Extrait
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3e Année. — Numéro 6
15 Mars 1925
BEAUX-ARTS
REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE •
LE DROIT D'ENTRÉE DANS LES MUSÉES ET SON UTILISATION
La loi de finances du 31 décembre 1921 avait, en instituant le droit d'entrée dans les musées, collections et monuments appartenant à l'Etat, fixé à un franc le maximum de ce droit. La loi de finances, qui vient d'être votée par la Chambre des Députés et dont la discussion est commencée au Sénat, porte ce maximum à deux francs. C'est dire que, sinon dans tous les musées, du moins dans les principaux, notamment au Louvre, la taxe perçue sur les visiteurs sera portée à 2 francs, à une date qui sera ultérieurement annoncée, si le Sénat accepte la rédaction de l'article 185.
Cette taxe ne semblera certainement pas trop lourde aux nombreux étrangers qui visitent nos musées et qui bénéficient d'une monnaie moins dépréciée que la nôtre. Eloignera-t-elle quelques Français de plus de nos galeries ? C'est peut-être à craindre, quoique la somme déboursée paraîsse à chacun, aujourd'hui, aussi peu de chose que le simple franc d'autrefois. Nous pouvons toutefois donner aux amateurs et aux travailleurs qui fréquentent nos musées une assurance corrélative à cette mesure fiscale un peu amère et qui en sera comme la compensation naturelle et appréciée.
Le même article de la loi de finances comprend cet alinéa : « Par dérogation aux dispositions du paragraphe premier de l'article 120 de la loi de 1921, une somme de 500.000 francs sera prélevée annuellement sur le produit du droit d'entrée et versée au Trésor en vue de contribuer aux dépenses prévues au budget de l'Etat pour le gardiennage, la sécurité des musées et monuments et la présentation des collections et œuvres d'art... ».
On sait que jusqu'ici le produit du droit d'entrée était versé à une caisse spéciale dont les fonds étaient répartis annuellement entre la caisse des musées et celle des monuments historiques et servaient uniquement, en principe, en ce qui concerne les musées, aux acquisitions d'œuvres d'art, exceptionnellement à certains travaux d'architecture nécessaires à la mise en valeur des collections ; l'an dernier, par exemple, les travaux d'extension des salles de la Sculpture de la Renaissance, au Louvre, avaient été payés sur ce crédit.
Dorénavant, toujours sous réserve de l'approbation du Sénat, les crédits du personnel pourront bénéficier de la plus-value escomptée du droit d'entrée et le nombre des gardiens, insuffisant depuis si longtemps, pourra être augmenté.
On a fait, dès après la guerre, remarquer que le nombre des salles du Musée du Louvre, pris dans son ensemble, était passé de 188 à 202, alors que le nombre des gardiens était passé à peine de 180 à 185 (gradés compris). On sait aussi que les emplois de gardiens étant réservés par la loi aux mutilés, le rendement du travail est de ce fait certainement inférieur et que le nombre des gardiens indisponibles pour raison de santé s'est considérablement accru. La période des congés obligatoires est, d'autre part, une source de difficultés notoire pour l'établissement du service.
On compte, à l'aide des dispositions budgétaires nouvelles, augmenter de 30 unités le personnel normal des gardiens, et, d'autre part, engager un nombre supérieur (36) d'auxiliaires pour remédier principalement aux défections causées par les maladies et les congés.
De cette façon on espère pouvoir ouvrir en permanence toutes les salles du Louvre, ce qui serait un singulier soulagement pour le public qui ne comprend rien aux fermetures partielles et fatalement irrégulières et qui s'irrite, ayant payé la taxe d'entrée, de ne pouvoir visiter la partie du musée qui lui plaît.
D'autres améliorations pourront être envisagées avec le régime nouveau; mais celle-ci est capitale et sera certainement bien accueillie.
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NOUVELLES
Dans les Grandes Bibliothèques.
Notre excellent collaborateur, M. Amédée Boinet, vient d'être délégué dans les fonctions d'administrateur de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Il remplace dans ce poste, M. Cantinelli appelé à diriger la bibliothèque de la Chambre des Députés.
A l'Ecole nationale des Arts décoratifs
Par arrêté du ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts en date du 22 janvier 1925, M. Legueult, artiste peintre, a été nommé professeur de croquis à l'Ecole nationale des Arts décoratifs, en remplacement de M. Renouard, décédé.
Le Salon des Indépendants.
C'est le 21 mars qu'aura lieu le vernissage du Salon des Indépendants, au Palais de bois de la porte Maillot. L'Exposition durera jusqu'au 3 mai.
Au Musée Victor-Hugo.
On vient d'organiser au musée Victor-Hugo une exposition de dessins et d'aquarelles de Georges Hugo, décédé récemment. On peut ainsi voir rapprochées les œuvres du grand poète et celles de son petit-fils et se rendre compte de leur goût commun pour le dessin à la plume relevé d'aquarelle.
Les Tapisseries de l'ambassade de France à Pétrograd.
M. Kiffer, représentant de l'ambassadeur de France à Moscou, a pris possession dernièrement des tapisseries des Gobelins qui ornaient autrefois les salons de notre ambassade à Pétrograd. Ces tapisseries avaient été déposées au musée de l'Ermitage et ont été transmises en très bon état.
Découverte d'une mosaïque.
Des travaux de terrassement, entrepris à la suite d'un éboulement survenu dans les fondations du nouveau lycée de Sousse, ont mis au jour une mosaïque de grande valeur. En même temps, on découvrait des vestiges des rues de l'ancienne Hadrumète.
Le Parc de Marly.
