Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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PROMÉTHÉE MOYEN ARTE NOUVELLE SÉRIE ÉDITIONS INTERAUTES DE FRANCE REVUE MENSUELLE France 15 Jrs Finanger 20 Jrs MARS - AVRIL - MAI - JUIN - JUILLET - AOÛT --- *Cons les arts aux mortels poussent de Prométhée ESCHYLE*

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PROMETHEE L'AMOUR DE L'ART - NOUVELLE SÉRIE N° 7-8 OCT.-NOV. 1939. XXe ANNÉE. REVUE MENSUELLE COMITÉ DE DIRECTION : M. RENÉ HUYGHE, CONSERVATEUR DES PEINTURES DU MUSÉE DU LOUVRE ; M. GERMAIN BAZIN, CONSERVATEUR-ADJOINT AU MUSÉE DU LOUVRE ; ET M. MICHEL FLORISOONE. RÉDACTEUR EN CHEF (PAR INTÉRIM) : MARCEL RAVAL RÉDACTION ET ADMINISTRATION : 28, RUE D'ASSAS, PARIS, VIe TÉLÉPH. LITTRE 45-95 --- COMITÉ D'HONNEUR : LA PRINCESSE CAETANI DE BASSIANO ; MADAME COLETTE ; M. PAUL BAUDOUIN, AMATEUR D'ART ; M. MAURICE BÉRARD, AMATEUR D'ART ; M. BERNARD BERENSON ; M. ABEL BONNARD, DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE ; LE DR ALBERT CHARPENTIER, AMATEUR D'ART ; M. GABRIEL COGNACQ, VICE-PRESIDENT DU CONSEIL DES MUSÉES NATIONAUX ; M. DAUTRY, MINISTRE DE L'ARMEMENT ; M. D. DAVID-WEILL, MEMBRE DE L'INSTITUT, PRÉSIDENT DU CONSEIL DES MUSÉES NATIONAUX ; M. HENRI FOCILLON, PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE ; LE COMTE HUBERT DE GANAY ; M. JEAN GIRAUDOUX, HAUT-COMMISSAIRE A L'INFORMATION ; M. ALBERT S. HENRAUX, PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DU LOUVRE ; M. ÉTIENNE NICOLAS, AMATEUR DART ; M. EUGENIO D'ORS, DE L'ACADÉMIE ESPAGNOLE ; M. GEORGES RENAND, AMA- TEUR D'ART ; M. PAUL VALÉRY, DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE. COMITÉ D'ARCHITECTURE : MM. AUGUSTE PERRET, LOUIS SUE, ANDRÉ VERA ET JEAN-CHARLES MOREUX, SECRÉTAIRE. --- PARIS EDITIONS LITTÉRAIRES DE FRANCE

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SOMMAIRE DU N° 7-8 SEPTEMBRE-OCTOBRE 1939 --- « Numéros de guerre » . . . . . . . . . LA DIRECTION. La Culture dans la lutte :  La France et la Guerre. . . . . . . . Jean GIRAUDOUX. Avant l’Impressionnisme en Suisse :  Alexandre Calame 1810-1864 . . . . . Germaine GUILLAUME. L’Art moderne et l’Actualité :  La Peinture de Guerre et la Photographie. . Bernard CHAMPIGNEULLE. A propos d’une Exposition :  L’Ecole de Fontainebleau . . . . . . René HUYGHE. Les Faits :  L’Evacuation du Louvre. . . . . . . Adelina HULFTEGGER. L’Art dans la Vie :  Papiers Collés. . . . . . . . . . Marcel RAVAL. A l’Etranger :  Les Répercussions de la Guerre 57th Street. . Nicolas BANDY. Les Livres :  Histoire de l’Art Religieux de M. Denis. . Yves SJÖBERG.  Notices bibliographiques. . . . . . . G. B. EN HORS-TEXTE : Gravure, par Luc-Albert MOREAU (Réservé à nos Abonnés). --- ABONNEMENTS : FRANCE ET SES COLONIES. --- 150 frs --- Bolivie, Chine, Colombie,Danemark, Etats-Unis, Gde-Bretagne et Colonies Anglaises (sauf Canada), Irlande,Islande, Italie et Colonies, Japon, Norvège, Pérou, Suède. --- 230 frs --- ETRANGER . . . . . . . . . . . . --- 210 frs --- Règlement par : mandat-poste, chèque sur Paris ou Compte Chèque Postal PARIS : ÉDITIONS LITTÉRAIRES DE FRANCE 215935 --- Le Numéro: QUINZE FRANCS ÉTRANGER : 20 FRANCS

