Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI 5 ARCHITECTURE URBANISME DÉCORATION

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Anciens Établissements Clémançon 23, Rue Lamartine - Paris — Trudaine 86-40 (3 lignes gr.) L'Électricité au Théâtre et au Cinéma Cinéma Raspail 216 - Paris — B. Elkouken, Architecte-Décorateur

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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI 5, RUE BARTHOLDI, BOULOGNE (SEINE) — TÉLÉPHONE: MOLITOR 19-90 et 19-91 COMITÉ DE PATRONAGE: MM. POL ABRAHAM, ALF. AGACHE, L. BAZIN, EUGÈNE BEAUDOIN, LOUIS BOILEAU, DJO BOURGEOIS, VICTOR BOURGEOIS, URBAIN CASSAN, PIERRE CHAREAU, JACQUES DEBAT-PONSAN, JEAN DEMARET, ADOLPHE DERVAUX, JEAN DESBOUS, ANDRÉ DUBREUIL, W. M. DUDOK, FÉLIX DUMAIL, ROGER EXPERT, LOUIS FAURE-DUJARRIC, RAYMOND FISCHER, TONY GARNIER, JEAN GINSBERG, HECTOR GUIMARD, MARCEL HENNEQUET, ROGER HUMMEL, FRANCIS JOURDAIN, ALBERT LAPRADE, FRANÇOIS LE COEUR, H. LE MÊME, MARCEL LODS, BERTHOLD LUBETKIN, ANDRÉ LURCAT, ROB. MALLET STEVENS, LOUIS MADELINE, J. B. MATHON, J. C. MOREUX, HENRI PACON, PIERRE PATOUT, AUGUSTE PERRET, G. H. PINGUSSON, HENRI PROST, MICHEL ROUX-SPITZ, HENRI SELLLIER, CHARLES SICLIS, PAUL SIRVIN, MARCEL TEMPORAL, JOSEPH VAGO, ANDRÉ VENTRE ANDRÉ BLOC, DIRECTEUR COMITÉ DE RÉDACTION PIERRE VAGO, RÉDACTEUR EN CHEF HISTORIQUE: ALBERT LAPRADE URBANISME: EUGÈNE BEAUDOUIN ARCHITECTURE: JOSÉ IMBERT TECHNIQUE: G. H. PINGUSSON INTÉRIEURS: J. P. SABATOU EXPOSITIONS: RENÉ DROUIN CHANTIERS: ANDRÉ HERMANT JULES POSENER SECRÉTAIRE DE LA RÉDACTION CORRESPONDANTS: ALLEMAGNE: JUERGEN SCHWEIZER — ANGLETERRE: W. W. WOOD — AUTRICHE: EGON RISS — BELGIQUE: DE KONINCK — BULGARIE: LUBAIN TONEFF — ESPAGNE: GUITIERRE SOTO — ÉTATS-UNIS: ANDRÉ J. ROBIN — EXTRÊME-ORIENT: HARRY LITVAK — GRÈCE: GEORGES KALYVAS — HONGRIE: GEORGES MASIREVICH — ITALIE: P. M. BARDI — PALESTINE: J. BARKAI — PAYS-BAS: J. P. KLOOS — PORTUGAL: PARDEL MONTEIRO — ROUMANIE: S. BARAS — SUÈDE: VIKING GOERANSSON — SUISSE: H. ZWEIGENTHAL — TCHÉCOSLOVAQUIE: MAX URBAN ET PIERRE PINSAUD — U. R. S. S.: PROF. ARKINE — YOUGOSLAVIE: L. ILITCH ET S. PLANITCH Mme M. E. CAHEN, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL --- DÉPOSITAIRES GÉNÉRAUX DE «L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI» A L'ÉTRANGER: BELGIQUE: LIBRAIRIE DIETRICH, 10, PLACE DU MUSÉE A BRUXELLES. — HONGRIE: BUDAI ALADAR ÉS TARSA, AGG-TELEKI UTCA, 17, BUDAPEST 8. — ROUMANIE: LIBRAIRIE «HASEFER», RUE EUGEN CARADA, BUCAREST. — ESPAGNE: ÉDITIONS INCHAUSTI, ALCALA 63, MADRID. — ARGENTINE: ACME AGENCY, CASILLA CORREO 1136, BUENOS-AYRES. — BRÉSIL: M. EDMUNDO JOSETTI, CAIXA POSTAL 915, RIO-DE-JANEIRO ET HARRIS, CAIXA POSTAL 2286, RIO-DE-JANEIRO — COLOMBIE: LIBRAIRIE COSMOS, CALLE 14, N° 127, APARTADO 543, BOGOTA 5ème ANNÉE - 4ème SÉRIE - N° 5 - JUIN 1934 CONDITIONS D'ABONNEMENT: FRANCE: 120 FR. — ÉTRANGER: 200 FR. — LE NUMÉRO, FRANCE: 18 FR. — ÉTRANGER: 25 FR. ABONNEMENT A «CHANTIERS»: FRANCE 50 FR. — ÉTRANGER: 70 FR. — LE NUMÉRO, FRANCE: 6 FR. — ÉTRANGER: 8 FR. ABONNEMENTS CUMULÉS A «L'ARCH. D'AUJOURD'HUI» ET A «CHANTIERS»: FRANCE: 150 FR. — ÉTRANGER: 250 FR.

