Extrait

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3e Année. — Numéro 3 1er Février 1925 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • LE DÉPLACEMENT DES "BOURGEOIS DE CALAIS" On avait vivement critiqué la disposition adoptée lors de son placement en 1895, sur une place publique de Calais, du groupe, aujourd'hui célèbre, des Bourgeois de Rodin. Un haut piédestal, mouluré, d'une sécheresse précise, avec une allure archéologique de restitution gothique à la Viollet-le-Duc, entouré d'une grille compliquée et visant également au « style », était formellement en désaccord avec le caractère sommaire et fruste, l'allure dramatique et simplement humaine, de la tragique procession où Rodin ne s'était préoccupé de rien moins que de restitution archéologique. Rodin avait-il, dès lors, conçu sa sculpture comme devant figurer au ras du sol ? Il l'a dit plus tard, et c'est ainsi qu'il la présenta en diverses expositions ; c'est ainsi qu'a été placé le bronze que l'on en voit à Londres près de Westminster. Mais en 1895, après les longues difficultés qu'avaient suscitées l'exécution et le paiement du monument, le sculpteur n'avait sans doute pu faire triompher sa conception, et la municipalité, le comité ou l'architecte avait imposé la sienne. Entre un hôtel des postes banal et un square bien peigné, le groupe grandiose, ainsi juché, étonnait, s'appauvrisssait, et perdait une grande partie de son effet. Déplacé pendant la guerre, et remisé dans l'intérieur du nouvel et colossal Hôtel de Ville de Calais-Sud, comme en un bastion-abri, il avait été question de l'y laisser pour décorer la cour du monument de M. Cordonnier, cour couverte où les figures héroïques eussent été comme en cage, entre les bureaux de la voirie et ceux des pompes funèbres. Une autre solution, préconisée depuis longtemps, a fini heureusement par prévaloir. Les Bourgeois, dans le courant de l'année 1924, ont émigré au cœur du vieux Calais. Ils cèdent la place à un gigantesque monument aux Morts, conçu par le sculpteur Moreau-Vauthier et dont nous ne pouvons encore rien dire, sinon que, suivant le proverbe, « à quelque chose malheur est bon ». Il avait été question de les remonter au milieu des verdures du jardin du Front Sud, devant lequel ils figuraient. On a pris un parti plus ra- dical et plus original en les amenant devant l'ancien Hôtel de Ville de la Place d'Armes, devenu le Musée, au pied du pittoresque beffroi qui l'avoisine. « Mais ils marchent dit-on, en sens inverse du lieu où ils sont censés se rendre et tournent le dos au camp du roi Edouard ». Peu nous importe cette invraisemblance qui n'apparaîtra guère qu'à quelques érudits locaux. « Ils

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s'enlèvent, sous certains aspects, sur des kiosques et bâtiments modernes qui leur donnent un fond singulier, dit-on encore ». C'est possible, mais le cadre est noble tout de même et l'architecture trapue de l'ancien Hôtel de Ville les accompagne heureusement. Ils sont mêlés à la vie, surtout, comme les bronzes des places publiques italiennes et si quelque gamin les escalade sans vergogne, comme font ceux de Florence, cette familia- Les "Bourgeois de Calais" sur leur nouvel emplacement. Cl. Villy rité contribuera peut-être à leur donner la patine nécessaire et à faire vivre ce bronze que ternissent et oxydent les brouillards de nos climats. Ils sont privés enfin de tout artifice architectural ; seul un large et robuste emmarchement les élève un peu au-dessus des humanités modernes qui les affrontent et les coudoient. Paul Vitry. NOUVELLES - Légion d'Honneur. — Dans la promotion Ronsard, nous relevons en particulier les promotions et nominations suivantes : Commandeur : M. Edmond Haraucourt, conservateur du musée de Cluny ; Officiers : MM. Emile Mâle, membre de l'Institut, Max Blondat et Aimé Octobre, sculpteurs ; Chevaliers : MM. Tristan Klingsor, critique d'art et artiste-peintre, Horace Hennion, conservateur du musée des Beaux-Arts de Tours, André Blum, critique d'art, Jean Poucigh, musicographe, Georges Delpérié, sculpteur, Paul-André Lemoisne, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale, Achille Ouvré et Pierre Gusman, graveurs, Jean Vuillermez, compositeur de musique. - Nomination de l'Architecte en chef de Versailles. — Par décision ministérielle, M. Patrice Bonnet, architecte en chef des services d'architecture de Strasbourg, est chargé des fonctions d'architecte en chef du domaine de Versailles, en remplacement de M. Chaussemiche, dont nous avons annoncé la démission. - Soutenance de thèses. — Notre collaborateur, M. Gustave Soulier, directeur-adjoint de l'Institut français de Florence, a soutenu avec succès, en Sorbonne, le 10 janvier, les deux thèses suivantes pour le doctorat èslettres : thèse complémentaire « Le Tintoret » ; thèse principale « Les Influences orientales dans la peinture toscane ». - Conférences d'Archéologie catalane en Sorbonne. — L'éminent archéologue Puij y Cadafalch, directeur de l'Institut d'études catalanes à Barcelone, vient d'être chargé, sous le patronage de la Société des Amis de l'Université, d'une série de onze conférences sur l'Art roman en Catalogne, qui auront lieu à la Sorbonne (amphithéâtre Michelet) les mardis et samedis, à 3 heures et demi. - Les Salons de 1925. — Le Salon commun des Artistes Français et de la Société Nationale des Beaux-Arts aura donc lieu exceptionnellement, aux Tuileries, sur la Terrasse du bord de