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CE TEMPS CI CAHIERS D'ART CONTEMPORAIN 10 L'HOMME D'AFFAIRES - PRIX 8 FR. 50 - OCTOBRE 1930 - ÉTRANGER 12 FR.
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
CE TEMPS CI CAHIERS D'ART CONTEMPORAIN 10 L'HOMME D'AFFAIRES - PRIX 8 FR. 50 - OCTOBRE 1930 - ÉTRANGER 12 FR.
Jean Perzel Luminair 1, rue Henri-Becque Paris tél: gobelins 77·24 sur rendez-vous par téléphone DORLAND.
STUDIO DEBERNY PEIGNOT LE VERRE MURAL DESAGNAT Exposition et renseignements, 54, Rue d'Anjou VIIIe
THEATRE PIGALLE DONOGOO pièce en un prologue et trois parties de JULES ROMAINS MUSIQUE DE SCÈNE DE JACQUES IBERT DÉCORS DE PAUL COLIN MISE EN SCÈNE DE L. JOUVET
CE TEMPS CI CAHIERS D'ART CONTEMPORAIN Paraissant tous les 3 mois - Directeur : J. VIÉNOT - Rédact. en Chef: H. de ROUX - Abonnements: France 32 Frs - Étranger 45 Frs --- Rédaction -- Administration Services de Publicité Horizons de France 39, rue du Général Foy PARIS VIII - Elys. 18-29 --- Sommaire | Pages | |-------| | L'homme d'affaires dans son bureau, par Philippe Soupault | 286 | | Vitesse, photo de Vandor | 288 | | Eloge de la Vitesse, par Jean Guyon-Cesbron | 289 | | Les Sports, par Pierre Bost | 293 | | Bureaux d'hommes d'affaires, par J.V. | 301 | | L'homme d'affaires chez les artistes, par André Salmon | 305 | | Chronique du Comité "Ce Temps Ci" | 317 | | Par le temps qui court, par Lysiane Bernhardt | 319 | Photos d'Intérieur de Dim, par Collas ---
L'HOMME D'AFFAIRES DANS SON BUREAU par Philippe Soupault En principe, et la plupart du temps en réalité, l'homme d'affaires est un être très occupé. Il lui arrive parfois de travailler dans son bureau, mais sollicité de toutes parts par des Commissions, des Conseils d'administration, des rendez-vous avec d'autres hommes d'affaires ou avec des banquiers, nécessairement lorsqu'il est devant sa « table de travail » il est toujours très pressé. Il ne souffre pas que ses subordonnés le fassent attendre. Il faut que tous plient devant lui, guettent ses ordres ou ses moindres gestes. Ceux qui travaillent sous ses ordres sont rompus à cette discipline et ils savent obéir, se taire, agir au doigt et à l'œil. Nul ne résiste à cette volonté, nul ne songe à discuter les ordres de celui dont une des qualités maîtresses doit être de savoir commander. A cet homme qui domine les autres, il y a des minuscules puissances qui refusent de se laisser dominer. Ce sont les objets. Un homme d'affaires moderne sait, selon l'expression à la mode, « rationaliser » ses ateliers, ses services, mais il ne se soucie que fort peu de ses propres aides. La pièce dans laquelle il travaille avec intensité, il n'a pas songé à l'adapter à sa précipitation. Tandis qu'il agit, l'homme d'affaires se cogne au tiroir, fait des quantités de gestes inutiles pour s'emparer du téléphone, pour saisir un dossier, pour lire une lettre ou pour signer son courrier. Toutes les mille petites contrariétés qu'il subit semblent n'avoir pas grande importance. S'il pense de cette façon, l'homme d'affaires commet une grossière erreur. La résistance que lui opposent avec persévérance les objets l'irrite sans qu'il s'en rende compte et trouble son travail. Observons un homme d'affaires dans son bureau. Il réunit ses ingénieurs ou ses collaborateurs immédiats, il téléphone, il reçoit, il dicte des lettres. Puis déjà son secrétaire lui rappelle un rendez-vous important. Il ne lui reste plus qu'un quart d'heure pour donner des instructions ou pour contrôler l'exécution de ses ordres. C'est à ce moment que la résistance des objets fait sentir sa force. Il perd à cause des gestes inutiles non seulement un temps précieux mais son calme. Il se met en colère parce que son stylo ne marche pas, parce que la sonnerie du téléphone