Extrait
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L'ART DÉCORATIF
N° VII
AVRIL 1899
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LA PETITE DEMEURE
D'autres se donnent la tâche de combattre pour assurer le pain et l'abri aux plus petits. Un des côtés de la nôtre est de travailler à ce que les occupants des derniers échelons de la bourgeoisie, qui sont encore des petits, aient leur part des bonheurs que l'art n'a réservés qu'au riche jusqu'ici.
Des bonheurs. Car une demeure où les yeux et le cœur se complaisent est plus qu'une jouissance. Elle retient et donne un autre cours à la vie. Dans un cadre de plaisirs vrais, on désapprend à se dépenser à la recherche des faux. Si cela n'est pas toujours exact, ce l'est souvent; c'est assez pour dignifier le but.
Que faut-il entendre par «art» dans la petite demeure? Evidemment, il ne peut s'agir des beaux mais coûteux objets que l'on admire dans les expositions artistiques. L'enrichissement des formes de chaque chose, définition qu'on a voulu donner de l'art appliqué, ne peut être celle qui convient ici, car enrichir la forme, c'est ouvrager l'objet; partant, le rendre inaccessible aux humbles. Heureusement, si l'harmonie n'est pas tout l'art, elle peut lui suffire; et celle-ci n'est pas affaire d'argent. D'ailleurs, que la demeure harmonieuse, sans plus, soit de l'art on n'en soit pas, peu importe. Le mot ne fait rien. Où commence-t-il, l'art? Personne ne l'a dit; mais ce qu'on sait très-bien, c'est qu'il serait désirable qu'on se servit un peu moins de ce mot, car le résultat le plus clair de son abus est de troubler les simples, chez qui l'adjectif «artistique» a fini par éveiller l'idée d'objets compliqués, d'une forme inusitée, surchargés de curiosités qu'on n'a pas l'habitude d'y voir. Si bien que dans la plupart des boutiques, si vous voulez qu'on vous présente quelque chose d'à peu près raisonnable, un objet qui, à défaut de beauté, n'offense au moins pas les yeux et le bon sens, il faut d'abord dire au marchand: «Donnez-moi telle chose, surtout, par artistique!»
Dans l'arrangement de la demeure, la première des règles, et la plus méconnue, est d'y mettre les choses en valeur; en d'autres termes, de faire ressortir les éléments qui la composent les uns par les autres. L'important n'est pas d'y entasser le plus de choses possible, comme le veut la Parisienne, qui «aime le fouillis»; c'est au contraire de n'en mettre que ce qu'il faut pour éviter l'impression de nudité. Sans être très-renseignés sur l'intimité des Grecs, nous en savons assez pour être certains que ces délicats de l'esthétique ne cherchaient pas à faire de leur demeure, comme nous, une sorte d'entrepôt de bric-à-brac. La profusion d'inutilités, l'étalage de bibelots dans chaque coin, le besoin de couvrir jusqu'au dernier centimètre de surface de quelque «machine» fût-elle mauvaise, plutôt que n'y rien mettre, peuvent-ils faire naître dans l'esprit du visiteur d'autre impression que celle de futilité ou d'ostentation chez le maître de la maison?
Donc, pas trop de choses. Le strict minimum d'inutilités, de bibelots; juste ce qu'il faut pour garnir quelque place qui ne peut rester vide et qui ne se prête pas à recevoir l'utile, pour rompre la monotonie d'une surface nue trop vaste ou briser une ligne trop longue. C'est par l'ensemble, bien plus que par le détail, que
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la petite demeure doit séduire. Dix-neuf fois sur vingt, d'ailleurs, son habitant n'est pas de ceux que les délicatesses de détail peuvent toucher. Le goût du bibelot est un goût de raffiné, de connaisseur, souvent dans le mauvais sens du mot, c'est-à-dire de maniaque. Pourquoi celui qui n'est pas de cette église s'encombrerait-il d'objets qui ne lui disent rien? Ne s'entourer que de choses auxquelles on prend plaisir, n'est-ce pas un précepte qui, pour n'être pas inscrit dans les codes d'esthétique des docteurs, doit primer tous les autres?
Revenons au principe: mettre chaque chose en valeur. Les architectes — les bons, — dans le dessin d'une façade, laissent de larges «nus» et massent à quelques places choisies le détail ornemental, que cet isolement détache vigoureusement et qui produit ainsi le maximum d'effet. Le procédé n'est pas moins nécessaire dans nos petites chambres de quatre mètres de côté, où les objets se touchent presque, chacun tendant à écraser le voisin. Avec du tact et de la sobriété, ce mal peut s'éviter; mais au lieu de cette indispensable retenue, que voyons-nous partout? Des murs tendus de papier tirant l'œil, auxquels s'adossent des meubles chamarrés tirant l'œil, séparés par des baies garnies de draperies tapageuses tirant l'œil, avec, dans les interstices, chaque centimètre couvert de plats d'épinards encadrés tirant l'œil. Que l'œil se débrouille dans tout cela, s'il peut.
