Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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CE TEMPS CI CAHIERS D'ART CONTEMPORAIN 7 LES PIÈCES DE MONSIEUR Janvier 1930 PARAISSANT TOUS LES TROIS MOIS Prix : 8 fr. 50

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Jean Perzel 1, rue Henri-Becque Paris tél: gobelins 77·24 sur rendez-vous par téléphone --- Luminair DORLAND.

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MARCREAL.28 d47 TOUT CE QUI CONCERNE LA DECORATION MODERNE 40 RUE DU COLISÉE PARIS

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CE TEMPS CI CAHIERS D'ART CONTEMPORAIN --- Paraissant tous les 3 mois - Directeur: J. VIÉNOT - Rédact. en Chef: M. de ROUX - Abonnements: France 32 Frs - Étranger 45 Frs Rédaction -- Administration 40, Rue du Colisée, PARIS Tél.: Élysées 50-32 et 65-81 Publicité: Société DORLAND 65, Av. Champs-Élysées, PARIS --- Sommaire Titre --- Auteur --- Pages --- Défense de fumer --- Florent Fels --- La Bibliothèque de Monsieur --- Charles Oulmont --- Réunion d'Hommes --- André Billy --- Prêche... pour des convertis --- Marcel Berger --- Paris... 1930 --- René Joubert --- Photos de Kertesz, René Joubert, Rep et Colas. ---

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Photographie de Kertesz

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DE FUMER PAR FLORENT FELS L’art de fumer remonte à la plus haute antiquité. Accompagnées des fumées de myrrhe et d’encens s’ébranlaient les dyonisiaques et la Pythie fut restée muette sans l’offrande de vapeurs aromatiques qui bouleversaient son âme, agent de liaison de l’au-delà. Que serait notre Herriot sans la pipe (hommage de la Maison Georges Besson) qui pare de mystère le chef indien comme le politicien sans inspiration? Le jour où Henri Bataille écrivit que seule la cigarette est l’arme du poète, il perdit la moitié de son public mâle et payant. Qui ignore l’Orient ne peut soupçonner la puissance du tabac. La cigarette est à certains orientaux, toute l’expression de l’activité. Aux terrasses des cafés de Sarajevo ou d’Okrida, en cette Serbie du sud qui accueille et protège les derniers vieux turcs, l’énergie est toute concentrée sur le point lumineux d’une cigarette enchassée dans un instrument en forme de clocher baroque ou gothique. Mais c’est en vieille Europe qu’il faut chercher les passionnés du tabac, dans cette Hollande où se fume le meilleur tabac du monde, en des pipes d’une terre prestigieuse, plus tendre que l’écume de la mer, plus douce que ces fines bruyères vouées à tels vieillards augustes, aux facies de sénateurs romains, qui hantent les puisants fauteuils de l’Atheneum ou du Savage Club, entre Pall Mall et Park Lane. Foin de la pipe de porcelaine, porteuse d’ex-votos ou de chasses au chamois, dont s’orne le visage tétralogique des buveurs de la Bavière et du Tyrol. Le tabac, s’il n’est fumé pur, cigare ou cigarette, ne doit se consumer que dans une matière vivante. Au bois de merisier ou de bruyère, l’un, trop odoriférant, l’autre, trop vite pestilant de nicotine froide, un vrai fumeur préférera toujours, nonobstant la période pénible du dépucelage, ces terres lentement colorées, d’abord d’un rose tendre de joues de blonde, puis d’un joli hâle de bonne santé, enfin brunies d’un bel été, cuites à point comme chapon de Réveillon. Mais il y faut quelque patience, surtout plus d’attention si la pipe est de terre vulgaire, singulièrement plus friable que l’écume de mer, l’idéal, le plus

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durable et la plus aimée des purs oints de la tabagie. Ceux qui fument la pipe sont sages, car ils écoutent et s’offrent ce luxe singulier, le plus grand à notre époque, de se donner des loisirs à l’esprit et de prendre le temps de méditer. Sans que ce jugement ait quelque base scientifique appréciable, nous oserons avancer qu’il est rare de trouver un méchant dans un fumeur de pipe, tant il semble qu’elle apporte de calme, de sécurité, permet le retour sur soi-même, et facilite le noble cours des idées générales, donnant aux passions leur juste valeur et dimension humaine. Il est vraisemblable qu’une telle affirmation paraisse audacieuse et déjà nous le regretterions si nous pouvions oublier la merveille du Musée de Montpellier, le portrait de Baudelaire par Courbet, son front coupé d’une ombre géniale, le triangle satanique, le regard qui suit à travers le livre ouvert, des images au-delà de la vie, par dessus la vie, et la noble main, sœur de celle qui écrit la Mort des Amants et les seules pages d’art de quelque valeur, tient fermement, dans une douce et précise étreinte, la frêle pipette de terre. Je pense à vous poètes de l’impressionnisme, Renoir, Monet, qui pétuniez des rives de la Seine aux bords de l’Estérel. Oui, la pipe n’a jamais donné du talent à un sot, mais une douceur attentive aux choses de la vie et la paix des fumées crépusculaires aux paysages tourmentés des âmes du génie. Quel plaisir de manier une cigarette. Elle accompagne le geste tout aisément, d’une mouche de feu qui confirme le mot lancé dans un geste. La fin d’un plaisir, surtout si la chair y trouve son compte, à table, au lit, semble retardée dans les volutes bleues. L’on y poursuit un rêve, on y prolonge l’engourdissement satisfait d’animal comblé. Puis, pour les femmes, c’est un peu jouer à l’homme que manier le briquet. Et faire le geste de taper des deux bouts la cigarette sur son étui est symbole d’énergie. Mais qui songerait sans mélancolie à ce point lumineux de la pipe, compagne tiède des grands solitaires, dans le silence des tranchées ou de la mer nocturnes. FLORENT FELS.

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