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GROUPE D'H. B. M. A BOULOGNE-SUR-SEINE, JACQUES DEBAT-PONSAN, ARCH. FENÊTRES, BÂTIS, HUISSERIES MÉTALLIQUES PORTES CAISSONNÉES SPÉCIALES BTÉ S.G.D.G. DEMANDEZ-NOUS NOS STANDARDS L.O. DOUZILLE ING.A.M 7, RUE SÉBASTIEN-MERCIER - PARIS XVᵉ - VAUG. 69-00.69-01 SIÈGE SOCIAL ET USINES A ALBERT (SOMME) - TELEPHONE : 43 A ALBERT PUB.: ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI

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SOMMAIRE 4 L'ARCHITECTE PAUL LÉON. 7 EN RELISANT LES VIEUX AUTEURS ALBERT LAPRADE. L'ARCHITECTURE EN FRANCE 9 L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI J. IMBERT. 10 IMMEUBLE RUE LORD BYRON J. DESBOUIS. 15 IMMEUBLE, PLACE VAUGIRARD E. ET M. HENNEQUET. 20 GROUPE D'IMMEUBLES A NEUILLY L. FAURE-DUJARRIC. 27 CONSULAT FRANÇAIS A JÉRUSALEM MARCEL FAVIER. 30 THÉÂTRE DE L'ESCURIAL A NICE L. VARTHALITI. 33 TENNIS COUVERT A AUTEUIL ANDRÉ HAMAYON. 34 LA MAISON DU PILOTE A ORLY GEORGES THURIN. 36 ÉTABLISSEMENT DE BAINS-DOUCHES A PARIS ALAGUILLAUME. 38 IMMEUBLE A BOULOGNE-SUR-SEINE FIEDLER ET POLIAKOFF. 40 IMMEUBLE A PARIS R. ET H. BODECHER. 41 IMMEUBLE A THONON-LES-BAINS M. NOVARINA. 42 IMMEUBLE A PARIS E. ET J. HERBÉ. 43 SOUS-STATION OUEST-LUMIÈRE A MALAKOFF B. LHOTELIER ET G. ROBIN. 44 CONCOURS POUR UN PALAIS DES EXPOSITIONS. L'ARCHITECTURE À L'ÉTRANGER 55 L'ARCHITECTURE EN ROUMANIE R. MOITY-BIZARY. BUCAREST. NOUVELLES TENDANCES M. CANTACUZÈNE. 63 ROTTERDAM J. P. KLOOS. DEUX VILLAS DE BRINCKMANN ET VAN DER VLUGT. SILO DE GRAIN DE BRINCKMANN ET VAN DER VLUGT. IMMEUBLE DE RAPPORT, ARCHITECTE: VAN TIJEN. 71 ÉCOLE SUPÉRIEURE DE NAVIGATION A ANVERS JOSSE VAN KRIECKINGE ET FILS. 74 PAVILLON D'ABRI SUR LA PLAGE DE SOUTHAMPTON (U. S. A.) W. MUSCHENHEIM. L'ARCHITECTURE DE L'INTÉRIEUR 75 EXPOSITION DE MEUBLES A AMSTERDAM J. P. SABATOU. 77 EXPOSITIONS « NATIONALES », FAÇADES « INTERNATIONALES » J. P. SABATOU. PROJETS ET TRAVAUX D'ARCHITECTES 79 IMMEUBLE DE PETITS APPARTEMENTS A. ET G. PERRET. 80 EXPOSITION DE L'ATELIER LURÇAT. 83 ÉTUDES TECHNIQUES, REVUE DE LA PRESSE, INFORMATIONS.

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L'ARCHITECTE CONFÉRENCE DE M. PAUL LEON ...Il est bon qu'en cette semaine de méditation sur les arts, l'architecture ait sa part. Elle est trop souvent négligée. Dans le passé, quelle surabondance de documents biographiques sur les sculpteurs ou sur les peintres! On a fouillé leurs annales, leurs origines, leurs vies. Peu de choses sur les architectes; ils n'ont rien écrit d'eux-mêmes et l'on n'a guère écrit sur eux. Nous ignorons non seulement les maîtres du Moyen Age mais, plus près de nous, les Blondel, les Mansart ou Robert de Cotte. C'est encore dans notre histoire un champ presque inexploré. Pour le présent, les architectes, dans la grande famille des artistes, demeurent non des parents pauvres mais des parents éloignés. Un exemple m'est familier. Suivant le rite consacré avait lieu la semaine dernière la visite présidentielle du Salon. J'en ai suivi plus qu'homme au monde; le cortège solennel s'attarde aux peintres, discute, admire, nomme, salue. On presse le pas aux sculpteurs «apparent rari nantes», on en passe et des meilleurs. Vainement les architectes attendent la manne officielle. Il n'ont qu'un salut à la porte ou, si l'on risque d'entrer, alors le pas accéléré se transforme en un pas de charge. A cela bien des raisons. Si le peintre et le sculpteur montrent l'œuvre réalisée, impossible à l'architecte de présenter son monument, à la manière des pierres tombales où le maître tient dans sa main le modèle de son église. L'œuvre bâtie ne transporte pas par l'image comme le poème par la lettre ou la musique par le son. Il faut aller à elle; l'architecture tient au sol, elle s'implante dans le site, elle se compose avec lui. D'autre part, il est admis que tout le monde est compétent pour juger de la valeur d'un tableau ou d'une statue. Chacun croit, selon le terme consacré «s'y connaître», et, si vous le contestez, vous êtes un homme discourtois. Nulle prétention de ce genre à propos de l'architecture. L'incompétence est avouée, reconnue et je dirais presque honorable. C'est là ce qui m'a donné la hardisse de répondre à votre appel. Je me suis dit qu'au surplus, si je n'étais pas architecte, j'avais été du moins, pendant près de trente ans, un client des plus sérieux, le premier gérant d'immeubles de France, d'immeubles tels que le Louvre, Versailles ou Fontainebleau, immeubles dont le rapport se compte en histoire et en gloire. Pendant ces longues années je crois avoir appris à connaître les architectes; je les ai vus très attaqués, mal défendus, incapables de polémique, laissant courir bien des erreurs faute de temps pour les rectifier, répondant aux critiques par des œuvres selon le précepte de Philibert Delorme qui commande à l'architecte «de se garder de trop parler car il est meilleur de bien faire». Il y a peu de temps, dans cette salle, j'admirais une exposition d'œuvres actuelles qui constituait aux critiques une réponse péremptoire. Je pense qu'il n'est pas un pays qui puisse s'enorgueillir d'une plus belle sélection: monuments édifiés dans nos régions dévastées, églises, hôtels de ville, palais de justice; organisation urbaine, éditilitaire, administrative de nos colonies, adaptation à la découverte scientifique et à la technique industrielle: garages, hangars, aéroports; établissements d'hygiène et d'utilité sociale: sanatoria, piscines, stades, écoles, postes, banques, halles, ponts, théâtres, fermes, manufactures, cités-jardins. Diversité des programmes, diversité des talents, rapprochés cependant par une parenté de style et d'époque, par une étroite alliance de la tradition et du modernisme. C'était là une grande leçon. L'architecture française est aussi vivante, aussi riche de sève, aussi ferme en ses principes, aussi souple en ses solutions qu'elle le fut à aucune époque. Son lendemain paraît assuré... Et pourtant notre architecture traverse aujourd'hui une crise. Le contraire serait étonnant. Vous connaissez le vieil adage: «Quand le bâtiment va, tout va». On peut en renverser les termes: «Quand rien ne va, le bâtiment peut-il aller?» L'architecture reflète l'état social; la crise qui sévit sur elle est une crise générale; elle est d'ailleurs fort ancienne, sa forme seule a changé. D'autres siècles l'ont appelée la querelle des Classiques et des Romantiques, des Anciens et des Modernes, des humanités et des techniques et aussi à toute époque, la querelle des médiocrités aux prises avec le talent. Un