Page 1
PROMETHEE Tous les Arts aux mortels viennent de Prométhée ESCHYLE L'AMOUR DE L'ART NOUVELLE SERIE III EDITIONS LITTERAIRES DE FRANCE REVUE MENSUELLE France 15 frs Etranger 20 frs AVRIL 1939 G. DARAGNES
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
PROMETHEE Tous les Arts aux mortels viennent de Prométhée ESCHYLE L'AMOUR DE L'ART NOUVELLE SERIE III EDITIONS LITTERAIRES DE FRANCE REVUE MENSUELLE France 15 frs Etranger 20 frs AVRIL 1939 G. DARAGNES
PROMETHEE L'AMOUR DE L'ART — 20e ANNÉE — NOUVELLE SÉRIE 28, Rue d'Assas — PARIS - 6e Tél. Lit. 45-95 --- Le Numéro : QUINZE FRANCS ÉTRANGER : 20 FRANCS --- ABONNEMENTS : France et ses colonies --- 150 frs --- Étranger --- 210 frs --- Bolivie, Chine, Colombie, Dantzig, Danemark, États-Unis, Gde-Bretagne et Colonies Anglaises (sauf Canada), Irlande, Islande, Italie et Colonies, Japon, Norvège, Pérou, Suède. Règlement par : mandat-poste, chèque sur Paris ou Compte Chèque Postal PARIS : ÉDITIONS LITTÉRAIRES DE FRANCE 215935 --- L'ALUMINIUM DANS LES ARTS DÉCORATIFS CLASSE ENFANTINE DE L'ÉCOLE DE SURESNES LE MOBILIER: - BUREAUX - FAUTEUILS - TABLES EST RÉALISÉ EN TUBES D'ALUMINIUM SOCIÉTÉ STUDAL 23 BIS RUE BALZAC PARIS VIIIe
LA GARANTIE D'UNE MARQUE La Marque représentant une rose stylisée identifie les couleurs et produits F. LINEL. Elle vous assure contre tous aléas. Il est donc de votre intérêt de la demander, soit chez votre fournisseur habituel, soit chez les marchands de couleurs, si vous êtes en déplacement. Pour vos toiles, exigez de même la marque de qualité A. BINANT. COULEURS TOILES F.LINEL • A.BINANT de belles couleurs sur de bonnes toiles --- Tél.: MAILLOT 47-31 Médaille d’Or à l’Exposition Intern¹ᵉ de Paris 1937 --- LISE L. BATAILLE LIEUSE D’ART EXÉCUTE TOUS GENRES DE RELIURES ET DONNE DES LEÇONS, DANS SON ATELIER 35, RUE DE VILLIERS, 35 NEUILLY-SUR-SEINE (Pres la Porte Champerret) --- > À vous les joyeuses escapades, les folles parties champêtres, les randonnées merveilleuses des jours de WEEK-END > si vous prenez à temps le bon billet de la LOTERIE NATIONALE --- PROMETHEE consacre son prochain numéro à CENT ANS DE PEINTURE FRANÇAISE EXPOSITION DE BUENOS-AYRES NUMÉRO EXCEPTIONNEL DE 72 PAGES 100 REPRODUCTIONS - PRIX: 25 FRANCS Ce numéro sera servi sans supplément aux abonnés
PROMETHEE L'AMOUR DE L'ART - NOUVELLE SÉRIE N° 3. AVRIL 1939. XXe ANNÉE. REVUE MENSUELLE COMITÉ DE DIRECTION : M. RENÉ HUYGHE, CONSERVATEUR DES PEINTURES DU MUSÉE DU LOUVRE ; M. GERMAIN BAZIN, CONSERVATEUR - ADJOINT AU MUSÉE DU LOUVRE ; ET M. MICHEL FLORISOONE, RÉDACTEUR EN CHEF. RÉDACTION ET ADMINISTRATION : 28, RUE D'ASSAS, PARIS, VIe TÉLÉPH. LITTRE 45-95 --- COMITÉ D'HONNEUR : MADAME LA PRINCESSE CAETANI DE BASSIANO ; MADAME COLETTE ; M. PAUL BAUDOUIN, AMATEUR D'ART ; M. MAURICE BÉRARD, AMATEUR D'ART ; M. BERNARD BERENSON ; M. ABEL BONNARD, DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE ; LE Dr ALBERT CHARPENTIER, AMATEUR D'ART ; M. GABRIEL COGNACQ, VICE-PRESIDENT DU CONSEIL DES MUSÉES NATIONAUX ; M. DAUTRY, ANCIEN DIRECTEUR GÉNÉRAL DES CHEMINS DE FER DE L'ÉTAT ; M. D. DAVID-WEEILL, MEMBRE DE L'INSTITUT, PRÉSIDENT DU CONSEIL DES MUSÉES NATIONAUX ; M. HENRI FOCILLON, PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE ; M. LE COMTE HUBERT DE GANAY ; M. JEAN GIRAUDOUX ; M. ALBERT S. HENRAUX, PRÉSIDENT DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DU LOUVRE ; M. ÉTIENNE NICOLAS, AMATEUR D'ART ; M. EUGENIO D'ORS, DE L'ACADÉMIE ESPAGNOLE ; M. GEORGES RENAND, AMATEUR D'ART ; M. PAUL VALERY, DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE. COMITÉ D'ARCHITECTURE : MM. AUGUSTE PERRET, LOUIS SUE, ANDRÉ VERA ET JEAN-CHARLES MOREUX, SECRÉTAIRE. PARIS ÉDITIONS LITTÉRAIRES DE FRANCE