l'exaspère, parce qu'il entend trop de bruit dans les couloirs, parce qu'il ne trouve pas un dossier qu'il avait posé « là » tout à l'heure... Vouloir négliger ce qu'on nomme des détails, c'est oublier que plus qu'aucun travailleur, l'homme d'affaires a besoin de ses nerfs. Lorsque, dans le peu de temps qu'il possède pour réfléchir et pour se concentrer, il ne peut compter sur une exécution immédiate de ses volontés, sur une réalisation rapide de ses idées, il est nécessairement voué à l'irritation. Un homme d'affaires doit toujours autant que cela lui est possible planer au-dessus du travail qu'il impose et ne pas se perdre dans les détails. Il évite les petits efforts qui risquent d'éparpiller ses efforts. Combien d'hommes d'affaires ont le temps de réfléchir à ces questions que la plupart d'entre eux considèrent comme des mesquineries? Combien aussi sont prématurément usés? Le grand principe pour l'homme d'action est de savoir durer. C'est toujours le fameux dernier quart d'heure qui donne la victoire, c'est-à-dire que c'est celui qui sait économiser ses forces, c'est-à-dire que c'est celui qui sait durer qui est le plus fort. Un grand industriel déclarait qu'il n'y a pas de petites économies. Il n'y a pas non plus de petits efforts. Il faut toujours savoir mesurer son temps, son calme et ses forces. Il faut aussi savoir organiser son travail personnel pour pouvoir vaincre. Un véritable homme d'affaires, digne de ce nom, est celui qui dans son bureau peut non seulement garder son calme et gagner du temps mais encore récupérer une énergie nouvelle. Le bureau d'un homme d'affaires doit être une pièce où son esprit peut se reposer malgré l'effort auquel il est soumis et où ses nerfs doivent se détendre. Voilà un problème nouveau auquel il faut réfléchir avant de résoudre l'organisation des différentes branches d'une activité, avant le groupement et le rendement du personnel, avant mille autres questions qui n'ont qu'une importance relative comparativement à celle de la conservation et de l'accroissement de l'énergie d'un homme, d'un directeur.
Maquette pour Salle de Conseil d'Administration. Sketch for a Board of Directors office.
VANDOR ST. DEBERNY-PEIGNOT
ÉLOGE DE LA VITESSE LE Monde, enfin, nous montre son vrai visage. Il y avait dans son immobilité, et encore plus dans la lente mobilité qu'elle consentait parfois à trahir, beaucoup de mensonges. D'hypocrisie même, car qui pourrait apprécier la mesure de paresse et de lâcheté que contenait l'acceptation de cette lenteur? Combien les esprits aventureux, hardis ou simplement courageux, les cœurs avides ont dû en sentir le poids! Et quel effroyable manque-à-gagner vital pour l'humanité! L'immense majorité des hommes, pourtant, céda longtemps à l'appât. Goût ou besoin de la quiétude intellectuelle, physique et sociale, après les longs bouillonnements où la race se forma? Renoncement, par inclination au moindre effort, à toutes les richesses dont la terre était grosse? Qui sait. Mais on ne demandait qu'à être dupe du visage calme que prenaient presque toujours les choses de ce monde, comme si les forces obscures qui les mènent hésitaient, répugnaient à se livrer entièrement, à se déchaîner. Tout ce qui favorisa l'immense erreur des siècles passés devant la vie, tout ce qui rendit si étriquée leur force, indéniable souvent, procède de ce malentendu, de cet aveuglement instinctif. Les philosophies statiques et pessimistes "quelles que soient les agitations de surface, l'homme ne change pas", les systèmes sociaux rigides, toutes les contraintes intellectuelles et les misères individuelles qui en résultèrent, toutes les œillères qui bornèrent l'horizon de tant de vies stagnantes, tout cela est issu de l'illusion que le Monde n'évolue pas, ou évolue si