Pour mettre un peu d'ordre dans l'étude qui nous occupe, on pourrait s'y prendre comme ceci. Quatre éléments composent l'ensemble d'une pièce: les murs, les boiseries de construction, les meubles, et les draperies qui ferment ou garnissent les baies. Il y a bien encore le plafond et le sol, mais nous les laisserons de côté; c'est assez de faire d'un article une conférence sans le transformer en traité.
Les murs se subdivisent eux-mêmes en deux parties. Dans le bas jusqu'à hauteur des meubles, ils sont un fond sur lequel ces derniers doivent se détacher. Dans cette partie, on peut, on doit se dispenser de leur donner trop d'intérêt; c'est sur les meubles que celui-ci doit se porter. Donc, pas de papiers marquants, pas de dessins; un fond uni ou composé d'un fouillis de lignes serrées, ton sur ton, équivalent à l'uni comme texture et couleur. Les papiers unis les plus communs, valant de trois à huit sous le rouleau, font parfaitement l'affaire, à la seule condition de bien choisir la couleur. Il faut réduire la dépense sur cet article, et reporter sur le suivant l'économie faite.
La partie supérieure des murs est, au contraire, une place très favorable pour y concentrer la décoration de la pièce. Elle est isolée des meubles, et l'adjacence du plafond, vaste surface nue, donne toute sa valeur au détail qu'on y appliquera. D'autre part, c'est la place qui peut être décorée par les moyens les moins coûteux; car sur les meubles, le décor ne s'obtient, à moins de tomber dans le camelotage, que par la sculpture ou la marqueterie, travaux chers; et d'ailleurs, l'intérêt et l'harmonie des formes, joints à la beauté naturelle du bois, suffisent fort bien à faire pour l'œil une joie de voir se détacher des meubles simples sur le champ neutre des murs.
Ce raisonnement nous conduit à la frise, à la large frise des Anglais; non entendue, ainsi qu'ils font, comme couronnement d'un papier à motifs disposés en hauteur par un motif en rapport disposé en longueur, mais à la frise pour elle-même, formant l'unique décor des murs, et tirant à elle toute l'attention que les meubles placés en-dessous laissent disponible au spectateur.
Actuellement, il n'existe dans le commerce que très-peu de choses propres à remplir le but qui vient d'être défini. Les frises anglaises en papier peint, à trois ou quatre exceptions près, ne peuvent servir; à ne parler même que des bonnes, le dessin est trop grêle, la couleur trop effacée. Devant être en rapport avec le papier que le dessinateur anglais les destinait à compléter, et par conséquent plus ou moins neutres comme ce papier, elles n'ont pas le brillant et la franchise d'allures que réclame le rôle dont nous parlons; elles ne «s'enleveraient» pas. En France, l'industrie n'a rien fait jusqu'ici, la frise n'étant pas d'usage courant; nous n'en connaissons que deux, «les Pommiers» et «les Barques», dessinées par M. Aubert. C'est une branche du papier peint à créer chez nous; si nous jugeons par certaines informations, l'industriel qui prendra cette initiative n'aura pas à le regretter.
La peinture au pochoir fournit un autre moyen d'exécuter ces frises. Elle pourrait se faire à la colle, sur une bande de papier de couleur tranchant vigoureusement sur le papier de fond (le contraire des frises anglaises). Cela serait plus beau que la frise en papier peint, mais plus coûteux. Cependant, si l'usage se généralisait, le prix deviendrait aussi accessible aux petites bourses qu'il l'est en Italie, où le décor au pochoir est d'emploi général, comme on sait. Il faudrait pour cela que de bons artistes créassent un certain nombre de dessins de frises, dont les peintres-décorateurs composeraient leur répertoire de pochoirs.
Passons au deuxième élément de la pièce, les menuiseries de construction. Dans les maisons à loyers modérés, ce sont des menuiseries
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quelconques, n’ayant ordinairement pas même le mérite d’une franche et incisive mouluration. Elles peuvent néanmoins devenir un puissant moyen d’effet dans l’ensemble, par la couleur. Dans plusieurs cas, en les reliant entre elles par un cordon mouluré de même couleur — dont le prix d’établissement est insignifiant — tantôt en-dessous de la frise, tantôt à hauteur de cimaise (cela dépend de diverses circonstances), on introduira dans la pièce un élément architectonique satisfaisant l’esprit par l’unité qu’il établit entre ces menuiseries. En outre, cette ligne de couleur pourra souvent apporter une contribution précieuse au coloris de la pièce. Cette question du coloris mérite toute l’attention, car le choix des couleurs des divers éléments de la pièce: le champ mural, la frise, les menuiseries, les meubles et les draperies, soit cinq couleurs, donne à lui seul un puissant moyen d’expression. Par lui, l’on peut varier, nuancer même le caractère de chaque pièce; leur donner l’originalité, en faire quelque chose de non encore vu malgré l’humilité des objets qu’elles renferment. Que ceux qui n’ont pas été séduits des admirables et si neuves harmonies de couleurs des compositions des maîtres de l’affiche moderne contredisent ceci. Evidemment, ces combinaisons, imaginées en vue de l’estampe murale, ne sont pas applicables telles quelles à la décoration d’ensemble des intérieurs; mais en s’en inspirant et leur faisant subir les modifications que comporte la différence de but, chacun peut établir des harmonies chromiques empreintes de distinction, et donner par elles à sa demeure un caractère en rapport avec le sien.
