Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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L'ARCHITECTE REVUE MENSUELLE DE L'ART ARCHITECTURAL PUBLIÉE AVEC LE CONCOURS DE LA SOCIÉTÉ DES ARCHITECTES DIPLÔMÉS PAR LE GOUVERNEMENT COMITÉ DE DIRECTION - MM. ARFVIDSON - J. AUBURTIN - LOUIS-H. BOILEAU - LOUIS BONNIER - BOUWENS DE BOIJEN - A. DEFRASSE - AD. DERVAUX - TONY GARNIER - L. GODEFROY - CH. LETROSNE - PIERRE PATOUT - CH. PLUMET - H. SAUVAGE - LOUIS SOREL - ANDRÉ VENTRE --- NOUVELLE SÉRIE 1re ANNÉE N° 5 MAI 1924 --- SOMMAIRE TEXTE - L'ENSEIGNEMENT DE L'ARCHITECTURE (suite) P. ABRAHAM. - LE PLAN D'EXTENSION DE TOULON A. DERVAUX. PLANCHES - Pl. XXX à XXXIII. Immeuble, avenue du Président Wilson Henri Tauzin. - Pl XXXIV et XXXV. Maison d'habitation, rue de Rémusat, à Paris Robert Danis. Un numéro : France, 12 francs. Étranger, 14 francs L'abonnement annuel : France, 100 fr. Étranger, 120 fr. (partant du 1er janvier) --- ÉDITIONS ALBERT LÉVY 2, RUE DE L'ÉCHELLE — PARIS (1er) Tél.: Louvre 33-87. Chèques postaux 6690. R.C. Seine 64-696

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ÉTUDE PRATIQUE DES PLANS DE VILLES par Raymond UNWIN Traduit de l'anglais par W. MOOSER. Traduction revue et mise au point par Léon JAUSSELY Architecte en chef du Gouvernement Tous ceux qui, de près ou de loin, s'intéressent à l'urbanisme connaissent le livre de Raymond Unwin, qui est devenu classique sur ce sujet. Une traduction française de l'ouvrage, indispensable pour l'étude de cette science, nous était réclamée de tous côtés. Cette édition française vient de paraître et constitue un recueil de documents figurés, nombreux et divers, fort bien sélectionnés, d'ensembles et de détails, accompagnés d'un texte abondant et clair, qui initie le technicien par des exemples anciens et modernes, et l'amène à des considérations et des comparaisons fructueuses en le prédisposant à faire une œuvre personnelle pour l'adapter aux circonstances. L'ouvrage forme un volume relié de 366 pages, plus de 300 illustrations et 7 plans de villes en grand format. Prix: 75 francs. Prospectus illustré sur demande. ÉDITIONS ALBERT LÉVY, LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS 2, Rue de l'Échelle, PARIS (1er) --- LIVRES D'ART LA LIBRAIRIE A.-Louis DE MEULENEERE 21, rue du Chêne, BRUXELLES signale à la bienveillante attention des lecteurs de « l'Architecte », la nouvelle édition qui vient de paraître : Répertoire Général d'Ouvrages sur les Beaux-Arts Bibliographie récente de 5.000 ouvrages courants, classés par ordre alphabétique et analytique, avec tables en vente aux prix marqués et divisée en deux parties. Première partie — Arts appliqués. (Décoratifs, Industriels, Plastiques.) Architecture, Décoration et Ornementation. (Technique, Procédés, Composition). Arts de la Terre, du Feu, du Métal, du Bois, du Tissu, du Verre, classés par ordre alphabétique et analytique. 900 numéros relevés en 105 pages sous couverture ornée. En vente au prix net de 7 fr. 50 Seconde partie — Ouvrages et Périodiques modernes sur les Beaux-Arts, Peinture, Sculpture, Gravure, Beaux ouvrages illustrés. Editions de grand luxe, Monographies et Biographies d'artistes. Grandes collections de Bibliophiles. Publications sur l'Antiquité, l'Archéologie, la Bibliographie, la Génalogie, l'Héraïdique. Les Sports, les Sciences, la Technique, avec tables détaillées et classées par ordre alphabétique et analytique. 1.100 numéros relevés et 3.000 titres aux tables en 100 pages. Sous couverture ornée. En vente au prix net de 7 fr. 50 Ces deux répertoires seront envoyés franco (montant joint à la demande) aux lecteurs de « l'Architecte ». Toutefois cette somme sera défaltée du montant de la première commande faite dans l'une des deux parties. --- CHAUFFAGE CENTRAL INDUSTRIEL ET DOMESTIQUE SERVICES D'EAU CHAUDE = INSTALLATIONS A FORFAIT = PAUL ROUX & Cie, Ingénieurs Maison fondée en 1859 9, rue des Bluets, PARIS (XIe) Téléphone : ROQUETTE 34-42 --- M'HIL Chaise pour supporter les transmissions dans les Bâtiments en Ciment Armé BREVETÉ S.G.D.G. POSE INSTANTANÉE NI PERCEMENT NI SCHELLEMENT A.-L. CAYRON Constructeur-Mécanicien 145, rue de Paris, 145 CHARENTON (Seine) Téléphone DIDEROT 28-54 NOMBREUSES RÉFÉRENCES