lentement que ce mouvement est quasi imperceptible sur l'étendue de plusieurs générations humaines. Il y eut toujours, depuis les Indous et Héraclite jusqu'à Bergson et à Marx, des intelligences lucides, des tempéraments braves, avides, amis du risque aussi. Mais il est trop évident qu'en Orient jusqu'à ces tout derniers temps, et en Occident jusqu'aux environs du XIXe siècle, cette clairvoyance et cet héroïsme durent accumuler leurs fruits, comme une matière explosive, sans ébranler les assises de l'humanité, sans la lancer sur une piste plus rapide. Je sais tout ce que peuvent dire les apôtres de la lenteur sur les précieuses maturations, les longues jouissances qu'elle permet, la sécurité qu'elle procure, la solidité dont elle est garante. Mais cela ne prouve que leur impuissance. Car il ne fallait que par Jean GUYON-CESBRON
secouer la nonchalance de la terre et violer ses secrets pour l'obliger à tout nous donner plus vite et plus abondamment, sans que, pour une âme et une sensibilité, des muscles aussi, dignes de ce don, la qualité de quoi que ce fût en soit diminuée. C'est en cela que nous étions trompés et frustrés. On le voit bien maintenant qu'avec le progrès des sciences appliquées et la rapidité des échanges, l'explosion s'est produite et que la vitesse nous a libérés. Elle a fracassé l'étonnant fardeau verbal dont nous étions opprimés, elle a brisé déjà les plus odieux des liens qui nous enserraient, elle a multiplié et nos sensations et leur intensité, elle nous a révélé de la façon la plus directe tous les aspects de notre domaine, elle a mis à notre portée mille biens qui nous étaient refusés ou ne nous étaient que très parcimonieusement dispensés, elle élargit sans cesse notre horizon, nos espoirs et nos possibilités. Elle nous suggère la véritable philosophie. Nous savons mieux, grâce à elle, que la vie est brève, et vaste et variée; et surtout grâce à elle, nous pouvons mettre notre existence d'accord avec cette philosophie, combler cette brièveté, explorer cette immensité, goûter toutes les nuances de cette variété. Prétendre que la vitesse nous fait payer cher ses miracles est faux. On tente de nous faire croire qu'elle nous rend impossible toute véritable connaissance — fruit de persévérantes approches et d'une familiarité durable — qu'elle raccourcit nos sensations, qu'elle menace nos créations, qu'elle nous disperse. Dans la mesure où c'est vrai et chez ceux pour qui cela est vrai, cette opinion ne peut servir à la condamner. Elle prouve simplement le manque d'habitude, d'éducation si l'on veut, ou la faiblesse de ceux qui en souffrent. La véritable connaissance est synthétique, pénétrante, fulgurante, elle est amour; une sensation vaut surtout par son intensité. Et comment ne pas voir que la vitesse augmente, étend notre pouvoir créateur? Quant à nous disperser — ce qui équivaut à dire qu'elle nous détruit — il faut avoir un bien mince pouvoir d'assimilation, de réaction, d'organisation, une personnalité bien débile pour le prétendre. Non : agilité intellectuelle, liberté morale, progrès social, joie artistique (aucun tableau, aucune contemplation ne nous eût livré l'image d'un paysage en mouvement), joie humaine (le risque, le courage, la force, la légèreté, la griserie...), intensité, prodigalité, la vitesse en son prodigieux tourbillon est vie. Et vie envirante. Jean GUYON-CESBRON.
DEBERNY-PEIGNOT

Cette publication de "Ce Temps Ci", Cahiers d'Art Contemporain, explore le thème de l'homme d'affaires. Le contenu inclut des articles sur l'homme d'affaires dans son bureau, la vitesse, les sports, ainsi que des réflexions sur l'homme d'affaires dans le monde de l'art. Des publicités pour des luminaires, des décors de théâtre et des tissus d'ameublement complètent ce numéro.