Page 3
Étoffes et Tapis Étrangers
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
Étoffes et Tapis Étrangers
Les modèles publiés dans le présent ouvrage sont et demeurent la propriété de leurs auteurs ; toutes reproductions, même partielles, sont interdites et seront poursuivies par les auteurs.
EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS PARIS 1925 ÉTOFFES & TAPIS ÉTRANGERS 75 PLANCHES PUBLIÉES SOUS LA DIRECTION ET AVEC UNE INTRODUCTION DE M. P.-VERNEUIL ÉDITIONS ALBERT LÉVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS PARIS, 2, RUE DE L'ÉCHELLE
INTRODUCTION PARMI les diverses techniques ornementales dont les produits nous furent montrés à l'Exposition des Arts Décoratifs, en 1925, ce sont les étoffes, peut-être, qui mettaient le public le plus à même de juger et de différencier le caractère propre au génie ornemental de chacun des pays représentés. Les uns, fidèles à des traditions encore vivaces, se contentèrent de broder des variations nouvelles sur un thème déjà ancien; d'autres, soucieux de ne pas se laisser distancer, s'efforcèrent de suivre de leur mieux le mouvement moderne; d'autres enfin, allant crânement de l'avant, se plurent à innover, faisant table rase de traditions périmées, et cherchant la nouveauté intégrale. Suivant en ceci son tempérament propre, chaque nation caractérisait ainsi son effort et sa vitalité esthétique. Certes, nous n'avons pas la prétention de donner ici la somme des œuvres exposées. Nous nous sommes efforcés de dégager les plus caractéristiques parmi les envois pouvant intéresser à un point de vue quelconque: caractère et style, composition, matière et procédé. Nous pensons que chaque planche, à un point de vue quelconque, présente un intérêt et mérite l'examen. Éliminant de parti pris la France, c'est aux étoffes et aux tapis étrangers seuls que nous avons voulu consacrer notre étude; car s'il nous est loisible de voir et d'examiner en tout temps les productions de notre pays, il n'en est pas de même de celles des pays étrangers. Et surtout, n'était-ce pas une bonne fortune d'en voir ainsi rassemblé un assez grand nombre pour permettre une étude reposant non pas sur la vue d'un type isolé, mais bien sur l'examen d'un nombre assez considérable d'œuvres soigneusement sélectionnées. Nous allons examiner dès maintenant les envois de la plupart des différentes nations représentées; de toutes celles tout au moins dont les envois accusaient un effort vers la beauté et vers le renouvellement des formes ornementales.
Parmi ces dernières, l'Autriche tenait incontestablement l'un des tout premiers rangs. Étoffes tissées et étoffes imprimées y étaient également représentées de façon intéressante. Et parmi les différents pays, l'Autriche présente cet exemple typique d'un style créé de toutes pièces par la volonté de quelques artistes secondés par l'heureuse initiative du gouvernement. Car jusqu'en 1899, rien n'existait en Autriche qui pût donner l'espoir de voir naître un jour un style propre à ce pays; alors qu'en Angleterre, en Belgique, en France, les Morris et les Crane, les Horta et les Van de Velde, les Grasset, les de Feure, pour n'en nommer que quelques-uns, avaient accompli déjà une partie de leur œuvre. Sur l'initiative gouvernementale, des expositions furent organisées au Musée d'Art Industriel de Vienne, où les œuvres des novateurs étrangers furent montrées au public. Un mouvement naquit, dont quelques élèves de l'architecte Otto Wagner furent les promoteurs: Olbrich, Joseph Hoffmann en étaient les principaux artisans, avec le décorateur Koloman Moser. Déjà, à l'exposition de Paris, en 1900, on put constater d'intéressants essais. Mais deux circonstances favorisèrent le développement rapide du mouvement novateur: le groupement des artistes en une Sécession, dont les