La société des Amis du Vieux Marly s'attache à redonner son aspect primitif à tout ce qui subsiste encore du parc de l'ancien château de Marly. C'est dans ce but qu'elle vient de faire abattre sur le Tapis vert les marronniers qui avaient été plantés là, au cours du dix-neuvième siècle, et qui obstruaient la perspective ancienne. Rappelons que le Tapis vert occupe l'emplacement d'une cascade qui, au temps du Grand roi, dévalait en nappes d'eau sur un escalier de soxane marches de marbre rouge. Elle fut démolie au début du règne de Louis XV et l'on utilisa les matériaux ainsi rendus disponibles pour la construction des assises intérieures de l'église Saint-Sulpice.
Les Amis du Vieux Marly envisagent encore diverses opérations du même genre, notamment le dégagement de l'ancienne allée du Belvédère.
Le Cinquantenaire des Prix du Salon.
Il y a cinquante ans que furent fondés le Prix du Salon et les bourses de voyage qui, chaque année sont décernés par le Conseil supérieur des Beaux-Arts à des artistes dont les envois aux Salons ont été remarqués. L'an prochain une exposition rétrospective, qui, se tiendra au Grand-Palais, montrera dans quelle mesure les artistes ainsi encouragés ont justifié les espoirs qu'avaient éveillés leurs débuts.
Sur un tableau perdu.
Un tableau peint sur bois, de l'école de Fontainebleau, figure de femme à mi-corps, légèrement vêtue d'une draperie transparente, mesurant environ 0,70 à 0,80 de hauteur sur 0,50 de largeur, a été laissé dans un taxi le 13 février 1925, vers 4 heures. Nous en donnons une reproduction.
Toute personne qui pourrait fournir des renseignements sur cette œuvre, est priée d'écrire soit au directeur de l'Hôtel de l'Etna, rue Ste-Anne, soit au Commissaire de police du 1er arrondissement, soit à la préfecture de police, (bureau des objets perdus). On promet une bonne récompense à la personne qui rapportera ce tableau.
Une Exposition d'Art français du XVIIIe siècle à Bruxelles.
On vient d'ouvrir le 11 mars, au Musée d'art ancien de la rue de la Régence, une exposition d'art français, du xviiie siècle, organisée sous les auspices de la Commission directrice des Musées royaux, qui comprend un admirable choix de peintures, sculptures et objets d'art, prêtés par des collectionneurs belges. Le gouvernement français a envoyé une série de douze tapisseries des Gobelins, qui forment un cadre somptueux à cette exposition.
Une Exposition d'Art ancien à Bruges.
On annonce qu'une Exposition d'art ancien aura lieu à Bruges, du 15 juin au 15 septembre, sous les auspices de l'Administration Communale avec le concours du Cercle Artistique Brugois. Cette exposition réunira les œuvres d'art ancien les plus marquantes qui se trouvent à Bruges et aux environs dans les collections privées. A ces œuvres se joindront certainement des œuvres intéressant l'art brugeois et que de l'extérieur on promet aux organisateurs de l'exposition.
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NECROLOGIE
- Récemment est mort M. Sainte-Anne Louzier, inspecteur général des monuments historiques. Entre autres travaux exécutés avec une science remarquable il s'était livré à de remarquables études préparatoires à la restauration de la cathédrale de Toulouse.
- Le 25 février eurent lieu les obsèques du peintre Jacques Patissou, professeur de dessin à l'Ecole polytechnique, décédé dans sa quarante-cinquième année. On lui doit la décoration du Grand-Théâtre de Nantes.
- A New-York, le 2 mars, décédait M. William A. Clark, âgé de 86 ans, ancien sénateur du Montana, grand protecteur des jeunes artistes américains, grand ami de la France et de l'art français. Ses collections, d'une importance exceptionnelle, remplissaient son vaste hôtel de la Cinquième Avenue, œuvre de l'architecte français Chédanne. On y remarquait une vingtaine de Corot autant et plus de Cazin et de Monticelli, un des plus beaux Rousseau du monde, un grand exemplaire en bronze de L'Amour menaçant, de Falconet et de nombreux objets d'art de toutes les époques.
ACADEMIES SOCIÉTÉS SAVANTES
Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Séance du 27 février
L'Académie accorde la médaille de la Société des Architectes à M. de Lacoste-Messellière, membre de l'école d'Athènes, et la médaille Georges-Perrot à M. Daur, également membre de l'école d'Athènes.
Le prince Michel Soutzo communique à l'Académie une étude sur La Monnaie romaine au quatrième siècle.
M. Adrien Blanchet annonce que la commission du prix de numismatique ancienne Allier de Hauteroche a attribué ce prix à M. George-Francis Hill, conservateur du département des médailles au British Museum, pour son travail sur le graveur Becker et pour l'ensemble de ses travaux sur la numismatique grecque de l'Orient.
M. Camille Jullian fait hommage à l'Académie, au nom de l'auteur, M. Louis Colas, professeur au lycée de Bayonne, d'un ouvrage d'exécution remarquable, intitulé La Tombe basque, qui fournit de très nombreux renseignements sur la vie humaine et la vie économique des pays basques.
L'Académie se constitue en comité secret pour entendre le rapport de M. Pottier sur l'activité de l'Ecole archéologique de Jérusalem en 1924.
Académie des Beaux-Arts
Séance du 21 février
M. Widor, secrétaire perpétuel, rend compte de la visite qu'il vient de faire au conservatoire de Nancy.
M. le docteur Paul Richer, offre à l'Académie son dernier ouvrage. Le Nu dans l'art dans lequel il étudie particulièrement l'Orient classique.
