Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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L'AMOUR DE L'ART 1ère PARTIE HISTOIRE DE L'ART CONTEMPORAIN CHAPITRE III LE DÉTACHEMENT DE L'IMPRESSIONNISME - BONNARD - VUILLARD - ROUSSEL - M. DENIS - VALLOTTON par - G. Bazin - Ch. Chassé - J. Dupont - Ch. Fegdal - R. Huyghe 2ème PARTIE BULLETIN MENSUEL PAYS-BAS ET ITALIE AU XVIe SIÈCLE LE SANATORIUM DE RIESENWALD Les Expositions - Les Livres Les Informations AVRIL 1933 Le N° : 12 fr. SOUS LA DIRECTION DE RENÉ HUYGHE LIBRAIRIE ALCAN - PARIS 108, BOULEVARD SAINT-GERMAIN

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MAITRES DE L'ART MODERNE Cette collection, de conception identique aux « Maîtres de l'Art ancien », embrasse la période qui va d'Ingres aux contemporains. Chaque étude sur les peintres, sculpteurs, décorateurs modernes contient, outre une biographie et les indications techniques indispensables, 40 ou 60 planches en héliogravure. Chaque volume Broché........... 20 » Relié............ 25 » --- BARYE, par Ch. Saunier. WILLIAM BLAKE, par Ph. Soupault. EUGENE BOUDIN, par L. Cario. BOURDELLE, par A. Fontainas. LOUISE C. BRESLAU, par A. Alexandre. CARPEAUX, par A. Sarradin. CEZANNE, par T. Klingsor. CONSTABLE, par A. Fontainas. COROT, par M. Lafargue. DAUMIER, par A. Alexandre. DECAMPS, par P. du Colombier. GUSTAVE DORÉ, par E. Tromp. EIFFEL, par J. Prévost. JAMES ENSOR, par A. de Ridder. FANTIN-LATOUR, par G. Kahn. FORAIN, par Ch. Kunstler. GAUGUIN, par R. Rey. GAVARNI, par A. Warnod. GERICAULT, par R. Regamey. --- CONSTANTIN GUYS, par P. Dubray. JONGKIND, par P. Colin. MANET, par J.-E. Blanche. MERYON, par L. Delteil. MILLET, par P. Gsell. CLAUDE MONET, par G. Mauclair. BERTHE MORISOT, par A. Fourreau. PISSARRO, par A. Tabarant. RAFFAELLI, par G. Lecomte, de l'Académie française. ODILON REDON, par Ch. Fegdal. RENOIR, par F. Fosca. RODIN, par L. Bénédite. ALFRED STEVENS, par Fr. Boucher. TOULOUSE-LAUTREC, par P. de Lapparent. TURNER, par M. Brion. VALLOTTON, par Ch. Fegdal. VAN GOGH, par P. Colin. --- LES ÉDITIONS RIEDER 7, place Saint-Sulpice — PARIS (6°)

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--- “WELTKUNST” ART OF THE WORLD LE MONDE DES ARTS Anciennement “DIE KUNSTAUKTION” Le Journal International d’Art et d’Information Artistique Édité par Dr. J.-I. von SAXE --- Le seul organe hebdomadaire de langue allemande, consacré à tout ce qui concerne le MARCHÉ INTERNATIONAL D’ART, ancien, moderne, décoratif, et les diverses branches de la curiosité Toutes les actualités artistiques du monde entier Articles illustrés, instructifs. Histoires et anec- dotes. Information exacte et rapide sur les prix des œuvres d’art dans le monde entier. Compte rendu détaillé des VENTES D’OBJETS D’ART --- Le Journal du Collectionneur, de l’Expert et du Marchand ENGLISH SUPPLEMENTS Demandez un exemplaire spécimen --- Abonnement pour la France et la Belgique : 140 fr. par an --- DIRECTION, ADMINISTRATION ET SALON DE LECTURE BERLIN W. 62. Kurfürstenstrasse 76/77 Adresse télégraphique : WELTKUNST-BERLIN --- BUREAUX A PARIS 5, rue Cambon — PARIS (1er) Téléphone : LOUVRE 44-44 Compte de chèques postaux : J. de Saxe, n° 1187-32, PARIS --- **des couleurs claires et lumineuses...** POUR quelle raison les cou- leurs F. LINEL donnent- elles des teintes si vives, si franches ? Tout le secret tient dans l’étude de leur compo- sition, leur fabrication impec- cable, la finesse de leur broyage. Les résultats sont là. C’est par leurs seules qualités que ces couleurs ont acquis une répu- tation de tout premier plan dans le monde des Artistes. Employez-les, avec les toiles A. BINANT, pour obtenir des œuvres vivantes, durables. Votre marchand de couleurs vous soumettra la carte des nuances. **COULEURS F.LINEL TOILES A.BINANT** de belles couleurs sur de bonnes toiles 1279 Publicité Malenrich et Vitry ---

