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Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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EXPOSITION DES ARTS DECORATIFS PARIS 1925 L'À FERRONNERIE P r" H. MARTINIE EDITIONS ALBERT LEVY PARIS RL

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EXPOSITION DES ARTS DÉCORATIFS PARIS 1925 LA FERRONNERIE 58 PLANCHES AVEC UNE INTRODUCTION PAR HENRI MARTINIE ÉDITIONS ALBERT LÉVY LIBRAIRIE CENTRALE DES BEAUX-ARTS PARIS, 2, RUE DE L'ÉCHELLE

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INTRODUCTION Je m'entretenais un jour, à l'Exposition des Arts Décoratifs, avec le Commissaire d'un pays du Nord dont la section se signalait par une tenue des plus remarquables. Comme je louais la qualité rare des objets exposés par ses nationaux, je vins à m'étonner de la carence complète de ceux-ci en ce qui concerne la ferronnerie. Pourtant ce pays a laissé des témoignages fort anciens d'un art du métal perfectionné. Il possède des minerais de fer réputés; cela, semble-t-il, comme dans les pays de part et d'autre voisins des Pyrénées, aurait dû grandement favoriser l'art autant que l'industrie du fer. — Il est vrai, mais que voulez-vous? répondit mon interlocuteur. Il existe en France une tradition de ferronnerie si ancienne et si riche qu'elle reste incomparable. Aussi ne songe-t-on même pas à lutter avec vos ferronniers. Voyez ici, dans l'Exposition: les ouvrages français de fer forgé se déploient avec une abondance et une maîtrise sans rivales. Non, voyez-vous on ne peut pas lutter... Je me réjouissais d'une appréciation aussi flatteuse car il était aisé d'y discerner encore plus de sincérité que de courtoisie. Je la relate ici à l'honneur de nos ferronniers modernes qui si longtemps furent à la peine. Pourquoi ne pas le dire? J'écoutais avec complaisance mon interlocuteur. Il m'était souverainement agréable d'entendre prononcer, avec un accent nouveau et convaincu, cela même que les Français avertis se croient en droit de penser et de dire. Comme il a raison! approuvais-je intérieurement. Et je revoyais en imagination tous ces pavillons, toutes ces boutiques de la section française où les ouvrages de fer de toutes les sortes épanouis-saient une mâle floraison et des arabesques d'une grâce vigoureuse. Certes, tout n'était pas irréprochable, mais la plus grande partie de cette

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riche production procédait du meilleur esprit et des saines traditions de la ferronnerie. Certains protesteront, au nom d'une sorte de traditionalisme inégalement intégral et argueront de principes de technique. La forge au souffle rythmique nourri d'air pur, fière de son antique noblesse, de son cortège de dieux et de héros, irradiera toute brasillante ses vives étincelles sur le chalumeau rageur et brutal, si laid d'aspect avec son tuyau à cracher un feu où la chimie mêle ses ingrédients. Ceux qui ne veulent pas d'enfer dans le feu de leur forge continueront de honnir la soudure autogène, inélégante, il est vrai, de mise en scène, de disproportion entre la petitesse de son instrument (pas même un outil!) et sa puissance déchaînée, aux effets trop faciles et négateurs du travail au marteau, interprète loyal de la sensibilité de l'artisan. Le critique, tout en écoutant les parties en cause, se souvient que l'histoire de l'art est tissée de controverses de ce genre. Il se souvient, plus particulièrement, que la ferronnerie, au cours de son merveilleux développement, enrichit constamment sa technique. Dès le treizième siècle, par exemple, l'étampage constituait déjà un procédé entaché d'industrie dont ne s'offusquaient nullement nos ancêtres. Ne nous entichons point d'une manière de préraphaélisme de la ferronnerie, plus puéril encore que le préraphaélisme de la peinture. Mais, dans le désir légitime de progrès, ne standardisons pas un métier qui se justifie avant tout par l'affirmation de la personnalité jusque dans l'exécution. Seul l'esprit compte. Et l'esprit, ici comme dans tout l'art appliqué, consiste essentiellement dans le respect des propriétés de la matière. Hormis cette règle tout devient péril, l'archaïsme aussi bien que l'industrialisation systématique. Ainsi, sans méconnaître le caractère de distinction que le poli peut ajouter à la sensibilité du fer forgé, on peut regretter que certains ouvrages de ferronnerie moderne se présentent parfois avec l'apparence froidement parfaite d'un montage en pièces d'acier. Mais si rien, dans ce domaine, n'égalé la sensation directe du travail de l'homme, il serait dangereux, et inutile, de méconnaître les nouvelles facilités de travail lorsqu'elles apportent de nouvelles possibilités d'expression. Le danger — quelquefois côtoyé semble-t-il — c'est que l'on en vienne, par abus, à monter une grille comme on monte une Citroën. Toutes les prouesses sont

