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4e Année. — Numéro 7
1er Avril 1926
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
TRENTE ANS D'ART INDÉPENDANT (1884–1914)
Exposition rétrospective au Grand Palais
Cette exposition rétrospective dont l’organisation matérielle est d’ailleurs merveilleuse, — je tiens le catalogue pour un modèle du genre, — valait plus encore par ses morts que par ses vivants. Non qu’on ne trouvât, parmi ces derniers, tous les grands noms de l’art actuel ; mais ils ne sont pas au bout de leur course ; plusieurs d’entre eux entreront peut-être à l’Institut, en même temps que M. Paul Fort prendra siège à l’Académie Française. Car leur indépendance se sera soumise et le tout sera pour le mieux.
Mais la plupart des morts que voici auront passé leur existence loin de toute consécration. Ils seraient oubliés du grand public, sauf quelques-uns tels que Van Gogh, Cézanne ou Lautrec.
Cette rétrospective nous les rend ; et « le Français moyen » se trouve aujourd’hui suffisamment averti pour faire là de savoureuses découvertes.
Voici la première dans l’ordre alphabétique, Georgette Agutte, dont le suicide, en la sénérité de son absolu désespoir, eut une grandeur antique. Suivent Baffier, René Bertaux, Roger Blives et le doux Marius Borgeaud. De celui-là toute la science n’apparaissait pas d’abord, car il avait réduit sa palette à quelques tons vifs, et ses tableaux à quelques éléments très simples. Mais il avait su, par des moyens, excellemment de peintre pourtant, faire apparaître, sans employer la charge, le côté guignolesque des solennités villageoises. Son sentiment tient à la fois de Daumier et de Louis Pergaud. Arrivent Brault, Braquaval, Carniel, puis Cézanne : ce très grand peintre n’est pas très bien représenté. M. Pacquement a fait un effort que les détenteurs des principaux Cézanne n’ont pas imité. Il a prêté son admirable Estaque. M. Kapferer a envoyé un solide portrait de l’artiste, d’autres ont prêté des œuvres de second plan, d’autres enfin rien du tout. Si bien que Cézanne, père de presque toute la peinture actuelle, ne se trouve pas mis en plus grand honneur que le douanier Rousseau.
Car on a situé la « rétrospective » Rousseau presque en face de la « rétrospective » Cézanne. Jeu dangereux pour l’innocent douanier. En effet, si l’on excepte les Singes dans la forêt d’orangers, qui sont incontestablement un délice et un chef-
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CÉZANNE. Son portrait.(Collection Kapferer)
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d’œuvre d’invention décorative (quel majestueux panneau de tapisserie ne ferait-on pas avec cette composition !) les diverses Promenades en carriole et autres Noces devant le photographe ne m’apparaissent pas, malgré toute ma bonne volonté,
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comme des miracles ; il me semble qu'on exagère beaucoup : n'ai-je point entendu des artistes sincères affirmer que ce voisinage avec Cézanne n'était nuisible qu'à ce dernier ?
Que de morts ! non loin de Mme Lucie Cousturier, voici la fameuse Baignade de Cross, dont la place dans le groupe néo-impressionniste est grandissante.
Après Choron, Coppenolle, Cordey, que Renoir estima, voici Delannoy et Georges Dorignac, cet auteur difficile, qui fut un si mauvais courtisan de la chance et dont les dessins, les portraits patients, solides comme des laques, commençaient enfin à être estimés à leur juste et grande valeur quand la mort vint le prendre.
Puis Henri Doucet, le beau compagnon tué sur les bords de Yser, et Dourouze le meilleur peut-être des aquarellistes de ce temps ; et le singulier Dubois-Pillet, membre fondateur, capitaine de la Garde Républicaine, et, dit-on, le précurseur, antérieur même à Seurat, du divisionnisme néo-impressionniste ; Duchamp-Villon qui sculpta à l'avant-garde et mourut en 1918, à l'avant-garde aussi. Et le doux et mystérieux Charles Dulac, dont M. Paul Jamot a découvert jadis le talent confidentiel, mystique et les rares qualités de peintre. Après Johannes Durand, voici Guy-Pierre Fauconnet avec sa grande Vénus d'un ingrisime à la fois très spirituel et très pur, avec ce sentiment parent ou celui de La Fontaine, d'une poésie graphique si délicatement exprimée. Avec Filiger, Armand Séguin, nous voici dans les temps héroïques, de Pont-Aven et du Pouldu. Fournier, dont Maurice Asselin sut apprécier le talent, précède La Fresnaye mort l'an dernier et représenté par son grand cuirassier, qui synthétise tout un monde d'héroïsme d'avant-guerre, ainsi que par la belle nature morte que possède André Mare, œuvre fameuse et typique du cubisme français en ce qu'il eut de plus rationel et de plus sincère. Enfin Van Gogh, bien représenté, lui, par des œuvres de ses différentes périodes.