l'eau. Il se fera en deux séries, la première du 30 avril au 28 juin, la seconde du 10 juillet au 1er septembre. Dans la première série, tous les artistes admis seront représentés, mais par un seul ouvrage ne dépassant pas 2 mètres, cadre compris, pour la peinture, et un mètre pour les dessins, aquarelles et pastels. Dans la deuxième série, l'artiste ne pourra exposer qu'une seule œuvre inédite ne dépassant pas les dimensions ci-dessus, soit une œuvre ayant déjà figuré à un Salon précédent. - Le Droit de suite pour les œuvres d'art. — Un décret en date du 24 décembre 1924 vient de compléter les dispositions du décret du 17 décembre 1920, en précisant et en réglant les droits de suite respectifs des artistes ayant collaboré à une même œuvre. - L'Exposition de 1925. — Le Gouvernement français avait adressé à l'Allemagne une invitation à participer à l'Exposition de 1925. On se souvient des vives polémiques qui s'en étaient suivies dans la presse des deux pays. Le Cabinet d'Empire a dernièrement fait savoir qu'il déclinait cette invitation en alléguant le peu de délai, qui restait aux artistes allemands pour se préparer, et les frais trop onéreux pour le Reich que nécessiterait sa participation à l'Exposition. — C'est M. Faik Sahri, ancien professeur à l'Université de Constantinople, qui remplira les fonctions de commissaire général de la section turque. Les travaux de construction du pavillon ottoman viennent de commencer. — L'Association des directeurs de théâtre a décidé l'ouverture d'un concours de maquettes de décors. Le jury retiendra les dix meilleures qui seront soumises à la classe du Théâtre de l'Exposition. L'artiste, qui sera classé premier au jugement définitif, recevra la commande de trois décors. — Afin de grouper les efforts en vue de la réalisation d'un ensemble officiel dont les éléments seront repris ensuite par l'Etat, qui consent aux exécutants des avances pour permettre la réalisation de leurs œuvres, les « Artistes Décorateurs » ont été chargés de la décoration et de l'ameublement d'une ambassade que l'architecte Charles

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BEAUX-ARTS Plumet aménage dans deux galeries de la Cour des Métiers. La salle à manger a été confiée, par un jury nommé par les artistes eux-mêmes, à Henri Rapin, le cabinet à Ruhlmann, une salle d'auditions à Sézille, un salon à Dominique, le jardin d'hiver à Rob Mallet Stevens, tandis que Francis Jourdain décorera un fumoir et que d'autres artistes comme Maurice Dufrène, Pierre et Tony Selmersheim, Pierre Chareau, Bagge, Groult, etc... se chargent de diverses autres pièces. Concours de modèles d'objets d'édilité. — La Ville de Paris avait ouvert un concours de modèles d'art moderne destinés aux objets d'édilité formant le mobilier de la voie publique et des promenades. Le jury ayant terminé ses travaux, des primes ont été attribuées à MM. Dunaime, Rameau, Chenille, Chappey et Hummel, Lambert, Saacki et Bailly, Laprade, Mariage et Demure, Paul Grimault, Besniece. — Dans le même ordre d'idées, la société de l'Art de France vient d'ouvrir un concours de modèles pour la création des édicules à construire dans l'enceinte de l'Exposition des Arts décoratifs. Ce concours, doté de prix et ouvert à tous les artistes français, sera clos le 12 février. A la Société française de Musicologie. — A l'issue de l'Assemblée générale annuelle, le nouveau Comité de la Société française de Musicologie s'est réuni pour procéder à l'élection de son bureau. Ont été élus : Président, M. L. de La Laurencie ; vice-Président, M. G. de Saint-Foix ; Secrétaire général, M. Ch. Bouvet ; Trésorier, M. Ch. Mutin ; Secrétaire et Trésorier-adjoint, Mlle M.-L. Pereyra. Une Exposition à la Bibliothèque de Lyon. — Au cours du mois de décembre, le conservateur de la Bibliothèque municipale de Lyon, M. Joly, avait organisé une intéressante exposition de miniatures et d'estampes du xixe au xvie siècles dont il avait trouvé les éléments dans les psautiers, les manuscrits et les livres imprimés conservés dans la Bibliothèque de la ville ou dans des collections particulières. Le choix des œuvres exposées avait été fait en se plaçant du point de vue d'un thème unique qui, en raison de la proximité de Noël, avait été celui de la Nativité. Musée d'Art ancien de Bordeaux. — M. D. Astruc a été nommé récemment administrateur des Beaux-Arts de la ville de Bordeaux et conservateur du Musée d'Art ancien qui vient d'être fondé récemment et dont nous avons entretenu nos lecteurs dans le numéro du 15 octobre de Beaux-Arts. Les Amis de la Cathédrale de Reims. — Sous la présidence de M. Emile Charbonneaux, la Société des Amis de la Cathédrale de Reims a tenu, le 9 janvier, son assemblée générale, à Reims. A l'issue de cette réunion, M. Marcel Aubert, professeur à l'Ecole des Chartes, conservateur-adjoint au Musée du Louvre, a fait une conférence sur la Cathédrale de Reims et ses vitraux. Une Exposition de livres français au Musée Plantin. — Le maître-imprimeur et graveur sur bois Léon Pichon a exposé un ensemble de ses productions au musée Plantin au cours du mois dernier. C'est la première fois qu'un artisan, étranger à la ville d'Anvers, avait l'honneur d'être l'hôte de la demeure illustrée par la célèbre dynastie des Plantin. ACADEMIES SOCIETES SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 9 janvier M. Langlois est appelé au fauteuil de la présidence pour l'année 1925, et l'abbé Chabot à celui de la vice-présidence. M. Langlois