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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI HOPITAUX ET SANATORIA 3 ARCHITECTURE URBANISME DÉCORATION
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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI HOPITAUX ET SANATORIA 3 ARCHITECTURE URBANISME DÉCORATION
Anciens Établissements Clémançon 23, Rue Lamartine - Paris - Trudaïne 86-40 (3 lignes gr.) L'Électricité au Théâtre et au Cinéma Cinéma Raspail 216 - Paris --- B. Elkouken, Architecte-Décorateur
L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI 5, RUE BARTHOLDI, BOULOGNE (SEINE) — TÉLÉPHONE: MOLITOR 19-90 et 19-91 COMITÉ DE PATRONAGE: MM. POL ABRAHAM, ALF. AGACHE, L. BAZIN, EUGÈNE BEAUDOUIN, LOUIS BOILEAU, DJO BOURGEOIS, VICTOR BOURGEOIS, URBAIN CASSAN, PIERRE CHAREAU, JACQUES DEBAT-PONSAN, JEAN DÉMARET, ADOLPHE DERVAUX, JEAN DESBOUS, ANDRÉ DUBREUIL, W. M. DUDOK, FÉLIX DUMAIL, ROGER EXPERT, LOUIS FAURE-DUJARRIC, RAYMOND FISCHER, TONY GARNIER, JEAN GINSBERG, HECTOR GUIMARD, MARCEL HENNEQUET, ROGER HUMMEL, FRANCIS JOURDAIN, ALBERT LAPRADE, H. LE MÊME, MARCEL LODS, BERTHOLD LUBETKIN, ANDRÉ LURCAT, ROB. MALLEI-SIEVENS, LOUIS MADELINE, J. B. MATHON, J. C. MOREUX, HENRI PACON, PIERRE PATOUT, AUGUSTE PERRET, G. H. PINGUSSON, HENRI PROST, MICHEL ROUX SPITZ, HENRI SELLIER, CHARLES SICLIS, PAUL SIRVIN, MARCEL TEMPORAL, JOSEPH VAGO, ANDRÉ VENTRE, VETTER ANDRÉ BLOC, DIRECTEUR COMITÉ DE RÉDACTION PIERRE VAGO, RÉDACTEUR EN CHEF HISTORIQUE: ALBERT LAPRADE URBANISME: EUGÈNE BEAUDOUIN ARCHITECTURE: JOSÉ IMBERT TECHNIQUE: G. H. PINGUSSON INTÉRIEURS: J. P. SABATOU EXPOSITIONS: RENÉ DROUIN CHANTIERS: ANDRÉ HERMANT JULES POSENEN, SEC. DE RÉDACTION CORRESPONDANTS: ALLEMAGNE: JUERGEN SCHWEIZER — ANGLETERRE: E. GOLDFINGER — AUTRICHE: EGON RISS — BELGIQUE: DE KONINCK — BULGARIE: LUBAIN TONEFF — DANEMARK: HANJEN — ESPAGNE: GUITIERREZ SO-TO — ÉTATS-UNIS: DEXTER MORAND — EXTRÊME-ORIENT: HARRY LITVAK — GRÈCE: GEORGES KALYVAVS — HONGRI: GEORGES MASIREVICH — ITALIE: P. M. BARDI — JAPON: BRUNO TAUT — PALESTINE: J. BARKAI — PAYS-BAS: J. P. KLOOS — PORTUGAL: PARDAL MONTEIRO — ROUMANIE: G. CANTACUZENE — SUÈDE: VIKING GOERANSSON — SUISSE: H. ZWEGEN-THAL — TCHÉCOSLOVAQUIE: JEAN SOKOL — U. R. S. S.: PROF. ARKINE — YOUGOSLAVIE: S. PLANITCH Mme M. E. CAHEN, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL --- DÉPOSITAIRES GÉNÉRAUX DE «L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI» A L'ÉTRANGER: BELGIQUE: LIBRAIRIE DIETRICH, 10, PLACE DU MUSÉE À BRUXELLES. — ROUMANIE: LIBRAIRIE «HASEFER», RUE EU-GEN CARADA, BUCAREST. — ESPAGNE: ÉDITIONS INCHAUSTI, ALCALA 63, MADRID. — ARGENTINE: ACME AGENCY, CASILA CORREO 1136, BUENOS-AYRES. — BRÉSIL: PUBLICACOES INTERNACIONAES, AVENIDA RIO BRANCO, 117, RIO-DE-JANEIRO. — COLOMBIE: LIBR. COSMOS, CALLE 14, N° 127, APARTADO 543, BOGOTA 5ème ANNÉE - 4ème SÉRIE - N° 9 - DÉCEMBRE 1934 TARIF DES ABONNEMENTS: FRANCE ET COLONIES: UN AN (DOUZE NUMÉROS) ………………………………………… 150 FR. PAYS ÉTRANGERS A 1/2 TARIF POSTAL: UN AN: 230 FR. — PAYS ÉTRANGERS A PLEIN TARIF POSTAL ………………………………………… 250 FR. PRIX DE CE NUMERO SPECIAL: FRANCE ET COLONIES: 25 fr. ETRANGER (DEMI-TARIF POST.) 30 fr. - (PLEIN TARIF) 35 fr.