professeur en Sorbonne, siégeant sur les bancs du Sénat, a dû sa célébrité à une exclamation fameuse: «Nous mourons de l'inexactitude de la position de la question». Celle-là du moins, essayons de la bien poser. Si l'on compare le rôle de l'architecte dans le passé et dans le présent, on a l'impression d'assister au démembrement de son empire et je répéterais volontiers le mot de Sieyès à propos du Tiers-Etat: «Que doit-il être? Tout. Qu'est-il? Rien. Que veut-il être? Quelque chose». L'architecte, à vrai dire, occupe parmi les artistes une place toute spéciale. La musique est art d'invention, il suffit au musicien, maître de l'harmonie, d'un crayon et de portées. La peinture et la sculpture sont des arts d'imitation; peintres et sculpteurs ont devant les yeux un modèle, non sans doute pour le copier — un portrait ressemble au peintre bien plus sûrement qu'au modèle — mais au moins pour l'interpréter. L'architecte, comme le musicien, est créateur d'harmonies. Ses harmonies sont les modules: proportion, échelle, auxquels à travers les siècles sont soumis les monuments, rapports de nombres et de tracés géométriques qui se découvrent à l'étude, de même que la micrographie, en grandissant la matière, nous la montre composée, dans ses intiminent petits, de formes géométriques aux proportions rigoureuses. Il y a donc en architecture une sorte de beau fixé... Après la règle, la tradition. Si l'architecte n'a pas devant les yeux son modèle, combien en imposent à sa vue les générations antérieures. En architecture, moins qu'ailleurs, on ne peut s'abstraire du passé. Les morts comptent plus que les vivants. Voyez une ville comme Paris; les contemporains de Saint-Louis se retrouveraient en leur temps devant la Sainte-Chapelle, ceux de Louis XIV devant les Invalides ou le Val-de-Grâce. L'histoire de l'architecture hante la pensée de l'architecte. «Il n'y a point de sortisses qui durent plus longtemps et qui ne se remarquent davantage, écrit Diderot, que celles qui se font en pierre». Donc, deux forces de tradition: l'observance du rythme et le témoignage de l'histoire. En face de la tradition le mouvement; en face des règles fixes les nécessités variables. On construit pour un pays, sur un sol, sous un climat: telle lumière telles ouvertures, telle pluie telle pente des toits: à l'histoire s'oppose la géographie. A l'histoire s'oppose l'histoire elle-même; aux exemples d'hier, les nécessités d'aujourd'hui. Tradition, évolution: entre le passé et l'avenir, entre hier et demain, traité par ceux-ci de «fauve» et par ceux-là de «pompier», sollicité d'avancer et de freiner tout ensemble, tirailleur entre sa mémoire et son imagination, prisonnier de la tradition et forçat du futurisme, l'architecte est écartelé. La pauvre reine Brunehaut n'a pas connu pire supplice. A travers les différents siècles, comment se résout le problème? Sans remonter au déluge, interrogeons l'histoire, ce prophète qui regarde en arrière. L'architecte du Moyen-Age appartient au monde ouvrier. Il a les mêmes origines que ceux qu'il emploie: primus inter pares. Comme eux, il a fait son temps d'apprenti et de compagnon. L'art demeure uni au métier, la direction à l'entreprise. Ce n'est pas du haut d'une chaire que se donne l'enseignement. On transmet des procédés, on communique des recettes. L'expérience s'acquiert sur le tas. Rien de comparable à nos dessins actuels; le célèbre Album de Villard de Honnecourt, le seul carnet d'architecte que nous possédions au XIIIème siècle, ne contient ni cotes ni mesures; des indications générales suffisent aux hommes de métier entraînés à reconnaître par habitude et par instinct les dimensions convenables à chaque partie d'édifice. L'architecte du moyen-age est vraiment maître de l'œuvre. L'œuvre, c'est tout ce qui constitue l'immeuble et le meuble d'un bâtiment, depuis la fondation jusqu'aux tapisseries, aux flambeaux, aux menus objets mobiliers. Les artistes du moyen-age concouraient à un ensemble. Ni le sculpteur, ni le peintre, ni le verrier ne se séparaient de l'édifice. Ils se considéraient comme les parties d'un tout, sorte de choeur dans le- (1) Nous publions ici les principaux extraits d'une conférence faite par M. Paul Léon, à l'occasion de la «Semaine» de l'Ecole Nationale des Beaux-Arts.

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quel chacun tendait à un ensemble harmonieux. Alliance pré- cieuse qui cessa du jour où le peintre fit des tableaux et non de la peinture, les sculpteurs des statues et non de la sta- tuaire, où les musées s'enrichirent des dépouilles de monu- ments et où l'art mourut, peut-on dire avec quelque para- doxe, de la naissance des artistes. Une brûlante polémique met en ce moment aux prises architectes et archéologues à propos de la fonction remplie par la croisée d'ogive. Etait-elle nécessaire à l'équilibre, était-elle simple ornement? Sans doute, les maîtres de jadis s'étonneraient de telles contro- verses; elle était l'une et l'autre chose, selon les besoins et les cas. L'expérience guide et réalise et selon le mot de Pas- cal, les raisons ne viennent qu'après. Principes et méthodes séculaires, transmission d'une expé- rience héréditaire, unité réalisée dans l'œuvre; en face, le modernisme. L'architecture médiévale a été une expérience perpétuelle, une recherche de nouveauté, une adaptation aux besoins, poursuivie sans repos ni trêve; la lutte de l'esprit contre la matière dans la forme même où nous la menons au- jourd'hui. Le Romain, maître du monde, riche d'esclaves, de matériaux, de transports, construit en imperator, par masses stables et solides, ou portantes ou portées. L'homme du moyen-âge, lui, cherche à diminuer la matière: extraction des carrières, insécurité des routes, péages et douanes inté- rieures; pour lui, autant de difficultés à vaincre. Il lui faudra couvrir la plus vaste surface possible, élever ce forum sacré qui s'appelle la cathédrale à la plus grande hauteur, sur les plus légers points d'appui; percer les anciens murs romans, ouvrir les vastes baies des varrières ogivales, en portant le large vaisseau sur la frêle croisée d'ogive, la poutre en ci- ment d'alors. Evolution dont le terme, assurément provisoire, était, il y a quelques semaines, ce grand projet de palais construit en pou- relles d'acier, pouvant abriter sous son toit toute la place de la Concorde avec de libres portées sous lesquelles on pourrait à l'aise étendre la tour Eiffel. Pourquoi ce modernisme médiéval ne s'est-il pas soudué au modernisme d'aujourd'hui? La Renaissance a ramené l'archi- tecture à l'imitation