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EDGAR BRANDT SES FERRONNERIES --- DEPART DE RAMPE --- 101 B° MURAT, PARIS TELEPHONE AUTEUIL 07-95 12-40 R.C. DE LA SEINE N° 116.370 LUSTREIE OBJETS D'ART EXPOSITION PERMANENTE --- ferronneriedArt --- E. BORDEREL & ROBERT 131, Rue Damremont, 18e°PARIS GRILLES LAMPESRAMPES LUSTRESETC ETC --- R. C., Seine N° 91.41 ---

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L'ARCHITECTE L'ENSEIGNEMENT DE L'ARCHITECTURE INTRODUCTION A UNE SÉRIE D'ÉTUDES SUR L'ENSEIGNEMENT EN FRANCE ET À L'ÉTRANGER (suite) En vingt-cinq années les orateurs académiques eurent à douze reprises l'occasion de célébrer un architecte disparu ; Vaudremer, Labrouste, Garnier furent du nombre. Leur mémoire incitera-t-elle les architectes admis à l'honneur de l'évoquer, à exprimer sur leur art des idées d'ensemble ? Essayons de nous en rendre compte. Vaudremer mourut au début de la guerre. Il fut inhumé loin de Paris et le recueil académique ne contient pas de discours prononcés à ses funérailles. Par la suite, et contrairement à l'usage, il ne fut pas lu, en séance privée, de notice sur la vie et les œuvres du grand disparu. Ainsi le hasard fit que pas une voix d'architecte ne s'éleva à l'Institut en l'honneur de celui que deux présidents de séance avaient célébré comme un « novateur ». La mémoire de Labrouste fut évoquée fortuitement à l'occasion des discours célébrant la vie et l'œuvre de J.-L. Pascal. L'inauguration du monument de Charles Garnier va nous fournir une plus ample moisson : trois discours et une notice par des architectes. Ch. Moyaux parlera de « la brillante facilité d'un talent qui sut imposer un caractère de maîtrise à toutes ses productions », de « bijoux d'architecture », de « gracieux belvedères » et de « ravissantes terrasses ». J.-L. Pascal évoquera des souvenirs d'atelier et d'agence Mais dans tout cela nous chercherions vainement le mot qui situe l'œuvre et qui indique clairement qu'elle eut un sens pour les artistes qui la virent naître ou même qui y collaborèrent. Gustave Larroumet, alors secrétaire perpétuel, vengea heureusement le grand créateur. L'histoire architecturale du xixe siècle lui doit les pages les plus limpides sur le conflit d'idées qui opposait, à un Charles Garnier, un Viollet-le-Duc. La notice sur la vie et les œuvres de H. Daumet va nous fournir des dires d'ensemble et comme l'ébauche d'une doctrine. La notice contient surtout une définition de « l'art de bâtir ». Nous voici enfin tout à fait dans le vif du sujet : «... l'art de bâtir, c'est l'art de concevoir des édifices judicieusement appropriés à leurs besoins, de chercher par une juste répartition des baies dans les façades, par d'heureuses silhouettes de combles, l'harmonie de l'œuvre que complètera une ornemation en bonne place, sobre ou abondante, suivant le cas, accusant le couronnement de l'édifice, ou encadrant les baies, ou soulignant les divisions intérieures. » Cette définition semble bien dire que l'art de bâtir consiste à faire un plan de distribution correspondant au programme, puis tout de suite à chercher des silhouettes et des effets décoratifs. Des esprits par trop critiques pourraient trouver qu'elle va trop vite et qu'elle oublie tout justement cette phase intermédiaire qui correspond à l'objet même de la définition : l'art de bâtir. L'interpréter ainsi serait