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CE TEMPS CI CAHIERS D'ART CONTEMPORAIN 9 LA FEMME ET L'ENFANT - PRIX 8 FR. 50 - JUILLET 1930 - ÉTRANGER 12 FR.
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
CE TEMPS CI CAHIERS D'ART CONTEMPORAIN 9 LA FEMME ET L'ENFANT - PRIX 8 FR. 50 - JUILLET 1930 - ÉTRANGER 12 FR.
1, rue henri-becque paris tél: gobelins 77·24 sur rendez-vous par téléphone jean perzel Eminair BORLAND.
CE TEMPS CI CAHIERS D'ART CONTEMPORAIN Paraissant tous les 3 mois - Directeur : J. VIÉNOT - Rédact. en Chef: H. de ROUX - Abonnements: France 32 Frs - Étranger 45 Frs Rédaction -- Administration Services de Publicité Horizons de France 39, rue du Général Foy PARIS VIII° --- Sommaire | Pages | |-------| | Poème, par la Comtesse de Voailles | 250 | | Au Chat, par Florent Fels | 251 | | Souveraineté de l'Enfance, par Jacques Dyssord | 255 | | Jouets (de la collection de M. H. Avelot) | 256 | | Sommeil, photo de Max Burchartz | 262 | | Accessoires du Sentiment, par Germaine Beaumont | 263 | | La Comtesse Michel Karolyi, par Kertesz | 266 | | La Princesse J.-L. de Faucigny-Lucinge, par Kertesz | 267 | | Ouvrages de Dames, par Louis Chéronnet | 273 | Photos d'Intérieur de Dim, par Collas ---
La chambre, où l'été monotone Confine les ors de sa gloire Une brise tiède frissonne Et creuse d'argentines moirés Sur la chatte aux yeux de démon Qui, sinuouse et longue, vient boire Dans le vase des anémones... COMTESSE de NOAILLES. --- Luche Dans la chambre où l'étoile noire D'argent en yin et de l'orne La chatte pensante Installe entre les ars de beau glane Une brise et siège fumée Et creuse d'argentines moirés D'un à château ou yin de l'orne. Et lochat, Chât. Boire Prisonnese et longue Dans le vase des anémones Et 12 juin 1930
au par Florent FELS En hommage à Méry, docteur admirable... Nous relisions Buffon, Nicolas Dinky et moi. Nicolas baissait les paupières, de ces yeux qui ont fait le tour du monde sur les couvertures des magazines, grâce au gentil génie du photographe Kertesz. Nicolas n'est point philosophe comme le chat Murr. C'est un vulgaire champion du monde de sa catégorie, comme il en est tant sans que pour cela le monde soit amélioré. Et cependant il détournait la tête de juste dégoût, à peine plus écœuré que moi, et nous méprisions un peu Buffon, ce gentil-homme-barbon, qui prend ses aises et ses facilités avec les plus nobles animaux de la création. Que de médicances! Oser traiter le chat d'animal domestique! S'imagine-t-on qu'il bouge patte pour d'autres satisfactions et désirs que ceux finement cachés derrière l'eau pleine de pépites de ses yeux orientaux.