expositions toujours renouvelées furent à la fois une source vivace d'éumulation et d'éducation; et surtout, la réorganisation complète, sur des bases essentiellement modernes, de l'enseignement donné à l'Ecole des Arts Décoratifs de Vienne, dont les professeurs furent choisis parmi les promoteurs les plus représentatifs du mouvement nouveau. Ce sont, somme toute, les résultats de cet enseignement qui nous étaient montrés à l'Exposition; et il nous fut agréable d'y discerner la science de la composition libre parfaitement adaptée aux exigences techniques; la fantaisie de bon goût; parfois la recherche de la bizarrerie; mais presque toujours des colorations harmonieuses, parfois même d'une gamme rare et raffinée. Par contre, la Belgique s'était presque abstenue d'exposer des étoffes. Et ce fut pour nous une déception, qui escomptions d'avance l'intérêt que devait présenter l'envoi de ce pays, qui fut l'un des tout premiers à s'engager dans les voies nouvelles. Certes, l'Angleterre avait fait un envoi considérable, et d'un goût souvent parfait. Mais, là aussi le mouvement moderne semble être bien loin de progresser. Que sont devenues les belles promesses que nous faisaient les
artistes aux intéressantes expositions des Arts and Crafts? Il semble qu’après la mort de William Morris et de Walter Crane, qui en furent les anima- teurs, le mouvement moderne se soit arrêté complètement. Et si les cretonnes imprimées de M. Wil. Foxton n’étaient pas là, on se croirait reporté bien loin en arrière. Les envois d’étoffes italiens n’étaient pas extrêmement nombreux; mais plusieurs étaient intéressants, sans qu’il fut cependant possible de discerner une orientation d’ensemble. Le groupe futuriste se faisait remarquer, autant par l’éclat un peu tapageur de ses tapis et de ses panneaux d’étoffes appli- quées, que par l’inattendu des motifs ornementaux qui les décoraient. Mais on avait l’impression d’être plus devant des œuvres de démonstration que devant des productions courantes et pratiques. Nous n’attendions pas du Japon des œuvres d’un modernisme outré. Il s’est contenté de nous montrer des étoffes admirablement tissées d’après des cartons composés suivant le style classique japonais. Mais quelle perfection dans l’exécution impeccable! Par contre, il était fort intéressant de trouver, à côté de ces tissages prestigieux, un exemple inattendu d’une technique assez peu connue en France: la technique du “Shiborri”. On ne sait vraiment dans quelle catégorie classer cette technique. C’est sur une étoffe unie qu’est tracée l’ornementation; mais celle-ci n’est pas faite par impression, alors que la teinture entre en jeu, cependant. Tâchons de nous expliquer. On sait qu’en matière de teinture deux principaux moyens d’exécution existent: teinture d’un motif coloré sur un fond, ou au contraire teinture d’un fond réservant un motif. Dans ce dernier cas, la “réserve” du motif peut être obtenue de diverses manières. Toutes les parties non résér- vées sont teintes; et les parties réservées, qui sont ici le motif, ne le sont pas. Le principe consiste donc, en général, à préserver les parties à réserver sur l’étoffe par l’application, sur celles-ci, d’une matière isolante, d’une “réserve”. Cette réserve peut être déposée sur l’étoffe par impression au moyen de planches gravées; ou par impression au pinceau à travers un pochoir découpé, comme dans les étoffes japonaises décorées par ce procédé; ou par un jet de cire fondue comme dans le batik. L’originalité du shiborri est de n’employer aucune matière isolante. La réserve est obtenue au moyen de nouages, de plissages, de cousages, qui compriment fortement certaines parties de l’étoffe, au point de rendre celles-ci imperméables à la teinture
