Extrait
Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.
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CAHIERS D'ART
BULLETIN MENSUEL D'ACTUALITE ARTISTIQUE PUBLIÉ SOUS LA DIRECTION DE CHRISTIAN ZERVOS
Henri Laurens
Le Corbusier
Les Salons
Gromaire
Machines
####### Expositions
######## Formes
######### Amérique
- PAUL FIERENS — LE CORBUSIER
- P. COURTHION — NOEL BUREAU
- E. TÉRIADE — PIERRE AUFRAY
Mars 1926
Prix : 3 fr. 50
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N° 3
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SE VEND AUX ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ À PARIS (VIE ARRONDÉ)
30 & 32, RUE DE FLEURUS
HENRI LAURENS, 1925
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CAHIERS D'ART
Un An
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France et Colonies
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30 francs
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3 fr. 50
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Pays ayant adhéré à l'accord de Stockholm
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38 —
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4 fr. 50
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Pays ayant décliné cet accord
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50 —
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5 fr. 50
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Le Numéro
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Galerie Joseph Billiet & Cie
EXPOSITION D’ŒUVRES
DE
LEFAUCONNIER
MASEREEL
HENRY PARAYRE
24, rue de la Ville-l’Évêque, PARIS (VIII)
GALERIE PIERRE
ŒUVRES
DE
DERAIN, CHAGALL, UTRILLO,
MODIGLIANI, RAOUL DUFY,
PASCIN, etc.
13, RUE BONAPARTE, PARIS (VI)
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BIBLIOTHÈQUE ÉTRANGÈRE
3, Rue du Cherche-Midi, Paris (VI)
Directrice : J. BUCHER
ÉDITION DE 6 GRAVURES TIRÉES A 50 EXEMPLAIRES
CHAGALL, GROMAIRE, LURÇAT, PASCIN, PRAX, MARCOUSSIS
AU PRIX DE 350 FRANCS LA SÉRIE, 80 FRANCS CHACUNE
EXPOSITION PERMANENTE
D’ŒUVRES DE
CHAGALL, LURÇAT, MARCOUSSIS, PASCIN, ETC., ETC.
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HENRI LAURENS
Il arrive. Il n'est pas pressé. Il n'a pas brûlé les étapes. Nous l'avons vu peiner, s'acharner à son œuvre. Nous le voyons sourire, libre enfin ! Toujours il fut lui-même et courageux. Il eut d'abord le vrai courage de se mettre à l'école, à la rude école cubiste où sans doute il subit l'influence des peintres mais dont il fut avec Lipchitz le seul authentique sculpteur. Hâtons-nous d'affirmer que Laurens a le droit, le devoir d'être fier et de sa jeunesse et de sa présente maturité, qu'il ne renie rien, qu'il n'a rien à renier, qu'il ne fait de concession qu'à son idéal personnel. Pas plus que Picasso, que Braque, il ne « sort du cubisme », comme on dit. Sage, il le fut toujours, prudent aussi; audacieux, il l'est aujourd'hui comme hier. Mais il conclut après avoir analysé, compose après avoir décomposé. Bien des « jeunes » font le contraire. Laurens a réservé l'avenir, il le réserve encore. Car en saluant la maturité de l'artiste, nous nous en voudrions d'avoir l'air de lui dire : arrêtez-vous.
Et cependant, voici des sculptures parfaites. Voici l'équilibre si délicat à maintenir entre le cœur et la raison, entre l'esprit et la matière. Voici peut-être le couronnement d'un édifice, dont Laurens, avec ses amis, creusa les fondations, prévoyant mal les développements ultérieurs, mais leur fixant néanmoins des bases solides. Tout se trouvait remis en question. On parlait du plan, de la ligne. Laurens, alors, multipliait les bas-reliefs. Il dessinait, sur table rase, des guitares réduites à leurs éléments géométriques. Il s'en référait à Picasso, mais il songeait, se demandant comment on pourrait bien harmoniser ce travail un peu mécanique, ce travail dont-il comprenait la nécessité, la noblesse. Dans l'entre-temps, le jeu se compliquait.
