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Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI ARCHITECTURE RELIGIEUSE

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Les peintures grasses aussi... TOUTES LES PEINTURES GRASSES ET LES ANTI-ROUILLE VALENTINE LES FABRIQUE VALFERAnti-Rouille --- VALBAEmail-BâtimentSéchage normalTous les coloris obtenus avec 13 teintes de base --- VALENTINERapideSèche en 4 heures --- VALENTINE la belle peinture 185. AVENUE DES GRÉSILLONS _ GENNEVILLIERS. (SEINE) TÉLÉPHONE : GRÉSILLONS 19-24 à 19-29

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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI 5, RUE BARTHOLDI, BOULOGNE (SEINE) — TÉLÉPHONE: MOLITOR 19-90 et 19-91 COMITÉ DE PATRONAGE: MM. POL ABRAHAM, ALF. AGACHE, L. BAZIN, EUGÈNE BEAUDOUIN, LOUIS BOILEAU, DJO BOURGEOIS, VICTOR BOURGEOIS, URBAIN CASSAN, PIERRE CHAREAU, JACQUES DEBAT-PONSAN, JEAN DÉMARET, ADOLPHE DERVAUX, JEAN DESBOUIS, ANDRÉ DUBREUIL, W. M. DUDOK, FÉLIX DUMAIL, ROGER EXPERT, LOUIS FAURE-DUJARRIC, RAYMOND FISCHER, TONY GARNIER, JEAN GINSBERG, HECTOR GUIMARD, MARCEL HENNEQUET, ROGER HUMMEL, FRANCIS JOURDAIN, ALBERT LAPRADE, FRANÇOIS LE COEUR, H. LE MÊME, MARCEL LODS, BERTHOLD LUBETKIN, ANDRÉ LURCAT, ROB. MALLET-STEVENS, LOUIS MADELINE, J. B. MATHON, J. C. MOREUX, HENRI PACON, PIERRE PATOUT, AUGUSTE PERRET, G. H. PINGUSSON, HENRI PROST, MICHEL ROUX-SPITZ, HENRI SELLIER, CHARLES SICLIS, PAUL SIRVIN, MARCEL TEMPORAL, JOSEPH VAGO, ANDRÉ VENTRE ANDRÉ BLOC, DIRECTEUR COMITÉ DE RÉDACTION PIERRE VAGO, RÉDACTEUR EN CHEF HISTORIQUE: ALBERT LAPRADE URBANISME: EUGÈNE BEAUDOUIN ARCHITECTURE: JOSÉ IMBERT TECHNIQUE: G. H. PINGUSSON INTÉRIEURS: J. P. SABATOU EXPOSITIONS: RENÉ DROUIN CHANTIERS: ANDRÉ HERMANT JULES POSENER SECRÉTAIRE DE LA RÉDACTION CORRESPONDANTS: ALLEMAGNE: JUERGEN SCHWEIZER — ANGLETERRE: W. W. WOOD — AUTRICHE: EGON RISS — BELGIQUE: DE KONINCK — BULGARIE: LUBAIN TONEFF — ESPAGNE: GUITIERREZ SOTO — ÉTATS-UNIS: DEXTER MORAND — EXTRÊME ORIENT: HARRY LITVAK — GRÈCE: GEORGES KALYVAS — HONGRIE: GEORGES MASIREVICH — ITALIE: P. M. BARDI — PALESTINE: J. BARKAI — PAYS-BAS: J. P. KLOOS — PORTUGAL: PARDEL MONTEIRO — ROUMANIE: S. BARAS — SUÈDE: VIKING GOERANSSON — SUISSE: H. ZWEIGENTHAL — TCHÉCOSLOVAQUIE: MAX URBAN ET PIERRE PINNARD — U. R. S. S.: PROF. ARKINE — YOUGOSLAVIE: L. ILITCH ET S. PLANITCH Mme M. E. CAHEN, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL --- DÉPOSITAIRES GÉNÉRAUX DE «L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI» A L'ÉTRANGER: BELGIQUE: LIBRAIRIE DIETRICH, 10, PLACE DU MUSÉE A BRUXELLES. — HONGRIE: BUDAI ALADAR ES TARSA, AGG-TELEKI UTCA, 17, BUDAPEST 8. — ROUMANIE: LIBRAIRIE «HASEFER», RUE EUGEN CARADA, BUCAREST. — ESPAGNE: ÉDITIONS INCHAUSTI, ALCALA 63, MADRID. — ARGENTINE: ACME AGENCY, CASILLA CORREO 1136, BUENOS-AYRES. — BRÉSIL: M. EDMUNDO JOSETTI, CAIXA POSTAL 915, RIO-DE-JANEIRO ET HARRIS, CAIXA POSTAL 2286, RIO-DE-JANEIRO — COLOMBIE: LIBRAIRIE COSMOS, CALLE 14, N° 127, APARTADO 543, BOGOTA 5ème ANNÉE - 4ème SÉRIE - N° 6 - JUILLET 1934 CONDITIONS D'ABONNEMENT: FRANCE: 120 FR. — ÉTRANGER: 200 FR. — LE NUMÉRO, FRANCE: 18 FR. — ÉTRANGER: 25 FR. ABONNEMENT À «CHANTIERS»: FRANCE: 50 FR. — ÉTRANGER: 70 FR. — LE NUMÉRO, FRANCE: 6 FR. — ÉTRANGER: 8 FR. ABONNEMENTS CUMULÉS À «L'ARCH. D'AUJOURD'HUI» ET À «CHANTIERS»: FRANCE: 150 FR. — ÉTRANGER: 250 FR.