HOPITAL-HOSPICE DE NIORT M. LABORIE ARCHITECTE MENUISERIE METALLIQUE ET BOIS FENÊTRES, BÂTIS, HUISSERIES MÉTALLIQUES PORTES CAISSONNÉES SPÉCIALES BTÉ S.G.D.G. DEMANDEZ-NOUS NOS STANDARDS L.O. DOUZILLE ING.A.M. 7, RUE SÉBASTIEN-MERCIER - PARIS XVᵉ - VAUG. 69-00.69-01 SIÈGE SOCIAL ET USINES A ALBERT (SOMME) - TELEPHONE : 43 A ALBERT PUB.: ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI
SOMMAIRE PARTIE GÉNÉRALE 4 ANTICIPATIONS G. H. PINGUSSON. 5 HOPITAUX ALBERT LAPRADE. 8 TENDANCES DANS LA CONSTRUCTION HOSPITALIÈRE JULIUS POSENER. GRANDS HOPITAUX 11 HOPITAUX EN U.S.A. DEXTER MORAND. 16 L'HOPITAL BEAUJON A CLICHY J. WALTER, PLOUSEY ET CASSAN, ARCHITECTES. 23 LE NOUVEL HOPITAL DE COLMAR W. VETTER, ARCHITECTE. 26 L'ENSEMBLE HOSPITALIER DE NIORT A. LABORIE, ARCHITECTE. CITÉS HOSPITALIÈRES 34 LES CITÉS HOSPITALIÈRES EUGÈNE BEAUDOUIN. 35 LA CITÉ HOSPITALIÈRE DE LILLE. CRITIQUE DU CONCOURS ANDRÉ VENTRE. 43 LA CITÉ HOSPITALIÈRE DE ZURICH. CRITIQUE DU CONCOURS W. VETTER. HOPITAUX MOYENS ET PETITS 46 L'HOPITAL DE LA CITÉ SANITAIRE DE CLAIRVIVRE A SALAGNAC P. FORESTIER, ARCHITECTE. 48 LE «ROYAL MASONIC HOSPITAL» A LONDRES ARCHITECTES: SIR JOHN BURNET, TAIT ET LORNE. HOPITAUX SPÉCIAUX 50 CLINIQUE DE CHIRURGIE A SAVONA BARDELLI ET MORELLI, ARCHITECTES. 52 NOUVEL HOPITAL A EAUBONNE J. MOURRE, ARCHITECTE. 54 HOPITAL CHIRURGICAL A LAMBERSART-LES-LILLE B. LHOTELIER ET G. ROBIN, ARCHITECTES. 57 HOPITAL MARITIME DE LORIENT B. LHOTELIER ET G. ROBIN, ARCHITECTES. 59 MATERNITÉ DANS L'HOPITAL DES ENFANTS ASSISTÉS A PARIS F. DEBAT, ARCHITECTE. 60 CLINIQUE-MATERNITÉ SAINTE-ANNE A STRASBOURG THÉO BERST, ARCHITECTE. 61 PAVILLON D'ENFANTS DANS L'HOPITAL SAINT-JOSEPH A PARIS L. BILLARD ET A. VINCENT, ARCHITECTES. ÉTABLISSEMENTS POUR LE TRIAGE ET LA PROPHYLAXIE 62 DISPENSAIRES POUR PETITES AGGLOMÉRATIONS R. DUJARRIC DE LA RIVIÈRE. 63 DISPENSAIRE DE MONTRouGE MARCILLOUX, ARCHITECTE. 64 DISPENSAIRE ANTIVÉNÉRIEN DANS L'HOPITAL SAINT-LOUIS F. DEBAT, ARCHITECTE. 65 POUponnière DES USINES HEUDEBERT A NANTERRE LABUSSIÈRE ET REBY, ARCHITECTES. 66 PRÉVENTORIUM DE LIANCOURT THIEIS, J. BARDIN, M. FAVIER, ARCHITECTES. 68 LA MAISON MÉDICALE DE CHATILLON-SOUS-BAG NEUX THIEIS, J. BARDIN, M. FAVIER, ARCHITECTES. SANATORIA 70 SANATORIA POL ABRAHAM ET JACQUES LE MÊME. 71 SANATORIA D'ARNIÈRES THIEIS, J. BARDIN, M. FAVIER, ARCHITECTES. 73 SANATORIUM A PEMAR (FINLANDE) ALVAR AALTO, ARCHITECTE. 74 GALERIES DE CURE. 75 LES SANATORIA DE BODIFFÉ L. FEINE ET P. TOURNON, ARCHITECTES. 78 PROJET D'UN SANATORIUM DANS LES ALPES ITALIENNES NICOLA VISONTAI, ARCHITECTE. 79 NOUVELLES RÉALISATIONS EN HAUTE-SAVOIE DES ARCHITECTES P. ABRAHAM ET LE MÊME. 82 SANATORIUM CHANTOISEAUX A BRIANCON G. ROHRICH, ARCHITECTE. 84 SANATORIUM DÉPARTEMENTAL A COLMAR ARMAND MULLER, ARCHITECTE. 86 SANATORIUM DU MONT CANIGOU SZEKELY, ARCHITECTE. 88 MAISON DE CURE A TATRA-LOMNICE (C.S.R.) BOHUSLAV FUCHS, ARCHITECTE. AMÉNAGEMENT INTÉRIEUR 90 DISTRIBUTION DES REPAS AUX MALADES W. VETTER. 91 INTÉRIEURS: PROPRETÉ, TRAITEMENT, CURE DE REPOS, OPÉRATION J. POSENER. 95 LA PROTECTION CONTRE LES RAYONS X DANS LES HOPITAUX R. GRUZELLE. 96 PLANCHES TECHNIQUES, INFORMATIONS. ---
ARCHITECTURE HOSPITALIÈRE PAR G. H. PINGUSSON Les programmes d'architecture hospitalière, comme tous les programmes consacrés aux sciences appliquées, ont pour caractéristique essentielle d'être dans un perpétuel changement. L'évolution des sciences théoriques, par de nouvelles découvertes et par les hypothèses qui en résultent, remet en question les principes les moins discutés quelques années ou même quelques mois auparavant; de nouvelles méthodes paraissent qui rendent désuets l'outillage ou l'installation en usage, qu'il s'agisse de fabrication ou de thérapeutique. Les perpétuelles transformations des connaissances scientifiques sont encore plus fréquentes en médecine, science qui s'applique à la connaissance de l'homme, c'est-à-dire de la vie dans sa forme la plus complexe puisqu'au plus haut degré de la création. Nos programmes d'architecture qui sont le reflet de l'état momentané de la science et les constructions qui en seront la traduction, s'efforceront de suivre ces changements avec la plus grande souplesse et permettront notamment les transformations intérieures, les extensions en hauteur ou en surface. Cependant, quelle que soit la liberté avec laquelle le plan aura été exprimé, il n'est pas possible de lui faire épouser toutes les variations d'un programme nouveau. Nous ne pouvons donc pas nous borner à constater la mobilité des thèmes proposés à l'architecte. Nous devons, au risque de sortir des limites habituelles de notre travail, connaître l'orientation des théories nouvelles, déceler les prémisses des vérités de demain... sans quoi il nous serait justement reproché de nous être borné à l'immediat et de n'avoir pas su prévoir, pressentir les besoins prochains ou même possibles des organismes scientifiques que nous aurons à construire. Après l'éblouissement des vérités Pasteuriennes qui ont rejeté dans l'ombre tout ce qui n'était pas d'ordre microbien, quelques esprits songent à élargir le champ d'observation de la médecine et à reprendre l'étude des sciences oubliées dont le trésor d'observations souvent millénaires était inexploité sans raison. Certaines sciences font entrevoir la maladie elle-même non comme un être abstrait vivant sur le malade en parasite, ayant toutes les phases de la vie: naissance, croissance, mort, c'est-à-dire premier symptôme, crise, détente, mais comme un simple état de déséquilibre qui peut cesser instantanément; l'acupuncture chinoise, réintroduite en France par Soulié de Morand, la sympathicothérapie, le magnétisme, etc..., réalisent