de l'Antique. Les règles de l'harmonie deviennent des canons fixés. Un dogme s'établit en art dont Vitruve est le prophète, comme Aristote l'a été pour les let- tres et le théâtre: deux devins à qui l'on fait dire beaucoup plus qu'ils n'ont pensé. D'autre part, la tradition historique emprunte ses modèles à l'imitation de la Rome antique. Enfin, au maître d'œuvre succède l'architecte que son rang profes- sionnel et social élèvera désormais au-dessus des maîtres ma- cons. Triomphe de la tradition. L'esprit moderne est-il mort? Nullement. Voyez Philibert Delorme, sorte de Janus bifrons, divinité à deux faces. Officiellement, il est fêtu de l'Italie, il traduit Vitruve et ne jure que par lui. Il passe des années à Rome dans l'enthousiasme de la découverte, provoque et exécute des fouilles, étudie et mesure des monuments. Il n'est question dans ses ouvrages que d'épistyle, de crypto-porti- que, d'hémicycle, de stylobate, de métropole, de parastate, de tétrastyle, encore s'excuse-t-il, comme les poètes de la Pléiade, de la pauvreté de la langue française. Dans son livre sur l'ar- chitecture, il nous présente une planche gravée où figure le mauvais architecte: le fond est occupé par un château con- struit à la française avec tour crénelée et chemin de ronde, pont-levis et donjon central. Le mauvais architecte court au milieu des pierres et des fondrières, sans mains, sans yeux, sans oreilles; «il a seulement une bouche pour bien babiller et médire et un bonnet de sage avec l'habit pour contrefaire le grand docteur». Evidemment, aux yeux de Philibert, ce mauvais architecte c'est Chambiges, c'est Lebreton, c'est la coterie contre la- quelle il a lutté toute sa vie, ce sont ces faux architectes «qui s'en attribuent le nom et doivent être plutôt appelés maîtres-maçons qu'autrement». Il y a chez lui plus qu'une question d'art, il y a une question professionnelle et sociale. Il faut introduire à la place des maîtres-maçons, héritiers des maîtres d'œuvre du moyen-âge, de leurs recettes, de leur science empirique, l'architecte véritable dont il donne le por- trait, auquel il demande une science véritablement enclo- pédique: mathématiques, philosophie, sciences naturelles, mé- decine, jurisprudence, et qu'il investit tout à la fois de la con- fection du projet, de l'exécution sur chantier, du règlement de la dépense, commandant à tous les corps, y faisant régner l'harmonie. Philibert fut tout cela pendant un temps à la cour: architecte, surintendant des bâtiments, sorte de dicta- teur appelé le dieu des maçons. Un véritable démiurge. In- genieur comme Vitruve, ce constructeur d'ordres antiques inspecte les fortifications de Bretagne, surveille au Havre les constructions navales et l'équipement de la flotte destinée au camp de Boulogne et à un débarquement en Angleterre. Il chasse l'Anglais de Brest entièrement désarmé, en simulant le long des murs toute un fausse artillerie; il est l'ancêtre du camouflage moderne. Cet admirateur de Vitruve, ce dévoût disciple de Rome est constamment préoccupé de résoudre et d'adapter les problèmes à la française. Au lieu des terras- ses à l'italienne, proposées pour la Muette comme pour St- Germain, il lance son invention de charpente à petits élé- ments conciliant la nécessité du comble à grande pente et la difficulté de trouver et de transporter des bois de grandes dimensions. Par là, il produit dans la construction une révé- lation décisive: réduction de l'épaisseur des murs, des sur- faces de la toiture, utilisation d'un étage, sorte d'anticipatio- n du système de la mansarde. La charpente actuelle de la cathédrale de Reims, construite après la guerre, n'est qu'une application en ciment armé du système de Philibert Delorme; de même que le projet de basilique conçu par le vieux maître constitue, avec les moyens d'alors, une sorte de Galerie des machines, avant la lettre, que ne désavouerait pas un ingé- nieur de nos jours... ...La Révolution qui a bouleversé la société jusque dans ses fondements n'atteint pas l'architecture. Au début du XIXème siècle, tandis que Percier reconstitue lentement et laborieu- sement, à la place des corporations éteintes, l'éducation des ouvriers, l'organisation des chantiers, les Académies renaiss- ent sous la forme de l'Institut et l'Ecole impériale des Beaux- Arts est ouverte en 1807. Le dogme antique demeure intan- gible. Vitruve est toujours le Dieu; son prophète est Quatre- mère de Quincy, le rigide et intransigeant secrétaire perpé- tuel de l'Académie des Beaux-Arts. A la base de la doctrine se trouve la théorie du Beau fixé dont le principe est éternel et qui demeure en face des innovations audacieuses ou des révolutions stériles, tout de même que le soleil persiste sous le nuage. Toute nouveauté est faite d'éléments préexistants, la composition du présent n'est qu'une recomposition du passé. Cependant l'unité du dogme, au moment même où elle se trouve le plus hautement proclamée, est condamnée à dis- paraître. Depuis la Renaissance, en effet, l'architecture a vécu sur la doctrine de Vitruve et sur l'imitation des monu- ments romains. La découverte de Paestum et des ruines de la Grande Grèce, a démontré au milieu du XVIIIème siècle combien Vitruve avait défiguré l'ordre dorique. Les voyages en Grèce se multiplient au début du XIXème siècle, jusqu'à ce qu'enfin la Grèce même se soit ouverte, au lendemain de la guerre de l'Indépendance. Ludovic Vitet constate que c'est grâce aux Turcs et à notre ignorance de l'Hellade dont ils nous fermaient la porte que Vitruve a pu devenir un oracle. L'erreur où nous avait jeté la confiscation de la Grèce, l'affranchissement de la Grèce nous en a délivrés. Ce n'est pas seulement la flotte du Sultan, c'est l'autorité de Vitruve qui a sombré à Navarin. Désormais il n'y a plus une antiquité mais des antiquités. Il y a l'antique de l'antique, la Grèce derrière Rome, et, der- rière la Grèce elle-même s'aperçoit le monde oriental dont Bonaparte, en Egypte, vient de déchirer les voiles. Ainsi, cha- que époque reprend sa place et son rang. Avant le miracle grec, le miracle oriental. Le dogme de la beauté fixée dispa- rait pour faire place à la critique historique. De même, par l'effort de Vitet, de Mérimée, le Moyen-Age ignoré reprend sa place au même titre que les autres périodes, à travers la chaîne des temps. Les médiévistes se présentent comme les continuateurs de l'hellénisme en Occident; la cathédrale Notre-Dame continue le Parthénon. Dès lors, au dogmatisme succède l'éclectisme qui domine l'architecture pendant toute la première moitié du XIXème siècle. De même que, dans les ap- partements, on passe du lit à colonnes qu'aurait reconnu Henri II au boudoir évocateur de Mme de Pompadour ou à la salle à manger prête pour le Premier Consul, de même se

