Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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CE TEMPS CI CAHIERS D'ART CONTEMPORAIN LE BUREAU DE L'HOMME D'AFFAIRES Juillet 1928 Prix : 6 fr. 50

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Il a été tiré: 3 exemplaires sur Hollande Van Gelder, aux noms de: s. M. la Reine Marie de Roumanie; Monsieur le Président de la République Française; s. A. R. le Prince de Galles. 25 exemplaires sur couché mat, numérotés de A à Z (hors commerce); 50 exemplaires sur couché mat, numérotés de 1 à 50, en souscription.

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AUX LECTEURS “CE TEMPS CI”. Oui, “CE TEMPS CI”. Laissons HIER aux timides qui n'osent pas être de leur temps et DEMAIN aux chimériques. Prenons conscience de cette époque formidable qui est la notre, sentons toute la richesse de l'activité créatrice moderne, sachons vivre la vie de ceux que l'histoire range déjà dans une de ses “périodes florissantes”. Ces cahiers trimestriels n'ont d'autre objet que de collaborer à l'œuvre moderne, en faisant connaître par la présentation de “documents” sélectionnés les créations dont l'Art de notre temps peut être fier. Chacun d'eux traitera plus spécialement une question de l'Art décoratif contemporain français ou étranger, et donnera son appui à ceux qui dans le domaine de l'Art ont une mission à remplir. Ce programme a la gloire de notre époque, à la gloire de l'œuvre moderne. “Ce temps-ci” saura l'animer sous vos yeux. J. V.

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CE TEMPS CI CAHIERS D'ART CONTEMPORAIN Paraissant tous les 3 mois - Directeur: J. VIÉNOT - Rédact. en Chef: H. de ROUX - Abonnements: France 24 Frs - Étranger 38 Frs Rédaction -- Administration 40, Rue du Colisée, PARIS Tél.: Élysées 50-32 et 65-81 Publicité : Société DORLAND 65, Av. Champs-Élysées, PARIS --- du Bureau Louis XIV au Bureau moderne par ERNEST TISSERAND Le savetier de la fable avait son échoppe proche de l'hôtel où le financier vivait, mangeait, faisait ses affaires et dormait si mal. C'était le temps que chacun habitait bourgeoiselement les lieux où il pratiquait son négoce ou son industrie. Le bureau d'un traitant prolongeait ses appartements privés et il suffisait d'en pousser la richesse à l'extrême pour lui donner le seul genre de confort qui fut alors apprécié. Un bureau d'Oëben ou de Riesener convenait indifféremment aux pages d'écriture de M. de Buffon, aux sanglants trafics des frères Paris et à la signature des papiers d'État. Un encier majestueux, des plumes d'oie, un grattoir, de la sandaraque et deux flambeaux, tels étaient aussi bien les accessoires qui suffisaient à tous les cas. Avec le XIXe siècle, une première transformation s'opéra : banquiers, manufacturiers, commerçants, allèrent faire leur métier hors de chez eux. Tout d'abord, ils cherchèrent à placer leur exil dans un cadre qui leur rappelât leur propre maison. Mais peu a peu, cette illusion sentimentale se dissipa. Et le XXe siècle en balaya les derniers restes en flanquant le bureau d'une machinerie compliquée à laquelle le mobilier dut s'adapter. Ce ne fut pas très beau pour commencer. Dans le classeur, dans le téléphone, dans la table de dactylographie, on ne cherchait que la commodité, la logique. Mais lorsque celles-ci turent trouvées et fixées, on s'avisa que les meubles en étaient moins laids : l'utilité bien comprise engendre une esthétique. C'est alors que les décorateurs s'emparèrent du bureau de l'homme d'affaires comme d'une pièce qui leur appartenait de droit pour y réaliser cent inventions aussi ingénieuses que plaisantes. À certaines professions libérales restent pourtant dévolus les bureaux sans hygiène, sans lumière, sans aucun reflet de ce que l'art moderne possède en propre. La plupart des médecins font encore attendre leur clientèle dans un salon rempli de coussins, de tentures et de tapis, véritables nids à microbes tels que celui qui entre bien portant dans cette pièce ne sait jamais s'il n'en sortira pas avec la maladie du client qui l'a précédé. Et le cabinet du médecin est le type même de la pièce ridicule qu'un homme de sens doit haïr. À peine une exception sur cent. C'est presque partout un parallélépipède à prétentions faussement psychologiques, où tout est calculé pour donner au client