Une ligne de reliement des cadres de baies peut, disions-nous, s’établir dans certains cas à hauteur de cimaise. Alors, par un changement du papier de fond dans le bas des murs et le reliement de cette cimaise au stylobate par des lattes montantes, peintes comme les autres boiseries, de distance en distance, on peut diminuer l’étendue de la surface nue des murs, et la varier sans lui faire perdre son caractère neutre. Le travail que comporte cette sorte de lambrissage en deux couleurs est très-minime; ce qu’il faut pour le faire se trouve à bas prix dans le commerce. Une disposition de ce genre conviendrait aux pièces telles que la salle à manger (si elle n’est déjà lambrissée) ou le cabinet de travail, où les meubles adossés au mur se composent généralement de deux corps superposés, la cimaise coïncidant alors avec la ligne de séparation des deux corps.
Après ce qui précède, on entrevoit déjà que la petite demeure n’a pas besoin, pour plaire, de meubles enrichis de marqueterie ou de sculptures. Le décor au haut des murs suffit à l’intérêt dans l’ordre pictorial; un décor également pictorial sur les meubles ne ferait que nuire à l’effet du premier, on serait écrasé par celui-ci. Une place plus éloignée convient seule pour un second décor de cet ordre dans la pièce: le sol, c’est-à-dire les tapis.
Ainsi, pas de décor en couleurs sur les meubles. Leur intérêt doit être d’autre espèce. La sculpture — celle qui mérite ce nom — est trop coûteuse. Reste la construction pure et simple. Si l’on sait en tirer tout le parti possible, elle suffit.
L’industrie du Faubourg St Antoine nous a malheureusement habitués à ne voir dans le meuble qu’une caisse dont le talent de l’ébéniste consiste à masquer l’ennui par une multitude de «machines» dont il l’affuble. Or, ce n’est pas cela.
Un meuble est une construction en charpente légère, dont tous ou la plupart des pans sont clos de panneaux ou de portes. La charpente, c’est l’ossature, le principal; les panneaux et les portes, c’est le subordonné. Donc, il faut avant tout accuser fortement la charpente. C’est elle qu’on doit voir, elle qui doit tirer l’œil; les panneaux ne viennent qu’accessoirement. Il paraît enfantin d’écrire une vérité si simple; et pourtant, il suffit de jeter les yeux sur le premier venu de nos meubles courants pour voir que nos ébénistes ignorent cet a, b, c, de leur métier. Pas de saillies, de reliefs; montants, traverses, panneaux, portes, devants de tiroir, tout au même plan. La platitude érigée en principe.
Le seul fait de mettre en vigoureux relief une charpente élégante et bien proportionnée, même composée exclusivement de lignes droites, suffit, la beauté du bois aidant, à faire d’un meuble un objet sur lequel les yeux se reposent avec plaisir et dont ils ne se lassent pas. Dans les grands meubles surtout, ceux des salles à manger et des chambres à coucher, cette simplicité s’accorde à merveille avec la destination des espaces. Remarquons, d’autre part, que la nature du bois veut qu’en pièces d’une certaine longueur, il soit scié en ligne droite suivant ses fibres. Les artistes qui prétendent ne plus composer leurs meubles que de pièces courbes cherchent, comme on dit, «midi à quatorze heures» et prouvent simplement qu’ils sont insensibles au charme du naturel, le plus grand de tous. Sans, bien entendu, proscrire la courbe, la ligne droite doit rester le principe de la construction; les courbes n’ont à jouer qu’un rôle de second ordre.
Qu’on ne juge pas de ce que peut être le meuble ainsi compris par la sécheresse des spécimens de meubles anglais qu’on voit en France.
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La plupart sont de petits meubles de salon, genre qui demande au contraire la fantaisie, la grâce et l’addition d’agrément de détail; les autres, des meubles de troisième choix, mal dessinés et mal exécutés, ou des pièces excellemment travaillées et coûteuses, mais d’un caractère bourgeois, qui ne représentent nullement les goûts de la partie la plus cultivée du public anglais et que les artistes anglais réprouvent comme les nôtres. Enfin, dans presque tous, le bois est déféguré par des maquillages: laques, teintures, vernis fortement colorés, qui lui ôtent tout caractère.
Des meubles de salle à manger et de chambre à coucher parfaitement simples, mais bien entendus et de formes élégantes, exécutés avec plus de soin et faits de bois plus choisi que nos meubles courants, ne coûteraient pas plus cher que ceux-ci, et seraient beaucoup plus beaux. Quant aux meubles de salon, il faut se départir de trop de sobriété pour eux, d’abord parce que ce sont de petits objets devant plaire plutôt par la délicatesse que par la vigueur de l’expression, ensuite parce que, dans le milieu dont ils feront partie, c’est plutôt sur eux que sur le décor mural que se portera l’intérêt. Au salon, le goût français veut une tonalité claire et des décors effacés; dans les milieux mondiaux, son vrai décor, c’est la beauté des femmes, qui doit y briller de tout son éclat et dont rien ne doit détourner les regards. De ces classes, l’usage s’est étendu aux autres. Il paraît que c’est un mal — et même un ridicule — à certains points de vue; mais c’est un bien au nôtre; cela varie le caractère des pièces dont la demeure se compose. Les meubles de celle-ci seront donc fouillés sans excès aux bonnes places, les pieds modelés etc. Sur ces petits meubles, cela n’est pas d’un prix excessif.