prononce ensuite l'éloge funèbre du docteur Carton, correspondant de l'Académie et directeur des fouilles de Carthage, décélé récemment à Paris. Séance du 16 janvier M. de Ricci signale l'existence, chez un collectionneur de Londres, d'un manuscrit enluminé des quatre Evangiles, de l'époque carolingienne, qui se serait autrefois trouvé à l'abbaye de Saint-Remi, de Reims, dont il porte les armes sur le dos de la reliure. M. Th. Reinach fait une communication sur l'épigramme attribuée à Simonide, qui aurait été gravée sur la base commune des trépieds d'or offerts à Delphes par les tyrans de Syracuse Gélon et ses frères, et dont les socles ont été retrouvés par M. Homolle. Après avoir rétabli le texte de cette épigramme, M. Th. Reinach montre que, loin d'être une production apocryphe et tardive, comme l'ont cru certains savants, elle remonte indubitablement à l'époque de Simonide. Elle nous a conservé la précieuse indication du poids total des quatre trépieds (environ 1.330 kilogr. d'or raffiné), exprimé dans la terminologie très particulière des Grecs de Sicile au ve siècle avant l'ère chrétienne. Académie des Beaux-Arts Séance du 10 janvier M. J.-L. Forain est délégué pour représenter la Compagnie aux fêtes que l'Académie San Fernando, de Madrid, organise à la mémoire de Léon Bonnat, à la fin de ce mois. M. Rabaud, directeur du Conservatoire, rend compte de son voyage à Rome pour l'application du nouveau règlement de la Villa Médicis. M. Maxence lit une notice sur la vie et les œuvres de son prédécesseur, M. Cormon. Séance du 17 janvier L'Académie procède à l'élection du successeur de Gabriel Fauré dans la section de composition musicale. M. Alfred Bruneau est élu au second tour par 20 voix sur 35, contre 9 à M. Bachelet, 3 à M. Busser, une à M. Alexandre Georges, une à M. Vidal et une à M. Guy Ropartz. Société nationale des Antiquaires de France Séance du 17 décembre M. Michon signale la plaque de bronze ajourée représentant Bellérophon et la Chimère, récemment entrée au Musée du Louvre et publiée dans le dernier numéro de Beaux-Arts. M. le commandant Lefebvre des Noëttes fait une communication au sujet de l'attelage à brancards figuré sur le monument de Igel, attelage très rare dans l'antiquité, sauf pour les voitures d'enfants et au sujet de l'attelage du coffret de Trèves.

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BEAUX-ARTS QUELQUES TABLEAUX PEU CONNUS DE SAINT-SULPICE Il y a de l'inconnu dans les monuments les plus connus. Qui n'est passé devant la chapelle de la Vierge à Saint-Sulpice ? Et pourtant, on a pu parler, comme d'une œuvre inconnue, puisqu'invisible, de la fresque de Lemoine qui orne sa coupole. Presque aussi inconnus et aussi invisibles, quoique à portée du regard, sont les tableaux de Carle Van Loo qui la décorent. Quelle que soit leur valeur, ils n'ont jamais été reproduits ; et ce sont des œuvres vraiment inédites. De ces quatre tableaux qui représentent l'Annonciation, la Nativité, la Visitation et la Présentation au Temple, nous savons bien peu de choses. Ils ont été exposés au Salon de 1746. Or, à cette date, M. Languet de Gergy, qui avait commandé à Lemoine la fresque de la coupole, était encore curé de Saint-Sulpice : c'est donc lui qui les commanda à Van Loo. Caylus a dit de lui : « qu'il entendait bien ses affaires et fort mal les arts... ». Lemoine pour la coupole, Bouchardon pour la statue, Van Loo pour les peintures, un beau et rare terno, n'en déplaise à Caylus ! Avant 1774, l'intérieur de la chapelle de la Vierge, d'après la coupe publiée par Blondel, était éclairée, si l'on peut dire, par huit fenêtres placées des deux côtés de l'autel. Seules celles qui sont les plus rapprochées de l'intérieur de l'église étaient de fausses fenêtres, car elles auraient ouvert sur les escaliers qui montent sur la couverture des chapeliers. On imagina de les boucher par des tableaux : et en effet, les quatre tableaux de Van Loo y furent placés en 1747, deux de chaque côté, au-dessus l'un de l'autre. Ce n'est qu'en 1774, quand, après l'incendie de la Foire Saint-Germain qui atteignit la chapelle, de Wailly la transforma, qu'ils furent placés aux endroits qu'ils occupent depuis. « Les quatre grands tableaux, dit le Mercure d'Octobre 1746, qui représentent différents mystères de la vie de la Sainte Vierge et que M. Carle Van Loo fait pour la Chapelle de Saint-Sulpice, sont d'une belle et noble composition et dignes du grand maître dont il est l'élève : on en loue également et la correction du dessin et la beauté du coloris. » À la Révolution, les quatre tableaux furent transportés au Dépôt des Petits Augustins : en 1802, ils furent rendus à l'église et remis à leur place. Il serait bien à désirer qu'ils fussent nettoyés, comme ceux du chœur de Notre-Dame des Victoires, et même gravés. (1) Voir Beaux Arts, 1923, p. 168. Bien peu de personnes connaissent, d'autre part, car elle est fermée au public, la belle chapelle du Viatique ; sous la tour Sud de l'église de Saint-Sulpice ; et bien moins encore ont remarqué le tableau qui bouche la fenêtre Sud, autrefois ouverte, avant qu'on y ait placé un autel. De fait ce tableau de Claude Guy Hallé est vraiment inconnu, et M. Estournel, lui-même, dans son étude si complète sur les Hallé, n'en fait pas mention. C'est un Noli me tangere, dont voici l'origine. Il y avait avant la Révolution, dans la paroisse de Saint-Sulpice, une très ancienne confrérie de jardiniers sous le titre