M. Henry Lemonnier donne lecture d'une communication sur Nicolas Poussin, à propos des Bergers d'Arcadia.
Séance du 28 février
L'Académie adopte le nouveau règlement de l'Académie de France à Rome.
Aux termes de ce règlement, le séjour à la villa Médicis des grands prix de Rome, pensionnaires de l'Académie, sera réduit à trois et quatre mois. L'annuité dont ils bénéficieront est portée à 11.500 francs.
Société nationale des Antiquaires de France
Séance du 18 février
M. Joseph Destrée, rapproche le pied d'un reliquaire d'une collection privée d'un autre du Musée de Cluny et d'un de la Cathédrale de Namur qu'il estime tous trois ouvrages français.
M. Lefebvre des Nouëttes étudie le chauffage domestique chez les Romains.
M. Demaison présente de nouvelles marques de tâcherons, dont quelques-unes du XVIIe et XVIIIe siècle.
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MONUMENTS HISTORIQUES
L'Hôtel de Sens à Paris. — La Commission des Monuments historiques s'est justement émue de l'état d'abandon et de délabrement dans lequel se trouve la vieille demeure des archevêques de Sens. Tous les curieux des vestiges de notre art du passé connaissent cette pittoresque façade avec sa haute porte charretière, ses fenêtres étroites irrégulièrement percées, ses deux tourelles en encorbellement qui l'encadrent sur le petit carrefour de la rue de l'Hôtel-de-Ville et de la rue du Figuier. On sait que ce bel hôtel, sur lequel les annales parisiennes rapportent maintes anecdotes, parfois tra-
Paris. Hôtel de Sens. Façade principale.
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giques, fut élevé par l'archevêque Tristan de Salazar à la fin du xve siècle. Si le temps et les occupants successifs ont relativement respecté la façade sur la rue, le reste de la construction et notamment les façades sur la cour ont subi bien des transformations et des dégradations : les meneaux et les croisillons des fenêtres ont disparu, les appuis même de ces baies ont été abaissés, les lucarnes ont presque toutes perdu leurs gâbles et les fleurons qui les surmontaient, les étages, sauf le rez-de-chaussée, ont été diminués de hauteur pour en créer un supplémentaire, des ouvertures ont été percées alors qu'on en aveuglait d'anciennes pour répondre aux distributions intérieures nouvelles. Cependant, malgré ces mutilations ininiment regrettables, l'ensemble de l'édifice a gardé sa silhouette : les hautes toitures n'ont pas vu leur pente modifiée, les souches de cheminées en pierres et briques sont à peu près intactes, la tourelle de l'es-calier dans l'angle de la cour intérieure a conservé la plupart de ses baies et son encorbellement.
M. Bœswilwald, inspecteur général des Monuments historiques, a exposé, au cours de la dernière séance de la Commission, les constatations qu'il a pu faire à la suite du grattage des façades opéré lors de l'acquisition de l'Hôtel de Sens par la ville
Cl. Serv. phot. B.-A.
Paris. Hôtel de Sens. Porche d'entrée.
frais élevés, effectuer les réparations indispensables à la conservation de ce monument, spécimen presque unique à Paris de la construction civile de la fin du moyen âge. Aussi la Commission des Monuments historiques a-t-elle émis le vœu que la ville de Paris se préoccupât de donner à ces locaux une autre affectation qu'une location à des particuliers. Elle a pensé que l'installation d'un service public, un dépôt d'archives, notamment, permettrait, sans dépenses considérables, d'effectuer les travaux nécessaires et d'assurer ainsi la sauvegarde de ce bel ensemble.
Côtes-du-Nord. — Incendie de l'église de Saint-Jean-du-Doigt. — Le village de Saint-Jean-du-Doigt, lieu de pèlerinage célèbre en Bretagne, s'enorgueillit de sa belle église gothique datant du début du xvie siècle. Le 24 février, la foudre en tombant sur la flèche y a mis le feu. Une information hâtive avait fait craindre que toute l'église ait été la proie des flammes. Fort heureusement, seule la flèche de charpente recouverte de plomb a été détruite et d'ailleurs, cette partie de l'édifice, qui ne datait que de la deuxième moitié du xvie siècle, avait été à peu près complètement refaite à l'époque moderne.
Jean Verrier.
de Paris en 1916. Si pénibles que soient les mutilations qui ont fait perdre à l'édifice une partie de son intérêt, il pense qu'on ne devrait pas laisser se perpétuer cet état d'abandon. Les divers occupants,
petits locataires, artisans, commerçants font courir à l'immeuble des dangers d'incendie qu'on doit éviter. On pourrait, sans entreprendre une restauration complète qui serait de nature à entraîner des
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MUSÉE DU LOUVRE
Saint-Antoine
Peinture siennoise du XVe siècle
L'intéressante image de moine nimbé, donnée par M. Paul Jamot au Musée du Louvre, en souvenir du regretté Camille Benoit, de la collection duquel elle provenait, ne doit pas porter, comme on l'avait annoncé d'abord, le nom de saint Antonin
Cl. Serv. phot. B.-A.
Ecole siennoise xve siècle. Saint-Antoine
(Musée du Louvre)
de Sienne, mais bien de saint Antoine, patriarche des cénobites.
La peinture, à la détrempe, sur un panneau de bois qui mesure 0 m. 73 de haut et 0 m. 59 de large, représente, vu jusqu'à la ceinture et se détachant dans l'éclat atténué d'un fond d'or, le pieux Père du Désert, au front couronné de cheveux blancs, dont les longues moustaches et la barbe à double touffe blanche retombent sur un manteau noir et blanc. Il est tourné vers la droite, la tête un peu inclinée, et lit dans un livre ouvert qu'il tient des deux mains, tandis qu'il serre contre lui son bâton d'abbé terminé en tau, auquel une clochette est attachée.