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NUMÉROS DE GUERRE Il est dans la tradition des revues d'art de vivre dangereusement, même dans la paix. C'est là leur élégance et leur fierté. Nos lecteurs comprendront donc que la guerre, en chassant les hommes de leur foyer, en dispersant aux quatre coins de la France les collections des musées et des bibliothèques, en suspendant l'activité des galeries d'art, ait rendu singulièrement ardue la publication d'une revue comme la nôtre. Malgré cela Prométhée présente aujourd'hui son premier numéro de guerre, avec un retard dont nous nous excusons. Si la tâche des publications intellectuelles doit se poursuivre, c'est parce que la guerre, pour nous Français, ne saurait s'identifier à des vacances de l'esprit, à une résignation de nos préférences. Au contraire. C'est devant le danger que l'esprit se doit de demeurer vivace et de veiller sur ces frontières invisibles que forment les chefs d'œuvre de nos architectes, de nos musiciens, de nos poètes et de nos peintres. Si nos soldats s'alignent à l'Est, si nous en avons été réduits à l'argument suprême du combat, c'est précisément pour que demeurent intacts les trésors spirituels accumulés par les siècles. Le conflit qui nous oppose à un peuple fanatisé, n'est-il pas celui de deux politiques de l'esprit ? L'Allemagne, en même temps qu'elle s'apprêtait à la guerre, n'a-t-elle pas voulu liquider, rejeter hors de ses frontières, les témoignages les plus précieux de l'art moderne (qui furent dispersés aux enchères de Zurich et de Lucerne), comme s'il s'agissait là de symptômes dangereux pour son autarcie, d'entraves, au déchaînement de sa force ? Cela est d'autant plus étrange qu'une vieille tradition germanique se trouve ainsi démentie. En effet, les deux grandes époques du militarisme prussien (celles de Frédéric II et de Guillaume II) s'étaient accommodées d'un lien sentimental avec la peinture française : les Watteau, les Pater, les Lancret de Potsdam en témoignent ainsi que les Manet, les Renoir et les Monet des Musées Impériaux. Cette fois, la rupture est consommée sur tous les points. Aucun réflexe ne nous est plus commun. Alors que l'Allemagne au printemps dernier s'appauvrissait de ses chefs d'œuvre, nous ne cessions, malgré la gravité de l'heure, d'exporter les nôtres, de les offrir à l'admiration des peuples les plus divers ; nous les exposions à Belgrade, à Buenos-Ayres... En Allemagne, la propagande ne s'appuie que sur la puissance de la matière et du nombre; en France elle se prévaut des seules richesses morales, de la seule vertu de l'art et de la pensée. En Allemagne, semble-t-il, on a négligé la protection des monuments et des statues, comme si elle était un signe de faiblesse; en France, les vitraux ont été mis en lieu sûr en même temps que les enfants; comme pour les hommes, un refuge était prévu depuis longtemps pour chaque trésor de toile ou de pierre. Enfin, le témoignage le plus certain de notre dissemblance, n'est-ce pas que l'honneur de parler à la nation, de stimuler le courage des femmes, de préciser le sens de la guerre soit dévolu à des hommes de formation, de caractère et de moralité aussi extrêmes que ceux du docteur Goebbels et de Jean Giraudoux? D'une part, un primaire haineux et servile, un exalté vaniteux ; d'autre part, un poète, un enchanteur, le créateur d'un univers de transparence et de lucidité où les mythes les plus subtils alternent avec un symbolisme dramatique tout illuminé par l'éternel débat entre la liberté et la fatalité, entre l'amour et la mort. En ces heures où le destin du Monde est en jeu, on doit tout tenter pour contribuer au maintien des valeurs spirituelles, à leur enrichissement. C'est pourquoi il nous est agréable de placer en tête de ce premier numéro de guerre les pages ci-après où l'auteur de Siegfried précise la position du Francais — ouvrier, intellectuel ou paysan — par rapport à ce qu'il déteste le plus : la guerre, mais qu'il saura mener jusqu'à son terme justificateur, la paix victorieuse. LA DIRECTION.

