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Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE AUTOMNE MCMXXIII PARIS Numéro 7 2ème Année

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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE - Pierre Gusman, Directeur-Fondateur. - P.-J. Angoulvent, Secrétaire de la Rédaction. - Albert Morancé, Administrateur. SOMMAIRE DU N° VII DE « BYBLIS » : AUTOMNE 1923 - Marcel Roux, graveur lyonnais, par Justin Godard, député du Rhône, p...

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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE AUTOMNE MCMXXIII --- PARIS Numéro 7 2ème Année

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MARCEL ROUX GRAVEUR LYONNAIS u cours d'une représentation, un soir, au Casino de Lyon, un jeune homme bondit soudain sur la scène, repoussa dans la coulisse un piteux acteur que le public huait, et, prenant sa place, enthousiasma la salle en disant d'une voix fraîche et avec intelligence le refrain interrompu. C'était le père de Marcel Roux. «Je vous engage; vous comprenez le théâtre», lui avait dit le directeur, sans lui laisser le temps de se reprendre. — Alors commença, pour le jeune acteur, la vie des tournées. Il part en Amérique. Il est en Russie, au théâtre impérial, lorsque Marcel naît, le 11 septembre 1878, à Bessenay, pays de sa mère. — Marcel Roux ne reste pas longtemps dans le calme village lyonnais. Le voici, suivant la troupe, à Saint-Pétersbourg, à Bucarest, à Paris, que sais-je? A dix-sept ans, il est régisseur à Monte-Carlo. Les gens de théâtre, au milieu desquels il a grandi, le poussent à être artiste dramatique. Mais il échappe à l'emprise si forte de l'ambiance dans laquelle il a toujours vécu. C'est autrement qu'il suscitera l'émotion dans les âmes, et c'est de sa propre pensée qu'il sera l'interprète. — Il fait un peu de peinture à Nice, sous la direction de M. Levert : il obtient même un prix à l'École d'art décoratif. — Il vient enfin à Lyon, son père, fatigué, voulant mourir dans sa ville natale. — Marcel Roux entre à l'École des Beaux-Arts. Il s'attache surtout à un de ses maîtres, Morisot, dont l'attire la grande probité intellectuelle, l'enthousiasme concentré pour le beau, la conception mystique de la nature. Il attend la révélation qui lui montrera sa voie. — Autrefois, au Palais Saint-Pierre, quand on montait l'escalier aux marches ondulées par l'usure des pas des religieuses allant deux par ---

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deux, on trouvait la bibliothèque à l'étage situé au-dessous de l'École. Marcel Roux s'y arrêtait souvent. Un fort brave homme, Buisson, brusque pour les oisifs, complaisant et familier pour les travailleurs, présidait à la distribution des livres ou, mieux, y régnait. Il montra à Marcel Roux des gravures de Rembrandt qu'il classait. Marcel Roux rentra chez lui comme fou. « Je veux faire de la gravure », clamait-il aux siens, bousculant tout pour trouver ce qui lui était nécessaire. Une bonne vieille femme du quartier Saint-Paul, la mère Lafay, fut son premier modèle. Ainsi Marcel Roux commença sa noble carrière de graveur. Il chercha des soutiens, sollicita des conseils. Joseph Brunier, Drevet, Paul Borel, l'accueillirent. Ce dernier lui donna un atelier. Aucun d'eux ne tenta d'en faire un élève, un disciple. Cela eut été peine perdue. Il apprit d'eux les techniques, mais il créa son œuvre. Cependant Paul Borel marqua sur elle son empreinte spirituelle. Marcel Roux avait un masque tragique et des yeux rieurs. De même son âme n'était que tourment, et son cœur que bonté. J'ai vu, en lui, un apôtre ardent et simple, plein de pitié pour le vice, d'horreur pour la laideur morale, révolté devant l'injustice et cherchant à s'apaiser en dévoilant le mal et montrant le salut. Prédicateur, moraliste ? non, car il était modeste et n'avait point d'orgueil. Il n'éprouvait que deux sentiments intenses, la souffrance tant qu'il concevait et réalisait, la joie, une joie d'enfant, quand, lui ayant donné une forme, l'ayant vivifiée du meilleur de lui-même, la pensée qui l'avait obsédé était hors de lui et pouvait s'imposer aux autres. Marcel Roux avait la passion de son métier. Il était devenu le maître souverain de l'acide mordant le cuivre, de l'encre dont il savait nuancer le noir. Et quel scrupule de vérité le torturait lors de la composition de ses scènes ! Il était toujours à la recherche de documents. Il me souvient d'une chasse qu'il fit, un soir d'été, rue de Rennes, pour attraper un gros papillon de nuit voletant autour d'un globe électrique. Il gravait alors sa planche Femme flamme, la femme attirante, au brasier de laquelle les hommes viennent se brûler les ailes. Un chapeau de paille tout neuf fit les frais de la capture. Maintes fois le globe ---

