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Premières pages de l'ouvrage, en accès libre.

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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE ÉTÉ MCMXXIII --- PARIS Numéro 6 2ème Année

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"BYBLIS" MIROIR DES ARTS DU LIVRE ET DE L'ESTAMPE - Pierre Gusman, Directeur-Fondateur. - P.-J. Angoulvent, Secrétaire de la Rédaction. - Albert Morancé, Administrateur. --- SOMMAIRE DU N° VI DE « BYBLIS » : ÉTÉ 1923 - Edgar Chahine, peintre-graveur, par Loys Delteil, p. . . . . . . 3r - Charles-Émile Carlègle, peintre-graveur, par René Chapoullié, p. 35 - Le Lycurgue blessé de C.-N. Cochin le fils, gravé par Gilles Demarteau (fonds de la Chalcographie du Louvre), par Émile Dacier, p. . 3g - Encore une Édition de « l'Enfer » de Dante, par R. Burnand, p. . 49 - Jean Gutenberg et quelques techniques de son temps, par P. Gusman, p. . . . . . . . . . 52 - La Reliure d'art moderne, par Philéor, p. . . . . . . . . . . . . 61 - De la Gravure en camaïeu ou clair-obscure, par P. G., p. . . 65 - Échos et Propos de Saison : Le Concours du prix Albert Morancé pour la Gravure sur cuivre. — Gravure sur bois originale et Gravure de reproduction. — Le bout de l'an de la Maison des Mattres-Graveurs Contemporains. . . . . . . . . . . . . 71 --- HORS-TEXTE - La Rieuse, pointe-sèche d'Edgar Chahine, tirée par Braun, p. 32-33 - La Nymphe blessée, bois original de Carlègle, tiré par Jourde, p. 36-37 - Lycurgue blessé dans une sédition, gravure en manière de crayon, exécutée par Demarteau, d'après Cochin (fonds de la Chalcographie du Louvre), tirée en sanguine par Vernant et Dollé, p. . . . . . . . . . . . . 42-43 - L'Enfer de Dante, spécimen des bois d'Hermann-Paul, imprimé par Pichon, p. . . . . . . . . . . . . 50-51 - Exemples de poinçonnages sur cuir et de typographie primitive, et reproduction de quatre documents du xve siècle, phototypies de D. Jacomet, en deux hors-texte, p. . . . . . . 52-53 - Reliure de Canape pour « Le Livre de la Jungle », phototypie de D. Jacomet, planche double, p. . . . 62-63 - Dans la Forêt, camaieu, par P. G., en deux planches hors-texte, tirées par Jourde, p. . . . . . . . . . . . . 66-67 - Répertoire de l'Oeuvre de Willaume, p. . . . . . . . . . . . . . 68-69 - La Cigarette, pointe sèche originale de Mme Jeanne Bardey, lauréate du prix Albert Morancé (eau-forte, burin, pointe-sèche) tirée par Porcabeuf, p. . . . . . . . . . . . . 70-71 - Spécimen des caractères « Auriol », présenté par Peignot et Cie, tiré par Frazier-Soye, p. . . . . . . . . . . . . 72-73 --- ÉDITIONS ALBERT MORANCÉ LA MAISON DES MAITRES-GRAVEURS CONTEMPORAINS A PARIS, 30 ET 32, RUE DE FLEURUS (6°). Téléphone : Fleurus oo-68. Chèques postaux : 143-51, Paris.

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EDGAR CHAHINE PEINTRE-GRAVEUR ARMÉNIEN ARMÉNIEN d'origine, né à Constantinople en 1874, Edgar Chahine est à la fois d'esprit et de talent bien français. La France n'est-elle d'ailleurs pas devenue sa patrie effective, puisque l'artiste, qui l'habite depuis sa vingtième année, se trouve en instance de naturalisation? Après un séjour en Italie, à Venise notamment, où il s'éprit de Tiepolo et où il reçut des conseils des peintres vénitiens Antonio Paoletti et Antonio del Zotto, Chahine vint à Paris en compagnie de sa mère. A ce moment, entre les années 1895 et 1897, le jeune artiste s'adonna d'abord à la peinture, tout en exécutant journellement, autant par goût que par besoin de fortifier son savoir, de nombreux croquis d'après nature; croquis pris autour de lui, dans la rue, dans les foires, le long des fortifications, parfois jusqu'au seuil des bouges. Puis, bientôt, il tenta de timides essais d'eau-forte qui dévoilèrent d'emblée un véritable tempérament de graveur qu'il ne se soupçonnait d'ailleurs pas. Il fallut alors les encouragements répétés de camarades que son caractère affable lui avait tout de suite conquis à Paris, pour l'inciter à persévérer dans cette voie. Dans une étude publiée sur Chahine, peu de temps avant la guerre, dans la Revue de l'Art ancien et moderne, M. Henri Beraldi y fait allusion. Muni, pour tout viatique, des quelques conseils techniques fournis par un artiste aujourd'hui disparu, Edmond Cuisinier, et par le signataire de ces lignes, Edgar Chahine traça sur le cuivre, avec une facilité étonnante et une très vive compréhension des milieux, des silhouettes de gueux, de mendiantes, de pauvres hères, de chiffonniers, de marchands ambulants, de filles de haute et basse noce enfin; ces planches de début, exposées à plusieurs reprises au Champ-de-Mars, furent vite remarquées. M. Clément-Janin, ---