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--- ÉDITIONS AUGUSTE PICARD 82, rue Bonaparte, 82 — PARIS (6e) — --- RECTE CURRUM REGIT --- PARAIT EN MAI : LE MONT-SAINT-MICHEL PAR Germain BAZIN Attaché à la Bibliothèque de l’École des Beaux-Arts Un volume un-4o raisin de 364 pages, avec 116 figures dans le texte, 4 plans hors-texte et un album de 72 planches en phototypie. — Livré sous bel emboîage. 550 exemplaires sur très beau papier vergé………………… 450 fr. 50 exemplaires sur Hollande Van Gelder ………………………………………… 550 fr. --- TABLE DES MATIÈRES Préface de M. Marcel AUBERT. Avant-propos de l’auteur Première partie. — INTRODUCTION HISTORIQUE. Le culte de saint Michel. Un monastère bénédictin à travers les âges. Tableau chronologique des principaux faits de l’histoire du Mont-Saint-Michel. Les sources de l’histoire du Mont-Saint-Michel. --- abbaye.) La Merveille. Le chœur de l’église abbatiale. Bâtiments abbatiaux. Édifices contemporains de la Merveille. Les fortifications. La ville. Sculptures et objets d’art conservés au Mont-Saint-Michel. --- Deuxième partie. — HISTOIRE MONUMENTALE. La construction. La restauration. --- Quatrième partie. — L’ARCHITECTURE FRANÇAISE AU MONT-SAINT-MICHEL. L’architecture romane. L’architecture gothique. L’architecture gothique flamboyante. L’architecture militaire. Conclusion. --- Troisième partie. — DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. L’abbaye carolingienne. L’abbaye romane. (Église, --- Depuis l’ouvrage de Paul Gout aucune étude d’ensemble n’avait paru sur le Mont-Saint-Michel ; or, si du point de vue historique la documentation a peu changé, il n’en est pas de même du point de vue archéologique ; bien des découvertes nouvelles, celle notamment du plan-relief des Invalides, sont venues apporter des sources très importantes que Paul Gout n’avait pu connaître. Le lecteur de l’ouvrage de M.G. Bazin se rendra vite compte que bien peu d’études de monuments ont été jusqu’à maintenant conduites avec une telle acuité, une science aussi large de l’archéologie comparée, un tel souci de la précision. De la comparaison de chacun des édifices du Mont, abbaye romane, Merveille, chœur gothique, fortifications, avec les monuments contemporains de l’école normande ou de l’école de l’Île-de-France, M. Bazin tire un enseignement riche en aperçus nouveaux, non seulement sur l’archéologie, mais aussi sur le sens de l’architecture du moyen âge et sur les conceptions sociales dont elle est l’expression. Pour appuyer l’argumentation de ce livre, le lecteur trouvera des plans, de nombreux dessins au trait permettant une parfaite compréhension de la description archéologique et un superbe album de planches photographiques dans le choix desquelles l’auteur s’est donné pour tâche de répondre au désir du public qui demande aujourd’hui à la photographie, moins de transcrire l’image réaliste des objets que d’en pénétrer l’âme. C’est dans cet esprit qu’a été conduite par l’auteur lui-même une campagne de photographie dont les résultats exposés en novembre 1931 ont eu dans la presse et le public un profond retentissement. À quel point la photographie ainsi comprise permet de ressusciter ou de suggérer les émotions que fait naître en nous le contact avec une œuvre de génie, il n’est pour le sentir qu’à feuilleter les 72 planches qui composent ce magnifique album.