de Confrérie de Notre-Seigneur apparaissant à la Madeleine, qui le prit d'abord pour un jardinier, et sous la protection de Saint Fiacre et de Sainte Véronique. Quand on bâtit l'église actuelle, elle y voulut avoir sa chapelle. « Les confrères, écrit Simon de Doncourt, (Remarques historiques sur la paroisse Saint Sulpice, p. 109), donnèrent le 11 novembre 1673, la somme de 600 livres pour le bâtiment de l'église, firent faire à leurs dépens le vitrage, (dont le motif central, ainsi daté, un Saint Fiacre, existe encore) le carrelage, l'autel et toute la boiserie de leur chapelle et en firent le dernier paiement en 1719 ». Le tableau de l'autel, Saint Fiacre, fut, en 1703, entièrement gâté par la pluie qui pénétra (on en voit encore les effets) à travers la voûte. Pour réparer le dommage, ils firent reconstruire le retable de l'autel, et pour le tableau, ils firent un prix fait avec Hallé, pour cent livres. Ce tableau parut si précieux que M. Languet de Gergy le fit encastre dans la boiserie de la sacristie, dite, aujourd'hui, des mariages, où il occupa jusqu'en 1843, la place où est aujourd'hui l'Annonciation du peintre Mosnier, qui était au retable de la chapelle de la Vierge. Et pour le remplacer, il fit faire un tableau de Saint Fiacre, aujourd'hui perdu, mais reproduit sans doute par l'image de la Confrérie des Jardiniers (Cabinet des Estampes R. e. 100). Grâce à ce déplacement le tableau de Hallé fut oublié quand on transporta toutes les œuvres d'art de l'église au Musée des Petits Augustins. Pour le mettre à la place qu'il occupe aujourd'hui on a dû le mutiler. L'inventaire des peintures de la paroisse fait en 1836, lui donne pour dimension 5,06 de hauteur et dit qu'il était cintré. L'inventaire des objets d'art non commandés par la ville de Paris, lui donne seulement 3,65 de hauteur. La mutilation, d'ailleurs, n'a pas porté sur les parties vives et l'œuvre en somme, reste entière et vaut la peine d'être signalée. E. MALBOIS.

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[9] 1er FÉVRIER 1925 37 BULLETIN DES MUSÉES MUSÉE DU LOUVRE Peintures et Dessins Le 20 janvier dernier, ont été ouvertes au public, deux des anciennes salles des Dessins, faisant suite à celles du Mobilier, consacrées en grande partie aux dessins d’Ingres. Dans la première, on a réuni provisoirement, une admirable série de crayons d’Ingres, donnés autrefois au Musée de Bayonne, par Léon Bonnat et ramenés temporairement au Louvre. On y re- Cl. Serv. Phot. B.-A. INGRES. La Charité. Carton pour un vitrail de la chapelle Saint-Ferdinand-des-Ternes (Musée du Louvre) trouve nombre de portraits connus, comme celui de la princesse Caroline Bonaparte, celui des deux femmes d’Ingres, celui du peintre Lethière, etc., à côté de cette curieuse composition rehaussée d’aquarelle, représentant une Amazone blessée, d’un caractère grec si accusé et de deux importantes compositions historiques modernes ; une Entrée de Charles V à Paris et un Philippe V remettant l’ordre de la Toison d’or au Maréchal de Berwick. Dans la seconde, on a groupé autour de l’esquisse du Pont de Taillebourg de Delacroix récemment donnée par le baron Vitta, une bonne partie des dessins d’Ingres que possède le Musée, avec les cartons de la chapelle de Dreux et de la chapelle Saint-Ferdinand-des-Ternes. A côté de ceux-ci figurent les cartons déposés par la Manufacture de Sèvres à qui ils étaient restés attribués, de vitraux exécutés d’après Eugène Delacroix pour la chapelle et pour l’église paroissiale de Dreux et dont la comparaison avec les cartons d’Ingres est singulièrement instructive. Un portrait de musicien analogue à celui que nous publions récemment, mais plus ancien et dû au peintre aixois FAUCHIER, a été donné au Musée par M. David Weill. Il semble représenter un magistrat du Midi, jouant du luth. D’autre part, M. W. Viennot a fait don d’un joli portrait de femme en miniature, attribué à Georges ENGLEHEART, (1750-1829). M. Paul Jamot, conservateur au Musée du Louvre, s’est dessaisi librement en faveur du département d’un panneau siennois attribué à SPINELLO ARETINO qui appartint jadis à la collection de Camille Benoit et sur lequel nous reviendrons prochainement. M. Carle Dreyfus a offert un carnet de croquis de DELACROIX, exécutés à Dieppe et en Angleterre, en 1851, qu’il tenait de l’amitié de Léon Bonnat. Enfin, on peut annoncer le legs avec réserve d’usufruit, fait par Madame Vve Chaplin, du portrait par RICARD du peintre Chaplin. Un album de Dessins de Pierre Borel Le Musée du Louvre vient d’acquérir un album contenant une cinquantaine de dessins. Aucun n’est signé. On y voit des personnages drapés à l’antique, de nobles vieillards, un Virginius qui poignarde sa fille, une Phrynè qui se dévoile devant l’Aéropage, un Alexandre offrant à Apelle sa maîtresse Campaspe, un repas d’Anacréon, une Andromaque devant le cadavre d’Hector, Androclès et son lion, une Vestale entretenant le feu et tous ces personnages s’agitent devant des temples à frontons, des colonnes doriques, des bas-reliefs gréco-romains ou l’Apollon du Belvédère. A côté de ces sujets empruntés à l’histoire, quelques scènes religieuses, une Extrême-Onction, par exemple; à côté de ces guerriers et de ces héros, une vieille femme et des jeunes filles qui semblent échappées des tableaux de Greuze. Le dessin n’a pas encore la rigidité de l’école davidienne : il garde un peu de la souplesse du