partout où ces plissages, cousages, nouages, ont été exécutés ; c'est-à-dire partout où l'on a voulu réserver en blanc le motif à reproduire. Ce système un peu sommaire, somme toute, donne à l'étoffe ainsi décorée un aspect bien particulier ; d'autant plus qu'un gaufrage caractéristique du tissu subsiste, résultant de la compression et du plissage des parties réservées. La section japonaise nous en montrait un excellent exemple. La Hollande ne semble pas, dans le domaine des ornements textiles, avoir beaucoup progressé depuis vingt ans. Les velours imprimés qui nous étaient montrés, et dont les motifs ne vont pas, le plus souvent, sans beaucoup de sécheresse, datent de cette époque, semble-t-il ; et nul effort plus moderne n'était à remarquer à l'Exposition. De même, dans ce pays qui importa de ses colonies javanaises la technique du batik, nous ne trouvons pas l'équivalent de ce que donnèrent autrefois les Dysselhof et les Lebeau. Sans doute l'envoi le plus intéressant de la Hollande, est-il constitué par ses tapis, dont certains étaient remarquables. L'un des envois les plus intéressants de l'Exposition était incontestablement celui, fort important d'ailleurs, de la Pologne. Il était d'autant plus remarquable qu'à côté des qualités techniques des œuvres il nous confirmait avec éclat la naissance et la croissance rapide d'un style moderne polonais. Comme en Autriche, nul style national n'existait en Pologne. Courbé sous la domination étrangère, mais soucieux de conserver intacte l'âme nationale, c'est en son art populaire que ce pays s'efforça de rechercher, de retrouver les principes directeurs qui lui manquaient pour asseoir les bases fondamentales d'un art ornemental qui lui fut propre. Des sociétés se constituèrent à cet effet, il y a une trentaine d'années ; et l'art rustique des paysans des Karpathes, l'art de Zakopane, fut découvert, étudié, revivifié. Et lorsque la liberté fut reconquise, et que l'on songea à réorganiser l'enseignement artistique, c'est sur ces bases populaires que l'on s'appuya pour rechercher les formes caractéristiques propres à exprimer les idées décoratives du peuple polonais. Et bien vite un caractère spécial surgit, un style polonais naquit, dont nous fûmes surpris d'avoir à constater l'intérêt et la vitalité remarquables. En même temps l'on s'efforçait de renouer les traditions anciennes ; certaines vieilles techniques étaient retrouvées et remises en honneur; celle du kilim entre autres. Le "Kilim" n'est autre chose qu'une tapisserie, tissée sur un métier de basse lisse, assez fruste, et sans
envers. Son rôle est purement décoratif; dans les intérieurs polonais, les kilimy ornent les murs, sont jetés sur les divans, forment les portières qui pendent aux portes. Leur aspect est essentiellement ornemental. Conçus et exécutés la plupart du temps en tons soutenus, ils sont ornés de motifs géométriques assez caractéristiques. La Suède n'eut pas, comme la Pologne, à rechercher ses traditions ornementales; car dans ce pays, elles sont demeurées étonnamment vivaces. Pendant les longs hivers, les anciennes techniques sont mises à contribution pour tisser, broder, fabriquer les tentures, les tapis qui vont magnifiquement orner la demeure. Tapisseries rustiques, ou s'inscrivent les vieux motifs suédois, si caractéristiques, et d'une si belle allure ornementale; tapisseries de haute lisse, aux ornementations plus raffinées; tapis noués aux points divers; étoffes tissées, mettent en œuvre, à côté des textiles végétaux, la laine teinte en tons profonds au moyen des vieilles teintures végétales. Ce qui intéressait surtout dans l'apport de la Suisse, à côté d'étoffes imprimées intéressantes, et de quelques fort bons tapis, c'était l'exposition des tricotages. Ce pays a su trouver en ce procédé mécanique une intéressante spécialité. En tons soutenus ou vifs, d'ingénieux jeux de