Par Grallon Joan Gonzalez, Betty de Jong, Jourdain Lemoine, Emile Lafont ,nous arrivons à Lançon, ce Courbet au petit pied, qui fut un animalier d'une vigueur admirable et dont l'âme, un peu brutale et tragique, se trouvait à l'aise dans l'atmosphère dramatique de la Commune. Ce que Lançon, peintre de fauves et de bœufs, est à Courbet, Fabien Vieillard dit Launay, peintre de nu et de portrait, l'est à Toulouse-Lautrec. Que de peintres excellents et originaux exhume cette rétrospective, auxquels il n'a manqué que le temps et la chance pour être de grands peintres !
Tel est après le curieux illustrateur Comte le Marcis, Lempereur, impressionniste et peintre d'eau.
Comment ne pas citer Lepetit, Lizol qui n'est représenté que grâce à la pieuse amitié de l'excellent décorateur Hairon, Maurice Locquin, Paul Madeline qui se pénétrait avec tant de ferveur du caractère offert par les sites et les régions élus par lui pour modèle, et dont l'œuvre, insuffisamment aperçue, parce qu'elle ne présente pas de particularité voulue d'écriture, grandira sûrement. Martin, Maufra, Maurice, le céramiste Metthey qui ouvrit tant de voies, l'intimiste Milcendeau dont certains personnages valent, comme facture et comme sentiment, du Degas...
Tous ces morts voisinent et s'entendent. Les portraits de Modigliani, dans leur vérisme un peu halluciné, ne maudissent pas les paysages, d'un impressionnisme, délicat mais un peu attardé, de Moret. Même ceux qui n'avaient pas de talent, affirment une foi qui, par delà leur tombeau, nous arrive, respectable et touchante.
Mouriari, Paternelle Berrichon, Person, Alfred Pichon, tué en août 1918, Pichot, René Pirola (que de souvenirs, déjà !) Henri Pivand, Pozier, Paul Ranson.
La série alphabétique nous amène à Odilon Redon. Trois de ses œuvres symbolistes ont été prêtées par M. Schuffenecker, l'ami de Gauguin, peintre lui-même, et bien vivant celui-là. Après Dario de Regoyos, après Paul Renaudot et Rivaud, le principal « précurseur » de l'orfèvrerie moderne, voici que les beaux bustes de Schnegg. Schutzenberger et Serret nous amènent à Seurat dont la Parade synthétise parfaitement l'inquiète et profonde poésie.
Puis, Steinlen, grand dessinateur, cœur généreux, peintre de haute classe. Pourquoi ne le dit-on pas davantage ? Steinlen a débuté par le Chat Noir, il a dessiné au Courrier Français ; le public, paresseux, l'a rangé dès lors parmi les dessinateurs humoristes : genre inférieur. En somme le même accident, à peu près, que pour Daumier.
Suit Thiesson, et pour finir un bouquet de fleurs bien diverses : Toulouse-Lautrec, très bien représenté aussi, Valloton, les singulières et nostalgiques rêveries de Zak, excellemment peintes d'ailleurs et quatre grands panneaux de Willette, ce poète du crayon dans lequel il n'est pas une âme amoureuse qui ne reconnaisse ses dépits, ses colères et aussi ses ferveurs.
Et les vivants maintenant ! Je n'ai plus de place pour eux...
Nous les retrouverons dans quelques jours, aux Indépendants proprement dits.
Ceux, qui n'ont envoyé qu'à la rétrospective el
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qui, depuis quelques années oublient souvent d'en-
voyer au salon des Indépendants, sont si connus — Bonnard, Matisse etc — que nous ne leur apporterions rien ici.
Or ici mieux que partout ailleurs, il y a lieu de dire, comme dans le code, que le mort saisit le vif.
Robert Rey.
NOUVELLES
Nominations. — Par arrêté en date du 16 mars 1926, M. Maxime Dethomas, artiste décorateur, a été nommé professeur de peinture décorative à l'Ecole nationale des Arts décoratifs, en remplacement de M. Morand, admis à la retraite.
— M. Chadel a été nommé également à la même Ecole professeur d'études documentaires et M. Maurice Dufrène chargé d'un cours de pédagogie artistique.
Au Musée Carnavalet. — Pendant la durée de l'Exposition du Tricentenaire de Mme de Sévigné, trois conférences ont été organisées au Musée, avec le concours de la Société des Promenades-conférences. Le 16 mars, Mme Marcelle Tinayre a parlé de Mme de Sévigné et son salon; le 23 mars, Mme Gérard d'Houville, de Mme de Sévigné mère et grand-mère; le 30 mars, Mme Lucie Delarue-Mardrus, de Mme de Sévigné aux champs; enfin, le 13 avril, à 21 heures, Mme Rosemonde Gérard fera une dernière conférence consacrée à Mme de Sévigné, dame de lettres.
Une partie musicale, composée de morceaux pour la plupart inédits et datant du xve siècle, a suivi chaque conférence.