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BEAUX-ARTS xviiie siècle. Les sujets, comme le style, nous permettent donc de dater cet album de 1780 à 1790 environ. Au revers d'un dessin quelques comptes de dépenses, indiquées en français et en italien nous autorisent à croire que l'artiste était un Français résidant en Italie. Or, le croquis d'Apelle et Campaspe nous a rappelé un tableau conservé à la Pinacothèque de Parme et que nous avons jadis publié dans la Gazette des Beaux-Arts (110, t. II, p. 157). Les Archives de l'Académie de Parme nous avaient appris que l'auteur était « Pierre Borel, parisien, élève de Monet, peintre du Roi ». Cet artiste, sur lequel les dictionnaires sont muets, remporta, en 1787, le deuxième prix du concours de l'Académie, avec son Apelle et Campaspe et, en 1788, le premier avec sa Thétis plongeant Achille dans le Styx. Le croquis de l'Apelle, que nous reproduisons, diffère du tableau. Le sens de la composition est tout autre. Campaspe y rappelle plus un personnage des noces Aldobrandines que les Matrones romaines des musées du Capitole ou de Naples. Mais nous y retrouvons des éléments communs: la colonnade, la grande tenture, le costume d'Apel- le. Nous croyons donc pouvoir, sans invraisemblance, attribuer à Borel le recueil du Louvre. On voit, en parcourant cet album, comment, à cette époque, de jeunes artistes, sans grand tempérament, hésitaient entre les théories de David et les tendances d'un Prud'hon, entre le dessin arrêté des statues antiques et le charme du clair-obscur. Beaucoup des dessins de Borel sont exécutés sur papier bleu avec des rehauts de pierre blanche ou de gouache et sont des esquisses de peintre plus que de dessinateur. Quelques-uns annoncent les œuvres de Prud'hon : ce personnage mourant que transporte un homme musclé a déjà tout l'abandon de Phrosine aux bras de Melidor. Ces dessins, qui ne sont pas d'une qualité excellente, méritaient cependant d'être conservés au Louvre comme témoignage des goûts d'une époque et comme souvenir d'un artiste oublié dont les œuvres reviendront peut-être au jour. Louis HAUTECŒUR. Sculptures modernes Acquisitions récentes Au cours de l'année 1924, le département s'est enrichi d'abord de deux esquisses de terre cuite qui viennent heureusement compléter les séries réunies dans ses vitrines. L'une acquise de MM. Guiraud, dans des conditions si libérales qu'elles équivalent à une donation, est un projet de tombeau composé d'un sarcophage surmonté d'armoiries et d'une couronne légèrement mutilée qui paraît être une couronne ducale. Sur le sarcophage est assise une femme drapée dans l'attitude de la Douleur dont la draperie couvre en

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[11] BULLETIN DES MUSÉES 39. partie le sarcophage et qui tient une guirlande de la main droite étendue par-dessus les armoiries. Au revers, un génie enfantin, nu, à demi couché, pleure sur une urne et tient une torche renversée. Devant la femme est une cassolette fumante, à ses pieds, un amas de fruits. Les armoiries n'ont malheureusement pas été reconnues jusqu'ici et rien ne nous guide dans l'identification du morceau. Une attribution à Marin ne nous semble pas soutenable, le style et la figure paraissant fort antérieures à la fin du xvie siècle. Nous avons pensé un moment au tombeau de la princesse Galitzine, née Troubetzkoi, dont le marbre commandé à Vassé par le général Betzki fut exposé au Salon de Paris, en 1763. Mais la description du catalogue, une femme pleurant sur une urne qu'elle couvre de sa draperie, ne s'applique qu'à peu près et le style est, d'ailleurs, moins antique même que celui de l'ami du comte de Caylus. L'allongement du corps et la petitesse de la tête se rapprochent plutôt de certains partis pris que l'on peut noter aussi dans la maquette Cl. Serv. Phot. B.-A. Ecole française. Milieu du xviie siècle. Esquisse de tombeau. Terre cuite. (Musée du Louvre) du tombeau de Guy de Valori par Saly qui appartient déjà au Louvre. Serait-ce le tombeau destiné à Saint-Roch, dont l'esquisse fut exposée par celui-ci, en 1750 ? Quoi qu'il en soit, c'est un fort joli morceau, d'une exécution vive et spirituelle et d'un modelé très souple. L'autre terre cuite, anonyme également jusqu'ici, et pour laquelle se prononçait le nom de Chinard, est un intéressant et vigoureux projet de Cl. Serv. Phot. B.-A. Attribué à CHAUDET. Napoléon législateur. Esquisse. Terre cuite. (Musée du Louvre) statue de Napoléon en costume du sacre, appuyé contre un cippe surmonté d'un buste de Minerve et au bas duquel est posé sur un coussin un livre portant les mots Code Napoléon. Cette indication conviendrait à une statue de Napoléon législateur. Mais celle que Chaudet exécuta en 1805, sous ce titre pour le Corps législatif, était drapée à l'antique. Il faudrait supposer, ce qui est fort possible, qu'on avait hésité entre les deux partis et que Chaudet avait présenté plusieurs maquettes. Peut être même y avait-il eu concours et plusieurs artistes avaient-ils été appelés. Cartellier, d'autre part, exécuta pour l'Ecole de Droit un Napoléon en costume moderne qui est à Versailles et n'est pas sans rapport avec notre figurine. Mais aucun accessoire ni attribut n'y accompagne la figure de l'Empereur et le mouvement des jambes est inverse. Le Napoléon de Ramey enfin, destiné au Sénat, qui est aujourd'hui au Louvre, s'en rapproche aussi quelque peu, bien qu'il ne présente ni le cippe et la Minerve, ni le livre sur le coussin et que le geste en soit même assez différent.