Camille Benoit avait pensé quelquefois devant cette peinture à Spinello Aretino, de qui les fresques de San Miniato, entre autres, nous montrent des types de moines âgés et barbus qui rappellent, en plus rude, celui-ci. Je crois qu'il faut chercher l'auteur à une date sensiblement plus basse. L'exécution souple et claire, le dessin très soigné des mains, dont les veines sont indiquées, conviennent, semble-t-il, à un contemporain probablement siennois des maîtres du milieu du xve siècle, tels que Piero de Franceschi et Benozzo Gozzoli. Neroccio serait plus raffiné sans doute et plus nerveux; mais ce Lorenzo di Pietro, surnommé le Vecchietta, qui porte dans la peinture ses fortes qualités de sculpteur formé à l'école de Donatello, pourrait bien être cité avec quelque chance de succès; à moins que l'on ne songe à un peintre du même temps, moins doué, plus sec aussi, mais également clair, influencé par Baldovinetti et Cosimo Rosselli, Pier Francesco Fiorentino, qui travailla surtout en pays siennois. L'œuvre, en tout cas, par ce qu'elle conserve d'archaïque (n'oublions pas le fond d'or), avec des qualités qui sont de la pleine Renaissance, nous conduit, sans hésitation, à Sienne.
André Pératé.
Les "Enfants à la Chèvre" de Jacques Sarrazin
Le groupe de Jacques Sarrazin, dont nous annoncions récemment la rentrée au Louvre, vient d'être placé dans la salle Lacaze, juste au-dessus de cette «Salle des antiques» aujourd'hui dite «Salle des cariatides» où il séjourna jadis une cinquantaine d'années au xvme siècle, avant d'être affecté au Muséum d'histoire naturelle.
Voici, en effet, son histoire assez compliquée. Il fut exécuté en 1640, sans doute pour le roi, mais nous ne savons exactement dans quelles conditions, ni où il figura tout d'abord. Il dut servir toutefois à la décoration des premiers jardins de Versailles. En 1689, d'après une notice de Guillet de Saint-Georges sur son auteur, lue à l'Académie, le 3 décembre, il avait été mis en réserve dans «le magasin de Versailles». Sans doute était-il un peu démodé ou n'était-il plus à l'échelle des nouvelles conceptions décoratives de Lebrun et de Mansart.
En 1703, il était encore à Versailles, si l'on en croit une nouvelle rédaction de la notice sur Sarrazin, conservée dans les papiers de l'Académie, à l'Ecole des Beaux-Arts et annotée par le sculpteur Van Clève. Mais, peu après, il fut en-
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BEAUX-ARTS
voyé à Marly et complété par un piédestal très ouvragé en marbre, une sorte de console ornée de pampres de vigne, dû au sculpteur Théodon. L'exécution de ce morceau de virtuosité à l'italienne ne peut se placer qu'entre 1705, date du retour en France de Théodon, après un séjour de près de 30 ans en Italie, et 1713, date de sa mort. C'est le comte de Caylus qui nous donne ces détails dans une nouvelle notice académique sur Sarrazin, lue en 1749 et dont les éditeurs de Guillet de Saint-Georges avaient tiré simplement la matière d'une note succincte (T. I, p. 118). Le
Cl. Serv. phot. B.-A.
JACQUES SARRAZIN. Enfants à la chèvre.
(Musée du Louvre)
texte de Caylus, resté manuscrit à l'Ecole des Beaux-Arts, est d'ailleurs très curieux par ses descriptions détaillées et ses commentaires critiques qui répondent précisément à certaines objections qui se présentent tout de suite à l'esprit en présence du monument tel qu'il apparaît aujourd'hui au Louvre et nous croyons devoir en donner le long extrait suivant :
«Sarrazin a exécuté le groupe de deux enfants et d'une chèvre de marbre blanc en l'année 1610. Un des deux enfants est à cheval sur la chèvre qui est accroupie, et il tient une tasse, il est couronné de pampres. Il rit, de ce rire imparfait qui dénote l'ivresse ; l'autre enfant assis, et qui n'a pas à beaucoup près la même expression donne à manger des raisins à la chèvre ; ces deux figures sont la chair même, ce qui sauve les incorrections qu'on pourrait y remarquer ; car il faut avouer que le goût
du dessin en est manié, et que les enfants tiennent beaucoup de ceux que Vouët a faits. Mais, encore un coup, il y a dans le maniement du marbre, un certain gras qui rend merveilleusement la nature, et peut-on demander davantage à une matière qui semble plus disposée qu'une autre à se refuser ? Sarazin n'a pas été moins heureux à représenter la chèvre dont le poil est manié avec autant de vérité que de légèreté.
Ce groupe est élevé sur un pied de marbre fort riche, qui a été fait après coup par Théodon dans le temps que Louis XIV fit placer ce beau morceau de sculpture dans les jardins de Marly. La composition n'en est pas sans génie, on pourrait cependant la critiquer, et quoique le fond de l'ornement soit commun, il faut convenir qu'il s'accorde avec le morceau principal ; on y voit plusieurs cep de vigne qui, sortant d'une terrasse, serpentent, et vont en se rejoignant former divers entrelacs, et s'unir enfin avec la vigne même qui fait partie du groupe de Sarrazin ; ces différents cep sont chargés de beaucoup de raisins ; peut-être le sont-ils avec trop de profusion, et c'est encore une des raisons qui peut faire regretter que Sarrazin n'ait pas donné lui-même le modèle de ce pied, il l'aurait sans doute simplifié un peu davantage, et ce qu'il a exécuté dans le même genre, et dans ce morceau même, est un sûr garant qu'il y aurait mis encore plus de vérité, quelque bien exécuté et bien fouillé que soit d'ailleurs le beau morceau de marbre de ce pied.»