pratiquement sans les expliquer des guérisons prodigieuses et instantanées. D'autres subordonnent les venues d'états morbides à des conditions locales ou saisonnières (astrologie médicale), telle maladie existant au niveau de la mer cesse à grande altitude. D'autres prennent leur source de diagnostic dans l'observation du visage (physiognomonie), des yeux (iriscope), des mains (chirologie), de l'écriture (graphologie, l'auscultation radiesthésique). D'autres enfin admettent avec de grandes apparences de raison que les maladies n'existent que dans la mesure du déséquilibre de notre pensée; Freud et d'autres psychanalystes français obtiennent des guérisons inespérées par traitements psycho-physiologiques. De toute cette énumération il serait imprudent de choisir l'une des thérapeutiques et d'en déduire les conditions dans lesquelles serait établi le statut définitif de la médecine. Essayons de dégager quelques conclusions: 1°) Faire le diagnostic des causes profondes de déséquilibre ou de troubles psychiques. Cela entraînera sur le plan pratique la création d'un nouveau service qui serait en quelque sorte un développement du service d'assistance sociale, avec des méthodes d'investigation et de connaissance directe du malade, de ses antécédents, de ses proches, de son milieu de travail. 2°) Assurer l'éloignement du milieu contaminateur et destructeur où s'est révélée et développée la maladie. Le milieu étant également par l'image que le malade rend solidaire de son état morbide, un des facteurs qui s'opposent à son retour à l'équilibre, le dépassement devra être aussi complet que possible (condamnation des hôpitaux urbains de grande concentration). 3°) Obtenir le retour aux rythmes normaux de la vie. Fonctions essentielles réglées sur le rythme solaire; équilibre des facultés primordiales de l'homme «retour aux constantes biologiques humaines» (P. Winter). 4°) Effectuer sur le malade une remise à zéro. Laver ses erreurs, ses préjugés, redresser sa manière de penser ou de sentir, déformée de nos jours par les conditions anormales du travail spécialisé, par la vie dans les grandes villes et les faux idéals; lui refaire un tonus animique par une véritable rééducation. Vu sous un pareil angle, le problème s'élargit jusqu'à rejoindre les programmes d'enseignement et les programmes religieux. Y répondrait assez bien la réplique moderne de l'hospice ou hôtel-dieu du Moyen-Age. Cependant, avant de définir plus précisément le type de l'hôpital tel que je le conçois, je voudrais classer les divers et nombreux types de constructions hospitalières: en bref, 2 catégories, celles où la guérison est liée à une action rapide, directe et en quelque sorte mécanique du médecin: les cliniques chirurgicales, les cliniques d'accouchement, les cliniques dentaires, les dispensaires de premiers secours. Les bâtiments de cette catégorie sont avant tout liés au geste opératoire et doivent en être les serviteurs. 2) Celles où la guérison est demandée aux seules forces naturelles: sanatoria, préventoria hélio-marins, maisons d'altitude, asiles d'aliénés, établissements thermaux. C'est dans cette dernière catégorie que je voudrais également compter les grands hôpitaux de médecine générale, les cliniques de traitement post-opératoire, les dispensaires anti-cancéreux. Le thème suivant lequel ils seraient conçus serait le suivant: Exalter toutes les forces positives de l'homme, toutes les forces latentes de l'organisme, et les facultés de réaction physique par le libre contact avec les forces naturelles, air, soleil, vue, etc... L'orientation générale des corps de bâtiments serait est-ouest pour recevoir une insolation aussi constante que possible par de légers vitrages laissant à chaque lit un grand secteur de zénith. Ils seraient réunis par des galeries pouvant s'ouvrir soit au midi, soit au nord. Des éléments de cloisons isothermes pouvant obtenir en partie les parties vitrées et régler le degré d'insolation ou de lumière. La situation du centre médical serait choisie très à l'écart de toute agglomération: fumées, bruit, ambiance psychique. Sa composition en ferait une sorte de cité indépendante pouvant vivre par elle-même. Elle comprendrait une centre d'études ouvert aux professeurs et aux élèves stagiaires avec services d'enseignement médical, laboratoires pour recherches psycho-physiologiques. Un centre d'assistance sociale, d'entr'aide morale et matérielle avec service de statistique. Un service de rééducation, de réformation et de culture où seraient traités les sujets: hygiène psychique et physique (alimentaire, vestimentaire, sexuelle, etc...), avec salles de conférences et de musique, bibliothèque, musée photographique, imprimerie. Ce dernier service plus spécialement destiné aux convalescents auxquels serait assuré un retour à la vie normale. Enfin, une étude très approfondie des bâtiments serait faite sous l'angle des effets physiologiques des proportions et des couleurs sur l'organisme. Rôle essentiel pour l'architecte qui peut collaborer d'une façon prépondérante avec le médecin en pesant chaque jour favorablement sur l'esprit du malade et lui apporter le sentiment réconfortant d'équilibre, de libération, en accord avec l'universelle harmonie... Mais quel que soit le degré de perfection auquel nous poussions la conception et la réalisation d'un hôpital, n'oublions pas que notre époque n'a pas à s'enorgueillir de les faire naître en grand nombre. Une civilisation se juge à la santé et à la noblesse des hommes, non au nombre des hôpitaux. Espérons plutôt que les profondes réformes des mœurs et des institutions apporteront un jour leur totale disparition.