BUFFON REND AUX ANCÊTRES DE NICOLAS DINKY, CETTE SEULE JUSTICE : LE CHAT EST TRÈS PORTÉ À L'AMOUR ; ET, CE QUI EST RARE DANS LES ANIMAUX, LA FEMELLE PARAIT PLUS ARDENTE QUE LE MÂLE. N’ADMIERERONS-NOUS POINT AU PASSAGE CE QUI EST RARE DANS LES ANIMAUX ? VOILÀ QUI EN DIT LONG SUR LA VERTU DE MADAME BUFFON. MAIS CES CALOMNIES AJUSTÉES À L’ÉGARD DU PLUS INTELLIGENT DES HÔTES DE NOS FOYERS, NE FURENT-ELLES POINT JUSTIFIÉES UN TEMPS ? ET COMME SE MODIFIENT LES HOMMES ET LEURS MOEURS, LES ANIMAUX NE GAGNENT-ILS POINT EN INTELLIGENCE S’ILS PERDENT PARFOIS EN INSTINCT ? UN CHAT DU XVIIIe SIÈCLE POUVAIT ÊTRE QUELQUE FRIPON ÉDUQUÉ À L’ÉCOLE DU NEVEU DE RAMEAU, UN FOURBE HABITUÉ AUX USAGES DE LA COUR. UN CHAT DU XVIIe SIÈCLE SEMBLE DÉJÀ MOINS FAMILIER DU GRENIER DE MOLIÈRE QUE DU JARDIN DE JEAN DE LA FONTAINE. IL APPARAÎT PLUS RUSTIQUE, PLUS CHASSEUR QUE NOTRE COMPAGNON, AMOLLI PAR TOUS LES
coussins et tous les rubans de Colette, par toute la littérature de Gyp. Il n'était point de luxe, le grand seigneur Raminagrobis, terrible comme ces mots magiques qui ouvrent les portes de la mort ou de l'enfer. De l'enfer, Raminagrobis a copié les grâces des démons qui passent à travers les coffres pleins de verres vénitiens et de pagodes de porcelaine sans en émouvoir les échos. Il a leur spontanéité dans les apparitions : Lorsqu'on le cherche sous le lit c'est du faite d'une armoire qu'il surveille avec ironie nos recherches et qu'il savoure notre inquiétude. Comme les démons, c'est la pire heure de désespoir ou d'inquiétude qu'il choisit pour annoncer avec un vrombissement d'esprit malin sa présence familière. Il n'est pas le compagnon de tous les jours. Il attend son heure : avec cette patience de ceux qui n'ont pas une même mesure que nous, occidentaux, pour estimer le temps. Il règle son sablier à la façon des asiatiques, faisant souvent du jour sa nuit et remplissant parfois sa nuit d'une immensité de temps, d'amours et de cris. Il est le plus riche de tous les animaux, car il est celui qui possède le plus de loisirs. Il est aussi le plus sage, car il sait que le travail est toujours pénible et sans noblesse. Enfin ce qui retiendra sans cesse et longuement le philosophe, c'est que le chat est de tous les animaux de la création celui qui connaît le mieux l'économie de la force. Il ne se lance pas dans les sottes aventures, tel le chien courant un volatile à travers la route. Il mesure sa puissance. Il semble qu'il en connaisse les limites et les subordonne à des fins ultimes. Il ne s'essouffle jamais. Il est d'un acier inusable. Même au cours des pires orgies nocturnes, après les chants, les râles et les batailles, après les corps à corps et les meurtres et les viols, il apparaît correct et maître de la force malgré ses blessures. Il faut voir dans les cas désespérés, par exemple lorsqu'il est acculé par des mâtins aboyants et stupides, comme sa machine de guerre est encore soumise aux ordres précis de son intelligence. Ne se lançant dans aucune entreprise qu'il n'en ait mesuré l'étendue et les conséquences, il possède le vrai courage de ceux qui savent que l'aventure n'a de limite que la mort.
KERTESZ
LA SOUVERAINETÉ DE L'ENFANCE PAR J. DYSSORD Quand tu franchis le seuil de la chambre des enfants, laisse tes rides à la porte, dit un très vieux poète chinois mort il y a plusieurs siècles, chargé d’ans et d’expérience.