Piganiol de la Force, dans sa description des Environs de Paris (1751, T. II, p. 289), mentionne le groupe dans «une salle verte» du bosquet de Marly et, suivant Dargenville, il y était encore en 1761. Mais il est probable que ce nouveau guide se contenta de copier sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, son prédécesseur, sans vérifier. Dulaure, en 1786, signale la disparition de la sculpture de Sarrazin de Marly; il est probable qu'on l'avait fait rentrer à Paris, vers 1750, et qu'elle était dès lors déposée au Louvre pour la commodité du sculpteur Vinache à qui les Bâtiments du Roy en avaient commandé une copie. Les travaux de Furcy-Raynaud sur les Sculptures commandées par la Direction des Bâtiments (1911, p. 142) nous apprennent que cette copie, non terminée, fut cédée à la Pompadour qui en adressa le paiement à la veuve de l'artiste, en 1756. Un inventaire manuscrit de la succession de Mme de Pompadour, conservé à la Bibliothèque Doucet, signale cette copie (un groupe de deux figures de deux enfants et d'une chèvre sur un pied à console orné de pampres de vigne, prisé 4.000 livres) dans un bosquet du jardin de son hôtel, rue du Faubourg-St-Honoré.
Cependant, le modèle en terre cuite du groupe de Sarrazin avait été conservé et passait, en 1753, de la vente Coypel (no 211) dans la collection Lalive de Jully (no 175). On le retrouve, en 1799, dans une vente Cohu. Tout ceci prouve le succès permanent de l'œuvre de Sarrazin dans laquelle
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BULLETIN DES MUSÉES
M. Lemonnier, en 1893 (1), notait avec beaucoup de justesse, comme un certain sentiment xvm siècle et qu'il soupçonnait même d'avoir été retouchée par Théodon lorsque celui-ci exécuta le piédestal.
Nous n'irons pas jusque-là et nous pensons que l'habile praticien et le sculpteur berninesque qu'était Théodon était bien incapable d'ajouter à l'œuvre du sculpteur de Louis XIII ce charme de réalité et ce « certain gras », comme disait Caylus, que l'on retrouve dans telle autre sculpture de lui ou de son atelier, au château de Maisons, par exemple.
Quoi qu'il en soit, le marbre original, signé Jacobus Sarrazin faciebat 1640, restait avec son piédestal, auquel il était indissolublement lié, dans la Salle des antiques jusqu'à la Révolution. A la dispersion de l'embryon de Musée de la sculpture moderne qui s'y était constitué, il était affecté au Muséum d'histoire naturelle, sans doute à cause de la présence de la chèvre et des pampres de vigne. Il figura, en 1878, à l'exposition universelle dans les galeries du Trocadéro (voir Gazette des Beaux-Arts, T. XVIII, p. 822). On l'avait employé au Muséum à la décoration d'une serre chaude où le marbre souffrit quelque peu, puis transporté dans une annexe de la Bibliothèque où il était à peu près invisible. M. Lemonnier s'y était intéressé et l'avait étudié il y a une trentaine d'années; Courajod l'avait réclamé à plusieurs reprises : mais l'administration du Muséum d'alors s'obstinait à conserver ce « dépôt » qu'une entente facilitée par la Direction des Beaux-Arts vient de nous permettre enfin, heureusement, de reprendre.
Paul Vitry.
MUSÉE DE VERSAILLES
Une importante acquisition, à laquelle nous consacrerons prochainement un article, a été votée par le Conseil des musées, dans la séance du 2 mars, en faveur du Musée de Versailles : celle de la collection de peintures relatives à Port-Royal recueillies par feu M. Auguste Gazier, l'historien bien connu du mouvement janséniste. Cet ensemble dont le groupement et la provenance font une partie de la valeur historique et, si l'on peut dire, intellectuelle, comprend huit portraits (par ou d'après Philippe et Jean-Baptiste de Champaigne), ceux des mères Angélique, Agnès Arnauld et Marie-des-Anges Suireau, de sœur Sainte-Suzanne de Champaigne, d'Antoine Arnauld, de Du Vergier de Hauranne, de Le Maître de Sacy et de Tournus (par J. Restout); puis une suite de 15 petites gouaches qui font connaître avec naïveté et précision les divers aspects de l'abbaye de Port-Royal des Champs, à la veille de sa destruction.
MUSEE DES ARTS DÉCORATIFS
Carrelages gothiques
Le Musée des Arts Décoratifs a acquis récemment une série de carrelages gothiques qui présentent dix variétés de dessin, nécessitant chacune l'assemblage de quatre carreaux pour former un motif complet. Chaque carreau mesure 11 cm. de côté environ sur 2 cm. d'épaisseur; la terre en est rouge, légèrement rosée. Tous les dessins, sans exception, s'enlèvent en jaune clair sur le fond rouge.
Ces carreaux proviennent, paraît-il, de l'Auxois. De fait, cette région et les régions voisines, Avalonais et Tonnerrois, présentent encore aujourd'hui un assez grand nombre de carreaux émaillés très voisins comme dessin et comme technique de ceux qui nous occupent et datant de la fin du xime ou du début du xive siècle, il semble que ce soit bien aussi la date à laquelle on puisse faire remonter les carreaux des Arts Décoratifs.