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BASILIQUE D'ALBERT. MENUISERIE ET CHARPENTE EXECUTEES PAR LES ETA-BLIS. DOUZILLE. M. DUTHOIT, ARCH. FENÊTRES, BÂTIS, HUISSERIES MÉTALLIQUES PORTES CAISSONNÉES SPÉCIALES BTÉ S.G.D.G. DEMANDEZ-NOUS NOS STANDARDS L.O. DOUZILLE ING.A.M 7, RUE SÉBASTIEN-MERCIER - PARIS XVᵉ - VAUG. 69-00.69-01 SIÈGE SOCIAL ET USINES A ALBERT (SOMME) - TELEPHONE : 43 A ALBERT PUB.: ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI

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ARCHITECTURE RELIGIEUSE Architecture religieuse, art sacré: quel vaste sujet! Il suffirait, à lui seul à remplir dix volumes. Nous avons essayé de réunir, dans ce cahier de l'A. A., non pas, ce que nous estimons le plus important ou le plus intéressant, mais ce que nous croyons indispensable. Nous avons limité notre étude, et avec quel regret, à un domaine relativement restreint, celui dans lequel nous vivons: l'art chrétien, l'art catholique en particulier. Nous avons dû renoncer également, à un plus important regard en arrière, qui nous aurait entraîné bien loin: que de chefs-d'œuvre jalonnent l'histoire bi-millénaire de la grande famille chrétienne! Enfin, même parmi les œuvres les plus récentes, nous avons dû faire un choix (nous évitons à dessein le mot de sélection), car le renouveau du sentiment religieux en Europe, qui ne cesse de s'accentuer depuis une vingtaine d'années, compte nécessairement la reprise, sur une très vaste échelle, de la construction d'édifices du culte. Là encore, nous avons choisi quelques œuvres parmi les plus caractéristiques. Elles illustrent, par leurs qualités et parfois par leurs défauts, les idées et les faits exposés par les collaborateurs de ce numéro. Nous avons voulu donner cependant un aperçu rapide, certainement trop rapide, aux arts qui, en ce domaine plus encore qu'ailleurs, complètent et animent l'œuvre de l'Architecte: peinture, sculpture, mosaïque, verrerie, arts décoratifs et appliqués. Enfin, nous avons esquissé en quelques pages, à l'aide d'exemples empruntés à l'histoire, l'importance de l'Eglise dans le cadre urbain; l'importance, aussi, du cadre urbain pour l'Eglise. Hélas, notre époque sans ordre et sans plan paraît ignorer l'urbanisme comme l'ingénieur municipal semble ignorer l'existence de l'Eglise. Paris offre, à cet égard, un exemple particulièrement instructif. Nos amis les Urbanistes auront à mener un rude combat, s'ils veulent parvenir à faire triompher leurs conceptions. Dans notre exposé, nous avons essayé de garder la plus grande objectivité, la plus parfaite sérénité de jugement. Nous avons poussé le scrupule jusqu'à nous abstenir de conclusions formelles: nous en laissons le souci au lecteur. Il se dégage toutefois de notre travail, un enseignement dont l'évidence est frappante: il n'y a pas d'Art sacré sans Foi; mais il n'y a pas d'Architecture religieuse sans Art. Que pour l'édification, l'aménagement et la décoration des églises et des chapelles, les Evêques et les fidèles fassent donc appel à des Artistes ayant la Foi, mais à des Artistes.

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POUVONS-NOUS CONSTRUIRE DES ÉGLISES ? Etant parfaitement détachée de tous facteurs et de toutes conditions temporaires, l'architecture religieuse a toujours été la plus ample expression de la sensibilité d'un peuple, l'idéal de ses aspirations plastiques. Les particularités des religions qui se sont succédées dans le courant de l'histoire et qui continuent à se partager la ferveur des hommes se trouvent exprimées avec une netteté remarquable dans le caractère des édifices destinés à la célébration du culte. Ainsi, toute l'idéologie de l'ancienne Egypte se lit dans la puissante construction des pyramides et des temples, dans la distribution symbolique des colonnades, portiques et enceintes, dans l'aménagement du sanctuaire. Le sentiment de la durée qui se dégage de ces ordonnances savantes est réalisé dans une matière qui résiste aux éléments et à la mauvaise volonté des hommes. L'antiquité grecque a divinisé les plus hauts faits de l'existence terrestre. Rien d'étonnant que ses temples expriment avec un bonheur la perfection plastique, l'équilibre harmonieux des proportions, la joie d'une matière belle, vivante et comprise de ses artisans. La terre aride maintenait l'esprit dans le domaine d'une simplicité dépouillée, loin de toute idée d'abondance, d'opulence et de luxe. Le faste des existences matérielles joint à l'éclectisme d'esprits cultivés, désorientés et sceptiques pénètre l'architecture religieuse de Byzance. Un très long effort de régénération spirituelle et morale aboutit à l'ordre gothique. Une organisation remarquable fondée sur des valeurs hiérarchiques, sur des consciences corporatives; un métier extrêmement sûr transmis de génération en génération et constamment nourri d'apports personnels; la passion des sciences et systèmes, la notion toujours présente de l'idée nationale allant de pair avec celle de l'humanité chrétienne, la dignité, l'ardeur et l'humilité du sentiment religieux; telles sont les puissances qui ont présidé à l'épanouissement de l'architecture religieuse en France à partir du XIème siècle de notre ère. Dans les meilleures œuvres de cette époque les qualités plastiques se trouvent rehaussées et