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BEAUX-ARTS **Enfin, pour compléter la représentation déjà si fournie de l'œuvre de Carpeaux, nous avons eu l'occasion d'acquérir une épreuve en plâtre du bas-relief de Joseph reconnu par ses frères, exécuté par Carpeaux, en 1843, à l'âge de 16 ans. Notre plâtre porte soigneusement gravée à la pointe une dédicace respectueuse au sculpteur Henri Lemaire, l'auteur du fronton de la Madeleine, son compatriote et un peu son parent, dont Carpeaux alla vers ce temps solliciter les conseils et l'appui et qui l'accueillit assez mal. Le même bas-relief, présenté peu après à Rude aurait, dit-on, ouvert à son auteur les portes de l'atelier de celui-ci. Nous avons acquis enfin, une épreuve en plâtre teinté, provenant de la famille du modèle, d'une des dernières œuvres de Carpeaux : le buste, daté de 1875, de son ami Bruno Chérier. Ce buste porte la dédicace : Souvenir fraternel offert à son vieil ami Bruno Chérier, peintre. Son compagnon J.-B. Carpeaux : c'est une effigie pleine de caractère et d'accent, en échange de laquelle Chérier peignit pour son ami un portrait dont un exemplaire fut donné au Musée de Valenciennes; un autre est resté entre les mains de la famille de Chérier. Le bronze de ce buste a été légué par Chérier au Musée de Valenciennes. Un autre exemplaire, appartenant à M. Gulbenkian avait été avant la guerre, déposé quelque temps au Louvre. Paul Virny. MUSÉE DE VERSAILLES Nous avons publié en 1923 (n° 20, p. 314), la reproduction d'un curieux tableau: Allégorie en l'honneur du Régent, découvert et donné au Musée par M. Ernest May, l'attribuant alors à François Verdier et indiquant les probabilités qui faisaient penser à cet artiste. Un hasard heureux nous a permis, récemment, d'acquérir l'ensemble de la grande estampe exécutée d'après la peinture et dont la partie supérieure seule avait été retrouvée, lors de la donation. Nous apprenons ainsi que cette composition, en partie monochrome, servit à la gravure d'une thèse en théologie, dédiée au Régent du royaume, soutenue par Charles de Saint-Albin, devant la Sorbonne, le 16 février 1718. Le globe terrestre, encadré par Mercure et l'Etude a été remplacé, sur l'estampe, par les propositions sur lesquelles le candidat devait argumenter. L'estampe nous livre les noms du peintre et du graveur; nous lisons, au bas, ces signatures: Ant. Dieu pinxit — F. Landry sculpit; et aussi le nom du calligraphie sur cuivre: C.A. de Berey scripsit. Quel est cet Antoine Dieu? serait-ce l'académicien, né en 1662, mort en 1727, auteur de tableaux d'histoire ancienne et de cartons destinés à la suite de l'« Histoire du Roi » (conservés à Versailles, nos 2094 et 2095); ou bien un homonyme, d'origine bourguignonne, mort vers 1720, qui travailla pour les marchands d'estampes et fut assez fécond dessinateur, au dire de Mariette qui lui consacre quelques lignes de son Abecedario (t. II, p. 112)? Il semble, d'après les caractères de la peinture allégorique, convertie en thèse, que son auteur soit le second Antoine Dieu, dont le nom serait ainsi sauvé de l'oubli, grâce à une œuvre conservée désormais dans les collections publiques. G. B. MUSÉE DES ARTS DÉCORATIFS Les salles d'exposition du Pavillon de Marsan sont consacrées depuis le 19 janvier à une exposition d'ensemble organisée, sur l'initiative du Ministère du Travail, à la suite d'expositions partielles organisées en province et à l'Hôtel-de-Ville de Paris, destinées à montrer les œuvres remarquables par leur qualité technique et à mettre en honneur le travail des meilleurs ouvriers de France. MUSÉE LESECQ DES TOURNELLES A ROUEN Nous signations récemment, à propos du Musée d'art normand de Rouen, l'installation dans l'ancienne église Saint-Laurent de l'incomparable collection de ferronnerie de M. Lesecq des Tournelles. Cet ensemble unique, qui s'accroît encore sans cesse par les soins du généreux donateur, vient d'être l'objet d'une magnifique publication dirigée par M. H. R. D'Allemagne (1), qui constitue suivant l'expression de l'auteur une sorte de « catalogue graphique » de la collection. C'est, en même temps, un hommage amical rendu au zèle extraordinaire de l'infatigable collectionneur, auquel est échue enfin, l'an passé, une croix de la Légion d'honneur bien méritée. On sait que la collection Lesecq des Tournelles, commencée par le père de celui qui n'en est plus que le conservateur actuel (c'est M. Lesecq, père qui eut notamment le mérite de recueillir des pièces capitales comme la grille de l'abbaye d'Ourscamp et le grand lutrin d'Amiens), fut libéralement prêtée d'abord à diverses expositions rétrospectives puis déposée dans son ensemble en 1905, au Musée des Arts Décoratifs qui venaient de s'ouvrir au Pavillon de Marsan. Elle fut l'un des premiers éléments du succès de ce Musée qui s'est si prodigieusement accru dans un court espace de temps que la place s'y est trouvée insuffisante pour la présentation et le développement d'un ensemble comme celui qui nous oc- (1) Paris, Schemit, 2 vol. gr. in-4°, 1924.