Impossible de faire de la sculpture sur un seul plan. Mais comment donner le relief sans revenir à la traduction littérale? Comment garder la pureté de l'abstraction, conserver à la réalisation plastique autonome ce quelque chose de désincarné qui la fait ressembler au schéma d'un raisonnement, à l'embryon d'une pensée? Laurens va tenter l'aventure. Il découpe et projette dans l'espace les diverses surfaces que les dessinateurs sont bien obligés de rabattre sur le même plan. C'est alors qu'avec des morceaux de tôle, de fer-blanc, de bois peint, il établit ses petits organismes constructifs, — et presque « constructivistes », — suggérant les volumes, les dissociant, les définissant, mais sans les borner ni les reproduire. Il est loin maintenant de la peinture, c'est de l'architecture qu'il se rapproche à ce deuxième stade de son évolution.
La troisième étape — on nous excusera de systématiser pour mieux nous faire entendre — sera celle de la sculpture proprement dite. Entre les lignes architecturales, les volumes s'indiqueront dans leur plénitude; peu à peu seulement les arêtes extérieures s'atténueront, comme sous la poussée interne d'une force unificatrice et sous la caresse d'une légitime sensualité retrouvée. Les œuvres récentes de Laurens demeurent des objets construits, ayant leur ordre et leur logique, mais un ordre moins apparent, une logique moins discursive, ordre et logique mieux incorporés aux formes mêmes. Le sculpteur pense en volume. Indépendamment de leur valeur figurative ou décorative, ses moindres figurines restent douées de toutes les vertus essentiellement plastiques, naguère cultivées dans l'ascétisme et soulignées par le dépouillement.
Seulement, aujourd'hui, la grâce les visite, s'en dégage explicitement. Ce n'est pas quelque chose de surajouté, quelque chose qui « flatte autour »; c'est une émanation de l'œuvre même, un charme né de quelques rapports justes, d'une inflexion particulièrement lourde de sens et
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ni Florence, et pour qui le voyage à Chartres fut assurément un grand voyage. Une élégance presque gothique encore préside au traitement d'une draperie régularisée, synthétisée. Et nous connaissons de Laurens un chapiteau qui ne déparerait point l'église la plus proche de son atelier, Saint-Pierre de Montmartre.
La grandeur n'est pas une affaire d'échelle. La maquette d'une fontaine, haute de vingt centimètres environ, nous apparaît déjà d'une ampleur magnifique et capable de supporter la rituelle épreuve du plein air. Photographiées, les figurines de Laurens semblent tripler, quadrupler de format. C'est peut-être à ces figurines que l'artiste accorde aujourd'hui le meilleur de son affection, confie ses secrets les plus chers. Que de calculs, mais sous-entendus, sous-jacents, effacés du tableau noir où le maître ne laisse inscrite, avec le seul rayonnement de l'évidence, que la solution longtemps cherchée, désormais nous crevant les yeux et s'imposant par elle-même!
Nous pouvons avouer notre plaisir. Peinture et sculpture ne sont plus au régime, à la diète. (C'est le tour de l'architecture. Mieux vaut tard...) Il est permis d'être charmant, pourvu qu'on le soit en poète. Pour Laurens comme pour les « artistes » du groupe, — opposons-les aux théoriciens, aux techniciens, aux décorateurs, — le cubisme ne fut pas seulement un nouveau langage plastique, un vocabulaire, une lexigraphie, une syntaxe, il fut encore et surtout une poétique. Nous ne nous lasserons pas de reprendre et de commenter le mot de Braque. Or la poétique, très au-dessus
légèrement indiquée, d'un contraste entre la noblesse du style et l'extrême simplicité de l'expression. Car plus cet art tendait à la grandeur — certes nous oserions parler de classicisme, mais défions-nous des mots élastiques, surtout ici — plus il bannissait le superflu, l'accessoire, au point que l'esthétique du minimum (entendez : minimum de moyens), Laurens a pu la faire sienne et nous en paraître enrichi.
Il a gardé l'aptitude constructive, le sens architectural. Edifiante à ce point de vue serait une comparaison entre les bas-reliefs exécutés par Laurens, il y a quelques années, pour un hôtel resté à l'état de projet, et celui qu'il achève actuellement, à Hyères, pour la villa du comte de Noailles. Avec la même intelligence, ici et là, l'artiste inscrit dans un étroit rectangle une figure féminine dont les traits soutiennent l'élan du pilier, lui conférant une nervosité sans agitation ni secousse. Mais combien le second bas-relief est plus souple que le premier, moins linéaire! On a prononcé le nom de Jean Goujon devant les austères muses de Braque. C'est bien aux nymphes de la Seine que nous fait penser le sculpteur qui n'a jamais vu la Grèce, ni Rome,
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Henri Laurens. Figure
Henri Laurens. Femme rouschie