magnifiées par une spiritualité difficile à formuler, mais qui communique à telle ou telle nef d'une architecture harmonieuse en elle-même, à tel ou tel portail le sentiment d'une rare et profonde beauté, d'un pathétique indéniable. Dans ces édifices, le mode de construction austère et pur, d'une logique sans égale, alliant l'expérience des bâtisseurs à leurs calculs partait d'une conception grandiose mais toujours humaine pour atteindre, grâce au miracle de la foi, le domaine des valeurs immatérielles. L'architecture des églises de la Renaissance italienne témoigne d'une évolution facile à suivre, depuis des thèmes d'une naïveté touchante jusqu'aux splendeurs d'une véritable débauche matérielle. Elle marque un désir, conforme au tempérament national et aux aspirations de l'époque éprise d'antiquité, de placer les péripéties du drame de la Rédemption dans un décor de clarté, d'harmonie et de sensibilité charnelle. Cette opposition ou pour mieux dire, cette différence de valeur entre l'idée et sa révélation plastique qui, depuis, s'est souvent manifestée dans l'art religieux, nous a laissé des merveilleux chefs-d'œuvre. Les temps modernes placés sous le signe des grandes découvertes et des réalisations techniques peuvent-ils produire une architecture religieuse conforme à leur mystique propre? Il est évident que de nos jours les religions n'inspirent plus que très rarement les foules. Les troubles économiques, l'instabilité politique de l'après-guerre, ont tourmenté les masses, même les masses aisées, de leurs problèmes angoissants. Les progrès de la mécanique, les méthodes des régimes démagoques offrent par ailleurs à l'attention et à l'admiration populaires une grande variété de manifestations sportives, exaltant l'adresse, l'entraînement, et surtout le perfectionnement croissant des machines. Ce n'est plus à l'office divin que nous pourrions trouver une foule passionnée et fervente communiant dans un même élan, mais dans une réunion publique, à un match de football ou un meeting d'aviation. Les aérodromes, les stades, les salles de spectacle, de plus en plus vastes, sont les véritables architectures collectives de l'époque. L'inspiration religieuse restant à peu près étrangère aux masses, les écoles et les traditions d'architecture religieuse ont disparu, et l'activité artistique dans ce domaine est laissée aux tempéraments et convictions individuels avec la variété que comporte l'éducation, le talent et la personnalité des artistes. Leur foi, n'étant plus exaltée par le milieu, ne pourra certainement pas atteindre à la plénitude d'expression qui nous éblouit dans les monuments du passé. José IMBERT.

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ÉGLISES PAR ALBERT LAPRADE Le Christ avait bien dit: «Tu es Petrus et super hanc petram...» mais sans rien préciser quant à l'organisation et la physionomie des églises. Faute de directives, celles-ci furent soumises aux mille contingences du moment et du lieu. Comme elles sont émouvantes les toutes premières, celles contemporaines de la période terrible où, traqués, groupés en sociétés secrètes, les Chrétiens communiaient en cachette auprès des tombeaux de leurs martyrs, poursuivant la tradition des repas funèbres avec les disparus! Dans les cimetières, dans les recoins secrets d'anciennes carrières on se réunissait entre initiés au milieu des croix, des bons pasteurs, des agneaux, des colombes, des vignes, des paons peints à la fresque sur les voûtes blanches. Puis vers le IVe siècle, le Christianisme étant toléré, admis, les «fidèles» devenant plus nombreux, la difficulté de communier sous les espèces augmentant, une liturgie se crée. Une à une s'élevant alors à Rome ces ravissantes basiliques si totalement parfumées d'idéal, de tenue, de ferveur: Santa Maria in Cosmedine, San Clémente, et San Giorgio in Velabre (récemment restaurée avec tant de tact). Nul chrétien d'aujourd'hui ne put les visiter sans enchantement. Quelle harmonie en ces formes simples où tout reflète la modestie et la douceur, la Paix et l'Amour! Là vraiment le Christ doit se sentir à l'aise. Du IVe au VIIIe siècle, après l'écroulement du colossal et puissant Empire romain, la bête humaine se reputa pillage, de viols et de massacres. Une frénésie de destruction et surtout l'abandon total anéantirent des monceaux de richesses. Tout ce qui était l'orgueil d'une humanité arrivée à un stade supérieur d'intelligence disparut. Mais au milieu de ce chaos, une petite flamme subsistait. Des pauvres pleins d'espoirance, des riches pleins d'humilité se groupaient autour des premiers évêques, édifant leurs modestes sanctuaires avec les fragments des monuments écroulés, avec des colonnes, des chapiteaux, des bas-reliefs, arrachés aux innombrables temples, thermes, arcs de triomphe, témoins inutiles d'un somptueux passé. Et en dépit du cataclysme la Vie continuait. Des paysans semaient, des commerçants s'inquiénaient à tenter les acheteurs, des navigateurs maintenaient le contact avec des régions plus heureuses et surtout avec cette fabuleuse Byzance où subsistait une apparence d'État, à l'abri de hautes murailles hélas ! bientôt insuffisantes. Là, une religion protégée favorisait la construction de temples immenses et magnifiques, tel celui dédié à la Haute Sancesse, l'Aqia Sophia et faisant