Conférences sur l'Art danois, en Sorbonne. — Sous le patronage de l'Institut des Etudes scandinaves et en présence de M. le Ministre du Danemark, M. Karl Madsen, directeur honoraire du Musée royal des Beaux-Arts de Copenhague, a donné en Sorbonne les 15 et 16 mars, deux conférences en français sur l'art danois du xixe siècle, peinture et sculpture. Peintre lui-même à ses origines, très familier avec notre langue, comme avec notre art, l'éminent critique, qui fait autorité aujourd'hui en Danemark et hors du Danemark, a détaillé avec une finesse souriante et discrète les mérites de force et d'intimité de l'art de son pays.
Les Orgues du Trocadéro. — Chef-d'œuvre de Cavaille-Coll, l'orgue du Trocadéro, qui est le plus bel instrument de ce genre existant à Paris, se trouve dans un état de délaboration qui nécessite impérieusement une prompte restauration. Celle-ci représente une dépense de 60.000 francs. Pour trouver cette somme, une souscription vient d'être ouverte par les soins d'un comité que préside le maître Widor, secrétaire perpétuel de l'Académie des Beaux-Arts.
L'Hôtellerie d'autrefois. — Le Touring-Club de France vient d'organiser, dans son hôtel de l'avenue de la Grande-Armée, une exposition de photographies, d'estampes et de documents de toutes sortes, consacrée aux vieilles auberges et hostelleries de France.
Groupées par périodes chronologiques, de manière à donner une idée de l'évolution de l'auberge à travers les âges, la plupart de ces pièces ont figuré dans la section rétrospective du tourisme à l'exposition de Grenoble.
A Bordeaux. — Le comité de la Foire de Bordeaux organise une exposition d'Arts décoratifs pour laquelle un pavillon spécial sera édifié sur les Allées d'Orléans, en bordure du Cours du XXX-Juillet.
Les Fouilles de Pompéi. — Dans le Temps du 17 mars, M. Jean Carrère consacre un article à une très intéressante découverte qui vient d'être faite à Pompéi, dans la partie de la ville qu'on désigne sous le nom de «quartier de l'Abondance» et L'Illustration du 27 mars y insiste en publiant d'excellentes photographies communiquées par M. Th. Vaucher. Il s'agit d'une statue en bronze, de grandeur nature, représentant un éphèbe, qui a été trouvée dans l'atrium d'une luxueuse maison. D'après le docteur Amedeo Majuri, le nouveau surintendant des musées et des fouilles de la province de Naples, cette statue serait la reproduction de quelque chef-d'œuvre de la grande époque grecque. Le nom de Phidias a pu être même invoqué à son propos. D'autres critiques insistent au contraire sur le caractère polyclétien de la statue. La question sera, du reste, débattue prochainement dans la Gazette des Beaux-Arts où sera, comme il convient, étudié ce nouveau chef-d'œuvre de l'art grec qui vient si heureusement de nous être révélé.
Au Musée Wallace. — Sir Joseph Duveen, l'antiquaire bien connu, généreux donateur, à plusieurs reprises, vis-à-vis de nos Musées nationaux, vient d'être nommé administrateur de la collection Wallace en remplacement de lord Carmichael décédé.
Incendie du Palais de Justice de Gand. — Un incendie vient d'endommager gravement le Palais de Justice de Gand. Bâti au xixe siècle par l'architecte Roelandt, c'est un édifice conçu dans un style classique sans grand caractère.
En Nouvelle-Zélande. — Récemment, en Nouvelle-Zélande, dans la ville de Dunedin, c'est-à-dire dans une de ces contrées du globe qu'on est convenu d'appeler: «pays neufs», s'est ouvert, pour la première fois, une exposition artistique qui, de ce fait même, prenait une signification particulière. Les visiteurs affluèrent, venant des villes voisines et d'Australie.
Une section consacrée à l'art rustique montrait les objets les plus divers: sculptures sur bois, tables de marqueterie en bois du pays, poteries et cuivres ouvrés par les paysans pendant leurs loisirs. Les artisans des villes avaient envoyé des bijoux, des émaux, des miniatures, des reliures.
Une place importante avait été réservée aux artistes peintres et, si l'on rencontrait parmi eux peu de portraitistes, en revanche, l'intérêt des visiteurs était retenu par de nombreux paysages où s'affirmaient d'indéniables qualités de coloristes.
On pourrait peut-être envisager l'envoi possible et l'exposition, dans ces régions nouvellement ouvertes à l'art, de quelques productions de notre art moderne qui y seraient sans doute bien accueillies.
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NÉCROLOGIE
Georges Bénédite
Une dépêche laconique venue du Caire annonçait, ces jours derniers, la douloureuse nouvelle de la mort brusquement survenue en Egypte, à Louqsor, de Georges Bénédite, membre de l'Académie des Inscriptions, conservateur des antiquités égyptiennes au Musée du Louvre, au cours d'un de ces voyages fructueux qu'il aimait à entreprendre périodiquement pour se rendre compte des travaux en cours ainsi que de l'état du marché des antiquités et dont il ne revenait jamais les mains vides.