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L'AMOUR DE L'ART REVUE MENSUELLE FRANCE : 95 fr. BELGIQUE : 107 fr. ÉTRANGER : 150 et 175 fr. Quatorzième Année DIRECTEUR : RENÉ HUYGHE DIRECTEUR-ADJOINT : GERMAIN BAZIN --- SOMMAIRE DU N° 4. Avril 1933 PREMIÈRE PARTIE HISTOIRE DE L'ART CONTEMPORAIN Chapitre III (suite) Les Nabis : Maurice Denis et les décorateurs . . . . . . Jacques DUPONT Les Nabis et le groupe Bonnard-Vuillard-Roussel I. Roussel . . . . . . Charles CHASSÉ II. Bonnard . . . . . . Germain BAZIN III. Vuillard . . . . . . Germain BAZIN Félix Vallotton . . . . . . Charles FEGDAL Notices biographiques et bibliographiques . . . . . . Charles STERLING DEUXIÈME PARTIE BULLETIN MENSUEL Pays-Bas et Italie au XVIe siècle : un tableau inédit de Lodovico Pozzoserrato . . . . . . Charles STERLING Le sanatorium de Riesenwald . . . . . . Pierre PRAT L'Exposition des Trois Règnes à Londres . . . . . . René HUYGHE Les Expositions . . . . . . Germain BAZIN Echos et Informations Les Livres . . . . . . R.H., G.B. --- RÉDACTION — ADMINISTRATION — PUBLICITÉ LIBRAIRIE FÉLIX ALCAN, 108, boulevard Saint-Germain — PARIS Téléphone : Danton 48-65

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--- AUX ÉDITIONS BERNARD GRASSET AUGUSTE RODIN --- FIRMIN GÉMIER --- L’ART --- LE THÉÂTRE --- Entretiens réunis par Paul GsellN11e éd. augmentée du testament artistique du MaîtreUn volume illustré de 326 pages. 30 fr. --- Un volume illustré de 300 pages. 20 fr. --- ÉMILE BAUMANN. Le Mont-Saint-Michel. CAMILLE MAYRAN. Aspects de la Cathédrale de Strasbourg. RENÉ SCHWOB. Le Portrait Royal (La Cathédrale de Chartres). Ces volumes dans le format in-16 jésus sur alfa sont abondamment illustrés en héliogravure. Chaque vol. 20 fr. EDGAR DEGAS. Lettres. Un volume in-8° écu sur alfa, illustré en héliogravure………………… 25 fr. FRANCIS CARCO. La Légende et la vie d’Utrillo. Un volume in-8° couronne ……………… 15 fr. ANDRÉ NÉGIS. Adolphe Monticelli, châtelain des nues. Un volume in-8° couronne ………… 15 fr. --- ISADORA DUNCAN SGIXANTE-DOUZE PLANCHES DONT HUIT EN DEUX TONS par JOSÉ CLARA précédées d’une étude par Georges-A. DENIS « Dessins merveilleusement dynamiques et qui semblent comme sculptés sur les trois dimensions. » LES TREIZE (L’Intransigeant) Un luxueux album Tirage limité. — Il reste quelques exemplaires sur pur fil Lafuma à 250 francs LES ÉDITIONS RIEDER, 7, place Saint-Sulpice, PARIS (6°) ---

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Fig. 72. — MAURICE DENIS, HOMMAGE A CÉZANNE (1900). MUSÉE DU LUXEMBOURG On voit figurés dans la boutique d'AMBROISE VOLLARD, de gauche à droite : ODILON REDON, VUILLARD, MELLERIO, VOLLARD (derrière le chevalet), M. DENIS, SÉRUSIER, RANSON, ROUSSEL, BONNARD, Mme M. DENIS LES NABIS : MAURICE DENIS ET LA PEINTURE DÉCORATIVE par JACQUES DUPONT Un art tout instinctif, sans signification profonde paraît satisfaire de façon presque exclusive nos contemporains ; l'intelligence, la culture rendent un artiste suspect à leurs yeux, comme si l'œuvre d'art ne devait pas s'adresser à la fois à l'esprit et aux sens en un équilibre harmonieux, qui est le signe de toute œuvre classique. L'importance que Maurice Denis accorde à l'esprit et à la raison est manifeste, si l'on considère ses recherches successives, soumises à un ordre logique, dominées par des préoccupations, qui visent à un idéal élevé. Tout jeune, il est d'abord peintre symboliste avec Bonnard, Vuillard, Roussel, puis avec l'Italie, il découvre la grandeur classique et devient peintre décorateur, Paul Véra et Jaumes débutent dans son sillage ; peintre religieux enfin, il est avec Georges Desvallières le fondateur des Ateliers d'Art sacré. Esprit