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LA CULTURE DANS LA LUTTE LA FRANCE ET LA GUERRE par Jean GIRAUDOUX Nous sommes heureux d'offrir à nos lecteurs le texte intégral d'une des plus belles causeries que M. Jean Giraudoux ait faites à la Radio et dont les journaux n'avaient jusqu'ici donné que des extraits. N. D. L. R. En France, lorsque la guerre éclate, le tambour passe dans les villes, les cloches sonnent dans les villages, chacun sait que c'est la guerre ; mais aucune explication n'est donnée au pays. Pas plus que pour une alerte. Au contraire. Tous ces grands mots qui scintillaient au-dessus de la paix comme sa publicité : liberté, droit des peuples, démocratie, ils sont inutiles, on les éteint, comme dans une alerte. Pour le peuple en guerre, le soldat devient le seul souci de la nation. Revêtu de cet uniforme dont la couleur doit le rendre invisible à l'ennemi mais le fait plus visible à sa famille et à sa ville, il est le bien vivant — pour quelques jours, pour quelques mois, vivant — par lequel la nation remplace ses axiomes et ses devises politiques. Dans les jardins publics de Paris, toutes ces statues de guerriers nus, brandissant des lances et des javelots, ridicules en temps de paix auprès des déesses ou des grands hommes, redeviennent des symboles, des exemples ; au pied de l'une, l'autre jour, j'ai vu des fleurs. Le seul soin, le seul devoir est d'armer, de cuirasser le soldat qui va au front. On ne lui dit pas, on ne lui demande pas pourquoi il part. Il sait la direction. Il n'en a pas d'autre depuis mille ans. Il va vers l'Est. C'est tout ce qu'il lui faut. Le mot démocratie, au lieu d'être cette immense vérité qui flamboyait, parfois avec quelque fumée, au-dessus de la nation, est devenu une sorte de secret confié au soldat, à chaque soldat. En France, depuis deux mois, cette vérité "démocratie" est répartie en cinq millions de secrets, assemblés aux bords de l'Allemagne. Hommes d'État, philosophes, tous ont passé leur responsabilité au plus simple paysan, au plus simple ouvrier du front. Quelle responsabilité ? Aucun soldat n'en parle au soldat voisin. Aucun n'en parle à l'ennemi. Le mot démocratie s'applique trop peu à aucune des occupations de la journée du soldat pour être jamais prononcé par lui ; il ne combat pas démocratiquement, il ne tire pas le canon démocratiquement, il ne couche pas démocratiquement dans la boue... Mais il n'est pas un seul de ces six millions d'hommes qui ne sache ce qu'il est venu accomplir à la frontière. Ce programme, que nous n'avons pu ni les uns, ni les autres amener encore à la complète réussite, il est là au fond d'eux. C'est dans cette armée qui à cette heure repose déjà, à part les veilleurs, inconsciente, dans les bivouacs ou les tranchées, que nous avons logé, en dépôt, toute la conscience du pays. Ce qu'est le front de la démocratie dont on parle ? À quoi il fait face ? À cette heure, c'est ce paysan-soldat endormi qui est le seul qualifié pour me le dire, et je n'ai même pas à le réveiller, je n'ai qu'à prendre des deux mains sa tête, je n'ai qu'à regarder ce visage que la guerre a déjà sculpté à l'image des visages de nos grandes époques, pour savoir quelles idées l'ont amené ici... Elles sont simples... Il y a d'abord l'idée de dette. Le paysan sait qu'il doit à la Nation, qu'il est son débiteur. Tout doit se payer dans la vie. Une bonne patrie se paie. En naissant, chez le notaire, il a signé un contrat. Une patrie avec un beau climat, un beau sol, cela se paie. D'avoir une cathédrale visible des champs, une tour visible des vignobles, cela se paie. Ceux qui sont honnêtes ont quelque chose à payer pour le Rhône, pour la Seine..... Les routes, les postes, les chemins de fer, cela se paie avec des impôts. Mais il n'est qu'une façon de payer l'air des provinces, l'humeur des cantons, la condition d'être, non pas un citoyen mais un fils de son pays, c'est de ne pas hésiter à risquer sa vie pour lui. C'est