Les draperies des baies, rideaux et portières, sont plus faciles à trouver dès à présent dans le commerce que les meubles. Pour les chambres à coucher, la France et l’Angleterre fabriquent des cretonnes ravissantes de couleur et de dessin; moyennant deux francs le mètre, on n’a que l’embarras du choix. Pour les autres pièces, il y a de beaux velours imprimés et d’autres tissus fort acceptables dans les six à huit francs le mètre, grande largeur. Il n’en faut d’ailleurs par une profusion. L’absurdité des draperies qui cachent les fenêtres aux trois quarts et faisaient de nos appartements, il y a quelques années, des sortes d’antres de fauves, n’est plus à démontrer. Encore un peu de temps, et les chefs-d’œuvre des tapissiers — et leurs mémoires! — ne seront plus qu’un souvenir, Dieu merci. En attendant, voici le meilleur conseil à ceux qui sont de notre avis. Faites venir une couturière; qu’elle coupe et pique ses lais, fasse une demi-douzaine de fronces à chaque rideau, y couse nombre égal d’annelets. Adaptez au mur, au-dessus de la fenêtre, une tringle en laiton (tube de 15 à 20 millimètres) dépassant le cadre de celle-ci de 25 à 30 centimètres de chaque côté. Enfilez les anneaux, laissez pendre, repoussez les rideaux à l’extérieur du cadre jusqu’à la nuit . . . et voilà. Deux rideaux de vitrage en mousseline, coulissés haut et bas et voilant les vitres jusqu’au sommet tamiseront la lumière, jetant sur vos décors l’estompe nécessaire. Et croyez que pour ne pas être insensée, ni chère, votre fenêtre n’en sera pas moins décorative.
Avec des murs unis, les draperies doivent être à dessins, et vice-versa. Mais c’est plutôt à la couleur et au tissu qu’il faut s’attacher qu’au beau dessin, au moins dans une certaine mesure. Les fronces et les plis défigurent celui-ci; il n’agit guère qu’en ce qu’il rompt les nus. La tonalité générale de l’étoffe, au contraire, joue un grand rôle dans l’harmonie chromique de la pièce, donc dans l’impression d’ensemble. Aussi les dessins en blanc ou crème, on ton sur ton, sont peut-être les plus propres à bien remplir le but.
Il resterait à parler de bien des choses, mais nous ne pouvons qu’effleurer le sujet. Il ne s’agit ici que de montrer la possibilité de faire quelque chose avec peu. Pourtant, il faut encore répondre à une question: comment mettre en pratique tout cela dans les appartements de nos maisons de rapport, où tout est prévu, réglé d’avance, emprisonnant le locataire dans les anciens usages?
Certes, il faut de la volonté pour ne pas être découragé par ces obstacles. Ces glaciales cheminées en marbre blanc, prétendues Louis XV, ces glaces à l’imbécile cadre doré montant jusqu’au plafond, dont les propriétaires ornent (!) les appartements, sans doute en reconnaissance du privilège monstrueux que nos lois continuent d’accorder au bailleur, la fortune qui se terre peureusement dans l’immeuble étant plus sainte que celle qui aide l’industrie et rend possibles les grandes entreprises et le progrès; ces plafonds à guirlandes, rosaces, écoïncions en pâtisserie faite de la crème des lieux-communs de trois siècles et demi, — ce sont là des cas désespérés!
Les plafonds, il faudra bien, hélas! se résigner à faire bon ménage avec eux jusqu’à ce qu’on nous les épargne! Les cheminées, la police qui nous défend de les démolir nous force à nous contenter de les masquer par les rideaux traditionnels, triste palliatif! Avec les glaces, au moins, il y a de la ressource. Décrochées, elles
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seront très-bien en compagnie des malles dans le coin le plus noir, si les malles, bonnes filles, acceptent ce voisinage.
Avec le reste, on peut marcher. Les dépenses à faire pour le transformer sont minimes: peinture de boiseries et collage de papiers à bas prix. Quatre ou cinq journées d'un bon ouvrier peintre inoccupé suffisent. Ceux qui s'intéressent à tout ceci ne sont pas de la catégorie des locataires qui déménagent tous les six mois; quelques frais d'établissement ne peuvent les faire reculer. La difficulté n'est pas là, mais dans le manque actuel de meubles acceptables et de matériaux de décor dans le commerce. La seconde de ces lacunes sera comblée avant un ou deux ans; il faudra plus longtemps pour la première.
Nous n'avons prétendu que faire entrevoir la possibilité de faire entrer l'harmonie dans la petite demeure, et montrer quelques-uns des moyens par lesquels on peut y parvenir. Si cela n'est pas de l'art à proprement parler, c'est tout au moins plus sain que ce qui se voit presque partout. C'est déjà quelque chose.