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BULLETIN DES MUSÉES cupe. Elle avait fourni la matière, durant ce séjour parisien, du premier album consacré à la série du Métal par l'éditeur D. A. Longuet. Par les soins de M. Metman, le conservateur du Pavillon de Marsan, et de M. H. Lesecq des Grille provenant du palais de Jacques Cœur. (Musée Lesecq des Tournelles) Tournelles lui-même, près de 1.500 objets avaient été reproduits, classés, catalogués, accompagnés de notes bibliographiques et d'un glossaire. Soucieux de voir ses chers objets plus au large et d'en grossir encore le nombre (la collection comprend aujourd'hui environ dix mille pièces) M. Lesecq des Tournelles obtint en 1920, de la ville de Rouen, l'asile pittoresque et suffisamment vaste et aéré de la belle église Saint-Laurent. Le Musée fut inauguré en 1921, mais perfectionné et accru singulièrement encore depuis. M. D'Allemagne dans son introduction nous en décrit l'agencement aussi méthodique que possible, tout en restant agréable et clair; il nous promène à travers ses innombrables vitrines, dont la confection à elle seule représente une fortune. Il s'excuse de ne pouvoir dresser un catalogue numérique qui lierait les mains au chercheur passionné et toujours désireux d'accroissements et d'arrangements nouveaux qu'est M. Lesecq des Tournelles. Installé lui-même dans son musée, celui-ci y consacre sa vie et sa fortune. Son ami M. R. D'Allemagne, qui partage, du reste, ses goûts et ses recherches, nous réserve pour plus tard des notices scien- tifiques sur chaque série d'objets d'art, représentés dans la collection et nous y fera bénéficier de tout son savoir. Il s'est borné pour le moment, après la description topographique du musée rouennais, à une table précise des quatre cent quatorze p'anches que comportent ses deux gros volumes, et qui reproduisent excellemment plus de 4.500 documents. C'est un recueil formidable, incroyablement varié, qui passe des grilles monumentales aux menus objets de toilette et de parure, et de l'antiquité romaine au xixe siècle ; nous n'y souhaiterions, comme dans le musée lui-même, qu'une place, légitime après tout dès maintenant, pour les résultats obtenus par les ferronniers contemporains qui ont su rénover les bonnes techniques d'autrefois et utiliser aussi les ressources industrielles modernes, les Robert, les Brandt, les Szabo, les Subes, les Pinguinet, etc. Que de magnifiques exemples ils trouveront, eux ou leurs élèves, dans ces documents d'autrefois patiemment réunis et précieux aussi bien pour l'artiste que pour le curieux ! Certes, la ville de Rouen fut bien inspirée en Serrure de coffre. xvie siècle. (Musée Lesecq des Tournelles) accueillant pareille donation et en la logeant convenablement : c'est un pèlerinage qui s'imposera à qui voudra connaître les ressources infinies du fer dans la décoration, l'architecture, l'outillage,

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BEAUX-ARTS la bimbeloterie, dans la vie tout entière et les chefs-d'œuvre qu'en ont tirés nos ouvriers français aussi bien que les italiens, les espagnols, les allemands ou les orientaux. A ceux qui n'auront pas encore fait ce pèlerinage les beaux livres, qui ont été consacrés à la collection par M. Metman, puis par M. D'Allemagne, en attendant les autres, en donneront un avant-goût et une idée déjà singulièrement flatteuse. Paul Vrrry. MUSÉE DÉPARTEMENTAL DES VOSGES Récemment a été aménagée, avec le concours de la municipalité d'Epinal, la nouvelle salle construite depuis la guerre. Cet agrandissement, qui fait suite à la galerie des Beaux-Arts et constitue une surélévation du bâtiment de la sculpture, a été nécessité par l'entrée au Musée de la collection que le Dr Oulmont, médecin-chef de l'hôpital Beaujon, né à Epinal et décédé à Paris en 1917, a léguée à sa ville natale. Cette collection, que son auteur mit de longues années à constituer, réunit une centaine de dessins, aquarelles et pastels, — auxquels il faut adjoindre quelques peintures, pour la plus grande partie du xvm siècle français. A part quelques vues de Venise ou des lacs italiens en lavis de sépia et des croquis de Guardi, quelques esquisses importantes, également au lavis, de J.-B. Tiepolo, une intéressante petite peinture de Goya, Los Muchachos a l'avio, un portrait de jeune homme par Bonington, une vaporeuse tête de femme de l'école anglaise, une gouache attribuée à Cosway, un dessin de Brauwer et deux beaux portraits de Heinsius, tout le reste est français avec d'excellentes pages de Boucher, Boilly, Carmontelle, Cochin, Drouais, Fragonard, Gravelot, Greuze, Hoin, Huet, Jeaurat, Isabey, Lépicié, Leprince, Lawrence, Lagneau, Lemoine, Mallet, de Machy, Robert Nantueil, Prud'hon, Hubert-Robert, Vestier, Joseph Ver-net, Vigée, Vallayer-Coster, pour ne citer que les plus remarquables, et dans l'ordre alphabétique. Cette collection de dessins est un complément précieux de la galerie des Beaux-Arts qui, en peinture, comprend des pièces remarquables. L'installation est fort simple; sur un fond de toile bise, les œuvres occupent uniquement la cimaise, et la lumière, qui vient d'en haut, diffusée par des velums, procure un excellent éclairage. La collection Oulmont n'occupe que la moitié de la nouvelle salle. La seconde partie a été réservée aux souvenirs historiques et archéologiques de la ville d'Epinal. Aux murs sont exposés des dessins du spinalien Charles Pensée (1799-1871) qui nous ont conservé des aspects de la ville, aujourd'hui modifiés, ou de monuments détruits. Des plans, de diverses époques, montrent la disposition ancienne et les accroissements successifs de la cité. Des vitrines renferment les sceaux de la ville et les monnaies qu'on y frappa dans le haut moyen âge; des spécimens, rares et curieux de jeux de cartes, fabriqués à Epinal depuis le xvie siècle jusqu'au xixe. Un certain nombre de cloches, sauvées de la fonte, et dont une partie proviennent d'Epinal, représentent l'art campanaire de 1454 à 1778, si florissant jadis dans la région occidentale de la Lorraine. Mais la grande attraction est certainement l'imagerie. Un tourniquet permet d'examiner et de retire une centaine de vieilles images d'Epinal dont notre jeunesse s'est réjouie; et, dans une vitrine voisine, de vieux bois gravés, de très anciens tirages et des dessins originaux d'artistes spécialisés dans l'imagerie, tels que Ch. Pinot et Ensfelder, sont les reliques vénérables de cette industrie locale qui fut brillante, célèbre même, et que plusieurs générations, dans le monde entier, ont pu connaître et apprécier. André PHILIPPE. MUSÉE D'AMIENS Sérieusement bombardé pendant la guerre, le musée d'Amiens, entièrement restauré aujourd'hui, a récemment rouvert ses portes au public. M. Roze, son conservateur, a profité de cette fermeture prolongée pour procéder à un remaniement et refaire un classement plus logique, par écoles et par ordre chronologique. On a déjà dit ici au prix de quels travaux les grandes peintures de Puvis de Chavannes, ont repris leur place aux parois du grand escalier (1). Au rez-de-chaussée, dans une galerie gothique à décor polychrome, où sont groupés les sculptures et objets d'art du moyen âge les plus précieux, on a réuni une série de documents relatifs à la cathédrale, entre autres des gravures du plus haut intérêt pour l'histoire de ce monument: une, datée de 1727, représente la coupe transversale de l'édifice avec la flèche ancienne et le jubé, alors existant. Deux autres, du commencement du xixe siècle, montrent la cathédrale comme elle était alors, avec sa toiture complètement démolie et à jour, la clôture du chœur brisée, la grande nef envahie par l'herbe. Au fond du bâtiment, dans une grande salle luxueusement décorée, on a placé les peintures modernes, envois de l'Etat, etc... Au premier étage, dans la salle I, se présentent (1) Voir Beaux-Arts, 1er mai 1923, p. 122.