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une impression de sérieux (couleurs sombres), de science aimable (beaucoup de livres bien reliés), de sollicitude (sièges profonds, éclairage tamisé). Surtout, pas d'appareils visibles, quand ce serait un thermomètre minuscule! L'homme d'affaires, aujourd'hui, est fort en avance sur son médecin. Il a deux cabinets. L'un chez lui, intime, fantaisiste au besoin. L'autre dans ses bureaux, cabinet professionnel dont l'outillage n'empêche nullement qu'on le traite avec originalité. Pour un décorateur amoureux de son art, rien n'est plus agréable et plus propre à exciter l'imagination que des données difficiles et contradictoires. Ce verrier veut avoir chez lui de nombreux casiers à fiches, et des échantillons de ses flacons? Quel plaisir que de lui faire un meuble mixte, un échiquier où les tiroirs aux petits cartons alterneront avec des vides où le cristal étincellera.... Il ne faut pas craindre d'afficher sa profession. Il nous paraîtrait absurde qu'il n'y eût pas de tapis de caoutchouc dans le bureau de qui vend des pneus, et chez le «grand soyeux», les derniers lampas au mur, dans des cadres mobiles. Les ressources du commerce et de l'industrie sont inépuisables à fournir à l'artiste les éléments d'une décoration toujours renouvelée. Seul, d'ailleurs, il s'en tirera avec goût. Il est impossible à l'intérêt de mettre au point ses velléités confuses, comme il lui est impossible de choisir dans la banalité des modèles courants, la table de travail et le siège qui lui conviennent. Là, le décorateur, l'ensemblier est indispensable. Après avoir étudié son sujet, si l'on peut dire, psychologiquement et techniquement, l'art et l'ingéniosité lui dicteront son œuvre. Ce n'est pas par simple coquetterie qu'un homme d'affaires se doit d'avoir un beau cabinet, moderne, intelligent et sain. L'intérêt particulier y trouve son compte, car le temps n'est plus qu'on pratiquait l'usure et qu'un réduit crasseux y prêtait utilement son mystère. Bonnes ou mauvaises, les affaires modernes sont loyales, cordiales, sportives. L'accueil ne vient pas seulement du chef; la maison joue aussi son rôle. L'intérêt général est en cause, de surcroît. Trop longtemps les étrangers ont ricané de nos bureaux sombres, de nos cartons verts et de notre éclairage chétif. Aujourd'hui, leur avis change. Ils peuvent voir dans nombre de maisons des cabinets d'hommes d'affaires qui ne dépareraient pas nos plus belles expositions: d'ailleurs, ils y figurent quelquefois avant de prendre leur dernière destination. Et la France a reconnu la tout son prestige. Souhaitons que les retardataires comprennent ce qui leur fait encore défaut et qu'ils demandent à notre belle pléiade de décorateurs de donner à leur vie laborieuse le cadre commode et charmant, les meubles personnels et ingénieux au milieu desquels les soucis semblent plus légers et les idées viennent plus claires, plus françaises. Ernest TISSERAND. Samuel Chauder de l'ordre de St. Concellier M. Barnard Michel Caine de Cochef

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Bureaux d'Hommes d'affaires Sans aller jusqu'à dire « Mon Bureau c'est mon crédit » ainsi que nous l'avons entendu dire, il est parfaitement exact que la majorité des personnes que reçoit un homme d'affaires se laissent impressionner par ce qu'il est convenu d'appeler les signes extérieurs de la richesse. L'homme d'affaires, même s'il n'est pas appelé à recevoir les hautes personnalités financières et industrielles de son temps doit « représenter ». C'est là une vérité qui n'est plus discutée. Ses décisions frapperont d'autant plus son interlocuteur que le cadre dans lequel il les prendra sera plus imposant. La vulgarisation de ces idées coïncide avec l'écllosion, avec l'épanouissement d'un Art conçu pour les comprendre et les traduire. L'Art moderne, est en effet, seul susceptible de satisfaire aux exigences de chaque industrie particulière, de se plier aux besoins de la vie de l'homme d'affaires si profondément modifiée par les nécessités actuelles, d'exprimer la richesse sobre et distinguée qui lui fera un cadre digne de lui-même. Nous avons cru intéressant de demander à quelques personnalités qui ont été parmi les premières à vouloir une installation de bureau moderne : 1° Quelles étaient les raisons qui avaient déterminé leur choix ? 2° Si le milieu qu'elles s'étaient créé leur avait procuré les satisfactions qu'elles en attendaient ? (Avec la reproduction de leur bureau nous reproduisons leurs réponses). Henry Farman nous répond : « Je ne vois pas Marie-Antoinette dans un avion. Je ne me vois pas davantage étudiant les problèmes de l'aviation dans un cabinet de travail Louis XVI. Je suis enchanté de mon bureau, moderne comme moi-même. Son atmosphère est celle qui convient à l'homme d'aujourd'hui ». ---