Extrait

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2e Année. — Numéro 21 15 Décembre 1924 BEAUX-ARTS REVUE D’INFORMATION • ARTISTIQUE • --- LES CONCOURS DAVID WEILL ET CAMONDO au Musée des Arts Décoratifs L’initiative généreuse de M. David Weill et de M. de Camondo est des plus utiles pour le développement de l’art décoratif moderne. Ils ont pensé l’un et l’autre qu’il serait intéressant, avant que s’ouvrit l’Exposition de 1925, de découvrir quelques artistes de talent, de les encourager et de leur venir en aide, en leur décernant des prix très importants. Le concours David Weill concernait les sièges (fauteuil de salon, chaise de salle à manger, chaise de chambre à coucher) ; le concours Camondo concernait les cadres. Les concurrents anonymes ont été d’abord soumis en juin à une épreuve éliminatoire qui portait sur leurs projets dessinés. Un certain nombre ont été retenus par le jury, vingt-huit pour les sièges et quatre pour les cadres ; ces œuvres définitivement exécutées viennent d’être jugées et sont exposées au Musée des Arts décoratifs. Il est regrettable que les sièges soient pour la plupart assez mal couverts ; les étoffes qui les garnissent sont d’une qualité médiocre, d’une couleur et d’un dessin qui les font mésestimer au premier abord. Le premier prix des sièges de salle à manger, lui-même, la chaise en noyer, de M. Letessier, dont le dossier figure un treillage, a un coussin en velours violet qui ne lui convient guère. D’ailleurs, ne pourrait-on lui préférer un des seconds prix, la chaise en acajou de Cuba de M. Pierre Lucas? Son dossier est fait de longs pétales disposés en éventail, qui lui donnent une belle allure. M. Chevalier se classe troisième, avec une chaise en acajou, au dossier pointu, découpé et sculpté, renfermant un coq dans un médaillon. M. Domin a remporté un premier prix pour une chaise de chambre à coucher entièrement garnie, dont les lignes sont fines et élégantes. Les fauteuils n’ont pas été dotés de premier prix. M. Pancholle a mérité le second pour un fauteuil en amboine et acajou d’une forme simple sans être très gracieuse ; M. Jacques Klein, un troisième, pour un siège en forme de coquille à pans coupés. La grande bergère plaquée d’amboine de M. Englinger n’a obtenu qu’un troisième prix, malgré son aspect confortable et ses lignes harmonieuses. D’autres prix et mentions ont été attribués à MM. Couailler, Brochard, André Groult, Guénot, Cornebert. Cl. Giraudon PANCHOLLE. Fauteuil (second prix). Si le concours de cadres n’a pas donné les résultats que l’on espérait, c’est que jusqu’ici très peu d’artistes ont été préoccupés de faire d’un cadre une chose moderne qui s’adapterait à la fois aux peintures et aux mobiliers de notre temps. A part les simples baguettes en bois doré ou argenté que l’on ne peut considérer à proprement parler comme des cadres, lorsqu’il s’agit d’entourer une peinture, on a encore recours aux ro-