clair, Maurice Denis tend dès ses débuts à une discipline réfléchie et non à un académisme imposé tel que le pourrait offrir au jeune homme son maître, Jules Lefebvre. L'atelier paraît sans vie à sa jeunesse, qui vit de désir et d'enthousiasme ; un jour la révélation vient de Bretagne, Séruiser découvre à Denis et à ses camarades la peinture de Gauguin. Le petit panneau peint par Séruiser sous la direction de Gauguin fait sensation — juxtaposition de tons purs : violet, vermillon, vert Veronèse, presque sans mélange de blanc, il était difficile au premier moment d'en apercevoir la signification — Séruiser voulut bien s'expliquer, éclairer ses camarades plus surpris d'abord qu'admiratifs. De ces propos vantant la synthèse, Maurice Denis tire à son usage des notions claires : « Synthétiser, écrit-il, ce n'est pas nécessairement simplifier dans le sens de supprimer certaines parties de l'objet : c'est simplifier dans le sens de rendre intelligible. C'est en somme hiérarchiser, soumettre chaque tableau à un seul rythme, à une dominante, sacrifier, subordonner, généraliser. » Maurice Denis et ses amis entraînés par Séruiser vont fréquenter des lieux inconnus de leur maître, la maison Goupil, où ils découvrent Van Gogh, Monet, Degas, des Gauguin peints à la Martinique ; la boutique du père Tanguy, où ils prennent contact avec la peinture de Cézanne. L'émotion étroit cette jeunesse avide, prête à accueillir

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HISTOIRE DE L'ART CONTEMPORAIN Fig. 73. — MAURICE DENIS LE MENUET DE LA « PRINCESSE MALENE » De 1894 à 1904 plusieurs voyages en Italie lui offrent ce qu'il cherche, la révélation d'un ordre classique perdu depuis l'impressionnisme. Le séjour à Florence est décisif, il réconcilie Maurice Denis avec la tradition, non pas celle de la Renaissance, dont l'école l'a éloigné, mais celle des primitifs, plus proche alors de ses préoccupations, de l'Angelico surtout, dont les formes simples, équilibrées, la couleur si fraîche, la vision optimiste du monde lui plaisent, autant que le paysage florentin construit dans la lumière, les lointains où le cyprès se dressent. L'influence de l'Angelico, elle est visible dans cette charmante décoration faite pour la chapelle Sainte-Croix du Vésinet, où des anges et des enfants mêlés font à l'autel une fraiche guirlande, tandis que dans des œuvres de peu postérieures : les décorations pour l'église du Vésinet, l'hommage à Cézanne (fig. 72), Maurice Denis apparaît en pleine possession de ses moyens, consultant encore les maîtres, Ingres et, surtout, Poussin qui lui apprend toute la valeur du rythme. Désormais Maurice Denis vient à une conception toujours plus classique de l'Art qui l'éloigne des compagnons de ses débuts, absorbés à poursuivre leurs recherches intimistes. Sa vaste culture, sa compréhension des mythes de l'Antiquité, les résonances symbolistes, son goût naturel font de ses décorations d'alors : « l'âge d'or, l'éternel été, l'éternel printemps », traitées dans une gamme claire, des poèmes de grâce familière, où les formes harmonieuses d'une humanité sans désir baignent dans un univers irréel. Sa plus importante œuvre décorative, Maurice Denis l'exécute en 1912 pour le théâtre des Champs-Élysées (fig. 77) que viennent d'élever les frères Perret sur des données toutes nou- toutes les initiatives, curieuse du nouveau, de l'étrange ; Bonnard, Vuillard vont s'inspirer des estampes japonaises, que l'on commence à connaître ; Maurice Denis va s'essayer à la technique divisionniste à la suite de Pissaro, dont on méconnaît souvent l'influence et de Signac. Ses peintures d'alors à sujets symbolistes ou religieux sont d'une fraîcheur de sentiment