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dangereuses, à la forge comme à l'usine moderne; pourtant la virtuosité manuelle peut encore nous toucher ou nous intéresser même quand elle ne se justifie pas, car elle reste un témoignage humain. * De nos jours, non seulement le fer forgé a retrouvé une qualité digne des productions des belles époques, mais, sorti du domaine des expositions et de la curiosité, il trouve l'usage le plus répandu. Les constructeurs modernes l'ont remis en honneur. Derechef ses rampes gravissent les escaliers de nos maisons et ses balustrades ornent fenêtres et balcons. De nouvelles fonctions lui sont dévolues pour les cages d'ascenseur. Combiné avec les glaces transparentes, il permet ces vastes portes qui distribuent abondamment la lumière. L'éclairage électrique l'a réintroduit au foyer avec une telle profusion qu'il a paru inutile de reproduire ici des modèles d'appareils abondamment répandus dans le commerce et qui font l'objet de catalogues spéciaux. Le chauffage central, profitant de cette faveur, lui offrit une participation plus stable et plus importante dans le mobilier. Dès lors l'emploi du fer forgé sembla sans limite et l'ameublement (grilles intérieures, pare-feu, supports de table, de commodes, de consoles, étagères, encadrement de miroirs, sièges, paravents, etc.) lui fit une large place. En outre, il contribue pour une grande part au renouvellement du décor de la rue; de plus en plus, il constitue l'armature et l'ornementation des devantures de boutiques. Bref, suivant l'expression à la mode, le fer forgé est un art vivant, des plus vivants même, en province aussi bien qu'à Paris. Quels que soient le nombre, l'activité et la réputation des ferronniers français contemporains, on parlerait à tort d'école française de ferronnerie moderne. A l'antagonisme des techniques s'ajoutent la diversité d'inspiration et une multiplicité d'applications qui accroît encore la richesse d'invention. Il ne serait pas plus juste de parler de "style français". Pourtant, si l'on compare l'ensemble de notre production aux ouvrages étrangers (la Belgique et l'Espagne exceptées), une parenté évidente groupe les travaux français. Il en est de cette branche comme de tout l'art décoratif qui, dans chaque pays, se définit aujourd'hui moins par les caractères généraux de l'époque que par les qualités ethniques les plus vivaces. Aussi, s'il n'y a pas d'école de ferronnerie française, il existe incontestablement une ferronnerie fran-

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çaise. A travers la riche variété de ses productions elle se reconnaît aux qualités traditionnelles d'élégance noble, de mesure. Cela ne suffit pas toujours pour chasser l'erreur; c'est plus qu'il ne faut pour rejeter l'extravagance et le désordre. La renaissance du fer forgé se justifie encore, ainsi que l'attestait l'Exposition de 1925, par le mérite de la production et ses adaptations bien appropriées. Aujourd'hui comme au treizième siècle, une grille répond aux mêmes nécessités et doit présenter les mêmes caractéristiques. La T. S. F. ni l'aviation ne peuvent rien contre cela et certain modernisme théorique n'a rien à faire ici. Les ferronniers l'ont bien compris et c'est pourquoi ils ont réussi avec un succès qu'aux époques de lutte — pas si lointaines — les artisans de la première heure n'osaient sans doute pas espérer. Aussi bien, de leur temps, le fer forgé sortait à grand'peine de sa grande détresse. Les pentures de Notre-Dame de Paris, restaurées et complétées par Boulanger à l'instigation de Viollet-le-Duc, restaient comme un bouquet merveilleux mais stérile. Pourtant, de-ci de là, en province, quelques serruriers maintenaient obscurément la tradition du noble métier. Lorsque Paris enfin jeta le cri d'alarme par la voix du provincial Emile Robert, c'est à ces étincelles éparses que la forge ralluma un ardent foyer. Et c'est cette persistance malgré tout qui épargna à la ferronnerie les longs tâtonnements inhérents à l'absence de "métier vivant" pourrait-on dire aussi. Les erreurs du début furent les erreurs générales d'une époque; elles tiennent à une esthétique détestable et non à une technique qui s'avéra très vite digne de son magnifique passé. Ainsi la rénovation du fer forgé précéda-t-elle la rénovation de tous les autres arts décoratifs. Son champ d'application est aujourd'hui plus étendu qu'il ne le fut jamais. Il ose même des travaux considérables que les anciens n'auraient jamais imaginés, telle la porte d'honneur de Ventre et de Brandt. Aujourd'hui, le fer forgé n'a d'autre ennemi que lui-même, ou plutôt son propre succès qui pourrait l'induire à la facilité et au moindre effort. Certes la génération actuelle de nos ferronniers, ceux de Paris et ceux de province, on peut les croire à l'abri d'une telle occurrence. Mais il faut songer à demain. Il ne semble pas inutile non plus de signaler une fois encore le grave inconvenient que présente le dédoublement du dessinateur et de l'exécutant, le premier toujours porté à méconnaître les propriétés de