LE SOUVENIR ÉDITORIAL DE L'HOSPITAL DE SAINT-LOUIS L'HOPITAL SAINT-LOUIS A PARIS Document mis aimablement à notre disposition par l'Assistance Publique HOPITAUX PAR ALBERT LAPRADE S'il est un « programme » à la fois passionnant et décevant, c'est bien celui-là! Les médecins ont ceci de commun avec les poètes, les artistes et les jolies femmes qu'ils adorent les caprices et les contradictions. A un moment donné, un homme, plus affirmatif, plus rayonnant que les autres, entraîne tous les moutons de Panurge dans une direction. Dix ans après les moutons se réprécipitent dans la direction opposée. C'est là ce qu'on appelle le « Triomphe de la Science » — car la Science possède ce privilège unique de voir baptiser « triomphes » ses tentatives les plus contradictoires même celles reconnues, par la suite, les plus absurdes. Hier des hôpitaux avec pavillons séparés, aujourd'hui des mono-blocs gratte-ciels, demain Dieu sait quoi. Laissons à d'autres le soin de dire avec assurance la vérité relative de l'an de grâce 1935. En réalité, comme disait notre cher Montaigne: Ici-bas tout est « branle et inconstance ». Pour guérir le mal, retarder la mort, on s'agite dans tous les sens et le bétail humain marchant en rangs pressés sur une route zigzagante trouve parfois au tournant, et sûrement au bout, le grand trou. Bossuet l'a dit. L'humanité a horreur de l'inéluctable. Il lui faut tous les jours une nouvelle raison d'espérer l'impossible. Le radium, les rayons X ou la haute fréquence ont remplacé la Vierge et les Saints. Chaque génération a son « palladium » psychique. Or l'homme moderne, grand enfant paresseux et gâté, exige partout et à tout prix des « stars », au cinéma, au music-hall, comme à l'hôpital. C'est le règne du produit « connu », du praticien « connu ». De sorte qu'un médecin, dès qu'il a conquis les grands diplômes, la grande renommée, est, malgré lui, débordé. Il lui faut examiner et conseiller en un jour dix fois plus de clients que les prédécesseurs en voyaient en un mois. Ses minutes valent de l'or ou plutôt des billets. Et comme au fond il faudrait être saint pour refuser la fortune, certains « maîtres » en arrivent à tayloriser le traitement des malades avec toute la science d'un industriel de Chicago. Il fût un temps où les praticiens, avec une patience infinie, écoutaient les petites histoires des clients, ensuite leur tapotaient dans le dos, regardaient la langue, palpaient le ventre et assistaient au long rhabillage entrecoupé de quelques consultations dites « de rabiot ». Aujourd'hui, avec peine, on ne parvient devant le médecin qu'après être passé entre les mains de vingt assistants ou spécialistes qui étudient vos réflexes, votre sang et le reste. A la chaîne, après des examens aussi coûteux qu'infinis, vous arrivez enfin devant notre Esculape qui, pièces en mains, en cinq minutes, rend son oracle, sous forme d'une ordonnance dictée au parolephone. Et l'on vous laisse entre les mains de l'infirmière-secrétaire pour s'occuper du suivant dans une pièce voisine. Aussi le « grand médecin » au temps précieux conditionne-t-il aujourd'hui tout le plan de « l'hôpital moderne ». Le programme nouveau consiste à économiser à ce « deux » des minutes et même des secondes. « Sa » consultation doit être maintenant à côté de « son » service. Le tout devient un petit Etat dans l'Etat où le « Patron » a droit de vie ou de mort sur le Bâtiment comme sur les Patients. Dès qu'un Patron arrive dans un nouveau « service », son premier soin est de trouver absurde l'installation de son prédécesseur et de tout bouleverser. Ce qui fait dire à tant de techniciens que l'hôpital de demain devra être en pleins champs, construit en matière plastique ou bien en éléments multi-cellulaires afin de permettre des transformations à l'infini. La bactériologie, la chimie, l'électricité jouent en effet un tel rôle que l'hôpital moderne tend à prendre la physionomie d'une série de petites cellules juxtaposées et en perpétuelle évolution. Aussi les architectes doivent-ils faire leur deuil des « belles compositions » monumentales. Ce monumental à peine terminé risque d'être défiguré par le caprice d'un occupant. Celui-ci exige ses aises et son indépendance. Tel n'a pas besoin de laboratoire, tel en veut beaucoup. Et comme les illustres « maîtres » emploient les grands mots Science, Vie, Mort, rien ne leur résiste. Si nous ne pouvons plus rêver de faire sur le thème « hôpital » un chef-d'œuvre éternel, nous avons la liberté de faire un chef-d'œuvre temporaire comme en période d'exposition universelle. Rien ne sert de récriminer: ce sont les données d'un problème nouveau. Quand on relit le Guadet, brévitaire des « plus de cinquante ans », on s'aperçoit que tout ce qu'on nous a enseigné est à oublier. Restent seuls toujours d'actualité les grands aphorismes comme ceux-ci: — « Ce programme moderne doit être constamment modernisé. L'hôpital n'a qu'un seul but: chercher à guérir. L'architecte y doit travailler comme le médecin et non moins efficacement ». — « La gâtie d'un hôpital, si ces mots pouvaient s'accoupler, est un facteur sérieux dans le traitement des malades ». — « Si un architecte fait quelque jour un hôpital où le malade se sente heureux d'entrer, il aura fait un chef-d'œuvre ». Ces phrases nous semblent dignes de méditation. Si nous étudions l'hôpital sous l'angle « esthétique », il semble en