rare, pochades sur carton, claires, fraîches, faites de taches juxtaposées, jolies comme peuvent être un tapis d'Orient ou un bouquet ; Maurice Denis ne peut s'en contenter. Son symbolisme est une réaction contre les excès du naturalisme d'une part, de l'impressionnisme d'autre part ; le peintre ne peut alors se défendre de l'atmosphère de ces années 90, dont Maeterlinck est le dieu (1). « Il y avait à ce moment, dit F. Fosca une sorte de langueur, une crainte de la vie, un dédain pour la force, la nature et la sensualité. Chacun voulait redevenir enfant, ingénu. » Maurice Denis nous montre des jardins clos où des jeunes filles se promènent gravement, par ces allées fleuries, qu'ombragent de grands arbres, parfois aussi la chambre nue de l'annonciation, pleine de mystère, de promesses et de sérénité. Ce tendre mysticisme ne sera pas de longue durée, car Maurice Denis a sous les yeux la vie même, des enfants, qui égaient son foyer, autant de modèles bénévoles. Les sujets familiers lui resteront chers : maternité, le bain, les jeux des enfants. Comment rester symboliste en face de la vie débordante de la jeunesse ? (1) Voir fig. 73, sur le pupitre du piano, le cahier de musique contenant un menuet d'après la Princesse Malene de Maeterlinck. Fig. 74. — MAURICE DENIS. LA TERRASSE

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LES DÉCORATEURS --- Fig. 75. — MAURICE DENIS. LA BAIGNADE Georges Desvallières fut le fondateur avec Maurice Denis des Ateliers d'Art sacré. Peintre religieux, il l'est tout à l'opposé de Maurice Denis, de son œuvre vouée au côté poétique et harmonieux du christianisme ; la sienne clame l'aspect sévère et héroïque de la foi, la beauté du sacrifice, les souffrances du Christ et celles de l'homme, les heures tragiques du calvaire. Qu'il est loin l'élève doué et précoce de Delaunay, qui peignait tout jeune des portraits admirés ! Gustave Moreau l'a connu, lui a donné des conseils : « qu'il travaille longuement, qu'il voie l'Italie, qu'il étudie l'antique ». Comme d'autres, qui doivent à ses conseils une part de leur art, Matisse et Rouault, Desvallières écoute le peintre de la Péri, cet homme insatisfait. Longuement il peine, il travaille, il trouve ses moyens d'expression. Au hiératisme de Moreau, il oppose sa véhémence, sa cruauté aussi et pourtant, souvent une note rappelle son maître, le symbolisme d'un geste ou d'une attitude, la mise en page, des gestes volontairement raides et comme mécaniques et surtout des recherches de matière. Dans ses toiles encombrées éclatent au milieu de couleurs sombres des jaunes sulfureux ou des roses éclatants ; tous les tons de la palette s'abordent avec des cris, le contour de la forme hésite, vacille, vibre comme inspiré ; des lanières de couleur, de longs rubans animent les volumes, la chair palpite, son grain, sa densité deviennent sensibles, elle vit. Son lyrisme se donne libre cours encore lorsqu'il établit sa composition ; sur la toile il esquisse le centre et construit autour en rayonnant ; les masses s'appellent l'une l'autre, s'ordonnent et si la toile s'avère enfin trop petite pour contenir sa pensée, il l'agrandit. Comment ne pas songer devant ce travail de peintre baroque à ces grands décorateurs italiens de la Contre-Réforme, qui, sur de grandes surfaces animent de leur brio des scènes de martyrs ou des triomphes extatiques (fig. 79). Comme --- Fig. 76. — MAURICE DENIS. L'ANNONCIATION velles. C'est un plafond en forme d'anneau autour d'une verrière ; sous le couvert de mythes riches de pensée, il anime de figures allégoriques des paysages classiques empruntés à la Grèce ou à Versailles. Quatre médailons en camaieu séparent les scènes principales, symbolisant le chœur, la sonate, l'orchestre, l'orgue. Ce plafond d'une solide ordonnance et si harmonieux dans des tons clairs que l'on ignorait, n'était pas la seule nouveauté du théâtre où voisinaient des fresques de Bourdelle, rappel parfois des bas-reliefs de la façade, des panneaux de Vuillard pour le foyer de la Comédie et un rideau de scène de K.