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dans l'Estampe et l’Affiche, à la suite de deux pages analytiques du talent du jeune graveur, donnait un embryon de catalogue, la liste des vingt-quatre pièces gravées par Chahine à cette date (1899) et dont l’une d’elles, Au Château Rouge, restera parmi ses œuvres les plus caractéristiques. Il diversifiera son talent dans l’avenir, il montrera parfois encore plus de verve, d’agrément, d’imprévu dans l’exécution, mais il n’aura jamais été plus profondément et plus justement pitoyable envers les misérables que dans cette œuvre. — Dès ses débuts de graveur, Edgar Chahine employa à la fois, avec une maîtrise rare qui n’a échappé à aucun de ses biographes, l’eau-forte, la pointe sèche et l’aqua-tinte à l’aide desquelles il a tiré, par d’heureuses combinaisons, de savoureux effets. Ses premières planches nous montrent le plus souvent des types séparés, rarement deux ou trois personnages; ce sont des têtes de vieux et de vieilles, un Gueux, œuvre déjà bien personnelle, Souteneur et gigolette, les Dormeurs, estampes qui font présager les scènes très observées qui devaient bientôt suivre et se développer logiquement dans un sens qui côtoie Steinlen, sans l’imiter, ni le copier cependant. L’un et l’autre ont été vivement frappés par les spectacles si variés et si curieux de la vie publique, du mouvement et de l’âme populaires, mais ils l’ont été chacun avec leur tempérament propre: leur but est identique, leur angle et leur assimilation sont très différents. Fait curieux à noter à leur propos: les artistes qui ont pour la majorité le mieux senti, le mieux rendu le va-et-vient de la foule des places publiques et des faubourgs de Paris, ceux qui ont serré de plus près la vérité des gestes, des mouvements, des silhouettes des gens du peuple de la capitale, sont d’origine étrangère. Steinlen, français maintenant, est de naissance suisse, Chahine, de souche arménienne. Faut-il croire que leurs yeux, neufs aux spectacles que nous sommes habitués à contempler jusqu’à la lassitude depuis notre plus tendre enfance, ont été par cela même plus vivement frappés que les nôtres? — L’œuvre gravée d’Edgar Chahine est important: il est aussi très divers. A côté des types de la rue, comme son gueux d’A la Place Clichy, — 32 —

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Edgar La Bine

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belle planche, à côté du Chemineau qui s'avance sur la route, quiet la besace sur le dos, à côté de la Vieille mendianté à l'église, de l'Ataxique, du Sans-travail ou de types de filles, Chahine s'est attaché à la femme dont il aime à révéler la silhouette, à fixer le sourire. Plus d'une fois même, il a sous cet aspect approché Helleu, mais en visant moins à définir le charme et la distinction comme ce dernier, que d'en dégager une expression et une synthèse: La Femme aux coussins, l'Italienne, Suzette, Lily, Rita, Gaby, Giorgina, Totote, Arlette, Juliette, Rieuse, la planche qui accompagne cette notice, autant d'aimables visages, mais au caractère parfois un peu énigmatique et troublant. Ce n'est pas l'évocation de la femme dans sa noble acception, c'est avant tout l'évocation de celle qui symbolise Montmartre et la vie facile, et a doté ce quartier de Paris d'une auréole et d'une atmosphère particulièrement séduisantes aux yeux du provincial et de l'étranger. Toutes ces pièces, comme celles qui précèdent ou vont suivre, ne se recommandent pas seulement par l'attirance des sujets empruntés par l'artiste. Elles valent aussi par les qualités d'art qu'elles décèlent: l'intensité ou la délicatesse du modelé, la justesse des accents, la vérité du détail physionomique, l'esprit de la facture, la richesse des valeurs. Chahine s'y affirme également un très intelligent interprète des foules, et ses illustrations gravées des Fêtes foraines de Paris, de Gabriel Mourey, resteront son œuvre la plus remarquable dans ce sens. On y devine aisément sa sympathie pour le monde des forains et des lutteurs qui ont fait maintes fois l'objet, au cours de son œuvre, de planches où il a mis, avec sa science, le meilleur de lui-même. D'intéressants portraits figurent aussi dans l'œuvre gravée de Chahine. Citons ceux d'Anatole France, dans son cabinet de travail, de Cornely, de l'amateur d'estampes Jules Gerbeau, du peintre Alfred Stevens que Roger Marx loue dans la Gazette des Beaux-Arts où il qualifie Chahine «un graveur perspicace et originalement doué». Ce sont encore des effigies du monde de théâtre: Mlle Delvair et surtout Louise France, qui eut l'heur d'enthousiasmer Gustave Bourcard. L'aspect très spécial de la physionomie de cette chanteuse a particulièrement séduit Edgar ---