vivre une infinité d'artistes et d'artisans, virtuoses des peintures murales, des mosaïques, des sculptures décoratives. L'influence de ce foyer byzantine s'étendit très loin. Dans l'antinuité, en effet, on voyageait beaucoup. Entre la Gaule et l'Orient un commerce ininterrompu de tissus, d'orfèvrerie, d'ivoires maintenant le contact. Les ordres religieux étendaient la résilience de leurs couvents en tous pays. Des liens politiques, tels ceux usinant par exemple les Flandres avec Constantinople, la Normandie avec la Sicile, permettaient la liaison des civilisations les plus diverses. Des artisans grecs ou syriens venaient tenter fortune en Occident, apportant avec eux leurs «patrons» de chapiteaux, rinceaux, en parchemin découpé, tout comme le font encore aujourd'hui les artisans peintres et sculpteurs du Maroc. De tout temps les hommes ont eu le snobisme de l'exotisme et ils ont été heureux d'innover en surprenant leurs concitoyens par des formes nouvelles. Triomphe éternel de la Mode ! Enfin, en Occident, les intellectuels, «rari nantes», transmettaient des rudiments de la culture grecque et latine aux Francs. Visigoths, Ostrogoths, Vandales, Normands et autres conquérants des Gaules. Les Evangiles eux-mêmes ne faisaient pas tout à fait oublier Platon et Aristote. En un mot il n'y eut jamais une solution de continuité entre la culture antique et celle du Moyen-Age. Il y eut plutôt déformation successive des formes initiales par suite de la variété des matériaux. A Caen on adoptait des formes de la Sicile mais ce qui là-bas était en brique ou en gros béton revêtu de marbre et de mosaïque, en Normandie s'exécutait en pierre, presque toujours peinte. Par ailleurs, claquemurés en leurs abbayes, des moines au milieu d'une inquiétude générale se découvraient une fringale de science, assimilant tout ce qui pouvait subsister de la civilisation gréco-latine et leurs progrès furent rapides. Comment en peut-il être autrement quand les cerveaux, jamais distraits, s'appliquent à l'étude et à la méditation douze heures par jour ! C'est là le secret de cette étonnante maturité que nous révèlent Cluny, Déols en Berry, Rosheim en Alsace et tant d'autres. Pour les hommes de métier, susceptibles de comprendre tout ce qui peut être inclus dans un «profil», il est indéniable qu'il se fit à cette époque une sélection remarquable d'individualités. Des êtres exceptionnels, dominant les autres, amorcent des formules nouvelles. Alors se produisit notre grand miracle français en ces XIIe et XIIIe siècles. Après une longue période d'incertitude, de découragement et d'effroi, ce fut comme un printemps après l'hiver. Une sève vigoureuse montant de toute part faisait éclater les bourgeons de la Science, de l'Art et de la Vertu. La Justice était vigoureuse, le Droit étonnamment «moderne». La femme réhabilitée par le Christianisme, par la Vierge Marie et les Saintes, possédait des libertés que jamais avant et après elle ne connut: celle de vendre et de tester par exemple. On devine combien féconde et bienfaisante fut cette influence de la femme toute passion, toute bonté, toute pitié. Une haute civilisation basée sur l'Amour de Dieu et des hommes s'épendit sur la terre. Les corporations s'organisèrent. Les laïcs maintenant éduqués allaient se lancer dans toutes les audaces. Pierre Champion qui a déchiffré tant de textes, qui de tous les Français connaît le mieux le Moyen-Age, en cette merveilleuse «Galerie des Rois», son dernier livre, nous donne l'ambiance de cette époque bénie: «Ce temps vit, dans l'art et dans la pensée, des choses inouïes: les communes, la naissance de la bourgeoisie, les croisades, la réforme de l'Eglise et des ordres autour de l'épiscopat, la naissance des cathédrales. On y a vu longtemps je ne sais quelle poussée mystique des foules alors que tout est né de l'ordre, suivant un plan, dans la clarté, au moyen des quêtes et des budgets. Les rois, comme les corporations, n'ont apporté que les deniers aux maîtres de l'œuvre, aux ouvriers, payés et dirigés par les évêques. Le Français s'est révélé bâtisseur, logicien, artiste et de quel style ! Noble, pur et pour tout dire, grand. Maurice de Sully est un fils de paysan, élève de l'Université, qui commence, dans de magnifiques proportions, Notre-Dame de Paris. Il a la fièvre des évêques, «morbus aedificandi», qui dresse Laon, Amiens Noyon.» Telles pâquerettes au printemps, les églises blanches tapissent maintenant la «douce France», «France la doule», la «terre majeure» (la terre des ancêtres). L'influence de St-François d'Assise, du Poverello, est bientôt considérable. «Il apporte au monde l'amour, celui du Christ et des hommes, enseigne le travail des mains, l'imitation de Notre Seigneur l'amour de tous les êtres, les animaux, les choses ! Cette tendresse, cette sagesse, bouleversèrent les cœurs. Comme il fut entendu des foules, par le Tiers-ordre de chez nous, lui qui permit désormais de trouver chez soi le travail, la joie, la solitude et la paix intérieure que les monastères avaient seuls connus ! Car les grands monastères, en dépit de ce que l'on peut penser, avaient défriché en masse l'esprit et la terre, créé l'agriculture non servile, rappelé la liberté des êtres, donné le loisir spirituel aux clercs et aux artistes qui en ont toujours eu le besoin.»