Né en 1857, d'abord élève architecte à l'Ecole des Beaux-Arts, orienté ensuite vers l'égyptologie et élève de la Sorbonne, du Collège de France et de l'Ecole du Louvre, Georges Bénédite fut nommé, en 1887, membre de la Mission archéologique du Caire, puis l'année suivante, attaché au Musée du Louvre. Il y devint conservateur adjoint en 1895, et chef du département égyptien en 1907. Dès ses débuts il se consacra avec passion à l'enrichissement du Musée, doué comme l'a écrit très justement M. Paul Jamot «de l'infatigable activité du voyageur, et de l'instinct du connaisseur qui va droit à la pièce de choix, rare ou belle, sinon unique».
Il est impossible de rappeler ici toutes ses conquêtes, depuis le Mastaba d'Akhouthotep, le plus beau et le plus complet de ceux dont le gouvernement égyptien ait autorisé la sortie, ou la stèle dite du roi Serpent, jusqu'aux délicieuses petites têtes royales en pâte de verre bleue ou en pierre couleur d'émeraude qui firent ses plus récentes joies et les nôtres.
Il a non seulement enrichi, mais transformé et épuré le musée égyptien du Louvre qu'il a complètement remanié et présenté avec un goût et une science parfaits.
Mais ses travaux de conservateur ne faisaient pas tort à son labeur d'érudit. Professeur à l'Ecole du Louvre, suppléant de Maspéro au Collège de France pendant de longues années, il s'était fait connaître de bonne heure par un livre sur le temple de Philte, par sa copie des inscriptions nabatéennes du Sinai, par deux volumes du catalogue du musée du Caire, et par un guide d'Egypte, ce dernier ouvrage destiné au grand public comme le petit volume sur l'Art égyptien où il résument récemment quelques leçons de son enseignement général. Il rêvait et retardait toujours, par conscience, la réalisation de publications d'ensemble sur les collections du Louvre dont il laisse la tâche à son successeur. Mais de nombreuses études de détail avaient été publiées par lui aux Monuments Piot et ailleurs, qui ont préparé la besogne avec une sûreté minutieuse.
Sa perte fera un grand vide dans les Musées nationaux affligés déjà de celle de son frère cadet, Léonce, survenue l'an dernier. Sa fin brutale a quelque chose de tragique, de grand en même temps, pour cet homme d'action frappé sur le champ même choisi par son activité et tant de fois parcouru par lui au bénéfice de la science et du patrimoine artistique français.
P. V.
François Courboin
Le 27 mars, FRANÇOIS COURBOIN, conservateur honoraire du Cabinet des Estampes, est décédé subitement à Ajaccio.
Né en 1865, Courboin entrait, à vingt ans, au Cabinet des Estampes où il devait faire toute sa carrière. En 1906, il recevait la direction de ce département et la conservait jusqu'en 1925, moment où il prenait une retraite dont il aura eu peu le temps de goûter les loisirs.
L'admirable activité de Courboin fut double : elle se manifesta en dehors de la Bibliothèque nationale sous la forme d'une production artistique qui valut à son auteur un rang honorable parmi les graveurs de notre temps ; en tant que fonctionnaire, Courboin rédigea de nombreux catalogues portant sur les collections du Cabinet des Estampes.
En 1914, il publia une excellente étude sur l'Estampe française au xviie siècle et en 1923, La Gravure en France des origines à 1909, mais ce qui constitue son œuvre principale, en dehors de quelques articles dispersés dans différentes revues, c'est la remarquable Histoire illustrée de la Gravure française dont il était en train d'achever la publication et où se déployèrent son érudition scrupuleuse, son goût très sûr et ses rares connaissances techniques.
L'affabilité de ses manières était hautement appréciée des artistes et des amateurs qui prirent ainsi volontiers le chemin du Cabinet des Estampes au grand profit de ses collections.
A. L.
ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Institut de France
L'Institut vient d'être autorisé à accepter le legs, consenti en sa faveur par M. Edouard Catenacci, à charge de fonder un prix annuel de décoration ornementale et de distribuer des subsides pour encourager la publication de livres illustrés.
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 19 mars.
L'Académie accorde une subvention de 6.000 francs à M. Killian, pour exécuter des fouilles dans le Sahara.
M. Cagnat donne lecture d'un rapport de M. Salac sur les fouilles de la mission tchécoslovaque à Kymé.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 20 mars.
L'Académie procède à l'élection d'un membre titulaire dans la section des Académiciens libres en remplacement de M. André Michel, décédé.
M. Adolphe Boschot est élu au septième tour de scrutin
Société des Antiquaires de France
Séance du 10 mars.
M. de Mély commente un plat de Saint-Antonin et son inscription talismanique.
M. Deshoulières lit, au nom de M. Leroy, une communication sur les tombes mérovingiennes de l'ental.
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M. Carcopino propose au texte de Lydus une correction qui permettrait d'évaluer le butin de Trajan dans les légendes daciques.
M. Barbarin étudie un manuscrit provenant de la bibliothèque du cardinal Georges d'Amboise.
Séance du 17 mars.