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lumineux faillit être brisé. Et la foule amassée scandait : « Aura », — « Aura pas », le lancement du chapeau de Marcel Roux. — Que de souvenirs j'ai de l'atelier de la rue de Bagneux. — J'y vins un jour avec une de mes fillettes. Marcel Roux finissait de bâtir en terre, sur une planche, le décor de son eau-forte O crux, Ave. Au sommet d'un monticule, trois croix de brindilles étaient dressées. Au fond, les murs de Jérusalem s'allongeaient avec, de loin en loin, des tours carrées. Dans la plaine, un petit groupe de soldats s'en allait, qu'une bougie dissimulée éclairait. C'était puéril et impressionnant. Tout d'un coup, Marcel Roux me prit le bras : « Oh! la petite », me dit-il. Je crus qu'il arrivait un malheur à ma fillette. Tranquille, elle mangeait une tablette de chocolat : « Voyez ce papier d'argent. Si elle voulait me le donner! » Il l'obtint sans peine et alors, de ce fragment brillant, il façonna un casque et une cuirasse à un de ses soldats de glaise. « C'est le centurion, c'est le centurion », nous répétait-il. Un peu de clinquant venait, comme souvent, de faire un chef. — Marcel Roux a travaillé beaucoup. Et lorsqu'il ne le pouvait, il était malheureux. J'ai de lui des lettres écrites du front. J'en ai, griffonnées durant sa longue agonie. Toujours sa plainte est de ne pouvoir faire sa tâche, de risquer de ne jamais l'achever. — En juin 1915, après m'avoir décrit les horreurs qui heurtaient si terriblement sa raison, il a une angoisse : « Non, je ne voudrais pas disparaître brutalement, ou être privé de la vue ou de mes mains, avant d'avoir pu dire tout ce que j'ai dans le cœur et l'imagination... — « Peut-être faudra-t-il, abandonné dans un coin, sentir, avec mon sang, couler mes dernières forces et attendre longtemps, longtemps la mort dans les tortures de la soif, avec la vision de l'atelier, l'atelier vide, la presse qui, bientôt rouillée, s'en ira au marché à la ferraille, et surtout les cuivres vierges, les beaux papiers blancs qui jamais ne recevront le sang de l'âme. » — En octobre 1921, alors que son martyre est commencé et que le mal qu'il avait contracté à la guerre et dont il allait mourir, le rongeait, il ne songe qu'à son labeur en suspens. ---

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— « Cette fois, répond-il à mes questions inquiètes, on est fixé sur ce que j'ai... Il paraît que j'ai un ulcère à l'estomac. Depuis quatre jours, je suis exclusivement au lait. Enfin, j'espère qu'avec du courage, je verrai le bout de cette affreuse aventure qui m'empêche de graver. » — Il ne s'abandonne pas et, jusqu'à la fin, il me confie ses projets. — L'État lui avait fait une commande avant 1914 (1). « J'avais demandé de graver la Vénus de Botticelli, du Louvre, car j'étais en plein dans mes fluctuations artistiques. — « Maintenant, revenu au Maître de ma jeunesse, je l'aime d'un amour réfléchi et sans égal, d'un amour définitif... Je veux parler de Rembrandt. Je lui reviens sans hésitation. — « Alors — au lieu de cette Vénus — il faudrait que j'obtienne son Bon Samaritain. ... — « Dès que je serai remis, nous retournerons à Paris. Nous allons réduire nos frais. Je m'installerai mon atelier de graveur dans la grande pièce de la rue de Bagneux. Nous nous resserrerons dans le reste de l'appartement et nous vivrons là, comme devaient vivre ces modestes Hollandais du temps de Rembrandt, pour qui la vie n'était qu'un travail assidu et intime et joyeux. » — La mort mit, presque aussitôt, son ombre noire sur ce rêve. — Les visions de Marcel Roux étaient toujours vastes. Et il les fixait et déroulait en compositions importantes comprenant un certain nombre de planches groupées en séries. — C'est ainsi que, successivement, ont paru, à partir de 1901 : — Les Fantastiques (dix planches), la Danse macabre (quinze planches), les Maudits (six planches), les Passions (neuf planches), Variations (douze planches), Fille de joie (sept planches), les Sept paroles (sept planches), Contre l'alcool (neuf planches). — Il avait commencé une Voie douloureuse, dont la première planche seule est gravée. Les autres existent en calque. (1) Déjà Marcel Roux avait gravé, de Rembrandt, dans la dimension des originaux, l'Ange quittant la famille de Tobie et le Bœuf. Les planches sont à la Chalcographie du Louvre. — 86 —

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En outre, il avait traité de nombreux sujets, au gré de son inspiration. Il faut citer, parmi eux, le si beau portrait de Paul Borel, le maître aimé, se détachant, pensif et vigoureux, sur sa fresque préférée des Pèlerins d'Emmaüs, d'Oullins. En revenant de la guerre, malade et affaibli, Marcel Roux dut renoncer à la gravure à l'eau-forte, les émanations de l'acide le suffoquant cruellement. Il fit alors de la gravure sur bois et, notamment, illustra, par ce procédé, un Cantique des Cantiques. Il exécuta, en dessins originaux et calligraphie, trois exemplaires des Fleurs du Mal, un Jardindes supplices. C'étaient besognes nécessaires. Il laisse aussi un Hop-Frog en lithographie et un Edgar Poë non encore édité. Les cartons de Marcel Roux contiennent d'innombrables dessins et études, notamment une illustration très poussée pour l'Enfer du Dante. Il avait en projet une série Contre la guerre. Au front, il accumula les croquis de camarades morts et exprima en traits hâtifs, sur des chiffons de papier, toute la pitié qui l'étouffait dans la fournaise. Faute de pouvoir tracer et buriner ses eaux-fortes, il les écrivait. Telle cette lettre venue à moi de la Somme. « Imaginez un homme hagard, rivé par des chaînes au fond d'un cloaque. « Il y a deux portes, celle d'entrée et celle qui conduit à la salle des supplices. Autrefois... cet homme marchait vers la maîtrise de son art et pouvait l'atteindre. Et maintenant, il git au fond du cachot... L'horrible, c'est que le malheureux sent sa force palpiter, décroître, s'éteindre... il songe que bientôt ses membres détruits ne pourront plus accomplir les travaux qu'ils s'étaient promis... « Tout à coup le son du métal qui vibre en volant en éclats le fait tressaillir... son regard sombre se jette sur cette porte qui donne dans la salle des supplices... Il a vu et revu passer et repasser encore les — 81 —