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La sainteté descendit sur la terre sous la forme d'un roi, Louis IX » et « la lumière divine qui illumine le roi va tomber sur les choses de ce temps, transformant les palpitantes statues des églises, s'épandant en noblesse, en grâce, faisant sur elles ce miracle, oublié depuis la fleur de l'Acropole ». Cet enthousiasme pour le service de Dieu devait aboutir à l'épanouissement de chefs-d'œuvre qui nous laissent encore, nous, les blasés du « hors d'échelle », interloqués devant ces vaisseaux immenses où s'entremêlent toutes les audaces du mysticisme le plus éthéré avec l'implacable déroulement d'un système de construction, cohérent comme une argumentation de St-Thomas ou d'Aristote. Ce « climat » fut unique. Nuile part en Europe, pas même en Italie, on ne connut de telles perfections architecturales. Le Dôme de Milan, Ste Marie des Feurs, St-Pierre de Rome sont « pauvretés », « décors de théâtres » maladroits, à côté de nos grandes églises de France. Le miracle comme tous les miracles fut de courte durée. Dès le XV° siècle, la veine est tarie. La foi s'étiole, l'Humanisme, les soubresauts de la Réforme, ébranlent l'élite. Seul le petit peuple, sans grande influence politique, conserve sa foi traditionnelle. Ni les dragones, ni les prédications des Jésuites, ni leurs Ecoles ne parviennent à reconstituer une autre grande période d'Art religieux. Aux siècles des églises succèdent les siècles des Châteaux. L'Architecture religieuse suit la mode, devient élégante et correcte. Le talent de nos grands classiques se déploie en quelques édifices remarquables comme St-Gervais, le Val de Grâce, le Dôme des Invalides, la Chapelle de Versailles, St-Sulpice, St-Philippe du Roule. Partout se bâtissent des répliques « à la manière de », cadres parfaits pour les Chrétiens élégants des messes de midi. Le Catholicisme d'Etat, cette machine à fabriquer des gens « bien pensants » et dociles, ne soulève plus les montagnes (1). Le XIX° devait tâtonner. Le décor fut d'abord « romain » puis, sous la pression des idées romantiques, il devint « go-thique ». Pour obéir à la mode, les églises furent « XIII° siècle » tandis que le XVI° était réservé aux Hôtels de Villes, le XVII° ou le XVIII° aux châteaux. C'est le règne du pastiche sans adresse et qui ne trompe personne. Tout sonne le faux: la construction comme l'ornementation. Les voûtes sont en briques creuses camouflées en pierre. Les sculptures sont insipides, aussi sèches dans la pierre que dans le bois. Les vitraux « bonbons acidulés » sont d'une parfaite indigence de dessin et de coloris. Bref, les générations actuelles n'éprouvent devant ces tromperies que dégoût et ennui. Il y manque l'âme de l'époque, la passion vraie, la sincérité. Entre temps, artistes et artisans se virent chassés des églises et supplétés par les « marchands ». Ceux-ci débitèrent « à la grosse » des chemins de croix, des chaires à précher, des grilles de communion, des autels, des vitraux, des confessionnaux comme le boutiquier d'à côté débite ses boites de « thon mariné » ou de « petits pois surfins ». Les prêtres et les bonnes sœurs, dans leur innocence naturelle, furent la proie toute désignée non seulement de notaires marrons, de banquiers verreaux, mais aussi de ces habiles placiers en « bondieu-series ». C'est la triste période (hélas non encore révolue) des St-Joseph, des Ste-Thérèse, des Jeanne d'Arc, des St-Antoine, des Bienheureux Curé d'Ars, frais et roses comme des bébés en celluloid. L'Architecture elle-même est cataloguée. Nous avons personnellement connu un architecte en Province qui pendant trente ans de 1880 à 1910 débitait église sur église, bien entendu en « pur gothique ». Il possédait, en cartons, le type Ste-Clotilde à deux clochers pour chef-lieu d'arrondissement et le type Notre-Dame de Lourdes à un seul clocher pour chef-lieu de canton. En modifiant simplement l'échelle, les mêmes dessins convenaient à tous les budgets. Quel succès eurent ces cathédrales miniatures bien blanches où, sur le faux appareillage, se détachaient si bien les belles statues peinturlurées de la rue Bonaparte, les lustres et candélabres dorés, les drapeaux des conscrits, les prie-dieu vernis ! Et à côté agonisent, abandonnées, transformées parfois en granges, en salles des fêtes ou en marchés couverts les magnifiques églises anciennes qu'il eut été si facile d'entretenir ou d'améliorer au besoin. Là vraiment l'Etat, les Evêques, n'ont pas fait leur devoir. Ils auraient dû, quand il existait dans la commune, une église ancienne intéressante et réparable, ne jamais laisser opérer ces mercantis odieux, ces architectes sans personnalité, ces « rapetasseurs de bouis-bouis » si honnis par notre cher J. K. Huysmans (2). Dans ce XIX° siècle où l'élite fut si brillante et la masse si bête, hélas le choix des architectes a toujours été plus fonction de leurs opinions que de leur talent. Il était admis que pour faire une école communale ou une mairie il fallait être « de gauche » et que pour faire une église il fallait être avant tout « de droite ». Rien d'étonnant qu'avec de telles références professionnelles Dieu et César fussent si mal servis et que nos églises le disputent aux « palais scolaires » pour « l'éreintement » systématique de nos communes de France. Il ne leur manquait plus à ces pauvres communes que des monuments « Aux Morts de la Grande Guerre » réalisés par des sculpteurs « anciens combattants ». Cette coupe pleine elles l'ont toutes buée, avec la joie de l'inconscience. Au milieu de tant d'absurdité, il y eut quelques exceptions... mais combien rares. St-Pierre de Montrouge par exemple est de celles-là dans un genre, les hardiesses de M. de Baudot dans un autre. Chaque génération est mauvais juge de la précédente. Si nous nous inclinons devant la conscience et l'étude de certaines grandes œuvres du XIX° comme St-Augustin ou la Trinité, nous avouons ne pas être très émus. Tout autre est notre sentiment devant des œuvres récentes, si variées, si curieuses. Certaines sont peut-être de franches erreurs mais comment ne pas sentir dans l'église du Vésinet un point de départ et une date. Comment ne pas être plein de respect devant la qualité de « St-Louis de Vincennes » ? Il nous souvient de l'impression d'Art qui étreignait bien des confrères lorsque notre condisciple des « Beaux-Arts » Rigolef, frère Edmond, dans le costume de St-François, dit une messe, il y a cinq