M. Stein prouve que, contrairement à ce qui a été avancé jusqu'ici, les monuments de Philippe VI et de Jeanne de Bourgogne à Saint-Denis ont été commandés par Jean le Bon en 1353 et non par Charles V.
M. Prinet étudie un sarcophage du Musée de Cluny qui porte l'épitaphe d'un Grand Maître de Rhodes, Robert de Julhy et non de Julhac, décédé en 1377.
Séance du 24 mars.
M. Marquet de Vasselot étudie un moule en pierre de la fin du Moyen-Age récemment légué au Musée de Cluny.
M. le Commandant Lefebvre des Nouëttes rappelle plusieurs passages des Géorgiques qui démontrent que le bœuf seul était employé aux travaux agricoles, à l'exclusion totale du cheval.
MONUMENTS HISTORIQUES
Marne. — Nos lecteurs ont su (Beaux-Arts, 15 juin 1924, p. 177) par quel geste généreux M. Rockfeller avait décidé de coopérer à la remise en état de la cathédrale de Reims, du palais de Versailles et de celui de Fontainebleau. Il n'est pas sans intérêt de connaître à quels travaux ont été utilisés dès maintenant des fonds de cette magnifique donation et quel est à l'heure actuelle l'état d'avancement de ces travaux.
L'incendie, qui dévora la cathédrale de Reims en septembre 1914, a détruit, on le sait, la magnifique charpente, la «forêt» dont le maître charpentier Collard Lemoyne avait recouvert l'édifice à la fin du xve siècle. Le service des Monuments historiques ne pouvait penser, avant la remise en état du gros œuvre de la cathédrale, au rétablissement du grand comble, qui aurait absorbé très rapidement les crédits que l'Etat pouvait mettre à la disposition de l'architecte, M. Deneux. Aussi est-ce à ce travail, qui doit rendre à la basilique sa silhouette architecturale, que le grand citoyen américain a cru qu'il convenait de consacrer les 4 millions de francs réservés sur sa donation à la cathédrale de Reims.
On ne pouvait songer à refaire à notre époque, l'œuvre de charpenterie du xve siècle; les dangers d'incendie qu'offre une telle masse de bois sont trop grands. Aussi est-ce une charpente de ciment armé que M. Deneux proposa de substituer à l'ancienne et c'est son projet unanimement approuvé par la Commission des Monuments historiques dont il a poursuivi l'exécution en 1925, sur la nef qui sera entièrement recouverte à la fin de la présente année.
Le système adopté, de l'invention de l'architecte en chef, est particulièrement ingénieux et permet, tout en assurant à l'ensemble une résistance et une élasticité aussi grande, qu'avec des pièces de charpente, de charger un peu moins les maçonneries et de moins «encombrer» le comble.
«Il consiste, nous dit M. Deneux, à former les «poutres et les chevrons de planches de ciment «armé assez légères pour que chaque élément
Cathédrale de REIMS. Reconstruction du grand comble.
«puisse être mis en place par un ou deux «ouvriers, sans aucun appareil de levage; les «planches sont exécutées à pied d'œuvre, dans «de simples cadres en bois, le décoffrage s'effec- tuant dès que le pilonage de la pièce est terminé; elles ont une largeur uniforme de «20 centimètres sur 4 centimètres d'épaisseur. «L'assemblage s'opère à l'aide de mortaises ou «d'entailles réservées au moment du coulage; «la réunion est assurée par des clés de ciment «avec clavettes en bois ou par des «cavaliers» «en fer galvanisé. Ce mode de jonction permet «un démontage facile et la libre dilatation du «ciment sans nuire à la solidité.»
On peut voir quel effet grandiose produit ce superbe vaisseau, qui n'a pas moins de 19 mètres de hauteur au dessus des voûtes, où l'on pourra circuler librement pour la surveillance de l'édifice
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et qui sera désormais à l'abri des dangers de combustion.
Quant à la toiture elle-même, commencée également, elle est formée, comme auparavant, de feuilles de plomb de 3 à 4 millimètres d'épaisseur et couronnée d'une magnifique crête également en plomb qui dessine des fleurs de lis.
On ne saurait trop féliciter M. l'architecte en
chef Deneux de cette œuvre qui fait le plus grand honneur à son talent d'invention et de construction et remercier une fois encore M. Rockfeller d'en avoir permis la réalisation bien des années avant que l'Etat français ait pu espérer l'entreprendre.
Notre revue enfin ne doit pas oublier dans sa gratitude, l'excellent photographe archéologue Henri Heuzé que des raisons particulières attachent aujourd'hui à l'édifice de Reims et qui nous a autorisé à reproduire les deux beaux clichés exécutés tout récemment par lui.
Jean VERRIER.