certainement trahir la pensée de l'auteur. Après ce passage capital, il faut bien constater, et c'est une nécessité du genre, que les phrases d'éloges banals constituent à peu près complètement la matière de ces discours. Ces phrases sont cependant éloquentes par leur juxtaposition. Elles permettent de grouper en trois catégories les qualités essentielles qui classent le grand architecte selon l'Académie. L'architecte est, tout d'abord, un excellent aquarelliste. Cette qualité est pour ainsi dire constante, elle est célébrée avec une particulière insistance et quelquefois elle fait presque à elle seule les frais du panégyrique. Seconde ment, l'architecte pratique avec souplesse, ingéniosité, virtuosité, et même en usant de tours d'adresse, les arrangements difficiles. Enfin, il a le respect du passé, il fait, sans pasticher de l'architecture qui est de l'époque de Robert de Cotte ou de Bullant. Il serait tout à fait injuste de prétendre dégager l'esprit d'un enseignement de l'étude des discours et notices émanant de professeurs qui ne sont pas des spécialistes de ces genres littéraires. Il est impossible cependant de ne pas apercevoir un parallélisme évident entre le choix même des qualités exaltées et l'aspect général, superficiel peut-être, de l'enseignement à l'Ecole des Beaux-Arts : goût hypertrophié de « l'image », rhétorique du « point de poché », pastiche des architectures passées, en « façade » comme en « plan », et enfin, prédominance du décoratif sur le technique. Il semble que l'architecture enseignée s'isole dans un domaine serein, étranger aux révolutions des techniques et aux besoins nouveaux, nés des découvertes de la science. Ces techniques et ces exigences nouvelles engendrent cependant leurs propres plastiques, c'est-à-dire la véritable architecture. POL ABRAHAM. MAI 1924.

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L'ARCHITECTE LE PLAN D'EXTENSION DE TOULON L'urbanisme, science et art français, n'en est pas à ses débuts. Dans notre pays, comme à l'étranger, des villes ou des quartiers ont été, de tout temps, étudiés, tracés, aménagés par des artistes. Au Moyen âge ce sont bastides spontanément tracées et bâties pour des réfugiés ou par nécessité politique. Sous les rois Louis, villes, places ou parcs surgissent d'aspect carré. L'Amérique édifie ses capitales rectilignes sous la direction de nos maîtres. La Convention propose, pour Paris, son plan rayonnant, dit «des Artistes». Napoléon ne manque pas d'urbaniser les centres administratifs qu'il crée : Pontivy, La Roche-sur-Yon sont des cités véritablement caporalisées. Napoléon III et la Troisième République, grâce à Haussmann, dessinent des alignements. Est-ce à dire que l'urbanisme, en France, tende à militariser les maisons et les jardins? Montpezat, les Villefranche, Richelieu, les trois places de Versailles, Nancy, les quais de Bordeaux, la rectangulaire place Bellecour, à Lyon, celle en demi-cercle de Dijon, la monotone rue de Rivoli et le rigide boulevard Voltaire sembleraient le faire croire. Mais que non pas! A côté de ces efforts vers la symétrie sans raison — voire contre la raison — (c'est-à-dire sans souci de l'orientation, de la direction des vents, ni des niveaux) nos traceurs de villes se plaisent, au contraire, à respecter la logique, si française, de la courbe et de la rampe et à rechercher le point de vue pittoresque. La Loi si longtemps attendue, du 14 mars 1919, sur l'extension, l'aménagement et l'embellissement des villes vient d'apporter un nouvel aliment au voyer, petit-neveu des L'Enfant, des Héret, ou des Haussmann. Étudiée depuis des années, cette Loi fut promulguée principalement dans le but de restaurer les cités détruites par la guerre. Il se trouve cependant que, soit faiblesse ou Fig. 41. — Toulon Plan. — État actuel.