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Chahine : il l’a gravée à trois reprises ; la meilleure des trois planches est à notre avis celle où Louise France est représentée en buste, en cheveux, le masque incliné et légèrement grimaçant, de dimension approchant la nature. C’est alors une pièce très typique, bien connue des amateurs d’ailleurs, qui l’apprécient à l’égal de son Chemineau devenu classique, puisque classé. — Edgar Chahine est enfin un paysagiste de mérite. Ses cinquante planches éditées sous le titre: Impressions d’Italie, ont un indiscutable attrait; là encore le graveur s’affirme personnel; il ne procède, en réalité, ni de Canaletto, ni de Whistler, ces maîtres qu’il est cependant si tentant d’imiter! Chahine s’est contenté d’être lui-même, et lorsqu’il grave des coins de Venise il a le soin de choisir des aspects encore inédits de la ville et de ses environs. — Chahine ne pouvait rester insensible au paysage parisien; n’est-il pas en quelque sorte partie intégrante des scènes qu’il s’est complu à représenter? Aussi Paris et ses boulevards extérieurs, sa banlieue l’ont-ils particulièrement fasciné: voici alors l’Abside de Notre-Dame de Paris, la Sainte-Chapelle, Saint-Ouen vu des fortifications, la Seine à Courbevoie, un Coin de rue dans le quartier des Grandes-Carrières, les Cardeuses sous une arche de pont, la Petite Fête, la Marchande des 4 Saisons. — Cet œuvre où il est facile de glaner, chacun selon son goût, est comme on en peut juger varié et touffu. Il est connu et apprécié. Puissent ces lignes aider à répandre plus encore le nom d’un artiste qui a su voir la vie des humbles sous un jour particulier et compatissant, et contribue puissamment, par ses créations, à rehausser l’éclat de la gravure originale de notre temps. Loys Delteil.

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CHARLES-ÉMILE CARLÈGLE PEINTRE-GRAVEUR SUISSE ARMi les spirituels dessins que fit paraître Carlègle pendant la guerre dans La Vie Parisienne, il en est un que j'ai vu avec angoisse, c'est le cruel avertissement qu'il donne au mauvais critique : le mauvais critique s'y trouve figuré solidement maintenu par un terrible rapin barbu, tandis qu'un modèle joli, certes, mais furieux, s'apprête à lui administrer une volée d'un élan magistral. Et Carlègle, à côté de son dessin, ajoute que le « critique est un traducteur et que la traduction ne doit en aucun cas être plus difficile à comprendre que le texte primitif ». Je me crois déjà battu d'avance, car le jeu est inégal. Je n'ai que mon stylo pour interpréter mon terrible partenaire, alors qu'il manie avec une égale habileté la plume, le crayon, le canif et le burin. Ses dessins avec leurs légendes, comme ses illustrations, affirment son esprit et sa gaieté, son sens aigu, mordant de la vie des hommes et des choses ; surtout son affirmation résolue que les filles sont parfois blondes mais toujours rondes et que le roi Pausole était un sage philosophe de les vouloir sans voiles quand elles étaient belles. Ses gravures sur bois révèlent tout un autre côté de son talent si divers. Tout d'abord son étonnante facilité à substituer soudain la tache au trait, la masse d'ombre ou de lumière à la ligne ; puis sa parfaite compréhension du texte à illustrer, grâce à laquelle il nous donne, selon le livre, l'âpreté de la passion ou le calme des bucoliques, la gravité des heures de guerre ou les émois de la sensualité ; enfin des qualités encore inconnues de paysagiste d'autant plus éminentes qu'il recherche la difficulté ; car pour créer des lointains et des profondeurs il n'emploie que le blanc et le noir à l'exclusion des grisailles et des hachures. Je me risque pourtant à parler de Carlègle, car l'abord de cet homme ---