Extrait

Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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CAHIERS D'ART REVUE DE L'AVANT-GARDE ARTISTIQUE DANS TOUS LES PAYS, PUBLIÉE PAR CHRISTIAN ZERVOS --- Juin 1926 Pablo Picasso Maitres d'autrefois Les Gouaches de Raoul Dufy Architectures Soviétiques Propos sur le Salon des Tutleries Henri Matisse Visions d'aujourd'hui G. de Chirico Beaux Livres 3 fr. 50 LA REVUE « CAHIERS D'ART » SE VEND AUX ÉDITIONS ALBERT MORANGÉ, A PARIS, 30 & 32, RUE DE FLEURUS (VIe ARRr)

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BIBLIOTHÈQUE ÉTRANGÈRE 3, Rue du Cherche-Midi, Paris (vi°) Directrice : J. BUCHER ÉDITION DE 6 GRAVURES TIRÉES A 50 EXEMPLAIRES CHAGALL, GROMAIRE, LURÇAT, PASCIN, PRAX, MARCOUSSIS AU PRIX DE 350 FRANCS LA SÉRIE, 80 FRANCS CHACUNE BAROQUES IMAGES ET TEXTE DE JEAN LURÇAT SUITE DE QUATRE POINTES-SÈCHES COLORIÉES ET SIGNÉES PAR L'ARTISTE NOVEMBRE 1925 L'OUVRAGE, D'UN FORMAT IN-4°, EST TIRÉ A 102 EXEMPLAIRES SUR VÉLIN D'ARCHES, DONT 2 EXEMPLAIRES DE CHAPELLE A ET B. 4 EXEMPLAIRES COMPRENANT CHACUN UN TIRAGE EN NOIR DE CHAQUE GRAVURE ET UNE DES 4 GOUACHES ORIGINALES ...

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vitraux et mosaïques LOUIS BARILLET 7, rue alain-chartier, paris-xv téléphone : vaugirard 10.13

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CAHIERS D'ART UN AN…(10 NUMÉROS) --- France et Colonies… … … … … 30 francs --- LE NUMÉRO… --- 3 fr. 50 --- Pays ayant adhéré à l'accord de Stockholm… 38 — --- 4 fr. 50 --- Pays ayant décliné cet accord … … … 50 — --- 5 fr. 50 --- Pour tout ce qui concerne l'administration de la Revue, s'adresser à M. Christian Zervos. --- LIBRAIRIE STHETIO BOULEVARD DU MONT PARNASSE TÉLÉPHONE SÉGUR 51 - 7 4 NB ECCE HONG LANT

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Un coin de l'atelier de Picasso. ŒUVRES RÉCENTES DE PICASSO Dans trois jours Picasso nous fera voir son œuvre récente. Sa pensée nous apparaîtra plus complexe et plus universelle que par le passé. Et l'on se récriera à nouveau, parce qu'on y verra une rencontre de dons distincts, une pensée douée de tous modes de mouvement, un pinceau riche d'accommodations personnelles. Il use de plus de liberté qu'il n'est permis à un seul homme. Il mène ses analyses plus loin que toute habitude. Il montre une telle absence d'embarras pour la conséquence de ses actes, que son œuvre devient un scandale. Tempérament dévoré par toutes les curiosités et qui impatiente notre labeur prudent et réfléchi. Et on lui en veut. On lui en veut parce que rien ne l'attache et parce qu'en lui tous les efforts de la peinture contemporaine se rencontrent, s'annulent et se transforment. On lui en veut parce que tout sollicite son esprit et que son esprit conteste et refait tout. Et on ne veut pas reconnaître cette dualité qui est en son âme. Il voit comme nous, et autrement. Il connaît nos sensations, et les siennes. Il nous définit d'un regard, et se définit constamment, successivement. Il nous fait avouer nos propres frivolités, et il se soustrait à la frivolité, quoi qu'on en dise. Il nous malmenne, et nous l'aimons... Esprit d'aventure, c'est-à-dire esprit vrai: Que la pensée doit compter sur le hasard, que la volonté ne doit limiter l'imprévu qui vient de l'inconscient. Les révélations de l'âme ne sauraient être réglées par les opérations volontaires de l'esprit. Picasso tourne le dos à tous ceux qui « veulent » conduire l'inspiration. Ils lui disent, et c'est Paul Valéry qui parle pour eux: « Nos révélations ne sont que des événements d'un certain ordre, et il faut encore interpréter ces événements connaissants. Il le faut toujours. Même les plus heureuses de nos intuitions sont en quelque sorte des résultats inexactes par excès, à l'égard de notre clarté ordinaire; par défaut, au regard de la complexité infinie des moindres objets et des cas réels qu'elles prétendent nous soumettre. Notre mérite personnel — après lequel nous soupirons — ne consiste pas à les subir tant qu'à les discuter... Et notre riposte à notre « génie » vaut mieux parfois que son attaque. Nous savons trop, d'ailleurs, que la probabilité est défavorable à ce démon: l'esprit nous souffle sans vergogne un million de sottises pour une belle idée qu'il nous abandonne; et cette chance même ne vaudra finalement quel- (1) Images extraites de l'œuvre en préparation : « L'œuvre récente de Picasso », par Christian Zervos (éd. Albert Morancé).