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la matière, alors que celle-ci toujours doit commander le dessin. Robert ne cessa de s'élever contre une telle pratique génératrice d'erreurs. Or il semblerait que l'industrialisation du fer forgé ait tendance à favoriser l'intrusion du dessinateur de ferronneries qui s'appelle parfois « décorateur ». C'est là l'impression d'un observateur sympathique; tant mieux si rien ne la justifie. * Le triomphe de l'Exposition de 1925 ne doit pas faire oublier de précédentes expositions, moins agréables à notre amour-propre, mais qui marquent au prix de quels efforts fut acquis ce triomphe. Ainsi, à l'Exposition Internationale de Chicago, en 1893, les ferronniers français se laissaient distancer par leurs concurrents étrangers, par les Allemands surtout à qui les Américains empruntaient les principes fondamentaux de la composition ornementale du fer. Quelques années plus tard, à l'Exposition Internationale de Bruxelles, les nôtres étaient encore peu nombreux mais parvenaient à rétablir la suprématie française par quelques envois de haute qualité. Puis ce fut la floraison touffue de 1900, où Robert rappelait par l'exemple que c'est en forgeant qu'on devient forgeron et que l'enclume française avait retrouvé sa vitalité. “ Tout ferronnier digne de ce nom, disait-il, ne doit reculer devant aucune difficulté, car il pourrait prendre l'habitude fâcheuse, en se dérobant systématiquement devant chaque obstacle, de ne plus traiter que des sujets trop simples, ce qui le condamnerait à ne pas progresser et à rester dans une médiocrité certaine ”. Et il ajoutait que beaucoup possèdent les connaissances nécessaires à un bon artisan; malheureusement ils “ réduisent leur rôle de producteur à jeter une idée sur le papier, sans se douter que le plus souvent elle ne pourra devenir une réalité ”, étant de ceux “ qui ne se servent que du crayon pour faire de l'art et qui ne veulent pas s'abaisser à faire du métier ou courber l'échine jusqu'à des besognes d'un ordre qui ne leur paraît pas suffisamment élevé ”. La question du métier et de l'apprentissage sera toujours à la base de la prospérité des arts appliqués. Le danger propre à la ferronnerie serait qu'elle fût résolue dans une trop grande mesure par l'intervention de la machine. On retomberait, dans ce cas, en les aggravant, dans les erreurs que combattait si justement Emile Robert.

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Après un hier pénible mais digne d'admiration pour la constance de son effort et sa foi, le fer forgé connaît aujourd'hui une prospérité valeureusement conquise et que méritent amplement ses belles qualités qui atteignent maintes fois au chef-d’œuvre; on souhaite ardemment, en l'espérant beaucoup, qu'un long lendemain maintienne la suprématie des maîtres ferronniers français, aussi incontestable de nos jours qu'autrefois. *** Il a été parlé incidemment des ouvrages de fer forgé étrangers dont les principaux se trouvent reproduits aux dernières pages du présent recueil. La contribution de la Belgique, une des plus importantes, se rattache étroitement à l'évolution du fer français; on lui doit de beaux travaux. L'Espagne montrait peu d'envois, mais, par leurs qualités de bon aloi, par leur goût, ils s'affirmaient dignes de sa riche tradition. Au pavillon officiel de l'Italie, une porte et les fenêtres reprenaient le motif classique de la volute de fer plat dont une technique intelligente déroulait les spirales avec robustesse. Dans les sections, les autres ouvrages, en général, s'en tenaient à une virtuosité indéniable mais retardataire. La porte du pavillon de Pologne comptait parmi les mieux réussies de toute l'Exposition. Quant à celles du pavillon de l'Autriche, l'imprévu de leur texture qui faisait penser à ces dessins de toile imprimée au trait empâté, la force des fers employés, une fantaisie un peu lourde les rangeaient parmi les ouvrages les plus intéressants, mais, pour un Français, à titre de curiosité plus que d'enseignement. On peut dire les mêmes choses des objets exposés dans les sections des Pays-Bas, avec cette différence que ceux-ci montraient plus de légèreté dans la masse et moins de fantaisie baroque. H. MARTINIE.

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LA FERRONNERIE