L'HOPITAL DE LA CHARITÉ A PARIS d'après une gravure du dix-septième siècle effet que les générations nouvelles rêvent de donner à leur foyer l'allure d'un hôpital et à l'hôpital l'allure d'un foyer. Cette évolution des idées peut nous conduire loin. On voit très bien un jour naître une croisade contre l'hôpital-caserne, contre «l'esprit-fonctionnaire», contre le laisser-aller, le «je m'enfichisme», l'impolitesse indécente qui rendaient fou un Lyautey. Sûrement le jour est proche où l'on rêvera d'un hôpital où tout sera «Beauté et Bonté», où les infirmières seront des femmes pleines de charme et de cœur, d'une parfaite éducation, ponctuelles, courageuses, où les bâtiments seront disposés dans une vaste cité-jardin hors la ville, où chaque médecin-chef aura son autonomie absolue. Ce seraient des séries de petits ensembles «homely» au possible, au milieu des plus beaux jardins. La résultante aurait quelque analogie avec la Villa Hadriana près de Rome où les raffinements d'un empereur avaient accumulé bibliothèques, pavillons des hôtes, nymphéas, thermes, palais, le tout idéalement joli, dans un désordre apparent mais savamment ordonné. Traité par un «galapia» un tel programme aboutirait à un village de zôniers. Traité par un véritable artiste, ce serait ravissant. Tout crierait le bonheur de vivre, le désir de vivre. Pavillons et jardins, suivant la méthode Coué, sembleraient dire: «Cramponnez-vous à la vie, elle est trop belle». Le souvenir d'une grande maladie serait un souvenir radieux analogue à celui de certains poilus qui se rappellent avec émotion le temps où, dans un beau château, le soir, des duchesses et princesses les bordaient, frôlant leur joue avec des colliers de perles tièdes. On chercherait à bannir l'idée de la souffrance en des salles d'opération ceinturées de fleurs derrière les glaces, parfumées d'antiseptiques enivrants. L'appareillage serait soigneusement dissimulé. On goûterait là quelques minutes de béatitude paradisiaque avant de risquer le grand saut dans l'inconnu. Et comme tout cet hôpital serait composé d'éléments dissymétriques et extensibles rien ne serait plus facile de retrancher ou d'ajouter au gré des besoins, ici des salles de malades, là des laboratoires, là des amphithéâtres. Certains critiqueraient les frais plus élevés de premier établissement ou d'exploitation. Ces défauts sont-ils certains? Au surplus qu'importe le prix si le résultat est meilleur. Est-ce que ces grandes cuisines centrales où les repas se font à la grosse marmite par milliers ne sont pas des hérésies? Là encore dans la cuisine, quand se décidera-t-on à mettre un peu de cœur, à ne pas nourrir des malades comme des bestiaux avec des rations omnibus et sans attrait? Aujourd'hui, dans une grande Manufacture de Santé, il serait archi-facile avec le téléphone, les autos silencieuses, équipées avec thermos et réchauds électriques, de mettre les services généraux très loin des services médicaux. Et quant au personnel il serait très facile de trouver des concours à demi bénévoles de femmes sans travail se dévouant avec joie à une noble tâche sociale. Si un jour une poétique conception de l'hôpital voulait bien prendre corps, peut-être ne serait-il plus sans intérêt de jeter un coup d'œil sur le passé, non pour copier mais pour affermir des convictions. On visiterait Beaune où, suivant le mot de Violet-le-Duc, on aurait envie «de tomber malade». On verrait là, dans cet ensemble infiniment riant, qu'il n'est pas inutile de mettre un peu d'Art dans un hôpital, qu'une totale Harmonie entre le bâtiment, le mobilier et même le costume des infirmières est pleine d'heureuses influences sur le moral des occupants. On pourrait également à travers la France visiter les quelques rares survivants de nos innombrables hôpitaux du Moyen-Age notamment à Angers, à Chartres, à Tonnerre, à Issoudun. On s'apercevrait qu'en ces temps soi-disant barbares, existait un réel sentiment de la solidarité humaine et qu'il était sûrement moins triste d'être «hospitalisé» alors, que d'être soigné aujourd'hui à l'Hôtel-Dieu ou à Lariboisière. Il faut les voir ces vieux hôpitaux du Moyen-Age à travers notre imagination ou à travers les traditions conservées en nos vieilles Provinces. On y était accueilli par des bonnes sœurs aux costumes pittoresques, aux grandes coiffes empe-sées. Les lits étaient bien blancs, les cruchons bien chauds, les rideaux bien tirés. On vous disait joyeusement: «Quelle chance! Vous allez pouvoir vous préparer, chez nous, à une excellente mort!» Et il y avait des images saintes, des fleurs, des bonnes tisanes, des bons sourires, de la bonne cuisine toujours saine et à volonté des confessions, des communions, des psaumes et des prières. Souvent l'autel était au bout de la salle; ou bien des malades n'étaient séparés de la chapelle que par une simple dentelle de pierre ou un jubé. Que ce devait être
HOPITAL DE TONNERRE (YONNE) Photo obligéamment prêtée par la Bibliothèque des Beaux-Arts, Paris agréable de souffrir et de mourir dans un tel cadre de Paix, de Beauté et de Bonté ! Quelle différence d'ambiance avec celle de quantités d'hôpitaux sans âme construits depuis un demi-siècle et qui suent l'ennui, le rond-de-cuirisme borné, le syndicalisme hargneux. Là encore, dans nos édifices hospitaliers, la sale politique des camarades a fait d'affreux ravages. De faux architectes imposés par des raisons irraisonnables ont étalé à nu leur déplorable insuffisance, appliquant à la lettre des règlements codifiés par quelque cuistre à binocles. Ah ! ces lits entre deux fenêtres réglementaires de 3 mètres de hauteur qui déversent sur le pauvre malade des cataractes de froid et l'aveuglent dès l'aube, au moment où il aurait tant envie de dormir après une nuit agitée ! Ah ! ces casernes en meulières ou en vilaines briques, ces linteaux bleus, ces menuiseries marron ! Avons-nous été assez déshonorés avec toutes ces inepties administratives consacrées par la routine ! Heureusement de ci, de là, des jeunes prennent du large, s'évadent des carcans, opèrent avec intelligence. N'est-il rien de plus séduisant au monde en matière architecture hospitalière que les derniers sanatoria de Haute-Savoie: Praz-Coutan, Roc des Fiz et celui non encore terminé des Officiers. Les plus beaux établissements similaires de l'Allemagne ne « tiennent » pas à côté de ceux-là, d'ailleurs placés en