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Un coin de l'atelier de Picasso. que chose que par le traitement qui l'accommode à notre fin. » Et Picasso de se dire: Si les révélations sont inexactes par excès, on n'est pas en droit de ramener cet excès à nos clartés d'aujourd'hui. Dans l'excès se trouvent virtuellement toutes les possibilités de demain. Et il continue de penser: Si les événements de l'âme sont inexacts par défaut, au regard des réalités communes, cela importe très peu. La connaissance du monde extérieur ne m'est jamais apparue bien probante. Elle est à la merci de causes sans fin et indéfinies. Soumettre le bon sens à la relativité de la connaissance, passe encore. La vie sociale y repose toute entière. Mais non la pensée. On ne peut se tenir à la règle de la connaissance lorsque l'on écoute parler l'âme. Il y a plus de bonheur de laisser se réaliser l'imprévu que de le discuter. Et, avec le courage que donne le contact direct de l'homme avec son âme, Picasso ajoute: Qu'est-ce que cela peut me faire si le hasard nous conduit souvent sur des mauvais chemins. Du moins je ne les connais pas. J'aime jeter les dés pour une belle idée, fût-ce au risque d'amener mille erreurs. Juges des âmes, je ne crois pas que la collaboration de tout l'homme soit nécessaire pour donner le vrai prix aux éléments intuitifs. Dans tout l'homme il y a trop d'éléments de sens commun qui se refusent à la pleine lumière de la révélation. Mes besoins ne se rencontrent pas toujours, comme vous le dites, avec les apports de mon âme, et mes intuitions se passent souvent de mes réflexions. Vous dites encore que c'est celui en nous qui choisit, et c'est celui qui met en œuvre, qu'il faut exercer sans repos. Cela est nécessaire, jusqu'à un certain point. Mais ne dites pas que le reste, qui ne dépend de personne, est inutile à invoquer, comme n'en devant résulter qu'un accroissement de la simulation et de la fraude — choses si naturellement unies à l'ambition de la pensée... Réflexions de Picasso. Lutte qui lui fait trouver toujours une nouvelle substance pour son œuvre, le moyen de toujours redresser son esprit, d'exercer son regard, de vérifier ses pouvoirs. Lutte qui l'oblige constamment à nouer et dénouer ses pensées, composer et démonter les organismes qu'il a créés. Une œuvre si pleine d'âme atteint souvent à des résultats bien étranges; étranges pour ceux qui réduisent l'art à quelques effets élémentaires, correspondant aux résonnances nerveuses les plus courantes. On y sent l'instabilité de la pensée dans l'apparence stable des formes, comme les figures réalisées par l'équilibriste sur la corde tendue. Indépendance et force de l'intelligence qui contraignent et contrarient nos instincts simplement humains. Christian Zervos.