-X. Roussel. C'était grouper dans ce temple des ballets russes, les meilleurs décorateurs d'alors. Comme Maurice Denis a retrouvé en Italie l'ordre classique, il s'attache de plus en plus au catholicisme, qui représente l'ordre moral et transcendantal qu'il recherche ; depuis longtemps les sujets religieux lui sont familiers, mais c'est surtout pendant et depuis la guerre qu'il a réalisé ses plus importantes décorations : à Saint-Paul de Genève, à l'église de Gagny, à Saint-Louis de Vincennes, ailleurs encore, aidé en cela par les Ateliers d'Art sacré qu'il a fondés en 1919 avec Georges Desvallières pour régénérer l'art religieux. La décoration de la chapelle du Prieuré à Saint-Germain fut un exemple de ce que leur collaboration a permis de réaliser. Son immense labeur ne s'est pas borné à la peinture, il a été sculpteur au théâtre des Champs-Élysées, illustrateur inoubliable de L'Imitation de Jésus-Christ, des Fioretti de saint François, de La Vie de saint Dominique, décorateur à l'Opéra pour Le Saint Christophe de Vincent d'Indy, critique enfin et des premiers dans ses Théories, un des meilleurs témoignages sur l'art de notre temps. De toutes ces activités, une prime les autres, non seulement pour ceux qui savent voir, mais pour la foule, c'est celle du peintre religieux. Il a renouvelé la plastique chrétienne et rendu plus actuels, plus accessibles et plus touchants les grands thèmes religieux ; c'est là le meilleur de lui-même.

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HISTOIRE DE L'ART CONTEMPORAIN Fig. 77 MAURICE DENIS LA DANSE THÉÂTRE DES CHAMPS-ÉLYSÉES (1913) MOTIF CENTRAL --- eux Desvallières est un apôtre ; sa plastique isolée de sa foi ne se comprend plus, car ses œuvres sont les éléments d'une apologétique. Ce qu'il veut c'est toucher, attendrir le chrétien, convertir l'incrédule. Un temps Desvallières s'est attaché à montrer la déchéance des hommes, avec une cruauté dans ses propos, qui eut satisfait Huysmans et Léon Oloy : « Idéaliser au sens chrétien, dit-il pour s'excuser, ne veut pas dire atténuer certains défauts les cacher. » Que les tares, les hontes, les bassesses paraissent au grand jour dans leur puanteur de cadavre ; puisque les laisser ignorer, c'est être complice. Du Moulin Rouge et des tavernes de Londres, il rapporte des peintures de filles, qui nous font toucher une détresse atroce. Dans l'atmosphère tragique des combats, l'âme lyrique de Desvallières a saisi mieux que personne l'horreur de la guerre, mais aussi son sens profond, sa grandeur faite de milliers de sacrifices consentis ; il la conçoit comme un immense holocauste dans cette décoration pour une chapelle privée, où le troupeau des victimes allant vers la gloire fait face au calvaire. La Vierge de pitié, le Christ souffrant ou glorieux, les saints n'ont cessé d'inspirer Georges Desvallières apôtre convaincu. Aux générations issues de la guerre, peut-être fallait-il cet art brutal, mais grand pour qu'elles s'émeuvent ! L'effort tendu vers le but, l'héroïsme, la souffrance, ne ramènent pas à Dieu, si ce Dieu n'apparaît pas en triomphateur ou en victime. L'ART DES MANUFACTURES Les manufactures nationales au début de ce siècle, étant sans doute embarrassées de choisir des artistes capables d'exécuter pour elles des cartons, recouraient à des expédients. Le XVIIIe siècle