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L'ARCHITECTE 35 FIG. 42. — Toulon PLAN D'AMÉNAGEMENT ET D'EXTENSION (AMÉLIORATION DES CHEMINS DE FER ET DES DÉGAGEMENTS DU CENTRE, LOCALISATION DES QUARTIERS : INDUSTRIES MILITAIRE ET CIVILE, PORT DE COMMERCE, COMMERCE, HABITATION AGGLOMÉRÉE, OUVRIÈRE ET DE PETITE BOURGEOISIE, GRANDES PROPRIÉTÉS). négligence des préfets chargés de l'appliquer, soit puissance d'intérêts particuliers, soit force de la routine, ce ne sont pas, hélas, les agglomérations martyres qui en ont bénéficié. Malgré les efforts du Musée Social, de la Renaissance des Cités et de la Société Française des Urbanistes, présidée par notre camarade M. Auburtin, à part Reims et une dizaine de villages, on chercherait vainement, dans le Nord et dans l'Est, une cité détruite se reconstruisant en tenant compte de la Loi du 14 mars 1919. Au contraire, de nombreuses villes, même non touchées par elle, en ont réclamé l'application. Quelques architectes isolés, ainsi que d'intéressantes associations telles que « l'Union Urbaniste » ou le « Bureau Technique des Plans de Villes », présidé par notre excellent confrère M. André Bérard, ont réussi à convertir certaines édilités aux saines théories de l'urbanisme. C'est ainsi que, pour ma part, j'ai été désigné pour établir certains plans, de conceptions très diverses : par exemple celui d'Ax-les-Thermes, ville de montagne, celui de Perpignan, cité terrienne, celui de Toulon, grand port maritime. C'est ce dernier travail que je me permets de présenter, afin de rappeler, avec démonstrations à l'appui, quelques idées générales. La figure 41 montre le plan de Toulon en 1920. La ville des xviie et xviiie siècles avait remplacé celle du Moyen âge. On en voit le gril étroit, quasi régulier au nord-est de la Darse Vieille. Les remparts successifs du Moyen âge ont disparu, à l'ouest et au nord de ce gril, sous le cours Lafayette, et sous les fortifications de Louis-Philippe à l'est. Le triangle de ces dernières fortifications s'est lentement rempli. Les banlieues de l'ouest, du nord, de l'est, du sud-est sont constituées par des hameaux nombreux qui tendent généralement à se rejoindre, mais ne l'ont pu à cause de la configuration du sol, de l'encombrement des établissements ou défenses militaires, du chemin de fer et de quelques vastes propriétés. Ceux du nord grimpent, isolés les uns des autres, entre les contreforts abrupts du mont Faron, tandis qu'ils sont barrés au sud par le chemin de fer et les remparts. Toulon, enfermé dans ses murs, s'écrase contre

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L'ARCHITECTE la montagne et ne peut, d'autre part, se laisser choir dans la mer dont ses arsenaux et ses forts lui interdisent même la vue. Son commerce s'est blotti dans un centre borné; sa population, décuplée dans les cinquante dernières années, gênée, étriquée, s'est égaillée le long de tentacules étroites. Mises à part les conditions d'hygiène et de beauté, la principale préoccupation de l'urbaniste est donc ici d'établir de nombreuses et commodes communications. Toute la conception d'aménagement reposera sur leur réalisation. Permettre au commerce de s'étendre, aux citadins de déambuler sans être contraint de faire le tour en passant par le centre, chaque fois qu'ils désirent voisiner. Réduire aussi les encombrements dans les rues étroites où affluent véhicules et gens qui tournent sur eux-mêmes. Enfin dégager ce centre des voitures de tourisme et des charois qui, sans s'arrêter, le traversent, par une voie unique, pour aller de Marseille vers l'Italie. Supprimer les entassements, temporaires et coûteux, de ces piétons et de ces véhicules, c'est donc conserver aux rues anciennes leur