Est-il quelque chose de plus désobligeant que le spectacle de nos soucis, de nos sautes d'humeur, de nos ridicules sociaux, pour ces yeux qui viennent de s'ouvrir à la lumière du Bon Dieu. Le privilège de l'enfance c'est cette curiosité sans cesse renouvelée que quelques poètes gardent dans l'âge mûr. Or, c'est un bien maigre aliment pour elle que ces gestes et ces paroles mécaniques par quoi l'homme fait s'essaye à ressembler à son prochain. L'enfant adore la couleur — et la couleur la plus vive est celle qui a le plus de chance de lui plaire. Nous, elle heurte notre sentiment de la nuance et de la demi-teinte. La distinction et le goût consistant, à notre médiocre avis, à se faire remarquer le moins possible. L'enfant, lui, ne s'attarde pas à ces errements d'un autre âge. Il se met, d'emblée, au premier plan. Rien n'existe que sa petite personne. Il est le centre du monde. Du moment qu'il en est persuadé, je ne vois pas pourquoi il ne le serait pas, en effet. Ne venez donc pas lui demander, hommes maussades et pusillanimes, de composer avec vous et vos prudentes manies de civilisés. C'est un petit sauvage sur le sentier de guerre que vous avez devant vous. Il n'a que faire de vos préceptes. Il sait une boîte à malices où sont des tours que vous ne soupçonnez même pas et, en fait de ruse, vous n'avez rien à lui apprendre. Donnez-lui, d'abord, dans la partie du home construite à son échelle où se trouve la nursery, de la lumière à profusion et de la couleur. Non point de cette couleur anémique dont se contentent vos âmes sevrées de joie et d'illusion, mais de la couleur qui chante, éclate, emporte le morceau. Du jaune et du rouge, surtout. Ce sont des couleurs franches, loyales et chaudes qui s'accommodent à merveille d'un sang jeune et généreux. Gardez-vous de l'acidité du vert, du violet trouble, du bleu trop sérieux. Ce sont là couleurs de l'adolescence et de l'âge mûr. De haut en bas : Poupée en chiffon (Centre de l'Inde) Jouet en papier aggloméré (Nord de l'Inde) Tigre (Inde) Princesse en chiffon faite par des indigènes de Madagascar (Conquête de Madagascar) Poupée tchéco-slovaque moderne en bois peint Cassenoisette allemand traditionnel Promenade en bateau en carton-pâte colérié, époque romantique française.
Que l'enfant ne se sente pas écrasé par les meubles qui l'entourent. Ceux-ci seront en très petit nombre. Il ne faut pas qu'ils dépassent sa taille. Pas de formes tarabiscotées. Des lignes simples et droites. Un bois clair, vernis ou, à la rigueur, peint au ripolin, bien que la couleur naturelle me semble devoir l'emporter. Il est de très jolis bois, tels celui du charme, de l'aune, du merisier, du frêne, du citronnier, du tilleul qui se suffisent à eux-mêmes. Quand on est « roi dans son île » — et c'est le cas du personnage qui nous occupe — on commence par exercer sa souveraineté sur les animaux. Ceux-ci j'aime les voir représentés abondamment dans la nursery, depuis l'ours classique, en peluche, le Teddy bear, jusqu'aux charmantes bêtes de bois découpé, aux formes géométriques, auxquelles on peut donner toutes les attitudes. Il ne me déplairait en aucune façon de rencontrer une véritable arche de Noë dans le royaume des tout-petits. Une frise courant le long des murs lisses pourrait répéter, de façon stylisée, les faits et gestes de ces petits frères inférieurs. Les rideaux et les coussins seront de cretonne ou de chintz aux couleurs gaies. Pas d'étoffes lourdes, de soies ou de velours qui jure-raient ici. En principe, pas de dessins aux murs — à la rigueur quelques images d'Epinal, ou du même genre, illustrant des contes enfantins. Les poupées seront d'étoffe. On en crée, depuis déjà quelques années qui sont de véritables œuvres d'art et que ne dédaignent pas les grandes personnes. L'éclairage ne sera ni trop vif, ni trop discret. Les enfants se couchent tôt, d'une part, de l'autre ils n'ont pas besoin d'aide pour créer du mystère autour d'eux. Leur imagination y suffit. Je ne verrai pas d'inconvénient, par ailleurs, pour créer à de certaines heures, une ambiance De haut en bas : Poupée française second empire Tigre annamite Soldat de bois autrichien époque 1828 Soldat de bois français du Ier Empire (Musiciens de la garde impériale) Jouet en bois peint, juif polonais (1890) Soldat de bois populaire (second empire)

Ce numéro de la revue "Ce temps ci, Cahiers d'art contemporain" explore le thème de la femme et de l'enfant à travers divers articles et illustrations. Il présente des poèmes, des réflexions sur l'enfance, des photographies d'art et des reproductions d'œuvres, notamment des jouets et des portraits.