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dressent les colonnades de la Madeleine ou de la Bourse à côté des façades à ogives ou à lancettes ou des pilastres Renaissance. Ce sera pour l'avenir une singulière énigme de comprendre comment le XIXème siècle si profondément novateur qui, dans ses découvertes scientifiques ou ses révolutions sociales, a bouleversé les conditions de l'existence humaine, demeura si longtemps obstinément traditionnel et résolument stationnaire dans le décor de la vie, sauvegardant avec piété l'ancien cadre des régimes qu'il avait lui-même abolis. Erudition-Création. Dilemme devant lequel se trouve à son tour Viollet-le-Duc. Comment se servir de l'histoire, non pour l'imiter mais pour s'en inspirer, pour tirer de son expérience les directions du présent à la manière dont elle conduit l'action des hommes politiques. Comment un siècle fondé sur la critique et l'histoire peut-il trouver l'inspiration qui fait naître les chefs-d'œuvre? ...L'antidote contre l'électisme devait venir des progrès de la science et de la technique industrielle. A partir du milieu du dernier siècle changent toutes les conditions de la construction et de l'habitation. Aux matériaux fournis par la nature, à la pierre et au bois dont l'homme, depuis l'origine, avait fait sa demeure comme la terre son manteau, succède peu à peu l'emploi des matériaux usinés. Le fer, mis en œuvre par Labrouste à la Bibliothèque Nationale, par Baltard aux Halles Centrales, arrive à son apôtèose dans les palais de Formigé à l'Exposition de 1889 et, comme le dernier siècle a été celui du fer, le nôtre paraît devoir être celui du ciment armé... Dès le début du siècle, le secrétaire de l'Ecole des Beaux-Arts, Léonor Mérime, le père de Prosper Mérime, se préoccupait d'orienter l'éducation des jeunes architectes vers la construction et la science de l'ingénieur. Les élèves de l'Ecole ne devaient pas, selon lui, se contenter d'être des faiseurs d'images. «Les jeunes architectes, écrivait-il, qui ont obtenu les plus brillants succès à l'Ecole sont si peu instruits en construction à leur retour d'Italie qu'on pourrait à peine leur confier le moindre édifice. Il n'existe pas un seul architecte parmi les ingénieurs, et nous avons peu d'architectes qui pourraient construire un pont. D'autre part, il n'est pas un ingénieur capable de faire un petit casier de prince ayant le sens commun ». En 1820, il élabora un projet admettant des polytechniciens à l'Ecole des Beaux-Arts et un autre, en 1835, consistant à recruter à l'Ecole polytechnique un corps d'architectes municipaux. On sait combien les mêmes préoccupations ont hanté Viollet-le-Duc, et, comment en 1863 il tenta de réformer l'Ecole des Beaux-Arts en l'arrachant à la tutelle académique, en créant des professeurs désignés directement par l'Etat, en élargissant l'enseignement selon les exigences de l'éducation moderne. Tentative aussitôt compromise par les rivalités de personnes et la violence déployée dans les deux camps. Ce sont là des épisodes aujourd'hui bien oubliés, des oppositions qui nous paraissent périmées et qui ont été regrettables. Sainte-Beuve, les a de part et d'autre condamnées: «L'esprit, dit-il justement, ne gagne jamais à avoir pour auxiliaire ce qui est le contraire de l'esprit». Sous ces maladresses de forme, une thèse juste dans le fond; le désir de rendre à l'architecte son ancien rôle de maître et, surtout après 1871, la nécessité de lui faire jouer un grand rôle dans le relèvement national, dans la réforme intellectuelle et morale de la France telle que la réclamait Renan. «Nous faisons, écrivait Violet-le-Duc, de l'architecture de sentiment comme nous avons fait de la politique de sentiment, la guerre de sentiment. Il faudrait songer à faire intervenir la raison, le bon sens, l'étude des nécessités du temps, les perfectionnements fournis par l'industrie, les moyens économiques, les questions d'hygiène et de salubrité». Selon lui, l'architecte ne pouvait se régénérer que par le contact avec les ingénieurs. «Si les architectes, écrit-il, ne veulent plus que par le passé chercher à résoudre des questions qui s'offrent chaque jour au constructeur, s'ils n'admettent pas que l'on enseigne ce qu'ils ignorent, s'ils continuent à professer un dédain inexplicable pour tout ce qui est examen et critique sérieuse, derrière ces architectes se forme un bataillon de jeunes ingénieurs qui n'auront pas grand peine à convaincre le public de l'insuffisance des vieilles méthodes, du gaspillage des deniers publics, sous prétexte d'œuvre d'art. Il importe assez peu à ce public que l'architecture sage, raisonnée, expression de nos besoins et de nos ressources industrielles soit faite par des gens qui portent le titre d'ingénieur ou celui d'architecte, pourvu qu'elle soit ». Je vous ai signalé, au début de cette étude, comment s'était affirmée depuis lors l'architecture moderne, liant structure et décor, harmonisant les façades et les plans, les matériaux et les formes. L'Exposition de 1925 et ses lendemains ont clairement indiqué ces tendances. Et cependant, aujourd'hui, le problème, quels que soient ses changements d'aspect, demeure toujours identique. L'emploi du ciment armé a créé des facilités de construction qui conduisent en réalité à des difficultés redoutables. Le constructeur aujourd'hui, n'est plus limité par des dimensions, des proportions, des écartsments, des portées régulièrement déterminées. Il jouit d'une liberté effrayante. Vous savez la définition simpliste qu'on donnait du canon: on prend un trou et l'on met du bronze autour. Avec le ciment armé, c'est quelque chose d'analogique. Autrefois on dressait un mur et l'on y perçait des vides, maintenant on prend un vide et on l'entoure de clôtures. On ouvre, on ferme, on monte, on couvre où l'on veut et comme on veut. De là, la facilité pour des constructeurs, sans études, d'élever, conformément à des barèmes établis de pression ou de résistance, ces boîtes cubiques que sont beaucoup des maisons d'aujourd'hui. D'autre part, pour l'architecte, quelle difficulté d'être plus tenu par des notions précises d'écart, de dimension, d'échelle et de n'être plus enchâiné par le dogme vitruvien. Pouvoir tout faire, quel risque d'impuissance! Dans cette liberté, quelles chances d'erreurs! Structure nouvelle, décor nouveau. Comment présenter au dehors cette