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BULLETIN DES MUSÉES
L'EXPOSITION DU TRI-CENTENAIRE DE MADAME DE SEVIGNE
au Musée Carnavalet
L’occasion du tri-centenaire de la naissance de la marquise de Sévigné a permis de rassembler en une charmante réunion, dans les appartements
Phot. de Brunoff
Portrait de Mme de Sévigné attribué à BEAUBRUN
(Collection du comte de Beaufort)
italianisme francisé, est bien d’Henri Beau-brun comme la lui attribue une tradition, l’art de ce peintre, qui ne faisait qu’un avec celui de son cousin Charles, demeurait dans la veine du siècle précédent, avait la simplicité des Clouet et conservait pour la carnation du visage leur vérité si savoureuse. On pourrait à son sujet imaginer du romanesque, que l’image fut peinte, par exemple, à l’occasion précisément de ce mariage de son gracieux modèle, que, de format portatif comme l’étaient celles qui servaient aux projets d’union entre princes et princesses d’Europe, elle servit au cardinal de Retz pour ses démarches en vue d’une union entre le seigneur breton qu’était Henri de Sévigné, fils d’un fidèle et défunt ami, et la jeune parisienne, héritière fortunée, que se trouvait être Marie de Rabutin-Chantal, enfin qu’on
Phot. de Brunoff
Mme de Sévigné, peinture anonyme.
(Château des Rochers)
qu’elle habita, une quarantaine d’effigies du plus haut intérêt. La marquise, ses proches, ses amis y revivent dans le cadre même où ils passèrent jadis, au milieu de meubles et de bibelots précieux dont leurs propriétaires se sont déssaisis momentanément avec bonne grâce, en faveur du musée historique de la Ville de Paris.
Ces portraits sont à vrai dire d’inégale valeur, cinq ou six seulement du premier mérite. Ainsi, le dernier par sa date, grande image de Pauline de Simiane, la seconde petite-fille de Mme de Sévigné, en Hébé, est un bien froid portrait. Mais le Le plus ancien est celui de Mme de Sévigné elle-même quand elle avait environ dix-huit ans, c’est-à-dire au temps de son mariage, en l’année 1644. Il est la propriété du comte de Beaufort. Si cette petite peinture sur panneau, d’un
fit faire au petit tableau dans ce dessein le voyage de la capitale à la province...
Nous pouvons en tout cas nous fier à la ressemblance ; elle est garantie par le portrait d’apparat
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qui vient des Rochers et où leur nouvelle châte- laine est représentée debout, sous les ombrages de son parc, accoudée à une balustrade et tenant une guirlande de fleurs. Ce sont bien les mêmes traits, c'est la même personne dans une figuration propre à nous faire souvenir que Mme de Sévigné
Arch. phot. B.-A.
Le Duc de Chaulnes peinture anonyme.
(Château des Rochers.)
dans sa jeunesse était si gracieuse que c'était un charme de la voir danser. Le tableau toutefois n'est pas dans la manière, d'application si probe, du précédent petit panneau ; l'aisance de la facture sous son éclairage assombri dénote une main formée à l'italienne, mais néanmoins il est bien notre d'abord par la physionomie du modèle, puis par le goût qui a présidé à sa mise.
Et que l'on regarde ensuite dans la même salle le charmant portrait, venant aussi des Rochers, où Henri de Sévigné se fit représenter, sans doute par le même pinceau, avec une cuirasse et sur un fond de bataille qui attestent son humeur à ne point laisser ternir l'éclat de sa lignée d'aieux : qui ne comprendra que ce couple dut goûter des mois inoubliables de mutuelle sollicitude et pourquoi, en dépit d'un époux bien-tôt volage et de la longue suite d'années qui s'écoulait depuis sa mort, le cœur de Mme de Sévigné n'était pas muet lorsqu'elle venait à parler de lui ?
Parmi ces portraits dont le comte de Ternay a consenti, en faveur de l'exposition, à laisser dépouiller le château des Rochers, on voudrait connaître l'honnête pinceau qui a si bien réussi la ressemblance de cet homme dénué d'éclat mais sûr, toujours proccupé de comptes bien éta-blis, qu'était l'abbé Christophe de Coulanges, le « Bien bon », et le pinceau aussi qui nous a transmis les traits du couple des cousins, les Emmanuel de Coulanges, de physionomies si éveillées, au contraire, et tellement insouciantes, et l'auteur également de ce duc de Chaulnes, gouverneur de la Bretagne, implacable dans ses répressions, dont la grosse figure qui s'épanouit au-dessus de sa cravate rouge, son jabot de dentelle et son cordon bleu de Saint-Louis ,devait être fort congestionnée quand les pierres pleuvaien contre les g'aces de son carrosse...
Quatre peintres possédaienl entière faveur dans le genre du portrait : Pierre Mignard, de retour de Rome depuis 1658, Ferdinand Elle, Claude Lefebvre et Robert Nanteuil.
Mme de Sévigné peinte par Lefebvre est une toile à retrouver.
Ce sont Ferdinand Elle et Robert Nanteuil qui l'ont représentée à l'âge le plus avancé. Ferdi-nand, dans le tableau emprunté au musée de Versailles, n'a rien saisi de cette étincelle qui animait le visage de son modèle. Le pastel de
Phot. de Brunoff
L'Abbé de Livry, peinture anonyme.