fonds constituent des ornementations extrêmement ornementales, et d'un fort bon effet. A part ses tapisseries de haute lisse, la Tchéco-Slovaquie ne nous montrait pas d'étoffes intéressantes; et parmi les envois de l'U.R.S.S. ce sont surtout les étoffes imprimées qui étaient à étudier, bien que nulle révélation ne put s'y remarquer. Après avoir feuilleté ce recueil, on pourra se convaincre de l'intérêt remarquable que présentaient les étoffes et les tapis exposés par les pays étrangers. Remarquable par la diversité des techniques employées, mais aussi, et surtout, par la variété des ornementations qui décoraient ces tapis et ces étoffes. On peut s'assurer, à leur examen, que plus que jamais l'emploi des éléments naturels, végétaux ou animaux, est délaissé; que ce sont de simples jeux de lignes, des jeux de fonds aux éléments plus ou moins géométriques, qui sont employés; s'accordant d'ailleurs parfaitement avec l'architecture et les meubles aux lignes sobres dont le goût semble s'imposer maintenant. M. P.-VERNEUIL
TABLE DES PLANCHES AUTRICHE Planches --- 1. Etoffe tissée --- PHILIPP HAAS --- 2. Etoffes tissées --- ELSE POHL-MAY (Metz & C°) --- 3. Etoffes tissées et imprimées --- ELSE POHL-MAY (Metz & C°) --- 4. Soie --- JULIUS STUX (Alpenländische Druckfabrik) --- BELGIQUE | 5. Etoffes imprimées | SYLVIE FERON | ANGLETERRE 6. Cretonne imprimée --- WILLIAM FOXTON --- 7. Soie imprimée --- THOMAS BOYD --- 8. Cretonne imprimée --- PHILLIS BARRON --- 9. Cretonnes imprimées --- WILLIAM FOXTON --- 10. Cretonne imprimée --- WILLIAM FOXTON --- 11. Cretonne imprimée --- WILLIAM FOXTON --- 12. Etoffes imprimées --- WILLIAM FOXTON --- 13. Soie tissée d'or et d'argent --- WARNER --- 14. Etoffe tissée --- ARTHUR LEE --- > Mousseline imprimée --- THOMAS BOYD --- 15. Soie artificielle --- LISTER & C° (Bradford) --- 16. Tapis tissés --- JEAN ORAGE --- ITALIE 17. Etoffe tissée --- GUIDO RAVASI (Bolzano) --- 18. Etoffes tissées --- GUIDO RAVASI --- 19. Soie tissée --- PIERRE LEGRAIN et BENIGNO CRESPI --- 20. Etoffes tissées --- PIERRE LEGRAIN et BENIGNO CRESPI --- 21. Etoffes imprimées --- ROSA GIOLLI-MENNI --- 22. Tapis point noué --- PRAMPOLINI --- JAPON Planches --- 23. Etoffe tissée --- NISHIJIN ORIMONO KABUSHIKIKAISHA (Kyoto) --- 24. Shiborri --- NANBU SHIKONZOME KENKIYUSHO (Morioka) --- HOLLANDE 25. Tapis point noué --- JAAP GIDDING --- 26. Velours imprimé --- VAN DER SLUYS, GIDDING (Leo Schellens) --- 27. Velours imprimé --- JONGERT, VAN DER SLUYS (Leo Schellens) --- 28. Velours imprimé --- LION CACHET, LEJEUNE (Leo Schellens) --- 29. Batik --- Mele D’ AILLY --- POLOGNE 30. Kilim --- J. CZAJKOWSKI --- 31. Kilimy --- JASTZEMBOWSKI --- 32. Kilim --- B. TRETER (Kilim Polski) --- 33. Kilim --- E. TROJANOWSKI (Industrie Populaire, Varsovie) --- 34. Kilim --- J. CZAJKOWSKI --- 35. Kilim --- BOHDAN TRETER (Kilim Zakopane) --- 36. Kilimy --- BOHDAN TRETER --- 37. Kilim --- J. CZAJKOWSKI (École Nationale des Beaux Arts, Varsovie) --- 38. Kilim --- BOHDAN TRETTER (Kilim Polski, Zakopane) --- 39. Kilim --- J. CZAJKOWSKI (Industrie Populaire, Varsovie) --- 40. Kilim --- E. TROJANOWSKI (Kilim Polski) --- 41. Kilim --- CHARLES BRZOZOWSKI (Kilim Zakopane) --- 42. Kilim --- J. CZAJKOWSKI (Industrie Populaire, Varsovie) --- 43. Tapisserie --- LADISLAS SKOCYLAS (Hedvige Handelsmann) ---

Cet ouvrage présente une sélection d'étoffes et de tapis étrangers exposés à l'Exposition des Arts Décoratifs de Paris en 1925. Il met en lumière le caractère propre au génie ornemental de chaque nation représentée, en analysant leur style, composition, matière et procédé. L'introduction, rédigée par P.-Verneuil, discute des tendances modernes et traditionnelles observées dans les productions textiles de pays tels que l'Autriche, la Belgique, l'Angleterre, l'Italie et le Japon.