un cadre prodigieux, qui à lui tout seul vaut un traitement. Quel réconfort de voir un organisme intelligent et un peu autonome faisant confiance à de bons architectes ! En accord avec les médecins, il faudrait continuer dans cette voie pour l'avenir et injecter quelques parcelles de goût dans tant de nos hôpitaux, hélas solides, des dernières cinquante années. Quel beau remède au chômage ce serait que de créer un corps de jeunes architectes, de jeunes femmes architectes surtout, préposé à l'égalagement des hôpitaux de Paris et de Province ! Pour les très anciens, pour ceux du XVIIème ou du XVIIIème, la tâche serait facile. Voyez le ravissant hospice général de Reims, submergé l'été de géraniums rouges, voyez certaines cours du magnifique Hôpital Saint-Louis. Pour les plus récents, pour ceux de l'âge de la meulière, de la brique à deux tons, géniale formule « Ville de Paris », ce serait, comme on dit en argot, plus « calé ». Mais tout de même ne pourrait-on pas désencrasser ces façades noires, peindre les menuiseries en blanc, mettre des fleurs à toutes les fenêtres ? Imaginez-vous un Hôtel-Dieu rajeuni, mirant dans la Seine une façade gaie ? Ce serait trop beau. Il faudra attendre la prochaine grande révolution pour voir cela. Albert LAPRADE. LE « PLAN DE SULLY » DE L'HOPITAL SAINT-LOUIS A PARIS Le document porte la signature du grand ministre. L'hôpital a été exécuté d'après ce dessin et subsiste dans sa forme originale, presque intacte. Document obligéamment prêté par les Archives de l'Assistance Publique, Paris
TENDANCES DANS LA CONSTRUCTION HOSPITALIÈRE PAR JULIUS POSENER La réalisation de ce numéro a posé aux rédacteurs de « l'Architecture d'Aujourd'hui » des problèmes particulièrement difficiles. Quand ils ont abordé le sujet, ils pensaient traiter, dans une belle étude d'ordre général, les nombreuses questions qu'il comporte, en s'adressant aux architectes aussi bien qu'aux médecins compétents, et en l'illustrant par quelques exemples français et étrangers. C'est seulement au cours de l'étude qu'ils ont apprécié pleinement la prodigieuse activité française en matière de construction hospitalière. Ils ne se sont pas trouvés simplement en présence d'une quantité de bâtiments médicaux de toutes catégories terminés ou en voie d'achèvement, mais c'est surtout la nouveauté des problèmes et de leurs solutions qui leur a révélé un véritable mouvement, tendant à doter le pays d'une organisation hygiénique complète. Leur ensemble constitue, mieux qu'une étude générale, une véritable encyclopédie de l'architecture médicale actuelle, et il n'y avait qu'à choisir les exemples les plus caractéristiques pour constituer un abrégé de cette encyclopédie qui reste encore à écrire. L'idée de pourvoir un pays, ou tout au moins, ses plus grandes villes, d'hôpitaux suffisants pour le traitement des maladies graves, date de l'époque de la Révolution (projet d'une organisation hospitalière de Paris). A ce moment, l'ancien système de l'hôpital en cour fermé fut abandonné en faveur d'une disposition en pavillons d'un type très moderne. « On construira suivant des lignes parallèles, avec des intervalles suffisants, les différents corps de lois destinés à composer l'hôpital. Celui-ci comprendra quatorze pavillons rangés sur deux files, l'une à droite et l'autre à gauche, l'une pour les hommes et l'autre pour les femmes. Ces deux files seront séparées par une vaste cour de 28 toises de large sur plus de 120 de longueur; c'est une grande masse d'air placée au centre et répandue sur un espace d'environ 4 arpents. Il sera d'un aspect plus agréable qu'une cour sèche et nue qui blesse le plus souvent la vue par la forte réflexion des rayons solaires. Chaque pavillon sera séparé des autres par un espace ou jardin, de 12 toises de large sur toute la longueur du bâtiment, c'est-à-dire sur 28 toises environ. Cet espace, où il n'y aura pas d'arbres, sera le promenoir particulier des malades de ce bâtiment; il sera fermé et nul autre n'y pourra entrer. On isolera les convalescents des différentes maladies comme les malades. Chaque pavillon aura ses meubles, ses ustensiles séparés, des infirmières particulières, un chirurgien qui y sera affecté; un promenoir à part pour ses convalescents; on pourra fermer ce pavillon et son promenoir, et ils n'auront jamais avec le reste de l'hôpital que la communication que l'on voudra. Les malades seront divisés par catégories. Il sera à propos d'attribuer dans tous les hôpitaux une salle particulière aux pulmoniques ». (Extrait du rapport de la commission spéciale qui comptait, parmi ses membres, Lavoisier et Laplace; publié par M. Dujaïric de la Rivière dans « Nosokomeion »). L'idée des « bureaux de bienfaisance », chargés en particulier de la distribution des secours à domicile, date de cette même époque, la loi du 7 Frimaire an V prévoyant l'institution d'un tel bureau dans chaque commune de France. Avec l'organisation hygiénique d'une grande agglomération, et la forme de l'hôpital-type, l'idée de la création de centres qui, dans tout le pays, exercent un contrôle sur la santé publique, était déjà acquise à ce tournant de l'histoire française. C'est sur ces trois points, qu'actuellement, survient un changement d'idées. On continue de secourir les malades à domicile, mais on se rend compte que, pour un contrôle effectif, il faut ancrer ces secours dans l'organisme de l'hôpital. Ses fonctions se voient, d'un coup, multipliées: L'hôpital n'est plus l'endroit « où l'on meurt », c'est-à-dire fait pour les « cas graves ou désespérés », mais c'est un orga-nisme de consultation, de triage et de traitement, réunissant les fonctions du dispensaire de consultation, du dispensaire de traitement, de l'hospitalisation et du traitement des cas graves. La tendance à s'étendre aux malades de toutes les classes sociales élargit son champ d'action de plus en plus. Le