Un certain nombre de ces carreaux sont ornés de motifs héraldiques. Les uns figurent par leur réunion quatre par quatre des croix de Saint-André
(1) L'Art français au temps de Richelieu et de Mazarin, p. 391.
Cl. Serv. Phot. B.-A.
SARRAZIN ET THÉODON.
Les Enfants à la chèvre et leur piédestal.
(Musée du Louvre)
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inscrites dans un cercle, dont émergent leurs quatre extrémités, épanouies en forme de très barbares fleurs de lis. Chaque branche de la croix porte, à l'intérieur du cercle, deux larges feuilles, dont
Carrelages gothiques.
(Musée les Arts Décoratifs)
la réunion forme une rosace du plus heureux effet.
D'autres présentent des fleurs de lis, comme toute décoration, diversement disposées et placent la confection de l'ensemble à une date antérieure à 1361, année où mourut le dernier duc capétien, Philippe de Rouvres. Nous croyons, du reste, qu'ils doivent remonter plus haut encore et jusqu'aux environs de 1300.
Quelques-uns offrent des aigles aux ailes employées que l'on rencontre fréquemment dans les armoi- ries bourguignonnes et qui figurent notamment dans les carrelages de Dilo (xime siècle) et de Saint-Seine (xve siècle).
Certains, enfin, nous montrent différentes pièces héraldiques qui se retrouvent aussi généralement en Bourgogne.
Mais ce sont les trois derniers motifs qui sont du plus grand intérêt, en raison de la vérité toute particulière et assez rare, il faut bien le dire, à cette époque, que présentent les figures animales dont deux d'entre eux, principalement, sont ornés. Le premier figure un lévrier sautant sur un cerf, tandis qu'au deuxième plan un arbre paraît devoir indiquer une forêt.
A l'origine, ces carreaux devaient être placés tête-bèche, et ménager ainsi, entre l'avant-train de chaque cerf et le pied de l'arbre, les quatre branches d'une grossière croix de Saint-André.
Il convient de remarquer les mouvements très étudiés de chacun des deux animaux, dans cette scène assez exceptionnelle et en tout cas fort rare, même au siècle suivant, dans les innombrables carreaux décorés de scènes de chasse que fabriquaient les potiers d'Aubigny, près Beaune, pour le compte de Philippe le Bon et de son chancelier magnifique, l'autunois Nicolas Rolin.
Si l'on songe à la faveur toute particulière en laquelle le Moyen-Age tenait tout ce qui touchait à la vènerie, on ne doit pas s'étonner de la fréquence de ces représentations cynégétiques, jusque dans les dépendances des édifices religieux : ainsi, dès la fin du xime siècle, dans le chartrier de Notre-Dame de Saint-Omer, mais surtout, au xive, avec les cinquante-quatre carreaux de la salle capitulaire de Bayeux où l'on voit la représentation complète d'une chasse, avec cavaliers, varlets sonnant du cor, cerfs, sangliers et chiens courants.
Puis, du xime siècle encore, on peut citer : les chevaliers de l'abbaye de Vauclore, en Laonnois, s'avançant sous des arcatures cintrées, faucon au poing, leur lévrier passant entre les jambes de leur monture.
Au xve siècle, ce sont les chasses de la chartreuse de Champmol, près Dijon ; celle de l'Hôtel-Dieu de Château-Thierry, œuvre d'un atelier étrangement prolifique qui inonda de ses produits le Tardenois, une partie du Laonnois, du Soissonnais et de la plaine briarde, de Prémontré, approximativement, jusque Vertus.
Le deuxième motif décoré d'animaux, que vient d'acquérir le Musée des Arts Décoratifs, est d'une conception plus particulièrement bourguignonne, et l'on y retrouve une preuve de l'attachement de ses ducs souverains pour les animaux exotiques qui accompagnaient les baladins et les jongleurs.
On y voit, à l'intérieur d'un quatrefeuille, quatre singes accroupis portant la patte gauche à leur bouche, tandis que la droite est tendue devant eux comme pour saisir un objet indéterminé.
Ce motif, dont nous ne pourrions citer d'exemple hors de la Bourgogne, se retrouve identique, mais incomplet, sur un carreau de la fin du xime siècle,
Carrelages gothiques.
(Musée des Arts Décoratifs)
provenant de l'ancienne abbaye cistercienne de Fontenay, et donné au musée d'antiquités de Dijon par MM. Seguin et de Montgolfier en 1856. Ce carreau mesure, il est vrai, 0,13 de côté, tandis que
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BULLETIN DES MUSÉES
ceux des Arts Décoratifs n'ont que 0,11 à 0,12, mais, comme ces carreaux étaient exécutés, la plupart du temps, comme l'a démontré M. Deneux, au sujet des carreaux de la région de Reims, au moyen de matrices de 14 cm. de côté, cette différence peut s'expliquer facilement.
Le singe se retrouve encore, mais cette fois accroupi devant un lion couronné et tenant un sceptre, sur un fragment de carreau du même musée donné par M. Joanne en 1852, et provenant de la chapelle du Temple à Fauverney.
Enfin, le troisième motif et dernier, dont les Arts Décoratifs ne possèdent que deux carreaux sur quatre, est inspiré très nettement par un thème
Cl. Giraudon
Carreau gothique.
(Musée des Arts Décoratifs)
oriental : on y voit deux oiseaux affrontés de part et d'autre du hom, l'arbre de vie des anciens adorateurs d'Ormuzd.