SOMMAIRE DU N° 3 - AVRIL 1939 O En marge de la peinture moderne : Sur deux bouches. . . . . . . . . . . . . . . René-Jean CLOT Petits Maîtres du XVIIIe Siècle : Sources de l’Art de Watteau: Claude Simpol . . . Hélène de VALLÉE Photographie : Poupées Cassées . . . . . . . . . . . . . . Assia LASSAIGNE Opinions sur notre temps : George Bouche . . . . . . . . . . . . . . Albert CHARPENTIER Les Faits : Un Gauguin perdu et retrouvé Échos et Informations Les Expositions : Le Centenaire de Cézanne . . . . . . . . . Jacques LASSAIGNE Les Ballets Russes . . . . . . . . . . . . J. L. Les chefs-d’œuvre du Musée de Montpellier. . . J. L. A travers les Galeries. . . . . . . . . . M. F., J. L. et A. D. L’art dans la vie : la photographie : Centenaire de la Photographie . . . . . . . Robert GALLERAND Çà et là dans la vie . . . . . . . . . . M. F. et J. L. A l’Étranger : Comment est défendu l’art français . . . . . . Léonard BECK Les Livres : Bamberg, Sanctuaire du Germanisme . . . . Germain BAZIN Ouvrages sur l’Art Italien . . . . . . . R. H. Notices Bibliographiques . . . . . . . G. B., M. F. et J. C. M. Revue des Revues . . . . . . . . . . M. F. Chronique des Ventes . . . . . . . . . . J. C. EN HORS-TEXTE : Eau-forte par VERGÉ-SARRAT (Réservé à nos abonnés).
EN MARGE DE LA PEINTURE MODERNE SUR DEUX BOUCHES par René-Jean CLOT LEONARD DE VINCI. « Sainte Anne ». Dessin. Détail. Musée du Louvre. CES deux bouches ouvertes sont des mondes à des siècles de distance et sans aucune communication entre eux. Deux bouches la première dessinée par le Vinci l'autre par Rouault. Chez Léonard l'homme jusque dans l'acte de donner ou recevoir la mort aspire à la conscience de son destin et cela dans la visible chair qui nous est commune, l'échange des passions, le toucher des sens. Je vois dans cette bouche d'homme, si fièrement dessinée non seulement la beauté de la forme reposant sur la science mais aussi l'idée d'une croyance en la valeur de l'homme ou du moins dans ce qui est le plus propre à son but, la maîtrise de ses moyens. Chez Rouault la bouche est indiquée par un trou, un vide serti d'encre ou rempli de peinture violente, le néant de la forme humaine s'abandonnant à la misère de la matière sans la ressaisir par l'esprit reflète le néant de l'univers. D'un jet le peintre obtient cet anéantissement total de la conscience humaine par l'affaissement, le refus, non pas des moyens — j'ose écrire que les moyens techniques de Rouault sont aussi valables pour les musées que ceux du Vinci — mais par un pessimisme moral où le sentiment de déchéance humaine se répète mécaniquement, sans contrôle, sans héroïsme : créatures de poussière et de néant qui retourneront en poussière. Ce sentiment du grotesque et de l'absurdité des formes est aussi dramatique à son extrême limite que la lucidité parfaite du Vinci. Chez les deux peintres d'ailleurs même appétit de la cruauté, les cavaliers combattant et les Christ dans la campagne ne sont que des moyens de traduire une douleur intime, familière, quotidienne. Dépassant le problème de l'art ou plutôt le rejoignant dans la philosophie l'un et l'autre de ces peintres expriment deux phases éternelles de la création : l'un, le cabos c'est-à-dire la matière organique vivante, et l'autre l'intelligence organisant cette matière en lui assignant ses limites. Les personnages de Rouault supportent leur destin et s'y résignent à la manière d'épaves que charrie le cours d'un fleuve en crue, au contraire ceux du Vinci subissent aussi leur sort mais en maîtres clairvoyants. Eux aussi n'échappent point à la mort mais cette mort est encore pour eux prétexte à affirmer leur foi en la vie. Sur la forme de ces bouches mais en marge du problème de la peinture où toutes deux se satisfont — et nous arrivons alors à l'échange humain qui m'inspire d'écrire sur ce sujet — écoutons ce que disent ces personnages. Pour ceux qui appartiennent à Rouault ils n'expriment que des sons inarticulés, ceux du Vinci crient ou chantent avec des voix humaines, leur silence même précède une musique du langage ordonnant leurs pensées où nous pénétrons sans effort. Certes nous y pénétrons chez Rouault car le monde des filles et des juges est bien le nôtre mais la couleur ne parle qu'à nos sens et ne va jamais au delà (1). Notre goût de la peinture s'y repaît mais notre besoin de réfléchir ne (1) L'acheminement besogneux précédant l'éclat dans la dernière touche est une condition organique pour la vie des surfaces peintes (Chardin, Cézanne, ne savait point à l'avance le ton qu'ils allaient poser car ils le confrontaient à la réalité).
