration pour le château de Jeanne » et ceux-la glissés par Anatole France entre les proses du « Livre de mon Ami »: L'inconnu, l'inconnu divin Les baigne comme une eau profonde; On les presse, on leur parle en vain: Ils habitent un autre monde. Leurs yeux purs, leurs yeux grands ouverts S'emplissent de rêves étranges. Oh! qu'ils sont beaux ces petits anges Perdus dans l'antique univers! Sans doute, avec leur robe lâche à fleurettes et les volants de leur capeline, ces bébés rappellent un peu les babys de Kate Grenway, les figures de keepsake, les vignettes qu'on échange en Angleterre à l'occasion du Christmas. M. d'Espagnat a, d'ailleurs, illustré dans cette manière un poème de Remy de Gourmont, «les Saintes du Paradis», puis des cartes et des catalogues pour ses propres expositions à la galerie Durand-Ruel. Mais ses gravures sur bois, comme ses toiles ou ses fusains réchauffés de sanguine sont les créations d'un artiste original, d'un esprit sensible et vraiment curieux de l'enfance. Aussi bien les décors où s'émeut et trébuche la grâce puérile semblent-ils dessinés et peints pour des enfants. Les petits doivent comprendre M. d'Espagnat et battre des mains devant ses grandes et brillantes images. Nous le comprenons aussi; seulement nous sommes plus difficiles. M. d'Espagnat possède certes le sens de la composition. Tous ses paysages ont une ampleur aisée qui prouve le décorateur de race. La décoration pour l'appartement de M. Viau, sur le boulevard Haussmann, est particulièrement heureuse. Elle représente dans la propriété du distingué collectionneur à Villennes la promenade au bord de l'eau. Entre la marge de l'allée montante et les premières frises de feuillage les troncs des arbres déterminent quatre baies irrégulières où s'encadre une large vision de campagne. C'est une chose imprévue et charmante que ces quatre fenêtres ouvertes sur l'horizon vaporeux, sur les prés, le village, la boucle de la Seine féconde; il semble que, par là, dans la salle à manger parisienne, affluent tout l'air, toute la fraîcheur, toute la clarté, toute l'odeur des jardins et des champs. Des enfants, des jeunes filles en deux groupes symétriques, complètent l'ordonnance de cette œuvre aimable. «La Pêche à la ligne» représentée ici est bien composée encore avec l'horizon haut, laissant toute l'importance à la double silhouette des femmes, à la nappe du ÉCORATIFS AU CHATEAU DE B. Bénavent, commentent de très aimable façon les vers du «Petit Paul», de «Georges et

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L'ART DÉCORATIF Mlle S. GISBERG FAIT AUX ATELIERS DES AMIS DU TRAVAIL MANUEL (STOCKHOLM) fleuve émue par le passage du vapeur. Les panneaux de Bénavent, s'ils montrent des sites différents des sites ordinaires à notre artiste, révèlent le même don d'arrangement vaste et naturel. Les pins maritimes s'élèvent au long des cadres, étendent leurs branches sur le ciel, rejoignent leurs chevelures, coupent au bon endroit la ligne des falaises et des monts. Mais il y a là plus d'instinct que de science véritable. Les compositions de M d'Espagnat sont souvent excellentes dans leurs grandes masses et leurs lignes générales. Seulement le trait manque de netteté, de pureté, d'élegance rigoureuse et stricte. La forme n'est pas serrée d'assez près, ne livre pas sa beauté secrète, n'offre aux yeux que des contours mous et inexpressifs. Or, le dessin est l'âme même de la peinture ornementale ; je ne veux pas dire celui qui accuse les moindres détails, mais celui qui donne des figures et des gestes essentiels une représentation exacte et définitive. Les toiles de notre artiste rappellent parfois l'envers de brillantes tapisseries où les laines débordent les silhouettes, où les soies mêlent leurs teintes différentes. Ces teintes sont très franches, posées les unes à côté des autres avec une hardiesse ingénue, avec ce goût naïf qui préside à la confection d'un bouquet rustique, qui joint bleuets, marguerites, primevères et scabieuses. M. d'Espagnat obtient ainsi des accords simples et retentissants. Mais on lui souhaiterait plus de finesse, des nuances délicates et de souples passages. D'ailleurs, je crois pour ma part que les couleurs vives, les bleus purs, les vermillons les orangés conviennent mal à la décoration. Leur éclat arrête l'œil, l'éblouit, l'empêche d'a-percevoir les ensembles. Le regard doit être conduit insensiblement par les lignes d'un endroit quelconque de la toile jusqu'au cadre et ramené du cadre au point de départ, sans que la diversité des surfaces colorées puisse faire obstacle à ce double parcours. Mais il ne sied pas d'insister sur ce que la couleur de M Georges d'Espagnat peut avoir de trop cru et de trop sommaire, son dessin de trop lâché. Le peintre est instruit, laborieux, extrêmement subtil malgré la simplicité de l'œuvre ; il a beaucoup voyagé, vu, chez eux, les meilleurs maîtres, il connaît déjà ses erreurs. Je dois proclamer surtout sa force de jeunesse, sa grâce saine, sa compréhension très large et très moderne du décor. ALBERT THOMAS. TAPIS Les tapis bien dessinés n'abondent pas; si l'on en cherche qui sortent des vieilles formules, le choix est restreint. Les fabricants sont-ils

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MARS 1901 hostiles à la liberté de l'art, ou les artistes délaissent-ils ce travail? Je ne sais. En tous cas, les jeunes décorateurs de surfaces ont à montrer des essais de papiers peints et de tissus de tenture en quantité, mais presque jamais de tapis. Il est vrai que la composition du tapis offre des difficultés spéciales. Il faut d'abord la mettre d'accord avec certaines conditions techniques. Ensuite, les convenances auxquelles doit obéir le tapis réclament une délicatesse d'esprit et une adresse de doigté particulières. Pour n'en citer qu'une, il faut que le dessin puisse être regardé de chaque point sans contre-sens, ou tout au moins sans que les envers choquent: cela seul exclut une foule de conceptions applicables à d'autres cas. Cette condition est remplie avec une adresse TAPIS FABRIQUÉ PAR GINZKEY extrême dans six petits tapis, reproduits ici, que M. Félix Aubert a composés en dernier lieu pour une des grandes fabriques d'Aubusson. On y observe une évolution dans le talent de l'artiste : plus il avance, mieux il se rend compte que le dessin floral ne remplit son but décoratif dans les objets usuels qu'à condition d'assujettir la flore à des harmonies métriques nettement perceptibles. C'est un heureux tempérament d'artiste que celui de M. Aubert. L'ingéniosité d'un esprit inventif se fond chez lui dans la limpidité du simpliste; une claire intelligence disciplinant l'abandon charmant de l'impulsif le fait évoluer constamment vers le vrai. Et si Français! Il fait, comme lui-même a coutume de le dire, «des choses de chez nous». Certes, il a trop de raison pour se refuser à faire entrer dans notre