Venu jusqu'en Occident grâce aux étoffes précieuses qui enveloppaient les reliques des saints, et dont les trésors de Sens, de Cologne et de Troyes gardent de remarquables spécimens, ce motif s'étendit à la grande sculpture, depuis Saint-Jean de Poitiers jusque Caen et depuis Vézelay jusque Bruyères-en-Laonnois et Lierval.
Il n'est donc nullement étonnant qu'à leur tour les tuiliers s'en soient inspirés eux aussi, pour en tirer de remarquables effets décoratifs.
Quelquefois, et c'est la forme la plus fréquente, les oiseaux se trouvent placés à l'intérieur d'un cercle, de part et d'autre de l'arbre symbolique ; ainsi les peut-on voir sur le carreau des Arts Décoratifs; puis, au xime siècle, à Saint-Vincent de Laon et au xive à Vincelles; parfois le cercle est supprimé, et l'arbre posé en diagonale, comme sur un carreau anonyme du xime siècle qu'il nous a été donné de rencontrer; parfois, comme au Musée de Cluny, à Paris, ou à l'Hôtel-Dieu de Tonnerre, les oiseaux affrontés ne sont plus que le principal élément décoratif d'un ensemble plus vaste; en in, il peut arriver, et c'est le cas pour un charmant carreau du xive siècle provenant de Bayeux, que celui-ci porte huit oiseaux au lieu de deux, inscrits dans quatre cercles que le tuilier, manquant de place et ignorant au reste de l'image qui s'y cachait, a privés sans scrupule de l'arbre symbolique.
Quoi qu'il ne nous soit malheureusement pas permis de fixer avec certitude le lieu d'où sont sortis ces intéressants carrelages, nous croyons pouvoir le chercher dans la région avallonnaise, autour de Précy-le-Sec, ou de Vézelay, dont plusieurs motifs se retrouvent dans les spécimens recueillis par le Musée des Arts Décoratifs.
Si l'on veut bien accepter, en effet, notre date approximative de 1300, on remarquera qu'à cette époque le palais abbatial de l'abbé Hughes de Vézelay était de construction assez récente et que les fours qui avaient produit ses remarquables carrelages étaient probablement encore en activité.
C'est d'eux sans doute qu'étaient sortis les carreaux de Précy-le-Sec et de Châtel-Censoir qui rappellent de si près la série dont les Arts Décoratifs viennent de s'enrichir.
Un jour, l'analyse chimique de la terre, qui les compose, permettra peut-être de transformer cette hypothèse en certitude, en localisant un atelier jusqu'alors anonyme. Mais cette branche, hier à peu près ignorée, de l'industrie médiévale, est trop imparfaitement connue encore, pour que l'on espère arriver à une certitude absolue.
Baron Lionel Pichon.
MUSEE DES BEAUX-ARTS DE LA VILLE DE PARIS
Sir Joseph Duveen vient de faire remettre au Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, un tableau de Toulouse-Lautrec représentant son père conduisant un mail sur la promenade des Anglais à Nice. Cette œuvre de jeunesse indique déjà tout le pittoresque où allait passer maître le débutant. Elle prendra place dans les collections artistiques du Petit Palais aussitôt que le Conseil municipal en aura décidé.
AU MUSEE CARNAVALET
On travaille depuis de longs mois à l'aménagement des nouveaux bâtiments qui vont plus que doubler l'étendue des salles du Musée historique de la Ville de Paris.
De précieux ensembles de boiseries sauvées des démolitions ont été utilisés pour le décor des salles nouvelles et un remaniement presque total des collections a été nécessaire. M. Robiquet et ses collaborateurs mettent la dernière main à ces installations qui seront à la fois logiques et
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BEAUX-ARTS
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harmonieuses et auxquelles nous consacrerons cet été une importante étude. L'ouverture au public est annoncée pour le 28 mars.
P. V.
Une maquette de Contant d'Ivry
Cette pièce, conservée dans un réduit des dépendances du Sénat, nous fut signalée par M. Louis Périn, un de nos plus distingués architectes, et M. Deruaz, l'architecte en chef du Sénat s'offrit de bonne grâce à nous en confier la garde. Il s'agit de la maquette de Pierre Contant d'Ivry pour le projet primitif de l'église de la Madeleine, dont la première pierre fut posée avec le solennel accoutumé le 13 avril 1764.
Cette église est aujourd'hui le monument au pied duquel s'écoule quotidiennement le plus fort courant de la vie parisienne, l'église qui s'offre le plus aux regards de l'étranger et dont l'image lui reste la plus familière; la responsabilité de Contant d'Ivry était de ce chef, et sans qu'il l'eût prévu, déjà considérable.
Elle l'était aussi par la sorte de complément décoratif qu'elle allait apporter dans l'éloignement à un chef-d'œuvre, les deux façades de Gabriel, sur la place Louis XV.
Quand il fut chargé de cette construction, l'architecte était déjà âgé, puisque né en 1698 et ayant même, au dire de ses biographes, avant de s'adonner à l'étude de l'architecture, appris d'Antoine Watteau à dessiner. Il ne visait pas, comme la nouvelle école, à la sévérité romaine. Son projet unissait à la dignité religieuse des lignes une grâce discrète d'ornementsations se liant à l'idée de la sainte qui allait donner son nom à l'édifice, de la sainte telle qu'un Vanloo l'eût prosternée aux pieds du Christ; il semblait en même temps préparer le décor pour tant d'élégances qui défilent en cet endroit animé de Paris.