(Château des Rochers.)
Nanteuil, religieusement conservé dans l'hôtel Car-navalet depuis qu'il lui fut légué par la comtesse de L'Aubespin, doit être le dernier portrait de Mme de Sévigné exécuté de son vivant. Il est aussi une des dernières œuvres de l'artiste, qui l'entreprit sans doute à la même époque où il gravait l'effigie d'Arnauld de Pomponne, le grand
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BULLETIN DES MUSÉES
ami des Sévigné, en 1675. On peut supposer que ce dessin si serré devançait dans ses intentions une de ces belles images au burin comme il en grava beaucoup d'après les gloires de son temps, et qu'il faisait généralement précéder de semblables études au pastel.
Ce visage de Mme de Sévigné, ainsi fixé par le crayon à la fois le plus véridique et le plus délicat, est celui où l'observations a sondé au plus profond de sa sensibilité — de cette sensibilité qui se mêlait sur ses traits au rayonnement de son esprit comme dans ses lettres, à côté de la vivacité des jugements sur toutes choses, des peintures et des anecdotes, se font place les tendresses, les inquiétudes et jusqu'aux cris dououreux de la mère.
Mme de Sévigné ne pouvait manquer d'aller se faire peindre par Mignard, dont le renom attirait toutes les élégances de la cour. Elle y alla comme ses amis, les Pomponne, les d'Espars et les Louvigny. Sur la toile conservée dans la famille de Luçay et prêtée à l'exposition, Mignard l'a figurée, avec cette grâce et cette caresse du pinceau qui lui étaient particulières, tout animée sous son voile de veuve encore jeune, toute parlante.
Son parti fut bien différent quand en l'année 1675 il eut à faire le portrait de la comtesse de Grignan, le tableau depuis longtemps passé de la famille des Muy dans les collections du musée. Devant le prix infini qu'attachait la mère à ce portrait destiné à remplacer souvent hélas ! son enfant absente, devant toute l'importance aussi qu'attribuaient les amis à cette image de la gouvernante de la Provence, il dut être si soigneux, si attentif au rendu de mille détails, qu'en dépit de tous les éloges qu'on en fit, il accomplit une œuvre muette et compassée. Ce n'est plus un être vivant que l'artiste a figuré là, c'est une idole, qui peut-être explique, mieux encore que les règles des convenances du temps, cette étrange retenue du petit marquis de Grignan quand, regardant sa mère qui trônait ainsi dans les appartements de l'hôtel Carnavalet où elle trône encore, puis se remettant à la lettre commencée, il lui exprimait tout son chagrin de ne pouvoir « lui baiser les deux mains et aspirer à sa joue. »
Un autre portrait d'elle, prêté par Mme Brinquant, et ceux dont il est fait mention dans la correspondance témoignent du nombre de fois où elle fut peinte ; Mme de Sévigné ne lui écrivait-elle pas qu'elle était entourée de ses portraits. Si le tableau de Nantes appartenant à M. Merlant est aussi son image, qu'il est difficile de la reconnaître à ce point amaigrie, défigurée ! C'est bien là cette « princesse Olympie », « aux yeux battus et languisants », d'un des romans de La Calprenède, à qui sa mère dans la désolation s'égayait un peu à la comparer.
Mais l'auteur de ce portrait, on l'ignore, comme on ignore également l'auteur du portrait de son frère, le jeune marquis Charles de Sévigné.
Que signifie, sous ce fin sourire, ce manteau digne qui le drape et dont son geste paraît souligner les intentions ? Il semble jouer là au philosophe, tenir un rôle de comédie, lui qui savait si bien mettre le ton dans les lectures qu'il faisait à sa mère. Nature sans calcul, toute portée à la tendresse, capable de la plus noble abnégation, nature en même temps pleine de fantaisie, les lettres nous apprennent cela de lui, et certes ce portrait là les confirme.
De même à cette exposition l'image de Turenne par Le Brun dégage une haute expression morale qui s'accorde avec les lettres si belles écrites à l'occasion de sa mort. De même le cardinal de Retz, sur le tard de son existence, prêté par Milles de Luçai, et la plupart des physionomies bien ou médiocrement représentées ratifient les passages où la plume de Mme de Sévigné, en courant, les a les uns et les autres si justement caractérisés (1).
P. DORREC
MUSEE DU LOUVRE
Peintures et Dessins
Un don magnifique fait au Musée du Louvre vient d'être annoncé et sera très prochainement enregistré avec reconnaissance par le Conseil des Musées et exposé au public. M. Comiot, dont nous indiquions récemment une première libéralité au Musée du Luxembourg, offre aux Musées nationaux trois importants tableaux, un Corot représentant un vue de Saint-Lô, un DEGAS, le portrait d'un violoncelliste et un paysage de RENOIR datant des environs de 1875. Nous y reviendrons bientôt.
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Nous publierons aussi prochainement un charmant dessin de Prudhon offert au Louvre par M. et Mme Martin-Sabon, ainsi qu'une aquarelle d'Alfred de Dreux acquise dans une vente récente par la Société des Amis du Louvre.