matière pauvre, ingrate que constitue le ciment? La plupart du temps, on le cache sous une façade agrafée de minces dalles de pierre comme on «revêt» nos meubles d'une écorce de bois précieux. Est-ce donc la renaissance du décor par revêtement sur ces matériaux moulés, succédant au refouillement qui convenait à la pierre? Arrivera-t-on, au contraire, à sculpter directement ces rugueuses et ternes surfaces? D'ingénieurs essais ont été faits en ce sens; au problème de la structure et de la proportion, s'ajoute celui du décor. Facilité de construction pour tout bâtisseur quel qu'il soit. Ajoutons aussi l'élévation de son niveau intellectuel et social. L'entrepreneur, subordonné à l'architecte, sort aujourd'hui des grandes écoles: Centrale ou Polytechnique. L'entreprise est absorbée de plus en plus par des sociétés financières. Dans le bâtiment, comme ailleurs, l'action collective apparaît seule efficace. Qu'adviendra-t-il de l'architecte? Risque-t-il d'être absorbé pa des puissances techniques et financières plus fortes que son individualisme créateur? Deviendra-t-il, comme il arrive hélas trop souvent, l'employé, le subordonné? D'autre part, cherchera-t-il, devant la masse des connaissances aujourd'hui indispensables, à se spécialiser comme l'ont fait les médecins? De même que l'architecte a cédé jadis la place à l'ingénieur militaire et naval, continuera-t-il à démembre son empire au profit de l'ingénieur civil? Deviendra-t-il au contraire, comme jadis en France ou comme aujourd'hui dans la plupart des pays, non plus un simple mandataire, mais un constructeur, un bâtisseur direct, réunissant dans la même main la conception et l'entreprise? Permettez-moi de penser que la solution souhaitable, celle qui est conforme à l'histoire, aux intérêts du temos présent, au génie de notre pays doit être le maintien de l'architecte à son ancien niveau, le développement de sa culture générale qui peut seule lui permettre de dominer les techniques professionnelles et de se servir d'elles sans s'asservir à elles. De même qu'aux grandes époques, sa construction doit toujours porter un caractère d'art qui n'est pas nécessairement donné par un ornement, mais qui peut résulter des dimensions, des proportions, de l'échelle, de ce je ne sais quoi qui se perçoit sans se définir, qui compte sans se calculer, qui ne s'achète ni ne se vend et qui s'appelle le bon goût. «Apprenons à nos élèves, écrivait Mérime, qu'un profil, fût-il d'Ictinos n'est pas plus cher à exécuter que le plus baroque». L'utilité n'exclut pas la beauté. L'architecte Eupalinos dont Paul Valéry s'est fait le très perspicace interprète, nous dit: «il est des monuments muets, il en est d'autres qui parlent, il en est d'autres qui chantent». La nature est muette, la raison parle, seul l'art chante. Il me semble que celui-là pourra se dire architecte qui fait chanter son monument.

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En relisant les vieux Auteurs LE LIVRE D'ARCHITECTURE DE MAITRE LÉON ALBERT, 1553 PAR ALBERT LAPRADE Des hommes, jadis, s'exprimaient « tel sur le papier qu'à la bouche ». D'autres construisaient logiquement, sculptaient en toute naïveté. Et tous faisaient, sans le savoir, des chefs-d'œuvre! Comment avons-nous pu laisser perdre une formule si simple? Comment, aujourd'hui, dans nos villes et dans nos campagnes, expliquer cette juxtaposition constante des splendeurs du Passé... et des bêtises trop nombreuses du Présent? Ce sont là questions que nous nous posons souvent en des contrées proches ou lointaines. Les futurs historiens demeureront bien stupéfaits devant cette Science du XIXème siècle s'épanouissant en synchronisme avec l'anéantisement presque total du génie artistique et ce que Duhamel définit « la ruine de l'âme ». Le « Productivisme » aurait-il complètement perverti l'esprit humain en déchaînant cet effroyable appétit d'argent qui, depuis le « pauvre diable » jusqu'au « ploutocrate repu », étreint la totalité des hommes en toutes leurs fibres? Aurait-on, dans ce vertige de conquêtes transcendantes, perdu en route les vérités premières, les qualités élémentaires? Certaines, celles qui avaient permis à l'Humanité d'accumuler tant de chefs-d'œuvre, en Grèce, en Italie, en Espagne, en France ou ailleurs et dans tous les domaines, architecture, peinture, sculpture, musique, arts appliqués, semblent avoir presque totalement disparu. Ils sont rares les hommes ayant conservé au cœur l'idéal, la Foi, la Conscience, l'Honnêteté... et surtout le « Bon sens » — cette denrée jadis si répandue. Ce « bon sens » magnifique des ancêtres, nous le trouvons à nu dans leurs livres. Poursuivant la lecture de son ouvrage, traduit par Jean Martin, voici quelques conseils avisés que veut bien nous donner Maître Léon Albert, architecte de Laurent de Médicis à Florence en la première moitié du XVIème siècle. Après avoir fait un beau panégyrique de l'architecture et des architectes, il note que les prédécesseurs « avec merveilleux exercice d'esprit » ont fait grandement progresser les sciences « dont toutes les fins tendent à nous faire bien et heureusement vivre ». Certes, si on les veut toutes « esplucher », peu apportent plus de « profit conjoint à volupté honnête » que « la tres industriese Architecture ». Dans un premier chapitre, il est question des « traits et lignes ». « Tout l'art de bien et raisonnablement bastir consiste en linéaments et structure ». Il s'agit d'abord de « bien assembler les traits et angles qui désignent le pourpris ou parterre de l'édifice ». En un mot, il faut d'abord établir le plan et pour cela connaître le programme, les « parties communes ou particulières », savoir si le client se « plaisait de dormir en un lieu, avoir foyer en un autre ». Il faut « compar- tir les membres » du bâtiment. La maison doit non seulement avoir chaque portion bien adaptée à certains usages mais encore elle doit être « avant tout saine et salutaire, solide pour durer (s'il est possible) à perpétuité ». Et enfin elle doit être de « belle grâce », d'un « accueil délectable ». En résumé, la maison sera saine, pratique, solide et belle. Excellentes directives! Le choix de l'emplacement est capital. Suivant l'orientation, la position, l'air d'alentour sera « bon ou mauvais ». Aussi « les antiques mettoient le plus grand soing et diligence qu'il leur estoit possible, pour trouver des places habitables exemptes de toute nuisance et qui feussent bien douées par la nature, de toutes les comodités nécessaires, afin d'y consommer leurs aages en santé et plaisir ». Si l'air est bon « nous