ou six ans, à l'intention des camarades de sa génération. Quel cadre ! Quelle tenue ! Quelle surprise c'était pour nous de rencontrer enfin une église moderne, parlant à l'âme, un ensemble équilibré sans aucune note discordante, une symphonie raffinée de la couleur. Ce fut pour beaucoup une révélation. Tout était dessiné, dirigé par l'architecte. Autel, balustrade, chaire en faïences de Dhome, fresques de Maurice Denis et de Marret, tout concourait à une harmonie générale. L'aquarelliste qui sommeille au cœur des architectes retrouvait là une ambiance analogue à celle qui nous enthousiasme de l'autre côté des Alpes, en des lieux historiques. Aussitôt après la guerre, dans les régions dévastées, on eut l'occasion de reconstruire bien des églises. Beaucoup furent l'œuvre d'architectes autodidactes, ci-devant gendarmes, agents d'assurance, réparateurs de bicyclettes ou photographes. Faire de l'Art... pour ces messieurs c'était bien de cela qu'alors il s'agissait... Des réalisations de haute valeur comme celles de Duval et Gonse dans la Somme font figure d'anomalies. Enfin le cap est franchi. Il est admis maintenant qu'une église peut être « moderne » et belle. Notre époque ne pourra plus recevoir des générations futures le reproche de manquer de courage. Ne pas tirer parti de l'indéniable élan religieux qui s'épanouit en France depuis la guerre serait pour le Clergé une faute. La génération du Feu, celle qui a vu, de près et si souvent, le spectacle de la Mort a été profondément impressionnée. Elle n'a pu admettre que tant de Beautés morales fussent sans lendemain, que tant de si hautes intelligences eussent le même destin que l'animal événtré qui agonisait à côté. Les générations d'après guerre, celles qui n'ont pas connu cette Mort, que notre société s'efforce de faire oublier en nous maintenant dans une agitation forcenée, celles-là ont évolué curieusement vers l'idéal, par dégout sans doute de ce qu'ils voyaient triomphant: le matérialisme, le mercanti-lisme, l'égoïsme, l'arrivisme, le pot-de-vinisme et autres vilaines choses en « isme ». Les cérémonies si imposantes des « Catholiques des Beaux-Arts », la vitalité de groupements, tels les « Artisans de l'Autel », l'« Atelier de St-Jean », l'« Atelier d'Art Sacré », tout cela montre qu'il existe parmi les artistes une élite agissante, pleine de talent et de foi. Même état d'esprit et même bonne volonté du côté des artisans. Nous

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assistons à une véritable renaissance de l'Architecture religieuse. Des rapports s'établissent entre éclipsiastiques et architectes, artistes, artisans (3). La situation morale de notre camarade Tournon auprès de l'Archevêché de Paris dénote une louable évolution et son appel à la collaboration de nombreux fresquistes présente en dehors même de l'intérêt artistique toute la valeur d'un geste social. Puisse ce mouvement de construction des églises à Paris se poursuivre. Puisse-t-il s'étendre à la Province pour le plus grand bien de nos artistes et artisans actuellement si désenparés... et surtout « ad majorem gloriam Dei ». Albert LAPRADE. NOTAS. — (1) Les XVIIe et XVIIIe siècles furent au surplus une époque de grand vandalisme. La mode l'exigeant, on démolissait les jubés, les clôtures de chœur, les autels. Les chanoines désireux de lire leurs « offices » crevèrent les admirables vitraux anciens de nos cathédrales pour les remplacer par des verres blancs. C'est ainsi qu'on enlève à Chartres huit grandes verrières du chœur offertes par St-Louis, Les vitraux d'Amiens disparaissent presque complètement. Si la Révolution fut terrible, le régime napcléonien le fut encore plus... car les bâtiments laissés à l'abandon pendant 10 ans avaient grand besoin d'être réparés et l'on préféra les démolir. Ainsi, désastre effroyable, furent anéanties la Cathédrale de Cambrai, trente églises de Valenciennes, Saint-Pierre de Lille, les grandes abbayes Citeaux, Cluny, St-Bertin, Déols, le Lys, St-Amand, cinquante églises de Reims dont St-Nicaise et tant d'autres bourrées de chefs-d'œuvre. (2) Quand on voit les églises d'Angleterre restaurées avec tant de tact, aménagées intérieurement avec tant de goût, entourées de leurs merveilleux cimetières anciens, on reste confondu en pensant aux nôtres trop souvent abandonnées à tous les vandalismes, quand elles ne sont pas « classées ». Les nôtres avaient, elles aussi, des mobiliers anciens. La plus grande partie a été « bazardée ». Elles avaient toutes leur cimetière. On est venu construire à leur place des marchés couverts ou des mairies. Comment ce peuple français, un des plus intelligents de la terre, a-t-il pu laisser faire tant de bêtises ? Comme nous voudrions pouvoir conduire en Angleterre messieurs les maires et messieurs les curés pour leur montrer le charme et la valeur d'Art qu'une église peut apporter à la Cité. Quelle poésie en ces petits cimetières, souvent désaffectés, mais devenus des jardins ravissants parsemés de vieilles stèles enfouies dans une orgie de fleurs vivaces et de rosiers, et cela même dans ces villages infimes, perdus, n'ayant que quelques habitants ! Il est vrai que le personnel religieux anglais, les vicaires et recteurs sortent des Universités, ont reçu une instruction secondaire et possèdent cette sentimentalité, cet amour du home et du jardin qui sont innés en Grande-Bretagne et exceptionnels chez nous. (3) Il semble que pour les autorités diocésaines tout est à faire, tout est à organiser quand ce ne serait que l'entretien des églises. A Rome nous étions surpris récemment de voir l'activité régnant au Vatican. Cette activité par ces temps de chômage devrait bien s'étendre à toute la catholicité. De ravissantes petites églises anciennes restent sans surveillance. Une tuile ou une ardoise mise en temps voulu éviterait des désorganisations graves, des travaux horriblement coûteux. Les évêques n'auraient que le petit doigt à lever pour trouver un ensemble de bonnes volontés insoupçonnées parmi les architectes, les artistes, les artisans et tous les gens du « Bâtiment ». Il y aurait là une œuvre sociale du plus haut intérêt. Nos chômeurs actuels souhaiteraient évidemment pouvoir manger à leur faim, mais ils souhaiteraient avant tout donner une occupation à leur esprit. Pour nos corporations en posture désespérée, pour la jeunesse surtout, combien serait souhaitable une nouvelle épidémie du « morbus aedificandi », cette « maladie de la construction qui fût l'honneur des évêques au temps de notre splendide Moyen Age français! L'argent peut faire défaut, raison de plus pour y suppléer par des dévouements intelligents. EGLISE ST-LOUIS DE VINCENNES. ARCHITECTES: LOUIS MARRAST ET JACQUES DROZ Photo Salain FRESQUE DANS L'EGLISE DU SAINT-ESPRIT A PARIS ARCHITECTE: JACQUES TOURNON. PEINTRE: LOUIS BOUQUET