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École Française (XIIIe siècle). Combat de Chevaliers. Tour Ferrande, à Pernes / Vaucluse. LES MAITRES D'AUTREFOIS Il faut continuellement former son goût sur les chefs-d'œuvre de l'art : c'est perdre son temps que de s'occuper à d'autres recherches. Prétendre se passer de l'étude des antiques et des classiques, ou c'est folie, ou c'est paresse. Oui, l'art anticlassique, si tant est que ce soit un art, n'est qu'un art de paresseux. C'est la doctrine de ceux qui veulent produire sans avoir travaillé, savoir sans avoir appris; c'est un art sans foi comme sans discipline, s'aventurant privé de lumière dans les ténèbres, et demandant au seul hasard de le conduire là où l'on ne peut avancer qu'à force de courage, d'expérience et de réflexion. Les anciens n'étaient si supérieurs à nous que parce que leur manière de voir était aussi sensée que puissante, et aussi sincère que belle. INGRES ...A la vérité nous ne voyons plus seulement dans la Renaissance le retour de l'antiquité classique qui se marque au xve siècle, mais un mouvement plus complexe et plus vaste dont ce retour n'est qu'un élément, ou un symptôme; mouvement complexe en effet et pourtant harmonieux, qui réveilla l'amour de l'intelligence et de l'imagination pour elles-mêmes, aspiration vers une forme de vie plus libre et plus gracieuse poussant les esprits à rechercher les jouissances intellectuelles et imaginatives par tous les moyens possibles, et les conduisant non seulement à des sources de plaisir anciennes et oubliées, mais à des sources encore inconnues jusque-là : nouvelles expériences, nouveaux sujets de poésie, nouvelles formes d'art. Or, la fin du xive siècle et le début du xiv e virent naître une riche floraison de cette sensibilité. Ici et là, grâce à des conditions particulièrement favorables, dans l'architecture gothique, dans les doctrines de l'amour chevaleresque, dans la littérature provençale, la sévère rudesse du moyen âge ne laisse pas (1) Reproductions tirées de Louvage : La Peinture Française, « Les Primitifs », aux éditions Albert Morancé. de s'adoucir : il y naît un goût pour la grâce qui est comme un premier germe de la Renaissance classique, puisqu'il poussera sans cesse les esprits vers le monde hellénique et les sources de la grâce parfaite. Ainsi, venant après une longue période où cet instinct avait été comprimé, au terme d'un âge sombre où tant de fontaines de joie intellectuelle et imaginative avaient tari, ce mouvement méritait bien le nom de Renaissance, de retour à la vie. Le caractère propre aux œuvres d'art françaises a toujours été une certaine subtilité, une délicatesse de main-d'œuvre, une netteté remarquable d'exécution... Cette délicatesse n'est pas moins caractéristique de la vieille poésie française. Une subtilité légère, aérienne, une simple élégance, une netteté remarquable d'exécution, voilà les traits essentiels de la poésie de Villon comme des Heures d'Anne de Bretagne... WALTER PATER. Les grandes œuvres, outre l'immense pensée qui leur est propre, et qui nous dépasse toujours, renvoient aussi tous les cultes et tous les hommages qu'elles ont reçu, comme ces autels plus vénérables par les couronnes. Le temps n'épuisera point cet avenir de gloire. L'art exprime la puissance humaine par l'immobile. Il n'y a point de meilleur signe de la force d'âme que l'immobile, dès que l'on y reconnaît la pensée. Au contraire dans n'importe quel genre d'agitation il y a de l'ambiguïté. Il faut que l'expression soit trouvée mais non point cherchée ; et la plus petite trace de recherche dans la forme est laide. L'Humanité réelle se compose de ces belles formes pleines de sens, que le culte a conservées. Mais il faut frapper dessus comme sur les cloches; car la forme se referme toujours sur le sens, parlant seulement par la beauté. ALAIN.

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École Française (XIIIe siècle). Serviteur tenant des chevaux. Your Ferrande, à Pernez (Vauchise).