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[15] BULLETIN DES MUSÉES 43 les admirables maîtres inconnus d'Amiens et quel- ques tableaux de l'école flamande. Viennent en- suite les salles des xvie, xvme, xixe siècles, puis les écoles étrangères groupées, de façon à ce que le visiteur ait comme un raccourci de l'histoire de la peinture, tant en France que dans les autres pays d'Europe. Dans deux salles communiquant entre elles, la très belle collection des frères Lavalard, qui con- tient, on le sait, des pièces de premier ordre. Parmi les œuvres nouvelles récemment entrées au musée, signalons d'abord un Philippe de Cham- paigne représentant Moïse et les tables de la Loi, donné par M. de Boutray. Vu à mi-corps, Moïse regarde le spectateur. Son visage calme est encadré d'une grande barbe blanche. Deux rayons d'or partent de son front. Il est vêtu d'une robe bleu pâle et d'un manteau d'étoffe damassée rouge et or, agrafé sur l'épaule droite par une plaque de métal dans laquelle sont enchassées des pierres rouges et vertes. De la main droite, il désigne, avec l'index, les tables de la loi qu'il tient de la main gauche ainsi que la verge. Le fond représente un ciel nuageux. Mais le musée s'est aussi enrichi d'œuvres im- portantes du xvime siècle : c'est la série reconsti- tuée des Chasses en pays étrangers, exécutée en 1736 pour la galerie des petits appartements du roi à Versailles (occupés plus tard par Mme du Barry), dont le musée d'Amiens possédait déjà la Chasse au Tigre et la Chasse au Crocodile, de Boucher, la Chasse à l'Autruche et la Chasse à l'Ours de Carle Van Loo. Cinq autres panneaux ont pu y être joints. La Revue compte revenir prochainement sur cette réunion qui n'alla pas sans négociations laborieuses. M. D. MUSEE DE CALAIS Le Musée de Calais, qui poursuit ses acquisitions de peintures modernes aux expositions locales annuelles, s'est enrichi cette année d'une peinture de M. Jonas qui avait été montrée d'abord au Salon des Artistes français, Les Séminaristes, d'un paysage de M. André des Fontaines, le Pâturage et d'un Coucher de Soleil aux Sables d'Olonne de M. Edmond Petitjean. M. Jonas lui a fait don d'un lot de ses gravures. Mais il a, d'autre part, reçu un legs important d'Alphonse Isaac, calaisien d'origine, dont nous avons dit naguère ici même le dévouement pour nos musées nationaux et les libéralités posthu- mes en leur faveur. Celui-ci s'intéressait vivement au développement du musée de sa ville natale, au recueil des souvenirs locaux qui y sont particu- lièrement bien groupés et aux ressources qu'il peut fournir à l'industrie d'art locale. Il lui a laissé par testament un ensemble de 415 aquarelles et de cinquante dessins qui complèteront utilement sa documentation sur le vieux Calais, sur ses aspects pittoresques et ses monuments en partie disparus, qui enrichiront singulièrement aussi la belle collection déjà très complète qu'il possède de l'œuvre d'un charmant artiste, trop peu connu en dehors de Calais, le dessinateur et aqua- relliste Louis FRANCIA. Cl. Gates Louis FRANCIA. Intérieur de l'église Saint-Pierre à Calais (aquarelle). Né en 1772, à Calais, celui-ci s'était formé d'abord à l'académie de dessin de cette ville où son père était directeur de l'hospice militaire, mais il partit de bonne heure pour l'Angleterre; à l'âge de 18 ans, en 1789, il se fixa à Londres, s'y maria et y eut un fils, Alexandre, qui, plus tard, devait marcher sur ses traces. Il enseigna le dessin à Londres et fit partie de la Société des aquarellistes. Il y connut certainement Turner. Il rentre à Calais en 1817, et y travaille jusqu'à sa mort en 1839, dessinant et peignant abondam- ment, surtout à l'aquarelle. On le trouve à Dun- kerque, à Saint-Omer, à Boulogne. Son œuvre considérable comprend surtout des marines et des paysages, des vues de monuments