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LE PLAN DU BATIMENT RELIGIEUX PAR MARCELLE LEGRAND Le culte païen ne demandait au temple que de contenir l'image du dieu auquel il était dédié, et les offrandes. Il était ainsi de plan simple et pouvait être de petite taille puisque les cérémonies et les sacrifices se célèbraient en plein air, hors du temple. Les religions actuellement existantes ont imposé à leurs édifices un programme plus vaste et plus complexe, car, ils sont non seulement un hommage à la divinité et l'abri des objets sacrés, mais le lieu qui doit contenir les adeptes pour la célébration du culte. Bien avant l'ère chrétienne les Hébreux eurent un Temple, le Temple de Jérusalem, qui était une reproduction agrandie du Tabernacle de Moïse dont l'agencement, disent les Ecritures, lui avait été dicté par Dieu lui-même, comme devant être le lieu sacré où «Il résiderait spécialement pour que les hommes puissent se rencontrer avec Lui». Ce temple de Jérusalem comprenait une première enceinte dans laquelle tout le peuple avait accès, le parvis des prêtres et le sanctuaire renfermant, avec l'autel des Parfums, l'Arche d'Alliance. Il y avait ainsi, bien nettement déterminées, la place de Dieu, la place des hommes et entre les deux, la place des prêtres qui sont le lien entre les hommes et Dieu. Et l'idée générale de toutes les religions étant la même, nous verrons leurs temples garder les trois parties essentielles du Temple de Jérusalem, mais, le rapport de ces trois parties, leur plan, leur caractère seront variables selon les nécessités de chaque culte, l'esprit de chaque religion, et variables même pour une même religion, selon les formes que prennent la piété et la vie religieuse à des époques différentes. La religion d'Israël doit sa Loi à Moïse et sa croyance est simple: foi en un Dieu unique et en un Messie Sauveur qui sortira un jour du peuple juif élu par Dieu. La liturgie dictée par Moïse prescrit la prière, la lecture de la Loi, celle des Prophètes, la prédication, et, lorsque les Juifs, exilés à Babylone loin du Temple, voulaient se réunir pour reprendre en commun contact avec leur Dieu, il leur fallut un édifice pour s'assembler devant l'armoire sainte contenant les rouleaux sacrés. SYNAGOGUE EN BOIS (POLOGNE) Et la synagogue se constitua: salle rectangulaire, avec ou sans colonnes, selon son importance, précédée parfois d'un portique. L'origine de ce plan (selon les récentes recherches allemandes) serait basilicale, et les synagogues de Palestine auraient eu fréquemment une nef centrale surélevée flanquée de tribunes. Dans les âges suivants la synagogue subit, pour le style, l'influence des architectures nationales; elle sera romane, gothique, Renaissance italienne, bâtie en bois en Russie; mais, son plan reste sensiblement le même à travers les pays et les époques et la synagogue des temps modernes est un bâtiment rectangulaire composé d'un vestibule d'entrée et d'une salle de prières orientée vers Jérusalem, au fond de laquelle est l'armoire sainte qui fut d'abord une simple niche creusée dans le mur, puis, devint plus vaste, plus riche, et flanquée de colonnes. Au centre de la salle est, sur un parquet surélevé, la chaire, où celui qui exhorte le peuple peut être entendu de tous. L'espace libre est réservé aux hommes et les femmes n'ont droit qu'aux galeries latérales, placées dans les anciennes synagogues à une grande hauteur et grillagées. Ceci est dans la plus ancienne tradition israélite puisque dans le Temple de Jérusalem reconstruit par Hérode, le Parvis des Femmes était le plus éloigné du sanctuaire dont elles ne devaient pas s'approcher. Cependant au XIXe siècle un schisme se produisit dans le Judaïsme, et les réformes introduites dans les pratiques du culte par la Synagogue réformée de Hambourg en 1817 eurent une influence sur l'ordonnance de la synagogue. On combina la réunion de la chaire et de l'armoire sainte pour éviter de déplacer les livres sacrés de l'une à l'autre ce qui permit au service orthodoxe d'être plus simple et laissa plus de place aux assistants. On put aussi supprimer les galeries hautes, les prescriptions nouvelles ne bannissant plus les femmes de la salle basse. De plus, les rites extérieurs de la religion tendant à disparaître, on s'attache, en Europe et en Amérique, à construire de riches et belles synagogues pour stimuler le concept judaïque, et maintenir la vie religieuse. C'est là la mission de la synagogue. Les Chrétiens, lorsque leur religion fut reconnue par Constantin au IVe siècle voulaient «des édifices somptueux, vastes, ornés, afin que la majesté et la pompe des cérémonies annoncent la grandeur et la souveraine puissance de leur Dieu». Obligés ainsi de construire des édifices spacieux, ils les constituèrent d'éléments empruntés qu'ils adaptèrent aux besoins de leur culte. Ce culte se célébrait devant un autel installé sur le tombeau d'un saint dans la partie antérieure d'un sanctuaire surélevé, vaste, puisqu'il était en même temps la place réservée aux prêtres assistant aux offices. On le dessina en hémicycle, en souvenir sans doute de la forme absidale des chapelles funéraires pour souligner le caractère de tombeau qu'a l'autel. La nef, devant contenir des fidèles nombreux fut une longue salle hypostyle, divisée en trois ou cinq galeries parallèles empruntée à la basilique du Forum, et séparée nettement du sanctuaire par une clôture à hauteur d'appui, le chancel, de façon à ce que rien ne trouble l'ordre et la dignité des cérémonies. L'édifice, dont l'abside était tournée vers l'Orient, berceau du Christianisme, était augmenté d'un baptistère indépendant, la liturgie d'alors ne permettant le libre accès de la basilique qu'aux fidèles baptisés, et il était, le plus souvent, précédé d'un atrium au centre duquel était la fontaine pour les ablutions purificatrices, atrium qui se réduira plus tard à un narthex, puis à un porche. Ainsi se constituèrent ce plan basilical dont la fortune allait être grande en Occident, et une architecture chrétienne qui devait son originalité à des besoins.