étroitesse, bienfaisante sous l'ardent soleil, et leur caractère désuet, si pittoresque. Cette dernière condition n'est pas à dédaigner pour qui sait goûter le charme des petites places vieillotes, aux platanes géants, aux fraîches fontaines moussues. Il est facile de percer l'indispensable boulevard d'évitement qui partirait de la grande route, à l'ouest de l'octroi de l'Esaillon, au-dessus du chemin de fer, dans d'excellentes conditions pour permettre aux voitures de garder leur vitesse. Il contourne la ville, sans allonger le parcours, à mi-hauteur des premiers escarpements du mont Faron. Il use de tous les chemins qu'il rencontre, mais les élargit. Il évite certains lacets et rejoint la route d'Italie, à l'est, en un rond-point monumental à créer. Ce boulevard fait coup double car il assure, en même temps, la communication, entre eux, des quartiers ouest, nord et est. Fig. 43. — Toulon. — Plan schématique. TOULON - VOIE PRINCIPALE ANCIENNE. - VOIE NOUVELLE DE GRANDE CIRCULATION - VOIE NOUVELLE VERS LA MER - PLACE IMPORTANTE ANCIENNE. - PLACE IMPORTANTE NOUVELLE. - CHEMIN DE FER EXISTANT - RACCORDEMENTS NOUVEAUX - CITES JARDINS - TERRAINS DE JEUX - PARCS ET JARDINS MONTAGNE FARON CUGNICHES 80 MÉTRAS EVITEMENT BOULEVARD MARSEILLE ARSENAL DETITE RADE GRANDE RADE VINTVILLE ST-DANIEL GRAND RADE

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L'ARCHITECTE Le plan d'extension prévoit, bien entendu, la démolition des fortifications déclassées et la modification des sorties en chicane de l'ancienne ville. Mais cette modification tient compte des niveaux, des encombrements fixes tels que les chemins de fer prenant leur indispensable développement, et les arsenaux, lorsque ceux-ci paraissent intangibles. Mais quand ils sont susceptibles d'être renversés, ces obstacles sont attaqués, quelle que soit la puissance — souvent anonyme et parfois aveugle de surcroît — toujours conservatrice qui les gère. Des échanges de terrains sont prévus; des démarches sont faites pour les réaliser à travers le maquis des Ministères: Marine, Travaux Publics, Guerre, Intérieur. Il arrive qu'un logement de sous-officier-portier-consigne ou un bureau de l'Intendance, soit aussi lourd à déplacer qu'une cale de radoub périmée pour trois-ponts ou un inutilisable bâtiment de messageries du P.-L.-M. La ville de Toulon-sur-Mer (c'est son vocable administratif) ne voit pas la mer, — ai-je dit ! La Marine eut grand soin, en effet, depuis trois siècles, de la lui bien cacher. Pour la gagner, à l'ouest, il faut aujourd'hui, et pendant plusieurs lieues, suivre les murs de 6 mètres de haut qui enclosent l'Arsenal, longer les décharges publiques de gadoues, le cimetière neuf, les ateliers de la ville de La Seyne. Au sud, dans l'axe de l'agglomération, rien à faire : ce sont les Ports militaire et marchand et l'Arsenal du Mourillon qui occupent la mer libre. Mais pour la joindre, au sud-est, on contourne actuellement les hautes murailles des casernes et des ateliers désuets pour bateaux en bois du Mourillon. Les heureux possesseurs des belles propriétés du Cap Brun peuvent admirer la grande Bleue. Mais, s'ils ont l'avantage d'avoir, bien à eux, des jardins qui n'ont rien à envier, comme magnificence, à ceux de la Riviera, ils doivent, pour s'y rendre, traverser des champs de manœuvres poussiéreux ou boueux, des abattoirs et des tanneries malodorantes, et un vallon au nom à double entente de « L'Eygouttier », tour à tour torrent débordant ou dépôt d'immondices. L'urbaniste saura éviter les buttes des forts, demander leur déclassement, se hisser, par d'agréables lacets en pente douce, jusque sur les crêtes. Il éloignera les abattoirs et les Champs-de-Mars, il demandera la suppression