peut se satisfaire d'un éclat qui ressemble à une belle étiquette, posée qu'elle est sur un revêtement volontairement absent, un lit d'os désarticulés par une chaux vive coulant au hasard des membres. Entre ces deux expériences dessinées et peintes s'écrira toute une histoire de défaites, de lâchetés, de veueries aussi valablement humaines — je le dis bien aussi authentiques — que la curiosité intelligente des Renaissants. Dépassant les bien désuètes querelles du classicisme et du romantisme je me plais à observer que l'étude des organes exprimés par ces deux maîtres procède moins comme le croient ordinairement les gens d'une connaissance technique que d'une position spirituelle précédant l'exécution. On ne répétera jamais assez que l'expression d'une forme est marquée au coin par un signe spirituel dont elle dépend entièrement. L'aisance dans la traduction, la facilité des moyens, en un mot le contact matériel avec la réalité est peu de choses au regard de l'esprit qui déjà avait ses objectifs bien précis avant l'élaboration dans la matière. En renonçant à la facilité de son inspiration, avec moins de complaisance envers son imagier grotesque et gothique Rouault aurait pu devenir un homme traduisant des sentiments aussi profonds que ceux du Vinci (bien sûr, je le sais bien, la bonne peinture n'a rien à voir avec les sentiments élevés mais il y eut pourtant des peintres ne se piquant point d'esprit comme Courbet qui, tout en faisant des œuvres aussi solides que l'enterrement à Ornans n'ont jamais renoncé à un idéal humain grandiose). La matérialité inorganique de ce Christ qui cherche son cri ne peut être matière à un grief (1), d'ailleurs la technique de Rouault est presque toujours très belle quoique brouillon et confuse dans ses moyens (le tableau de Grenoble du Christ pleuré par les saintes femmes est un tableau très savamment peint), seulement la position spirituelle qui semble profonde et religieuse au premier abord est nulle. Elle est irrégulière à mon avis pour cette seule cause : manque d'humilité dès le départ. Rouault ne regarde jamais comment est faite la bouche d'un homme, quel duvet comme sur les pêches de Chardin (O messes religieuses), la recouvre. C'est en lui seulement, travailleur buté et formel qu'il cherche, ces traits rapides badigeonnant le bas du visage de ses personnages. Absence d'humilité oui je le répète encore. On peut peindre des Christ, des pauvres, des pèlerins et être à cent lieues de tout cela au même titre qu'un Détaille, qu'un Meissonnier. On peut peindre la douleur matérielle de la vierge en simulant la contorsion du visage et le vide que creusent les mains élevées au ciel mais on reste au seuil d'une peinture religieuse sans y pénétrer jamais si l'on n'a pas consenti à se taire, à se renoncer, pour apprendre à voir les plis que forme un tissu, pour regarder comment une larme cherche son chemin le long d'un nez, comment ce nez est fait et comment cette bouche parle. Oui j'en suis persuadé c'est parce que nous aurons donné audience à un plus grand nombre possible d'autres que nous parviendrons à les exprimer avec nous-mêmes au delà de leur singularité vivante. C'est pour ces raisons spirituelles dont le cours ne tenait point à l'affirmation d'une technique mais à la façon humble et pour ainsi dire anonyme avec laquelle