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là l'honnêteté la plus élémentaire. Seul le Pays d'ailleurs mérite ce sacrifice. Depuis Napoléon, il n'est pas un Français qui soit allé au combat en criant le nom d'un chef, aucun n'a chargé ou n'est mort en criant : vive Poincaré ou vive Clémenceau, vive Foch ou vive Joffre. J'ai idée que certains ont crié le nom de leur nation. Il y a ensuite l'idée qu'il se bat pour quelque chose qu'il possède. Il ne se bat pas pour prendre, pour conquérir, mais pour conserver. Aucune idée d'enrichissement, d'acquisition ne l'accompagne. C'est un état stable qu'il défend. Il défend des villages vieux de dix siècles, des églises de pierre, des cimetières. Il défend une existence casanière inscrite entre deux lieues carrées, mais qu'il a fallu les Croisades, la Révolution, les plus grands périples, les conquêtes de l'Amérique, de l'Asie, de l'Afrique, la grande guerre, pour fonder ; une vie modeste, mais qu'il a fallu Charlemagne, Louis XIV, les plus grands rois et les plus grands ministres pour amener à cet état. Il défend une foi religieuse qui n'est pas arrogante, qui est discrète, mais qu'il a fallu les plus grands papes, les plus grands saints, des droits civiques clourants, des habitudes humaines moyennes, mais qu'il a fallu les plus grands révoltés et les plus grands sages pour filtrer ainsi à travers les âges. Ce qui lui déplait le plus dans le spectacle des adversaires, c'est cette perpétuelle démolition, ce changement constant de la carte d'Europe, cette instabilité qui ruine aujourd'hui le passé et qui se ruine elle-même. Hitler est pour lui un nomade. Il n'aime pas les nomades. Hitler déplace la population de provinces entières, transplante les montagnards dans la plaine, les labourleurs dans les mines. Hitler ne songe ni aux hommes, ni aux animaux. Pouvoir vivre sur le même coin de terre, n'en pas sortir, c'est là la liberté. Il y a ensuite ceci : il ne veut pas que prédomine un mode de vie théorique ou mécanique. Il a l'impression que l'on est en train de substituer à cet état de choses où chaque être a sa valeur, son choix, où le geste et le travail ont eu prix, une époque où il ne serait plus qu'un rouage. Il a horreur des formules et de l'inéluctable. Il admet la machine tant qu'elle est à son service, mais quand la machine devient maîtresse, quand la machine est l'État, quand l'individu lui cède, il régimbe. Il déteste dans l'armée même tout ce qui mécanise le soldat. Il n'aime pas la parade. Il défile vite parce que la marche préparée ou le pas de l'oie lui semble une servilité. Il n'est pas dans l'armée française, un soldat qui ressemble à l'autre. Enfin, il a une certaine fierté à combattre. Le paysan a acquis, au moment où il acquerrait le droit de pêche ou de chasse, le droit de défendre lui-même, et non par des mercenaires, sa personne et son pays. Il se considère, non pas comme un appelé, un astreint, mais comme un volontaire, non comme le serviteur qui a reçu un ordre, mais comme quelqu'un d'élu qui en raison de sa bonne santé, de sa taille, parce qu'il comprend, a été choisi pour représenter son pays dans cette lutte contre un autre. L'armée comprend la majorité des électeurs français, mais automatiquement du fait qu'ils revêtent l'uniforme, ils acceptaient la loi, armés, ils devenaient muets. Il n'y a pas en ce moment en France de suppression des habitudes démocratiques. Il y a ceci : une sorte de silence qui permet aux soldats de n'entendre que la voix de la guerre. Se battre à la frontière pour la liberté elle-même, cela épargne de discuter