des arsenaux inutiles et la remise à la ville des champs de tir périmés. Il respectera le bord de mer, si admirablement couvert de pins parasols, d'orangers et de palmiers, où les rocs dorés des promontoires se mirent si joliment dans l'eau scintillante ou mate des conques incurvées. Nulle route carrossable n'en troublera la sérénité ou la sauvagerie — puisqu'elle ne mènerait à rien! — mais un chemin de piétons, soigneusement entretenu, permettra au plus grand nombre d'en découvrir l'incomparable beauté, jusqu'ici réservée. L'urbaniste, ainsi que le montrent les détails de plans donnés ici, saura remédier aux tares et bénéficier des difficultés à vaincre pour conserver un pittoresque agréable et commode. Dans toute la nouvelle ville, les bouquets d'arbres serviront de centres et, s'ils se développent en bosquets, on en utilisera les clairières pour y bâtir des cités-jardins ainsi que des aires pour les jeux physiques. Certains de ces petits bois seront aménagés en parcs de repos et de promenades. Nous l'avons dit, le centre de la vieille cité, nettoyé de son « quartier spécial » et libéré de la grande circulation grâce au boulevard d'évitement, sera conservé dans sa beauté centenaire. Quelques percées, évitant la démolition d'immeubles intéressants ou, au contraire, en facilitant la vue, assainiront le Toulon du XVIIIe siècle tout en lui conservant son incontestable charme. Les contreforts du Faron seront rendus accessibles par deux routes en corniche concentriques qui garderont chacune, sur leur plus grand parcours, un niveau constant. De ces corniches la vue est admirable sur toutes les baies, sur tous les pics de cette région privilégiée. Une servitude de hauteur sera imposée aux maisons situées immédiatement en contre-bas de ces corniches; un funiculaire les desservira. Les établissements incommodes ou ceux qui nécessitent l'air pur ou le calme seront écartés du centre et reportés dans les terrains adéquats, près des communications faciles, sur les sommets jusqu'ici occupés par des forts déclassés, ou au milieu d'agréables bosquets. Les grandes écoles, les lycées, l'hôpital, l'abattoir s'éloigneront aussi pour laisser l'activité et le brouhaha des grandes rues s'emparer de la place

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L'ARCHITECTE qu'ils occupent et que, jusqu'ici, ils attristaient en arrêtant la vie commerciale et le mouvement qui en dépend. On gardera, sauf aux traversées des grandes voies, la quantité d'espaces libres que représentaient les fortifications déclassées. La plus grande partie de celles-ci seront transformées en jardins, tandis qu'au passage des rues, une suite d'immeubles de faible épaisseur permettra d'assurer la continuité de la vie urbaine entre la vieille ville et les faubourgs. D'autres servitudes seront créées : à certains carrefours, que le plan indique, la symétrie du volume des constructions sera imposée. Des réserves de verdure limiteront le droit des lotisseurs. Les usines seront localisées. Une obligation de recul derrière un jardinet égaiera certains quartiers ou préparera l'élargissement de certaines voies que l'on peut prévoir, dans un avenir prochain, de grande circulation. La bonne orientation des rues nouvelles n'est pas oubliée. L'écoulement torrentiel des eaux de la montagne est prévu, tandis que les conditions d'hygiène, le tracé des tramways, la répartition des édifices utilitaires font l'objet d'un long rapport, joint au projet graphique remis à la Ville. ADOLPHE DERVAUX. EXPLICATION DES PLANCHES PLANCHES XXX à XXXIII — Immeuble, avenue du Président-Wilson, à Paris. — HENRI TAUZIN, architecte. (S. A. D. G.). Cet immeuble est situé sur un terrain très étroit, de douze mètres de largeur