J.
L'EXPOSITION DE LA LIBRE ESTHÉTIQUE
C'est la sculpture qui a fourni cette année à l'exposition de la Libre Esthétique au Musée moderne de Bruxelles ce qu'elle présente de plus intéressant, et avant toutes les autres, les œuvres exposés par MM. Constantin Meunier et G. Minne.
Du premier, le «Débardeur», grande figure en bronze appartenant à la Ville d'Anvers, deux têtes d'enfants (les petits-enfants de l'artiste) en bas relief sur plâtre, une étude de Christ peut-être moins réussie et deux ou trois autres pièces témoignent de la fécondité du grand travailleur qu'est Constantin Meunier. Si belles qu'elles soient cependant, ces œuvres s'effacent presque à côté de «la Moisson», haut-relief qui doit entrer dans le «Monument au Travail» par lequel Constantin Meunier dotera notre siècle d'un monument que nous pourrons opposer aux plus grands chefs d'œuvres du passé. Peut-être, dans «la Moisson», les procédés sont-ils moins essentiellement plastiques, plus pictoriaux que dans la partie du monument déjà connue par l'exposition précédente; mais le résultat n'est pas moins beau. C'est une autre face du travail, une face plus riante, que l'artiste montre dans «la Moisson»; l'œuvre change de caractère, s'adoucit, mais garde toujours la même dignité dans la simplicité.
Bien différent de l'art de Meunier est celui de M. G. Minne. Le «Rodin» de Balzac avait fait entrevoir la sculpture monumentale de l'avenir; le «Projet de fontaine» de M. Minne en fait pressentir une autre forme. Comme Rodin, M. Minne porte ses vues au-delà des routines de la masse, qui n'est pas encore mûre pour cet art; comme lui, il subit l'indifférence et les dédains de celle-ci. Il s'est vu refuser son projet de monument à la mémoire de Volders, commandé à l'artiste par le comité du parti socialiste belge, comme Rodin s'est vu refuser son Balzac par la commission de la Société des gens de lettres; en quoi les socialistes belges out peut-être montré plus d'esprit que les auteurs français: ils ont compris qu'ils se trouvaient en présence d'une nature trop aristocratique pour donner un symbole à leurs rodomontades.
L'idée de cette fontaine, avec ses cinq figures, toutes identiques, agenouillées sur le bord de la vasque, est puissamment originale dans sa simplicité. C'est bien là de la sculpture décorative, où toute recherche de détails est subordonnée à l'effet de l'ensemble; et cette répétition voulue de la même figure donne à l'œuvre un caractère de calme qui ne saurait être atteint par les procédés ordinaires de la sculpture moderne. La place d'une telle œuvre serait en un lieu propice au recueillement, sous les ombres d'un grand parc ou dans la cour d'un palais. Mais ce n'est qu'un projet; qu'en adviendra-t-il?
Il y a dans cette œuvre des côtés qui déroutent les admirateurs même. Pourquoi cette vasque si absolument nue? Pourquoi ces bords si larges, que l'assise des figures n'occupe qu'en partie? Questions auxquelles le sentiment profond de l'artiste qui les a voulus ainsi pourrait d'ailleurs sans doute répondre.
M. Paul du Bois et M. Victor Rousseau contribuent à affirmer la supériorité de la sculpture sur les autres arts dans cette exposition. Le premier est en nouveau progrès dans ses statuettes en bronze, et reste excellent dans ses petits objets d'art appliqué. Aux reproductions que nous en donnons, nous joignons celles du monument du comte de Merode, exécuté par M. Paul du Bois (en collaboration avec M. Van de Velde pour l'architecture), et qui se dresse depuis l'automne de 1898 sur la place des Martyrs à Bruxelles. Chez M. Victor Rousseau, un jeune, l'originalité est encore plutôt à l'état d'intentions; la pleine possession des moyens est encore à venir. M. Fernandubois expose une très-jolie paire de candélabres, composés avec une extrême habileté, et un grand nombre de plaquettes et de bijoux d'une simplicité de bon aloi; M. Alexandre Charpentier, sa pendule, déjà exposée à Paris rue Caumartin, et une
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collection de petites pièces en métal et en cuir estampé; nous en reproduisons deux, «l’Image» et le portrait de Mme Séverine.
Dans la peinture, l’intérêt va surtout aux tableaux de M. L. von Hofmann, dont nous parlons ailleurs. Que dire de M. X. Mellery? Peu d’artistes ont la sagesse de survivre à leur talent; presque tous continuent à vouloir produire quand, l’âge venant, ils ne savent plus que se répéter et s’amoinndrir. Mais chez aucun, cette fatalité ne s’est accomplie de si bonne heure que chez M. Mellery. Et le pire est que lui qui, aux beaux jours de son talent, fuyait la publicité, cherche aujourd’hui toutes les occasions de mettre en évidence des œuvres qui ressemblent à celles d’autrefois comme la nuit au jour. M. Mellery, qui n’a que 55 ans, avait jadis quelque chose du charme tranquille de l’inoubliable De Braekeleer; il peignait, avec un souci minutieux du détail et pourtant en sachant les faire vivre, de jolis intérieurs, la maison, le jardin, un peu vieillots, mais ne détonnant néanmoins pas dans le milieu de la peinture moderne, grâce à leur belle couleur, à leur clarté ensoleillée. Le Salon d’aujourd’hui nous montre une série de taches noires, dans lesquelles on reconnaît, en les étudiant à la loupe, les claires toiles d’autrefois badigeonnées d’une teinte qui se rapproche plus de l’enere que de la couleur.