(1) Les illustrations de cet article ont été exécutées pour la plupart d'après les documents qui nous ont été aimablement communiquées par l'éditeur M. de Brunoff qui prépare un volume de grand luxe contenant tous les documents (tableaux, etc., gravures) exposés actuellement au Musée Carnavalet.
Le texte de cet ouvrage sera constitué par les conférences données au Musée Carnavalet par MMmes Marcelle Tinayre, Gérard d'Houville, Delarue-Mardrus et Rosemonde Gérard.
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BEAUX-ARTS
des Amis du Louvre avant sa dernière assemblée générale où ce don fut signalé et apprécié comme il le mérite.
BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
Cabinet des Médailles
Un don de M. Goeuillette vient de faire entrer au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque Nationale un très beau médaillon de terre cuite du xve siècle que publie la revue Aréthuse, représentant J.-B. de Gribeauval, lieutenant général des armées du roi, inspecteur général de l'artillerie. Ce médaillon est signé d'un artiste peu connu nommé FONTAINE dont on connaît cependant divers médaillons de ce genre analogues à ceux de son contemporain, le célèbre Nini.
SEURAT. Le Laboureur, pastel.
(Musée du Louvre.)
Enfin voici un dessin de SEURAT représentant un Laboureur, de la qualité de ceux dont parlait la dernière fois notre collaborateur, M. Robert Rey, à propos du Cirque du même auteur. Il a été libéralement offert au Musée par M. le comte Charles de Noailles, par l'intermédiaire de la Société
FONTAINE. Portrait de J.-B. de Gribeauval.
(Cabinet des Médailles.)
Salle de l'Art décoratif contemporain.
(Musée de Lyon.)
AU MUSÉE DE LYON
Nous publions ci-dessus la photographie de la nouvelle salle consacrée à l'art décoratif contemporain dont nous avons annoncé récemment la création. On aperçoit de gauche à droite, une grille en fer forgé par Piguet, un meuble de Ruhlmann sur un tapis de Fayet et, tout auprès, un plat de Dunand, la bibliothèque vitrine de Jallot et, sur cette bibliothèque, un vase de Massoul, L'Equilibre par Max Blondat, un verre de Marinot, un vase de Linossier, enfin un guéridon de Sue et de Mare. La chaînette, qui protège cet ensemble ainsi que les potences qui la soutiennent ont été forgées par Piguet. Du côté opposé de la salle, deux vitrines sont consacrées l'une à Chaplet, Decœur et à Sèvres, l'autre aux verreries de Lalique. Sur les murs, on devine dans notre photographie des esquisses d'Aman Jean, des aquarelles par Manguin et Signac, des dessins de Chéret, Bakst, Van Dongen et Joseph Bernard.
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BEAUX-ARTS
CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER
ÉTATS-UNIS
Enrichissements des musées de New York et de Cleveland.
Le Metropolitan Museum de New-York vient d'acquérir la statue en granit gris, d'un scribe accroupi, Rahotep, sans mention de nom royal, donc sans date. Les caractéristiques de l'attitude, la solidité de ce style excellent mais sans élégance dénotent une œuvre de la Ve dynastie. M. Ambrose Lansing a ingénieusement établi que cette statue doit provenir d'un mastaba de Saqqarah, fouillé par Mariette. Le serdab contenait 19 statues du même Rahotep. « Elles étaient posées sur le sol et rangées en rond, au milieu de la chambre », dit Mariette. M. Lansing comprend « en cercle » et y voit avec raison une impossibilité. L'expression de Mariette n'a pas cette rigueur scientifique. Le serdab mesure $2 \text{ m. } 75 \times 1 \text{ m. } 20$ . Il est probable qu'au lieu d'être adossées contre les parois, les statues étaient placées en ellipse. Il y a cependant ici une imprécision que M. Lansing a eu raison de relever.
Une armoire de la Renaissance d'un rare intérêt vient aussi d'entrer au même musée. L'extérieur a cette richesse un peu lourde que le xvie siècle n'a pas su éviter. L'intérieur est peint. La partie supérieure est ornée de figures allégoriques qui font songer au Primatice et à Boticelli. L'ensemble a une certaine « morbidezza » mais un charme incontestable. M. G. Breck, qui publie le monument dans le Bulletin du Musée de New-York, y verrait volontiers, une œuvre de l'école de Hugues Sambin.
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Le célèbre ivoire byzantin passé, au siècle dernier, de la collection Bastard dans celle de Stroganoff a définitivement quitté l'Europe. M. J.-H. Wade vient d'en faire don au Musée de Cleveland. Le voici maintenant fixé. Il devient l'ivoire Stroganoff-Cleveland, en attendant de n'être plus que l'ivoire Cleveland, tout court.
L'art byzantin exerce un attrait d'une nature particulière. Né dans ce milieu hellénique qu'était l'ancienne Byzance, il est imprégné de culture et de traditions grecques. Il accepte les ap-