était à la mode ; dès lors il suffisait de faire des pastiches et l'on en fit ; L'Embarquement pour Cythère fut tissé et comme bordure, on l'entoura de ces treillages, qui dans les jardinetts de banlieue ouvrent de fausses perspectives. L'affiche connaissait ses premiers succès, elle fut adoptée. Ce qui était fait pour surprendre, capter l'attention, et comme tel était réussi devint par dérision apte à couvrir le mur et à être tissé — l'on s'est parfois aperçu depuis, que chaque art a ses exigences. Sur des fonds neutres des femmes de Chéret s'enlevaient en bouquets de couleurs vives, formes déchiquetées, très montées de ton. Willette peignait pour Beauvais des pierrots et Capiello des perroquets, Gaudissart des fleurs et des oiseaux, Aux Gobelins Jean Weber faisait tisser ses contes de fées. La technique un moment partout oubliée, il sembla que toute règle était abolie ; l'adaptation à une fonction étant lettre morte, tapisserie, affiche ou illustration agrandie qu'importait — le goût était aux formes étranges, aux motifs floraux, aux caprices d'une arabesque fantaisiste. Les années suivantes amènent un retour des lignes plus simples avec Follot, Grout, Sue et Marc, Jaulmes. Ces derniers réalisent des ensembles d'un grand charme, meubles laqués dont les dossiers sont des corbeilles, glace, surmontées de gais trumeaux, où des femmes dansent dans des jardins. G. L. Jaulmes (fig. 82) depuis vingt ans a affirmé sa personnalité, il a renoncé aux tons un peu fades, des roses, des verts éteints de ses débuts et surtout il a trouvé une formule décorative très personnelle pour des grandes décorations. Peut-être se souvient-il de sa formation d'architecte pour établir ces harmonieuses constructions éphémères de mâts, de draperies, de guirlandes de fruits ou de fleurs, de trophées préparés pour quelque entrée princière ? Certes il connaît les exemples du passé, il est nourri de du Cerceau, de Bérain, voire de Lebrun et de Coypel, il entre sans effort dans cette grande lignée de décorateurs avec sa note à --- Fig. 78. MAURICE DENIS MATERNITÉ BLANCHE, MUSÉE DU LUXEMBOURG

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LES DÉCORATEURS lui, l'ampleur de son décor, sa compréhension du mur à couvrir. Au Musée Rodin, Jaulmes a décoré de toiles marouflées un des salons du rez-de-chaussée. En teintes neutres, vert cendré et incarnat, c'est un décor de parc, qui s'offre à nos yeux, entrevu seulement, car trophées, guirlandes et draperies s'ordonnent en harmonieux registres. Dans ce cadre du XVIIIe qui ouvre sur de vraies perspectives de jardins, ce décor est bien à sa place et montre ses qualités de convenance et d'adaptation à l'architecture. Le peintre est moins à l'aise dans les grands sujets historiques comme Le Départ des troupes américaines de Philadelphie, où le défilé des soldats, malgré le rouge enssoleillé des drapeaux, qui éclate sur un fond de verdure et d'architecture, a des détails un peu grêles, que rachète la bordure traitée avec bonheur dans la plus pure tradition classique. Le rideau du théâtre de Lyon comme les grands panneaux vie, vraiment de notre temps, telles les vit Paul Véra. Elles se sont promenées le dimanche, ont folatrée avec les enfants, elles ont flâné ou pris un bain dans la rivière — joies paisibles et campagnardes exprimées sans littérature en des tonalités claires et légères, transposition sur une toile de notes d'aquarelle. Notre goût de la simplicité, Paul Véra le flatte par la sobre disposition des masses, ses recherches de style, sa compréhension du décor d'aujourd'hui. Illustrateur, graveur, dessinateur de jardins, décorateur, Paul Véra l'est à la fois pour notre plaisir. Ainsi l'art de Maurice