les détails de cette liberté. La mot " plein pouvoir " donné par la nation française à son che^t ne veut pas dire renonciation, il veut dire plein consentement. Telles sont les idées simples du paysan-soldat : le devoir envers une terre, le dégoût de l'instabilité, la dévotion à la personne humaine, la conscience d'être soi-même le plus humble serviteur et cependant le représentant de son pays. Quand la guerre sera close, c'est à ces humbles feux que devront s'allumer les torches de nos théoriciens. Pour le moment, ils sont en veilleuse, en cinq millions de veilleuses. C'est là, non pas le front démocratique, mais le front. Seule une bande de terrain le sépare des millions d'hommes qui croient à la conquête et non aux usages, à l'élevage de l'homme et non à sa culture, à la tribu et non à la nation, à l'ordre et non au consentement. L'ange de la mort qui vole au-dessus des deux armées étendues ressent au-dessus de l'une plus d'aise, plus d'assurance, plus de sérénité. Il regrette de n'être pas l'ange de la vie pour favoriser cette armée au-dessus de laquelle le vol est si léger, mais il est ange de la mort et, impartial, il s'apprête à choisir ses élus dans les deux camps. Jean GIRAUDOUX.

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En haut : Vue de Hamstead Heath par Constable (National Gallery, Milbank). Au centre : Lac de Genève, par Calame (Coll. Buscardet). En bas : Le Port d'Anvers, par Émile Boudin. Peintres de nuages au dix-neuvième siècle : John Constable, Alexandre Calame et Émile Boudin

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AVANT L'IMPRESSIONNISME EN SUISSE ALEXANDRE CALAME 1810 - 1864 par Germaine GUILLAUME « Si l'on considère que l'impressionnisme n'est pas seulement une technique nouvelle... mais plutôt une façon de sentir, une prise de contact directe avec la nature, un désir de vérité et de spontanéité qui cherchent pour s'exprimer des procédés conformes à ces besoins de vérité, il est certain que l'impressionnisme remonte très loin dans l'histoire de la peinture ». M. Raymond Cogniat salue ainsi la « Naissance de l’Impressionnisme » dont Beaux-Arts accueillit en mai 1937 les étonnants témoignages. Cette « féerie de lumière, de couleurs et de joie », M. André Joubin, qui en fut en quelque sorte, le parrain, l’a magistralement définie dans la Préface du Catalogue, sous le signe de Delacroix. En cette même année 1937, devançant de quelques semaines la naissance parisienne, la Suisse — si merveilleusement apte à la compréhension et à l’amour de notre école française du XIXe siècle — présentait au Musée d’art et d’histoire de Genève : « Le Paysage français avant les Impressionnistes », avec le concours du Musée du Louvre et de l’Association française d’expansion artistique. Dans ce domaine des précurseurs, la Suisse a fait mieux encore. À l’occasion du XIVe Congrès international d’Histoire de l’art et sous les auspices de la Société des Arts de Genève, une soixantaine d’études faites en plein air par Calame, révélation surprenante, étaient exposées pour la première fois à l’Athénée de Genève pendant tout le mois de septembre 1936. (Lucerne et Winterthur, un an avant Genève, en Octobre 1935, livraient à l’enthousiasme de la critique suisse les études de Calame dont M. W. Hugelshofer, le jeune et érudit conservateur du Musée de Lucerne, qui organisa cette démonstration, disait alors la joie de découvreur et la vision nouvelle). Si l’éblouissante manifestation de Genève a pu avoir lieu, c’est grâce à la libéralité de M. Louis Buscarlet, petit-fils par alliance d’Alexandre Calame et possesseur de presque toutes les œuvres exposées (1). M. A. Schreiber-Favre qui a voué une grande partie de sa savante activité à d’importantes recherches sur Calame — et sur son