traitement des tuberculeux est un exemple caractéristique de la façon dont devrait fonctionner l'hôpital moderne. Ici, le triage grossier en malades à hospitaliser et malades à renvoyer ne suffit pas. Selon les divers états de la maladie, il faut divers traitements qui réclament chacun, en principe, un établissement spécial. Ajoutons les établissements de prophylaxie et ceux de réadaptation à la vie, développés récemment sous l'impulsion du professeur Bernard, et nous voyons un contrôle exercé sur toute la vie du malade. Mais le traitement des pulmonaires n'est qu'un exemple. L'hôpital cherche à adapter ses soins à tous les degrés de maladie, en commençant par « les malades qui ne le savent pas ». Le recrutement du personnel médical: internes, infirmières, nourrices, incombe également à l'hôpital-centre de santé et la faculté vient rentrer tout entière dans son enceinte. Un tel organisme ne peut plus entrer dans le cadre du plan en pavillons, conçu par la commission de Lavoisier. Les grands concours tchèques et yougoslaves pour des « cliniques universitaires », de même que celui de Zurich, où les pavillons avaient à couvrir la surface d'une ville moyenne, en fournissent une preuve éloquente. C'est pourquoi, depuis quelques années, nous voyons surgir aux Etats-Unis les puissants gratte-ciel où l'étage indépendant se suffit à lui-même et prend le rôle de l'ancien pavillon. Cet étage peut, comme à l'hôpital de Los Angeles, être aussi complètement fermé comme le demande Lavoisier à une unité hospitalière. Or, cette conception nous paraît une traduction trop littéraire en étage du système des pavillons. L'expérience européenne a développé, pour les organismes hospitaliers, certains types qui se sont révélés pratiques. Dans un travail méthodique sur le plan international (grâce, surtout, à la Société Internationale des Hôpitaux), ces organismes sont continuellement révisés, de sorte que, certains d'entre eux, comme le groupe opératoire, sont devenus des instruments de précision, où les moindres détails sont calculés. Or, dans l'hôpital en étages superposés, il n'est plus possible de donner à un tel groupe son plan, ni même son orientation optima. Autre conséquence discutable de « l'étage fermé »: les consultations externes sont admises, de sorte que le malade temporaire pénètre dans le bâtiment d'hospitalisation. Donc, si les architectes européens adoptent le système en hauteur, ils le modifient de manière à garder, d'abord, l'indépendance des services spéciaux (opérations, physiothérapie, électrothérapie, rayons X); ensuite celle des consultations; enfin, ils ne suivent pas le système américain consistant à loger les internes dans l'étage même de leur service, mais ils construisent pour eux des pavillons spéciaux. A l'hôpital Beaujon de Clichy, ces conditions ont trouvé une expression, qu'on peut appeler typique. Seulement, le bâtiment d'hospitalisation est en hauteur. Les services médicaux se groupent dans des bâtiments plus bas, aux deux côtés; et les consultations — toute une série de dispensaires à rez-de-chaussée — se suivent le long d'un couloir collecteur, parallèle au bloc d'hospitalisation, communiquant avec lui seulement par un noyau central. Cette formule de l'admission générale: dispensaires en pavillons, reliés seulement par des organes de trafic vertical au bloc en hauteur de l'hôpital proprement dit, semble désormais acquise et revient dans
les concours récents de Lille et de Zurich (projet de M. Vetter) (1). Ce n'est pas par un simple hasard qu'un Américain, l'architecte parisien Nelson, a été le premier à la concevoir et à substituer à l'hôpital en étages de son pays natal la conception nouvelle de la Cité Hospitalière (voir l'ouvrage sur son projet de cité hospitalière pour Lille, édité par « Les Cahiers d'Art », Paris). La cité hospitalière exprime le plus nettement la concentration de tous les services médicaux d'une grande agglomération, voire d'une province, dans un centre unique. Au groupe Hôpital-Dispensaire-Faculté viennent s'ajouter les pavillons des cliniques spéciales (pour pulmonaires et malades mentaux), et les œuvres sanitaires sociales comme: asile de vieillards, maison de retraite, hospice; enfin l'hôpital militaire. Mais le bloc d'hospitalisation en hauteur, qui en forme le noyau, n'est pas encore sans inconvénients. Ses avantages économiques (communications courtes et rapides, surtout) sont balancés par un certain manque de liberté que, même dans leur forme européenne, les étages imposent aux dispositions de l'architecte. Ce sont surtout les chambres des malades mêmes qui en souffrent: si l'on compare l'hospitalisation dans un hôpital en pavillons, telle qu'elle est préconisée dans le projet de la commission Lavoisier, avec les étages de l'hôpital Beaujon, on ne peut pas se défendre d'un certain regret. Les solariums, qui se trouvent au bout de chaque aile, ne peuvent pas remplacer le contact direct du malade avec le jardin, la vue qui donne sur le gazon et les arbres, et nous ne croyons pas que ces avantages d'ordre sentimental soient négligeables dans un hôpital. Sortir du système en pavillons, impraticable pour un grand organisme hospitalier, mais en garder les avantages: tel était le programme des recherches qui ont abouti au bâtiment en longueur, d'une hauteur modérée (6 étages), et dont les étages forment des gradins (voir le livre « Terrassentyp » de Richard Doecker). La terrasse fleurie devant toutes les chambres remplace le gazon. Et la distribution des malades dans le bâtiment n'est nullement gênée dans ce système. Les unités principales: secteur de chirurgie, de médecine générale, etc., y redeviennent des tranches verticales, dont les étages font des subdivisions. Les consultations sont logées au rez-dechaussée de chaque secteur principal. Le malade, après avoir passé l'admission générale, arrive à un rond-point de