Passons sur la belle collection d’originaux de Rops, hommage à la mémoire du grand artiste disparu. Un Hollandais nouveau venu, M. Isaacson, nous présente un agréable orientalisme, dans lequel l’habileté joue un trop grand rôle pour laisser de grandes espérances d’avenir. Puis viennent d’Espagnat, que Bruxelles ne connaissait pas encore; Carrière avec son Christ en croix, Brangwyn, Cottet, Raffaelli, avec des œuvres déjà connues. M. Motte, M. Speekaert, seraient mieux à leur place dans une exposition officielle de chef-lieu de province. M. Greiffenhagen présente trois portraits tout juste passables. MM. Delaunois, Degouve de Nuncques, V. Grubicy de Dragon, F. Hens, Inness, Roche, J. Smits, Van Assendelft, Verheyden, Artot, Berchmans, Bernard et Mlle Boch terminent la série sans éclat, pour mettre tout au mieux.
Les dessinateurs sont plus intéressants que les peintres. Nous y retrouvons à la première place M. G. Lemmen, avec un excellent portrait de jeune fille aux crayons de couleur et de bonnes lithographies; M. Lemmen expose en outre des tapis, un coussin brodé et des papiers de garde. Nous ne faisons que les citer, nous proposant de consacrer prochainement un article à cet artiste. M. Anquetin se montre sous son jour le plus avantageux dans ses hardis dessins à la sanguine; mais ces esquisses largement enlevées feraient-elles le même effet exécutées en grand? Léo Jo, un pseudo-nyme qu’on voit apparaître pour la première fois, envoie sous le titre «Types, silhouettes, caricatures» une série de pièces gaies de couleur, pleines d’esprit, et d’un mouvement très-décoratif. C’est, nous dit-on, le début d’une jeune fille. Nos compliments. Plus loin, l’une des perles du Salon: les illustrations de M. A. Donnay pour «l’Almanach des Poètes, 1898», au simple trait. Ce que M. Donnay tient de son maître Rops s’élève à des hauteurs presque classiques dans ces dessins. M. Rassenfosse, autre élève de Rops et membre, comme M. Donnay, du petit groupe bien connu d’artistes liégeois, reste plus près de la manière du maître dans ses illustrations des «Fleurs du Mal». A citer encore les gravures sur bois en couleur de M. P. Behrens et les monotypes de M. Francis Jourdain.
Dans l’art appliqué, peu de choses. Nous sommes loin des surprises d’il y a deux ou trois ans. L’art du meuble n’est même pas représenté. Le plus fort contingent dans cette section vient cette fois des Ateliers Réunis de Munich; ayant déjà reproduit presque tout ce qui compose leur envoi, nous pouvons nous dispenser d’en parler. La céramique est représentée par M. Moreau-Nélaton, dont les belles pièces figuraient déjà dernièrement au Salon des Six rue Caumartin; par l’Atelier de Glatigny, en grand progrès, par M. Finch, dont le genre s’est transformé depuis qu’il a quitté Bruxelles pour la Finlande, par M. Max Läuger de Carlsruhe et M. von Heider de Munich. M. Zitzmann, de Wiesbaden, présente des verreries, dans lesquelles il fait le possible pour dissimuler sous de petites inventions de son cru la manière de Koepping, au moment même où celui ci, voulant que ses ravissants bibelots restent des raretés artistiques, en arrête la production pour ne plus faire désormais que des verres de table. M. Colonna, de l’Art Nouveau, est moins heureux qu’à l’ordinaire dans ses bijoux émaillés; il prendra sa revanche. M. Heaton avec ses cloisonnés, Mlle de Brouckere avec ses cuivres repoussés, MM. Desamblanx et Weckesser, chefs de la vieille maison bruxelloise de reliure, avec des adaptations de leur art à des compositions de divers artistes, M. Combaz, avec, outre des dessins, un bandeau de cheminée brodé, des carreaux céramiques, et une frise en grès exécutée par Muller et reproduite dans le n° 4 de l’Art Décoratif, complètent ce maigre ensemble avec des mérites divers, mais sans rien de très-saillant.
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En résumé, la Libre Esthétique a pris un temps de repos cette année. Elle l'avait bien gagné. Ne doutons pas qu'elle se remette en chemin l'année prochaine.
M.G.
HORLOGES ET PENDULES
L'horloge ressuscite! La vieille horloge tuée par la pendule, usurpatrice détrônée elle-même par la montre.