le sentons merveilleusement profitable ». « Au contraire, s'il est infecté, rien qui soit ne se trouve plus dangereux ». Un bon air est nécessaire « à l'en-gendrement, production » et le reste. « Véritablement, c'est une maxime, que les personnages qui vivent en air serain, sont pour la plus part de meilleur esprit que ceux qui croupissent » dans un air « humide et tout plein de melancholie ». « Aussi pour cette cause, l'on tient que les Athéniens estoient de trop meilleure appréhension que ceux de Thèbes ». Si possible chercher l'air pur, ciel « plein de toute joye », où « la vue peut franchement pénétrer ». Toutes les « raisons physicales » nous démontrent l'utilité du Soleil « Les rayons d'icelluy Soleil tombant sur le costé qui en est plus rosty » font naître le mécanisme des vents, des nuages qui « s'en vont plonger dans le grand Océan, où s'estant remplys de l'humeur, recommencent à errer à travers la dicte spaciosité de l'air... ». Il faut étudier le climat avec soin car nous voyons des régions « avoir la jouissance d'un air pur et gaillard, et d'autres qui leur sont voisines, et quasi enclavées en elles, avoir le ciel tout morne et fascheux, et les jours tristes ». Dans cet hymne aux rayons ultra-violets, on invoque le témoignage de Ciceron vantant le climat de Syracuse où les habitants jouissent « du soleil chacun jour de l'année, qui est certes une chose rare et toutefois grandement désirable ». Maître Albert vante l'Egypte où les habitants « sont quasi en perpétuel printemps et où, par la grâce des Dieux, se garde une constance et immutabilité d'air, plus qu'en toutes autres provinces ». Hérodote avait d'ailleurs remarqué que les hommes de ces contrées « principalement ceux qui habitent le costé regardant la Lybie, sont plus sains que nulz autres et s'entretenans mieux en perfecte santé ». Belle réclame pour le nudisme! Mais n'exagérons rien car certains peuples de l'Afrique en arrivent, paraît-il, à maudire et à conjurer le Soleil « parce qu'il les ard ou rostit par trop grande continuation ». Choisissez un endroit événent. Rien de meilleur que l'Aquillon, petit vent du Nord, « plus commode que tous autres pour rendre aux hommes la santé perdue et la conserver quand ils l'ont recouverte ». Par contre, se méfier des vents du Sud et de celui de Corus qui « fait les gens toussir ». Chose curieuse, Léon Albert épousant les préventions des « naturalistes » ne conseille pas les bords immédiats de la Méditerranée où l'ardeur du soleil est « doublement violente, l'une causée par le ciel, l'autre par la réverbération des eaux ». De plus « quand le dict soleil se va coucher, il se fait une dangereuse mutation d'air, quand les froides ombres de la nuit commencent à venir ». Si Léon Albert ne fait pas de publicité pour la Côte d'Azur, il n'en fait pas non plus pour les Alpes. « Je ne bastiroye jamais en une croupe de montaigne difficile et malayissé ». En quel endroit faut-il bâtir? « Là où ne défaillist aucune chose nécessaire à la vie », avec faciles accès pour « les matériaux et les provisions par bateaux, sommiers, charroy ». Cherchez un endroit pas trop humide, plutôt froid que trop chaud « car on remédie bien au froid par bonnes murailles et bien couvertures, accoutrements bien garniz de fourrures, bon feu dans la maison et en s'exercitant... ». « Le sec endurcit et le froid hérissonne ». Les personnes habituées au froid « sont plus robustes et moins subgettes à maladies que les autres ». Surtout du soleil. Ne jamais se mettre dans les fonds de vallée, ce serait « se vouloir emprisonner sans avoir joye ni plaisir, spécialement de la clarté du ciel et demourner banny de tous esjouissance ». Rien n'est plus mauvais que les étangs, les fondrières, les brouillards « contraires à la santé des habitants ». « Sans point de doubles quand les corps sont hebétés, les entendemens ny sauroient avoir gueres de vigueur, aussi les corps ny peuvent pas durer, existant leurs ligatures vermoulus ». Tout s'abîme en lieux humides: les livres moisissent, les armes rouillent, « les provisions chauffissent en moins de rien ». « La situation d'un lieu doncques se pourra dire délectable et digne d'être habitée, laquelle ne sera ni trop basse ou quasi noyée entre les montaignes ains relevées et dont l'on

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pourra voir le pays d'environ », « où l'air sera gaillard et essoré ». Et puis il faut dans le pays trouver « abondance de toutes choses pour le plaisir des hommes », de l'eau, du bois de chauffage, des provisions. Surtout veiller aux eaux — Attention aux mauvaises, à celles qui peuvent faire tomber les hommes « en grièves maladies », les faire devenir « goytreux ou molestés du gros gosier, engendrer en eux la pierre, la gravelle, les escrouelles et tout plein d'autres malencontres » dont on nous donne complaisamment la liste « colique, grosse enfure du ventre, choléra, retrécissement de boyaux, embrasement des humeurs », etc... Choisissons donc une source avec une eau bien « pure, claire, subtile, sans aucun goût, ne laissant aucune trace sur un linge blanc, rien de limoneux dans son vaisseau », cuisant bien « les pois ou autres legumages ». Observez encore « si la dicte contrée porte abondance de bons fruits, s'il y a grand nombre de vieillards, approchant le dernier aage, si la jeunesse y est robuste et belle, si les femmes y conçoivent force enfants et si au livrer ils sont sains et entiers de leurs membres ». Evitez les régions où « la nature est dépravée », où l'on rencontre des « louches, boiteux, tortus ou autres maléficiés ». Observez si les animaux sont robustes, si les batiments se comportent bien, si les arbres ne sont pas « ars ou brouys » par le « rasement des vents ». Evitez les régions aux climats extrêmes, où vous risquez des « douleurs angoisseuses » et de tomber « à moins de rien en vieillesse trop tost hastée ». « Espluchez » tout ce que les vieux du pays, pleins d'expérience, vous diront car « certains lieux ont je ne say quoy de nature qui cause bonheur ou malencontre ». Ce ne serait pas après tout trop absurde que de faire appel aux sciences des devins et l'auteur ajoute: « Quant à moy je suis d'opinion que tels arts ne sont pas de desperiser, pourveu qu'ils conviennent avec notre religion, sans qu'il y ait de l'imposture ou déception frauduleuse ». Car en fait, construire c'est la grande joie de notre vie: « N'est-ce pas une chose de tres grande reputation, que d'entreprendre pour soy et pour les siens un bastiment où l'on puisse vivre en santé, repos et plaisir, voire qui