Denis se prolonge des réalisations de ceux auxquels il a communiqué à la fois son goût de la vie et son attachement aux règles d'un classicisme retrouvé. Jacques DUPONT. Fig. 79. — GEORGES DESVALLIÈRES. LA CRUCIFIXION de la salle des fêtes de l'Exposition des Arts Décoratifs de 1925 ont montré de quoi était capable ce décorateur, qui représente la tradition du XVIIe par l'importance donnée aux masses et à leur répartition. Paul Véra (fig. 83) serait lui plutôt le descendant de ces hommes du XVIIIe siècle, qui nous ont laissé des pastorales d'une grâce et d'une fraîcheur sans égale ; comme eux il sait animer une allégorie ou donner la vie à la fable dans des décors de fêtes galantes, qui ne doivent rien à Watteau. Comme Jaulmes, Paul Véra prit part avec Sue et Mare au mouvement décoratif des environs de 1913, mais c'est à Maurice Denis qu'il doit l'orientation de son œuvre et ses recherches à son retour d'Italie. Ses compositions nous sont familières. Souvent le rythme d'une bacchanale anime un cortège de femmes rieuses sous les arbres, guirlande de fleurs de couleur claire où la ligne d'une jambe étendue, la courbe d'une épaule sont comme un souvenir chantant et coloré du Poussin. Ces parcs où les sous-bois sont clairs, les nuages familiers, légers comme au printemps, les lointains ondulés voilés de brume au matin, sont bien d'Ile-de-France. Ronsard jadis y voyait des nymphes et La Fontaine aussi, qui les reconnaissait et savait leur parler. Ces nymphes, elles sont déesses et paysannes aussi avec leur bêche ou leur rateau, que la fatigue leur a fait délaisser. Lasses un peu d'avoir toujours été et pourtant pleines de NOTICES Chéret (Jules). — Né à Paris, le 31 mai 1836, mort à Nice, en 1932. Fils d'artisans, ouvrier lithographe lui-même, il travailla à Londres vers 1861 et y créa, pour le parfumeur Rimmel, un type d'affiche nouveau, fait de rapides abréviations plastiques. Aidé par Rimmel, il visite l'Italie, et fonde à Paris une imprimerie d'où vont sortir ses affiches en couleurs les plus célèbres, à partir de 1867. A partir de 1889, cédant son imprimerie, il expose des pastels. Il est alors riche et célèbre, salué par Huysmans et de Concourt comme un Watteau moderne. Se consacrant exclusivement à la peinture dès 1900, il entreprend d'importantes décorations, chez le baron Vita, à la Taverne de Paris, à l'Hôtel de Ville, chez Maurice Fenaille, à la préfecture de Nice. En 1927, à Nice, dans la ville où il avait vécu trente ans et où il devait bientôt mourir aveugle et presque centenaire, un Musée Jules-Chéret fut créé au Palais des Beaux-Arts. Très modeste, Chéret exposa peu ou point aux Salons. Il a pris part à l'Exposition générale de la Lithographie en 1891, a la « Internationale Plakatausstellung » de la Scession de Vienne en 1912 et à l'Exposition à la Manufacture des Gobelins en 1922. Musées : Luxembourg, Petit-Palais, Gobelins, Lyon, Musée Jules-Chéret à Nice. Expositions : Au théâtre d'Application, 18, rue Saint-Lazare, déc. janv. 1889 ; au Pavillon de Marsan en 1912. BIBLIOGRAPHIE. — C. MAUCLAIR, J.-Ch. Le Garrec, 1930 ; H. BERRALDI, Les Graveurs du XIXe s., p. 168-203 ; ROGER-MARX, préf. du Cat. de l'exp., 1889 ; E. MAINDRON, Les Affiches illustrées, avec 20 chromolith., par CH., 1886 ; J.-L. SPONSEL, Das moderne Plakat, Dresde, 1897, p. 12-35 ; A. ALEXANDRE, J. Ch., Cat. de ses œuvres orig., etc., Paris, s. d. ; A. SEGARD, Peintres d'aujourd'hui, Ollendorf, 1914. REVUES. — Fr. JOURDAIN, Rev. illustrée du 15 févr. 1889 ; Le Courrier français, numéro spécial, 9 févr. 1890 ; P. JESSEN, Kunstgewerbeblatt, n. f., VII, 1890, p. 82 et suiv. ; R. SERTAT, R. d'A. D., janv. 1892 ; La n. f., VIII, 1890, p. 82 et suiv.