C'est le progrès! A quoi bon l'heure à la maison? Nous y sommes si peu! C'est partout où l'on est qu'il la faut. Les minutes sont comptées, il faut porter sur soi l'avertisseur du temps, découpé d'avance en petites tranches.
Que ferait dans notre vie à la vapeur la grande stèle de nos pères, accompagnant de son tic-tac monotone la causerie plus monotone encore de la famille réunie dans la chambre commune?
La pendule, invention française, remplaça l'horloge à mesure que les prétentions mondaines, envahissant la bourgeoisie, se substituaient à l'ancienne vie de famille. Car la pendule est plutôt une pièce décorative qu'un appareil chronométrique; les trois quarts du temps, elle ne marche pas. La pendule qui marche est un raffinement tout moderne; elle n'existe que dans les restaurants à la mode et chez les gens de bon ton. Au fond, on ne s'en soucie guère; mais il est entendu qu'elle doit être correcte comme le reste. Elle marque l'heure de même que la tenue des gens de la maison est à l'étiquette.
Avec Napoleon, la pendule fait le tour de l'Europe. Ce n'est plus le luxueux bibelot de Boule; elle s'est transformée en une sorte de monument où quelqu'une de ces allégories qui charmaient l'âme naïve des guerriers de ce temps s'adosse à un motif d'architecture antique. Mais la marée de la bourgeoisie monte; les héros sont emportés dans le flot de la médiocrité, et sous Louis-Philippe, la pendule devient l'objet innommable dont l'industrie de la rue de Turenne conserve la pieuse tradition. Le Parisien d'aujourd'hui n'en veut plus; mais dans les sous-préfectures, son galbe en zinc doré reste encore le plus bel ornement du salon, précieusement abrité sous la cloche de verre que le galon de velours rouge clot hermétiquement.
Sort lamentable!
L'armée des ouvriers de l'art nouveau surgit. Dans ses rangs, quelques cœurs compatissants se trouvent, qui pensent à rendre la vie au mètre du temps. Chacun s'y prend à la manière de son pays. En France, Charpentier trouve dans la pendule l'occasion de ciseler un de ses ravissants groupes, auquel Tony Selmersheim donne pour piédestal une monture en beau bois dont la grâce laisse les lignes de Boule loin en arrière. C'est la résurrection du beau bibelot inventé par l'art raffiné du siècle de Louis XV. L'Anglais Ashbee s'inspire des meilleurs modèles du temps de la reine Anne, dont il décore les formes un peu raides d'une ornementation en métal repoussé, exécutée avec la perfection dont l'Angleterre a seule le secret en ce genre de travaux. Mais c'est peut-être à l'Allemagne que revient la palme. Rien de plus séant que les pendules de M. Morawe, avec les lignes élégantes sans mièvrerie, sobres sans sécheresse de leur monture en bois d'acajou. Et les horloges de M. Franz Ringer! Dans les mains de cet artiste, le coucou de la Forêt Noire est devenu le plus gracieux des bibelots sans perdre sa fruste naïveté.
Qu'adviendra-t-il de ces tentatives? Nous ne voudrions pas nous risquer à le prédire. Il faudrait savoir comment ces jolies choses peuvent s'accorder dans l'ensemble du milieu nouveau. En tous cas, il faut d'abord que l'horloger trouve moyen de faire taire le tic-tac. Après la journée au milieu du brouhaha de la ville, assourdis par le grondement des omnibus, le roulement des voitures, les nerfs exaspérés des hurlements des marchands de journaux et des glapissements des camelots, grâce pour nos oreilles! Et puis, ce battement inexorable dans le silence du soir, qui nous rappelle sans trêve que l'heure fuit, c'est le «frère, il faut mourir!» Nous ne sommes point Chartreux!
J.
NOS ILLUSTRATIONS
M. Bruno Möhring occupe une place brillante en Allemagne parmi les architectes de la jeune génération. Il s'est fait connaître principalement par ses constructions de ponts, dont la dernière, le pont du Rhin près de Bonn, est une œuvre dans laquelle les plus récents progrès de la science de l'ingénieur ont été mis à contribution, en même temps qu'on y constate — chose trop rare — un effort sérieux en vue de donner à l'art la part qui lui revient dans la grande construction métallique. On ne pourrait certes dire que le pont de Bonn représente un pas décisif dans ce sens; M. Möhring s'y montre retenu encore aux formules traditionnelles par bien des attaches; mais tout au moins s'efforce-t-il de se mettre en rapport avec l'esprit moderne, surtout dans le détail. C'est assez pour désigner son œuvre
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L'ART DÉCORATIF
à l’attention, surtout si l’on tient compte des mille obstacles devant lesquels la volonté de l’architecte doit plier dans tout travail, particulièrement dans les grands travaux publics comme celui-ci.
Parmi les artistes qui ont, en Angleterre, recueilli la succession de William Morris, M. C. R. Ashbee est l’un des plus productifs, et l’un de ceux dont l’influence domine pour ainsi dire l’art anglais. Moins universel que Voisey, M. Ashbee étend cependant son activité à des branches très-variées de l’art. Mais ses prédictions vont surtout aux arts du métal, c’est dans ceux-là qu’il excelle.