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Du 4e au 8e siècle les prescriptions des Conciles successifs ayant rendu les rites cultuels plus précis et plus complexes, le plan primitif s'enrichit dans toutes ses parties. L'abside, devenue insuffisante pour contenir les clercs est précédée d'une partie rectiligne (qui deviendra le chœur); des autels secondaires sont installés dans des absidioles flanquant l'abside, et pour agrandir la place réservée aux fidèles, les architectes chrétiens eurent l'idée d'insérer, entre la nef et l'abside, une nef transversale plus ou moins saillante, le transept, qui donne à l'église un plan cruciforme déjà réalisé dans les chapelles funéraires (dont ils se sont sans doute inspirés). Sa valeur symbolique dut aider à sa diffusion car elle concorde avec celle du culte de la Croix qui se répand sous Constantin. Ainsi augmentée du transept, d'absidioles et de l'importance donnée au sanctuaire, la basilique était préparée à satisfaire les exigences monastiques qui seront grandes en Occident dès le IXe siècle. Les abbayes sont alors le grand centre d'activité organisée, de civilisation et de pensée et c'est dans les abbatiales de monastères puissants, plus que dans les cathédrales de cités encore pauvres, que nous trouverons des interprétations intéressantes du plan basilical, traduction des besoins religieux de cette époque. Nous connaissons en détail le programme d'une abbaye bénédictine au IXe siècle par le fameux plan de St-Gall conservé à la bibliothèque du monastère. Ample programme d'une église qui devait satisfaire la vie religieuse d'un peuple de moines, où les officiants sont nombreux, et qui ne s'adressait qu'accessoirement aux fidèles du dehors. La nef n'est pas réservée à ceux-ci, mais, encombrée, ainsi que les bas-côtés d'autels clôturés, et l'église semble close et faite pour de multiples prières avec ses deux absides opposées et les deux bras de son transept, tous pourvus d'autels importants. De plus, pour donner de la place à une nombreuse assistance de clercs, le plan de St-Gall nous montre, entre l'abside et la croisée, un chœur vaste qui engendrera le déambulatoire. C'est à cette époque que l'emploi du Transept devient systématique et que le culte grandissant des martyrs pourvoit les églises de Cryptes abritant les tombeaux de plusieurs saints. Les tours, contenant les cloches chargées d'appeler les fidèles aux offices deviennent d'un emploi fréquent, et ces clochers d'abord hors-œuvre comme à St-Gall, seront parties intégrantes de l'édifice et parties capitales, puisqu'ils devaient dans un avenir proche, définir la physionomie classique de la cathédrale française: façade occidentale enserrée de deux tours. Tous ces éléments nouveaux prendront leur ampleur définitive lorsque l'ordre de Cluny, fondé en 910, donne un sens nouveau à l'activité monastique en organisant les pèlerinages. Le culte des saints et des reliques, qui avait toujours été une des caractéristiques de la religion chrétienne est la forme dominante de la piété d'alors, et crée le type grande basilique de pèlerinage. Tous les croyants veulent aller prier dans les monastères établis près des tombeaux de saints fameux; l'église monastique, dès lors, n'est plus l'église fermée des moines, mais celle des moines et des pélerins: «le programme de la basilique romane est celui d'un reliquaire immense, mais ouvert à tous». Il faut multiplier les chapelles pour multiplier les autels reliquaires, et il faut d'amples dégagements pour mener, avec un ordre qui ne trouble pas la sainteté du lieu, la foule des pélerins devant ces reliques. Ces exigences nous donnent, avec un chœur vaste pour un clergé nombreux et des absidioles multipliées sur les bras du transept, le déambulatoire à chapelles rayonnantes qui offre autour du maître-autel la couronne de ses autels secondaires et constitue un système continu de circulation avec les bas-côtés, doubles parfois, et le transept flanqué lui-même de bas-côtés: Type St-Sernin de Toulouse, St-Jacques de Compostelle. C'est une pensée religieuse opposée à celle des abbés de Cluny qui nous vaudra un peu plus tard, avec l'ordre de Citeaux, le plan cistercien, fait, comme la conception religieuse de St-Bernard, d'austérité et de simplicité, protestation contre le luxe des abbayes, et le culte excessif des images. Selon la règle de Citeaux s'organise le plan cistercien, sans clocher, à chevet plat, et chapelles orientées sur les bras d'un transept saillant. Disposition permettant de réduire le chœur, tout en ayant la place voulue pour loger les autels exigés par la règle de l'ordre, et d'un effet d'austérité en accord avec la pensée qui l'a créé.