les anciens peintres assumaient la vie qu'on peut dire que les tableaux païens de Breughel sont des œuvres plus religieuses que celles de Rouault. Car la grande peinture qui est d'essence religieuse ne tient pas aux sujets ni à l'éclat de la technique mais en leur certitude anonyme, là où l'homme a fait de son œuvre un visage quotidien. Un sentiment automatique devant les figures et les choses, qui procède par mécanisme, avide avant tout de s'exprimer sur la réalité du sujet, celle-là tenue pour nulle, ressemble pour la joie et l'expression de l'âme à un écriteau chargé des lettres BARRE au coin d'une rue en chantier. Plus rien ne passe de ce qui pour les Primitifs par exemple avait fait matière de la véritable religion picturale : qualité d'un ciel, dessin d'une branche sur ce ciel, mouvement des feuilles sur la branche. René-Jean CLOT. (1) Elle est peut-être aussi le symbole du christianisme cherchant à se frayer une issue dans l'âme de chaque homme ROUAULT « Le Juge ». Détail.
Fig. 1. — BERNARD PICART) « Le Concert » (Voir figures 7 et 8). SOURCES DE L'ART DE WATTEAU CLAUDE SIMPOL par Hélène de Vallée PARMI les artistes qui marquent la transition entre le style de Louis XIV et le début de la Régence, on a parfois nommé Claude Simpol (1). Le genre de cet artiste, en dehors de ses compositions religieuses et d'un tableau se trouvant au Musée de Fontainebleau, nous était connu surtout par une description très précise d'une partie de son œuvre indiquée par P.-J. Mariette dans un Manuscrit conservé au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale (2). Or, nous venons de retrouver quelques gravures, ne portant aucune indication de dessinateur ni de graveur, mais seulement de l'éditeur P.-J. Mariette qui nous paraissent être précisément celles décrites dans ce manuscrit. P.-J. Mariette énumère une suite indiquée sous le titre de « Différents sujets composés d'Hommes et de Femmes habillés à la mode Francoise au nombre de quarante-trois gravées à l'eau-forte par J.-B. Scotin ». Nous indiquons ci-dessous la description qu'il donne pour quelques-unes des vingt-quatre gravures que nous croyons identifiées : — une femme jouant de la guitare, — un cavalier achetant des dentelles, — un cavalier portant une dame en croupe, — une dame endormie en lisant, — un amant surprenant sa maitresse qui écrit une lettre. En marge, Mariette spécifie que ces gravures sont en hauteur, et il termine la description de cette série en indiquant quatre planches exécutées en travers: — une femme dans un sofa caressant un chien, (1) Hérold et Vuaflard, T. I (1929), p. 157 de l'ouvrage de E. Dacier et A. Vuaflart : Jean de Julienne et les graveurs de Watteau au XVIIIe siècle. (2) Mariette : Notes manuscrites conservées au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque Nationale, H (Ya²⁴, pet. in-fol.), T. 8, p. 220.
Fig. 2. — CLAUDE SIMPOL. « La Signora Isabella ». Fig. 3. — WATTEAU. « L'Indifférent ». (Musée du Louvre). La Signora Isabella de Claude Simpol n'annonce-t-elle par sa légèreté et par son geste même, le mouvement gracieux de l'Indifférent de Watteau?
Fig. 4. — CLAUDE SIMPOL. « Le Cavalier achetant des dentelles ». Fig. 5. — WATTEAU. « L'Enseigne de Gersaint ». Détail. Berlin, Palais de Cherlottenberg. Par sa conception et son sentiment le Cavalier achetant des dentelles précède une des scènes de l'Enseigne de Gersaint où l'on retrouve à peine modifiées les attitudes des deux personnages.

Cette publication de la revue « Prométhée » (nouvelle série de « L'Amour de l'art ») datant d'avril 1939 aborde divers sujets artistiques. Le numéro contient des articles sur la peinture moderne, les petits maîtres du XVIIIe siècle, la photographie, et des critiques d'expositions et de livres d'art. Il inclut également des informations sur les ventes d'art et une section sur la défense de l'art français à l'étranger.