La supériorité de l’outillage industriel de l’Angleterre a valu depuis longtemps à ce pays la première place dans toutes les branches de la métallurgie. Ce serait folie à notre amour-propre national de ne pas le reconnaître; mais comme correctif, il faut ajouter qu’au point de vue de l’art, l’Angleterre n’a su qu’abuser de cet admirable outillage pour inonder le monde de produits métallurgiques ouvrés qui sont le comble de la laideur dans le fini de l’exécution. Un industriel artiste, Benson, a voulu réagir contre cet état de choses en offrant au public des appareils d’éclairage, des ustensiles etc. de formes parfaitement simples, mais saines, bien étudiées, jamais vulgaires. Ses produits restent l’une des expressions les plus parfaites de l’art industriel jusqu’à cette heure. Benson ouvrait aux artistes anglais la vraie voie de l’art appliqué, en leur montrant des productions exécutables industriellement, c’est-à-dire par quantités. Ils n’ont pas cru devoir la suivre; et quel que soit le mérite de leurs œuvres, on doit le regretter au point de vue de la diffusion de l’art.
En-dehors de Benson, les travaux des artistes anglais en métallurgie restent donc des œuvres d’exception. Les ouvrages qui se rapprochent le plus de l’art industriel par leur caractère de simplicité sont ceux de la «Corporation des arts manuels» (Guild of handicraft) de Birmingham. Les travaux de la «Corporation des arts manuels» de Londres, que M. C. R. Ashbee dirige et par laquelle ses dessins sont exécutés, sont au contraire pour la plupart très-ouvrages, comme on peut le voir par nos illustrations. Ils sont admirablement exécutés, et cette beauté d’exécution ne contribue pas peu à l’impression de perfection artistique qu’ils laissent. Le mérite de cette incomparable exécution revient d’ailleurs en très-grande partie à M. Ashbee même, c’est-à-dire aux méthodes de l’enseignement donné sous sa direction aux membres et aux élèves de la corporation.
Une part importante est faite dans ces travaux aux garnitures de meubles. Ce sont ces garnitures en métal, purement ornementales, qui donnent tout l’intérêt aux meubles de M. Ashbee; ce qui ne laisse pas de prêter à la critique, car c’est toujours une erreur de faire du subordonné le principal. La plupart des artistes anglais qui s’adonnent au meuble partagent du reste cette erreur avec M. Ashbee, sans avoir, comme lui, l’excuse de savoir la faire oublier par la beauté des détails qu’ils en tirent.
Aussi donnerions-nous peut-être la préférence, dans l’œuvre de M. Ashbee, à des travaux peut-être moins brillants en apparence, mais dans lesquels l’art joue un rôle plus rationnel et plus solide; nous voulons parler de ses foyers en fonte, que d’autres publications artistiques ont déjà reproduits. Ce sont des pièces d’un caractère simple, dans lesquelles l’ornementation sobre qui convient à ce métal grossier est fort bien comprise. Il serait à souhaiter que la connaissance de ces derniers travaux de M. Ashbee se répandit parmi les industriels traitant la fonte, le plus usuel des métaux et celui sur lequel l’industrie accumule le plus d’insanités sous prétexte de décoration. Qu’on se rappelle les sirènes gardiennes des poêles mobiles — dernier modèle — de feu M. de Choubersky!
Nous avons trouvé dernièrement chez M. S. Bing, à «l’Art Nouveau», des gravures sur bois d’un jeune artiste hollandais, M. J. de Mesquita, qui nous ont paru mériter l’attention. Si l’on n’y trouve pas la sûreté de Nicholson ni la puissance synthétique de Vallotton, elles sont en revanche remarquables par le tour décoratif et l’ingéniosité de l’artiste à tirer l’ornement du costume. La distribution des noirs est aussi particulièrement habile et non sans originalité.
Sous la présidence de Puvis de Chavannes, la Société nationale des Beaux-Arts, aux Salons du Champ de Mars, a fait entrevoir la première qu’une exposition de beaux-arts peut être autre chose qu’une succession de salles nues aux murs tapissés de tableaux de haut en bas. La «Sécession» de Vienne — c’est le titre sous laquelle est connue la Société des artistes autrichiens dissidents — est allée beaucoup plus loin. Chez elle, le mot «Salon» n’est pas une métaphore, mais une réalité. Les vues que nous donnons donnent l’idée du charme des arrangements trouvés par l’architecte M. J. Hoffmann et son collaborateur M. Olbrich.
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$\text{BRUNO MÖHRING}$
BRUNO MÖHRING, ARCHITECTE $\bullet$ PONT SUR LE RHIN PRÈS DE BONN
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L'ART DÉCORATIF
BRUNO MÖHRING, ARCHITECTE • PONT SUR LE RHIN PRÈS DE BONN
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C. R. ASHBEE À LONDRES
C. R. ASHBEE À LONDRES MAISON DANS CHEYNE WALK, THAMES EMBANKMENT
WOMBORNE HOUSE, RÉSIDENCE DES 14ME, 15ME ET 16ME SIÈCLES DANS LE COMTÉ DU STAFFORDSHIRE (ANGLETERRE)