face fleurir la memoire d'une famille longtemps après parmy les gens de la postérité? Certainement là se rengent nos désirs pour y amasser plusieurs bonnes choses, là doivent habiter nos enfants et suivans avec tout le reste de nostre ménage, là se peuvent passer pour la plus part nos jours de negoce et de tranquillité, là se doivent achever tous nos actes et finalement le cours de notre vie qui me fait dire que je ne trouve chose entre les hommes (après la seule vertu) à quoy l'on doive plus employer de soing, labeur et diligence, qu'a estre bien et commodément logé avec tout son train, a quoy si l'on ne met bon ordre, spécialement en ce que j'ai cy dessus récité: qui esse qui affermera que l'on puisse vivre à son aise? C'est assez dit sur la matière. Venons à la question de l'« Aire, qu'autrement on appelle plan, parterre ou bien, qui veut, rez-de-chaussée » question de la plus grande importance et qui peut « valoir au bâtisseur louenge ou vitupère ». Le projet doit avoir « quasi toutes choses en commun avec la région », c'est-à-dire que le lieu, le climat, les besoins des habitants, les matériaux conditionnent la variété des types d'architecture. Voilà qui fera plaisir aux « régionalistes ». De plus, non seulement il faut que « les parties de l'édifice entier, et les aisances de chacune d'elles séparément » soient parfaitement étudiées pour obtenir « profit, dignité et plaisance convenables » mais il faut que tous les éléments « semblent naïvement s'entr'accorder ». Tout est dans l'harmonie, le tact des rapports. Suivant « le proverbe qui se dict encores tous les jours, a savoir, les grands logis doivent avoir grands membres ». Il faut avant tout être logique. Ce ne serait « ni beau, ni bon » que la plus « honneste partie d'un bâtiment », celle réservée au « propriétaire », à « la famille et aux survenants », soit « colloquée en place d'abandon » en un coin reculé et caché. « D'avantage il faut avoir esgard aux saisons, et se doivent ordonner des demourances pour l'esté, et des autres pour l'yver: mesmes convient que les unes soient plus grandes et assises autre part que les autres: car celles qui sont pour le temps chault, doivent être plus amples, et plus haut exaulcées; et les destinées à la saison froide, plus serrées et plus rabatues. Qui plus est, celles d'esté requierent les ombrages et les ventz: et celles de l'yver, la plus grande force du soleil ». « Aussi il est expedient de pourvoir à ce que les habitans au sortir d'un lieu chaud, n'entrent incontinent en un froid, et au contraire: car il en pourrait advenir des grands inconveniens: ains pour bien ordonner un logis qui soit louable en toutes ses parties »... Conclusion: « La raison de bien bastir est provenue de la nécessité ». C'est la théorie de notre cher confrère Le Corbusier. Il est vrai que trente lignes plus loin il est dit: « Notez que la diversité en toutes choses est ce qui les rend plus agréables ». Charmante bonhommie! Au fond, l'Architecture doit être servante de la Raison avec de-ci, de-là, une pointe de fantaisie afin que l'Humanité ne crève d'ennui! Albert LAPRADE.

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L'ARCHITECTURE D'AUJOURD'HUI Notre époque fertile en inventions et innovations veut se distinguer coûte que coûte du passé. Ceci traduit un louable souci de laisser une empreinte sur le disque éternellement mouvant de l'histoire; cela prouve en même temps que souvent la création de nos prédécesseurs immédiats malgré son heure de succès retentissant et une foule d'imitateurs, loin d'avoir l'intérêt et la valeur qu'on lui attribuait, nous apparaît sous un aspect ridicule et démodé. Une œuvre d'art dont la définition devrait être: atteindre à l'éternel par le périssable et exprimer le général par le particulier, Peut-elle se démoder? Le côté éternel d'une œuvre étant exclu du champ de notre investigation, il reste le côté périssable qui court le risque de changer à nos yeux de valeur. Ce côté périssable ou particulier se trouve réduit au facteur style ou homme, c'est-à-dire à la façon dont l'artiste traduit son idée, emploie ou travaille la matière. Je n'hésiterai pas à dire que plus le côté personnel, individuel se manifeste dans une création, davantage son importance se trouve limitée dans le temps et plus vite elle doit vieillir. Je veux illustrer cette affirmation par quelques considérations puisées dans le domaine de l'élégance vestimentaire. En étudiant le costume masculin des 25 dernières années nous voyons qu'il a subi certaines modifications. Ces modifications sont visibles beaucoup plus dans la production des maisons de second ordre que sur les modèles créés par des bons faiseurs. En même temps l'aspect des œuvres de valeur secondaire variait selon les maisons, de sorte qu'un œil exercé pouvait facilement désigner la provenance de chaque objet d'après la façon du col, la largeur du pantalon, la hauteur de la taille etc. De très grands artistes, par contre, qui apportaient à l'élaboration de leurs modèles une science consommée, basée sur la juste proportion et une technique solide, ne se distingueraient presque pas par des inventions personnelles. En effet, il n'y a peut-être qu'une seule et unique façon de concevoir et d'exécuter le revers d'un veston croisé. La sculpture grecque de la haute époque considérée à juste titre comme le plus grand art de tous les peuples et de tous les temps, ne comporte pour ainsi dire aucune particularité due au caprice de l'artiste. Ce dernier est là pour permettre à la matière de s'exprimer, se défendant de troubler le mystère du devenir par un apport personnel. Les temples de l'ordre dorique du cinquième siècle avant notre ère ayant tous le même programme et employant la même matière ne portaient aucune marque de la personnalité de l'artiste si ce n'étaient les proportions plus ou moins harmonieuses des détails ou de l'ensemble. Pour revenir à notre génération, il est évident que le côté durable de la création se trouve souvent combattu et caché par la personnalité, la manière, le procédé, les trouvailles et, disons le mot, l'originalité des artistes. Notons à ce propos que le projet qui a rallié le plus de suffrages au concours du nouveau Palais des Expositions est le moins original car il réunit le plus grand nombre des solutions types dispersées dans tous les autres projets présentés. N'oublions pas que tous les beaux jardins ont été dessinés par Le Nôtre et que nous ne connaissons plus les noms des architectes des cathédrales ayant assimilé leur personnalité à celle du peuple de France. José IMBERT.