sur trente mètres de longueur, et compris entre deux bâtiments sur les plus grands côtés. Une dénivellation assez forte existe d'autre part entre les deux façades principale et postérieure. Nous verrons le parti très franc que l'architecte en a tiré logiquement. Une partie de l'immeuble devait abriter les bureaux et l'habitation d'un architecte, le reste devant être affecté à la location d'appartements de luxe. Au rez-de-chaussée, toute la surface du terrain a été occupée; la partie locative étant de peu d'importance (deux pièces) a été reliée à la location du premier étage. L'entrée placée dans l'axe de la façade mène, par un vestibule spacieux, à l'escalier qui a été rejeté au fond du plan, pour dégager aux étages la partie Fig. 44. — IMMEUBLE, AVENUE DU PRÉSIDENT WILSON, À PARIS. Plan du rez-de-chaussée. Henri Tauzin, architecte.

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L'ARCHITECTE luxueuse de l'habitation. A gauche de la façade est l'entrée de service et le concierge. Au rez-de-chaussée, la partie postérieure du plan, en contrebas de la rue de Longchamp, a été aménagée en bureau d'architecte, éclairé par une grande baie de la largeur de la façade. Les services, lavabo et w.-c. de cette agence sont en sous-sol. Dans le plan des appartements des étages, on remarquera le parti très accusé séparant nettement «l'habitation» de la «réception». Au centre et sur le côté, se trouve une cour éclairant les services. Sur l'avenue du Président Wilson, s'ouvre la réception constituée par les salon, salle à manger et ses services (office, etc.) et au fond du plan, les chambres avec leurs salles de bain. Entre les deux parties «réception» et «habitation» se trouve, les réunissant, un grand hall-galerie largement ouvert sur le salon. La façade est l'expression directe de ce plan. Le salon se dessine par un window occupant toute sa largeur, la salle à manger s'accuse par une large baie. Aux 5e et 6e étages, le plan étant légèrement modifié, nous trouvons trois pièces en façade traduites par trois grandes baies ouvrant sur un balcon. Enfin le bâtiment est couvert d'une terrasse accessible et d'où l'on jouit d'une vue sur tout Paris. La façade de cet immeuble par la simplicité de ses lignes et les jeux très francs des volumes, a un caractère à la fois noble et élégant qui était la marque de toutes les œuvres de notre confrère Tauzin, mort prématurément, qui sut, après avoir fait de très brillantes études classiques, oublier les formules et chercher courageusement à réaliser des œuvres simples, modernes et du goût le plus sévère, au lieu de se contenter de la composition architecturale et décorative routinière qui est du moins sans danger. PLANCHES XXXIV et XXXV — Maison d'habitation, rue de Rémusat, à Paris. — ROBERT DANIS, architecte. (S.A.D.G.) Située dans la rue Rémusat à l'angle d'une voie nouvelle, cette maison a été construite en 1913, pour deux artistes et leurs familles. Un sculpteur disposait du rez-de-chaussée relié au premier, et un peintre habitait le second avec ses ateliers au troisième. Bâtie en briques roses, cette maison a ses murs percés de fenêtres aux angles arrondis. Entre les grandes baies du troisième étage, dont l'une s'ouvre sur un balcon, une frise exécutée au mortier travaillé frais couronne les façades. Le porche d'entrée, d'une composition avant tout ingénieuse et quelque peu compliquée, est couvert par une demi-coupole dont la construction est restée apparente : elle est formée de petits arceaux de briques avec remplissages recouverts également de mortier travaillé. Cette œuvre est dans son ensemble remarquable de Fig. 45. — Immeuble avenue du Président Wilson, à Paris. Plan des étages. Henri Tauzin, architecte.