maître Diday — en a été le fervent animateur (2). En offrant à notre méditation, « ces premiers pas du naturalisme, tel qu’il caractérise le XIXe siècle, du cœur exalté de Jean-Jacques Rousseau jusqu’aux yeux envirrés des impressionnistes » (3), M. A. Schreiber-Favre a atteint son but : rendre à l’artiste helvétique la place incontestable qui lui revient parmi les annonciateurs de l’école moderne du paysage. Calame, né en 1810 à Vevey, mort à Menton en 1864, a laissé plus de quatre cents études d’après nature. Certaines d’entre elles, exécutées entre 1840 et 1860, dans sa période de peine activité et bien avant le (1) Nous tenons à exprimer ici notre plus vive reconnaissance à M. Louis Buscarlet, qui voulut bien, lors du XIVe Congrès international d’Histoire de l’art, nous faire les honneurs de sa magnifique collection et nous autoriser à reproduire les œuvres de son aïeul. (2) Que M. A. Schreiber-Favre veuille bien trouver ici l’expression de notre gratitude pour son inépuisable bienveillance à notre égard. Les clichés que M. A. Schreiber-Favre a bien voulu nous confier pour l’Amour de l’Art sont extraits du bel ouvrage qu’il a consacré à son compatriote: Alexandre Calame, peintre-paysagiste, graveur et lithographe, Genève, Roto-Sadag, 1934, in-4° 48 pp. 75pl. (3) A. Schreiber-Favre : XIVe Congrès International d’histoire de l’art. Exposition Alexandre Calame 1810-1864. Catalogue. (En comparant les travaux exécutés à toutes les époques par Calame, M. A. Schreiber-Favre a pu fixer les dates approximatives des peintures exposées).

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A. Calame : Chute du Reichenbach (Coll. Louis Buscarlet, Genève) groupe impressionniste français, révèlent un pré-impressionnisme de sentiment — simon de technique — qui est sensible, par gradations successives, dans les éléments de la Nature : les Nuages, l'Eau, les Brumes, l'Atmosphère, la Lumière. LES NUAGES « Ils présentent des masses immenses, écrit le peintre au retour d'un voyage en Hollande (1838), ce sont des géants qui se promènent majestueusement si le temps est un peu orageux... » Un « Lac de Genève » vers 1840 lui sert de première expérience. Avait-il perçu les grondements sourds, brossés d'un pinceau tragique par le grand Constable à Hampton Heath ? Connaissait-il le gros nuage fraternel de 1835 que peignait alors Dupré ? Trente ans plus tard, Boudin se plaira aux moutonnements doux et tristes du Port d'Anvers. Ici, l'instant fugitif est rendu par une notation rapide, traitée à l'huile sur carton, avec la fraîcheur humide de l'aquarelle. Pour rendre l'opacité vert-glauque du lac, à la minute qui précède le grain, Calame procède par petites touches horizontales, suggère de la pointe de son pinceau, avec une délicatesse presque japonaise, le triangle des voiles blanches, leur reflet, et leur fuite vers la zone des buées mauves. Il peut alors se livrer sur l'éclaircie d'un blanc-crémeux qui dessine la crête des monts, à la « course folle des nuées échevelées ». Ce sont bien là « les longs déroulements et les lourdes masses, et les figurations titanesques » des Goncourt, depuis le nimbus ténébreux prêt à se déverser en trombe, jusqu'aux gris mués en rose des volumes successifs, ouatés, mouvants. L'EAU Sur les hauteurs du Mont-Blanc, la Neige pour Calame est l'Inaccessible, l'Immaculée. La voici maintenant, cette Insaisissable, cette Inviolée, en contact avec la Terre. Rencontre suprême de l'Immatiérielle et de la Matière, la première s'éveille d'un long sommeil et descend, légère, en robe de fée dont elle divise avec grâce les plis givrés, scintillant sur le roc qui prête d'abord l'appui de sa force à ces blancheurs, mais pour les broyer ensuite avec violence et en faire le torrent riche, le Reichenbach.