distribution, d'où des allées, en éventail, mènent aux entrées des différents secteurs. Comme dans l'hôpital américain, les consultations externes appartiennent aux secteurs respectifs, mais le consultant ne pénètre tout de même pas dans l'enceinte de l'hospitalisation. A Colmar, on réalise pour la première fois, cette formule dans un grand hôpital et, désormais, on opposera au plan en hauteur, non pas le système en pavillons, mais le type en longueur. Déjà, de cette revue sommaire, se dégagent les questions fondamentales que pose la concentration dans un seul organisme de tant de services médicaux et sociaux. Comment les grouper dans le plan général, comment les mettre en rapport entre eux; quelle importance donner aux différents secteurs d'hospitalisation; aux salles de traitement; aux laboratoires; quelle est la grandeur optima d'une « station »; quels sont les services immédiats d'une telle unité d'hospitalisation. Comment grouper les services généraux: cuisine, buanderie, usine, service mortuaire? L'économie des moyens publics, et plus encore, celle des forces humaines, qui se vouent au service difficile des malades, ne permettent pas qu'on laisse au hasard une seule de ces questions, ni celles de détail, qui viennent s'y ajouter et qui portent sur l'organisation intérieure de tous ces services, ni enfin, la question des prix de construction et d'entretien, que l'architecte Distel s'efforce de résoudre, en trouvant une base de comparaison internationale. (1) Le projet de M. Vetter est le seul à la réaliser, le programme ayant presque exclu cette solution. Il n'y a que la méthode statistique pour éclaircir toutes ces questions, méthode qui, du reste, est à remettre au point continuellement. Pour définir le nombre des lits à placer dans une unité de malades du cancer, il ne suffit pas, par exemple, d'étudier la courbe des hospitalisations de cancéreux dans telle ville, ou tel quartier. On a vu, et récemment, des constructions où l'aile des hommes était symétrique de celle des femmes, tandis qu'en réalité, pour un homme atteint du cancer, on peut compter plus de deux femmes. La proportion inverse est à noter pour les maladies de peau. Dans la ville de Berlin sont hospitalisés dans: Les stations chirurgicales 14,6 % des malades — gynécologiques 6,7 % — urologiques 0,3 % — orthopédiques 0,8 % — oto-rhino-laryngologiques 0,76 % — ophtalmologiques 0,94 % — d'enfants 49 % — de médecine générale 17,4 % — pulmonaires 4,5 % — neurologiques 1,67 % — peau 3,63 % — autres maladies 0,3 % Ces chiffres ne peuvent pas être considérés comme base de plan pour un hôpital. S'il est, peut-être, souhaitable de créer, pour chacune de ces maladies, une station à part, il faut tenir compte que, dans la pratique du traitement hospitalier, les stations types ne devraient pas dépasser 25 à 30 lits, avec une chambre pour le médecin, une autre pour l'infirmière, en connexe avec la cuisine de thé, une salle de propreté pour les ustensiles des malades, une lingerie, lavabos, bains. Le programme de la station type diffère dans les différents pays (voir notamment pour l'Amérique les détails que nous publions). Dans la question: hospitalisation individuelle ou salles de malades, la tendance est en faveur de la chambre individuelle, mais on garde encore quelques dortoirs-box à six lits. Cette question nous paraît importante, ne serait-ce que pour la hauteur de l'étage. Un grave inconvénient, aussi bien du point de vue économique que du point de vue d'agrément, nous paraît résider dans le fait que la hauteur des grandes salles est appliquée automatiquement aux cellules individuelles. La deuxième question importante dans le secteur de l'hospitalisation, c'est l'orientation des chambres de malades. L'orientation vers le midi, que la plupart des architectes médicaux préconisent, est loin d'être généralement admise. Distel, au contraire, croit que cette orientation ne se recommande que dans les pays tropicaux, où le soleil zénithal ne pénètre pas dans la chambre, tandis qu'à nos latitudes, l'ensoleillement de midi serait plutôt gênant. Le docteur Dosquet, par contre, demande qu'on loge les malades dans des salles peu profondes, orientées strictement vers le midi, vitrées sur toute leur surface, et où les malades regardent vers la fenêtre. Cette salle, du reste, n'aurait pas de couloir, les pièces de service étant directement accessibles, et les lits étant séparés par des rideaux, comme dans les anciens Hôtel-Dieu. Contrairement à ce qu'on pourrait supposer, Dosquet affirme que les nouveaux opérés sont très vite guéris dans ces salles. Ces affirmations contraires confirment notre conviction qui est que, dans cette matière, comme dans tant d'autres, l'ensoleillement est loin de jouer le rôle primordial dans la formation du plan. Une visite à l'ancien hôpital Saint-Louis nous a fait réfléchir et nous nous demandons si, en matière de « lumière dans la salle de malades », ces anciennes constructions, avec leurs fenêtres hautes rentrant dans des plafonds voutés, n'ont pas réalisé un effet plus calme et plus guérissant que la plupart des constructions actuelles. Il est à remarquer, à ce propos, que certains pavillons voutés des architectes Abraham et Le Même cherchent un effet lumineux assez similaire. Si le nombre des lits, dans un hôpital, est fonction des besoins d'une agglomération, divisé par le chiffre optimum

Ce numéro de L'Architecture d'Aujourd'hui, datant de décembre 1934, est une édition spéciale consacrée aux hôpitaux et sanatoria. Il explore les tendances architecturales dans la conception de ces établissements, présentant des exemples variés allant des grands hôpitaux aux cités hospitalières et aux petits établissements spécialisés. L'ouvrage aborde également l'aménagement intérieur, la distribution des repas, la protection contre les rayons X, ainsi que les dispensaires et les sanatoria.