Mais, le 6 septembre de la même année, était posée, plus cérémonieusement encore, la première pierre de l'église dédiée à sainte Geneviève et conçue par Soufflot. Et tandis qu'on voyait la construction de ce monument menée avec activité, celle de l'édifice de Contant trainait en longueur, lui-même mourait en 1777 et son successeur, Couture, séduit par l'exemple de Soufflot, modifiait ses plans et imaginait aussi un Panthéon d'Agrippa, dont Antoine De Machy, dans un dessin que conserve le musée, s'empressait de faire prévoir la coupole émergeant dans le lointain. Les travaux, du reste, n'avançaient pas davantage et commençaient seulement à dresser les murailles quand éclata la Révolution.
Ils furent repris en 1806, mais encore sur nouveaux plans, les plans de Pierre Vignon qui reçut mission d'ériger un temple de la Victoire. Et c'est ce temple que nous voyons aujourd'hui sous le vocable de la sainte. Il ne fut d'ailleurs livré au culte qu'en 1842.
L'ouverture des nouvelles salles du musée est prochaine. On verra la maquette de Contant d'Ivry exposée parmi les vues de Paris au xvie siècle, elle est associée à leur ambiance, elle est comme mêlée aux figures qui les animent. Ceux qui ont visité, l'an dernier, à la bibliothèque Ste-Geneviève, l'exposition organisée par M. A. Boinet, se rappellent, dans le charmant tableau de De Machy prêté par M. David Weill, le simulacre peint de la façade du Panthéon tendu comme une toile de décor aux yeux d'une foule ravie. C'est ainsi que le premier projet pour l'église de la Madeleine semble attendre là le jugement de ses contemporains. Précisément on les voit, dans un tableau voisin dû à Hubert Robert, applaudir en multitude chatoyante à l'inauguration du pont de Neuilly, l'œuvre de Perronet.
P. DORBEC
Poussin, L'Enfance de Bacchus.
(Musée Condé)
"L'ENFANCE DE BACCHUS"
DE POUSSIN
au Musée Condé et au Louvre
Les deux catalogues les plus récents des peintures françaises du Musée du Louvre (Leprieur et Brière) portent simplement au no 729: [Poussin] Bacchanale. Villot, dans le catalogue de 1855, écrivait en note, au no 440-729: « Quelques auteurs, en parlant de ce sujet ont dit qu'il représentait l'éducation [mettons l'enfance] de Bacchus. Rien ne nous semble justifier cette désignation ». J'oserais dire que plus d'une observation peut au contraire la justifier.
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Tout d'abord la comparaison du tableau du Louvre avec l'Enfance de Bacchus du Musée Condé. Les deux photographies ci-jointes nous dispensent de les décrire. Je ne puis m'empêcher d'être frappé de l'identité de distribution des masses et
de recherche de l'effet d'ensemble dans l'une et dans l'autre : un fond sombre de feuillage et de roches formant une espèce de grotte et disposé de façon à faire ressortir en belle lumière le groupe du premier plan, ce qui ne se rencontre guère dans les autres paysages de Poussin ; mêmes effets de lumière, presque même horizon à droite. Et ce parti pris s'explique par la légende, suivant laquelle Bacchus fut élevé dans la grotte des Nymphes de Nysa. On sait combien Poussin vécut familièrement avec l'antiquité jusque dans ses moindres détails.
Le tableau du Louvre daterait de 1630-35, celui du Musée Condé de la même époque. Or, il est arrivé plus d'une fois à Poussin, qui méditait sans cesse, de reprendre un premier sujet pour le modifier (j'ai trouvé une nouvelle composition pour la Chute de saint Paul), et toujours pour l'amener à une plus complète expression de sa pensée. Quoi de plus caractéristique que les deux toiles des Ergers d'Arcadie : 1632-1635 et 1638-1639 ?
Si l'on recourt (pourquoi pas ?) aux définitions, on trouve dans le Dictionnaire d'Hatzfeld, Darmesteter et Thomas : « BACCHANALES... Fêtes en l'honneur de Bacchus, dont le caractère était un mélange d'enthousiasme religieux et d'ivresse, de gaïeté licencieuse. — Une Bacchanale, tableau, bas-relief représentant ces fêtes ». Mêmes définitions, plus pertinentes encore, dans Littré, et dans le Dictionnaire de l'Académie.
Or, il n'y a rien de moins orgiastique, de plus calme que la scène du tableau du Louvre. Les deux faunes veillent avec un soin presque paternel sur le petit Bacchus qui, à la façon des enfants, se jette goulûment sur la coupe de vin. La jeune femme appuyée sur un thyrsse se pare d'une grâce très chaste. Même la nymphe étendue, qui n'a rien à faire là, est comme purifiée par le bébé qui dort sur son sein.
Puisque le tableau du Musée Condé ne doit pas se qualifier de Bacchanale, il en va de même de celui du Louvre. Et je crois, qu'à parcourir les catalogues d'œuvres mythologiques, on constaterait toujours une différence faite entre les Bacchanales et les sujets tirés de la vie de Bacchus.
Henry Lemonnier.
BIBLIOTHÈQUE DE ROUEN
Exposition de reliures
En face de la gracieuse église gothique qui abrite les collections offertes à Rouen par M. Lesecq des Tournelles, dont Beaux-Arts entretenait récemment ses lecteurs, s'ouvre la porte de la Bibliothèque, monumentale et quelque peu rébarbative. Pour engager les touristes à la franchir, le directeur, M. Labrosse, a décidé de prolonger jusqu'à l'été (1) l'exposition de reliures qui vient d'être organisée.
Depuis le Livre d'Ivoire de la cathédrale, pour
(1) Pour éviter que la lumière altère les reliures, les vitrines, librement exposées pendant les premières semaines, seront ensuite couvertes de toiles imperméables, que l'on écartera seulement pendant le temps des visites.