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A. Calame : Lit de ruisseau à Rosenlaut (Coll. Schreiber-Favre, Genève) Les maîtres asiatiques nous livraient déjà cette histoire éloquente du rocher « parfois anguleux comme un cristal d'alun, avec ses arêtes vives et sa substance intacte — usé par le vent — vêtu d'une terre arrachée à ses propres flancs ». Entre l'eau et le roc le combat s'engage véhément, et ce sera celui des « Batailles dans la Montagne »... « L'eau a commencé par jaillir de toutes les fissures sous le glacier. Elle s'est cherché des couloirs et des canalisations... Elle les trouve, entre, passe, écarte, pousse, frappe, recule, frappe, recule, comme le battement du sang dans le poignet d'un homme, ébranle, fend, écrase, passe, descend, remonte, se tord, s'épanouit, s'élargit comme les rameaux d'un chêne, se tord, se love, se rejoint, se noue, se construit comme une ruche d'abeilles, crève la muraille... saute dans le vide comme une arche de verre ». LES BRUMES Fidèle interprète du rythme alternatif des Lois de la Nature, Calame recrée maintenant la condensation de l'onde sur les cimes : cette recherche des transformations dans la durée, Claude Monet l'élèvera jusqu'à ses magistrales « Séries ». Lorsque Calame peint vers 1845-1850 « Cimes et brouillard », Turner, presque dans le même temps, (1844) a fait : « Pluie, Vapeur et Vitesse » où « tout est apparence en fuite, événouissement, soudaineté, mirage ». Calame a exposé en Angleterre en 1840 ; il y passera un mois au printemps de 1850, admirera les aquarellistes britanniques, mais lui qui a tant aimé Claude Lorrain, se sentira mystifié par Turner et terrifié en quelque sorte, par cette « alchimie météorique qui dévore l'Univers ». M. Henri Focillon en donne à merveille la raison : « Turner porte en lui les inquiétudes et les impatiences de son siècle... il ne prend pas pour décor les harmonies de la nature mais ses désordres ». M. René Huyghe observe très justement que « Turner, le premier au XIXe siècle, a vu le monde comme un jeu de fluides et de forces ». Les atomes sont, en effet, pour l'homme de génie d'Outré-Manche, des « énergies en tourbillon ». Il les conçoit avec son intelligence, et c'est en scientiste qu'il fait fusionner la matière et la vie. Calame, homme de sentiment, disciple de Diday, demande à la Nature ses secrets et c'est avec Jean-Jacques qu'il atteint les sommets : « .....Après m'être promené dans les Nuages, j'atteignais un séjour plus serein d'où l'on voit dans la saison le tonnerre et l'orage se former au-dessous de soi ; image trop vaine de l'âme du Sage... ». (Nouvelle Héloïse).