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BEAUX-ARTS Cl. Giraudon LUCAS (second prix) LETESSIER (premier prix) Chaises cailles du dix-huitième siècle, Qu'on réfléchisse à la distance qu'il y a entre ces ornements et les œuvres d'un Braque ou d'un Matisse, par exemple ! — Aucun des concurrents n'a obtenu de premier prix. Pour un cadre de peinture en noyer sculpté, fait de feuilles plates recourbées et stylisées, M. Corchet a obtenu un deuxième prix. Les mêmes récompenses ont été attribuées à M. Chevalier, pour son cadre à dessin, en bois doré, composé de plans superposés et à M. Burié, pour un cadre de même destination en bois noir, très creux, à bords dentelés. Il ne faudrait pas considérer cette épreuve comme définitive; car, avant la moisson, une idée comme celle de M. de Camondo doit avoir le temps de germer et de se développer. Seulement, au prochain concours, plutôt que de donner à exécuter un cadre « dans l'absolu » ne serait-il pas plus opportun de choisir un tableau à encadrer ? ** A l'occasion du concours David Weill, le Musée des Arts décoratifs a organisé avec l'aide du Mobilier National, des Musées de Versailles et de Trianon et de collections particulières, une rétrospective du siège, de 1815 à nos jours. Si cette exposition satisfait notre imagination en nous permettant d'évoquer pour chaque modèle, une figure, une époque, elle nous instruit surtout, en nous donnant l'occasion de préciser nos idées ; on a en effet le plaisir d'apercevoir d'un coup d'œil rapide les éléments essentiels de l'art décoratif des cent dernières années. La place nous manque pour en rendre compte en détail ; nous nous contenterons d'en dégager des généralités. Le style Restauration continue les styles Diretoire et Empire en les déformant avec plus ou moins de lourdeur. On y retrouve les tores de feuillages, les lauriers, les têtes de lion et les boules de cuivre des mobiliers de la Malmaison. Quant à l'ornementation de lys et de feuillages du fauteuil qui figurait dans la salle du Trône des Tuileries, elle est interprétée dans le même esprit que le décor des tapisseries de Beauvais contemporaines, dont certaines sont à l'Exposition. Le style Louis-Philippe proprement dit, il faut le chercher dans l'intimité de la vie bourgeoise; ce sont des fauteuils confortables capitonnés, des chaises en acajou ou de ravissants sièges gondoles en citronnier incrusté d'amarante; car, pour l'usage officiel, au moment de la remise en état des Palais Royaux, on fabriqua des meubles composites, tels ce fauteuil qui semble avoir été spécialement destiné à l'inauguration du Musée de Versailles, ou cette chaise du salon du duc d'Orléans : curieux amalgame de style Restauration et de faux Louis XVI. Le style « à la cathédrale » existait en Angleterre comme pseudo-gothique, depuis la fin du dix-huitième siècle: Horace Walpole avait une demeure entièrement meublée de la sorte; il se développa en France, vers 1830, sous l'influence de la littérature romantique. Rien n'est plus amusant que cette chaise capitonnée de beige, au dossier en forme de fenêtre d'église; on y verrait volontiers assise, une Francesca da Rimini ingresque, son amant agenouillé auprès d'elle. Les gentilles chaises incrustées de nacre étant mises à part, le Louis XVI de l'Impératrice, puis, Cl. Giraudon CHEVALIER. Cadre doré (second prix).

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BEAUX-ARTS après 1870, les préoccupations classiques d'un Rossigneux et d'un Fourdinois, les imitations Henri II et dix-huitième siècle du Faubourg Saint-Antoine, nous prouvent que les artistes de ces époques n'étaient guère préoccupés d'originalité. Ce n'est qu'à partir de 1895 que l'art décoratif français s'orienta tout autrement ; on tourna le dos aux styles anciens ; des artistes cherchèrent d'autres modes d'inspiration, et le décor floral, les feuilles d'eau stylisées, les lignes sinuèuses furent pendant quelques années les thèmes favoris. Puis, une simplicité, malheureusement trop rigide, fut de rigueur. Aujourd'hui, il semble que sans tomber dans la copie, l'on renoue avec la tradition rompue sous le second Empire : n'est-ce point le style Restauration et le style Louis-Philippe qui donnent principalement le ton à l'art décoratif moderne ? Cette chaise du concours David Weill, dont le dossier arrondi est supporté de chaque côté par de minces colonnettes n'est pas sans ressembler à une œuvre de Jacob Desmaller et l'on retrouve dans les formes de cette bergère, malgré son placage d'amboine, quelque chose du fauteuil de Balzac. Marcel WEBER. NOUVELLES Inaugurations. — Au Ministère des Travaux publics vient d'être inauguré un monument élevé à la mémoire des fonctionnaires morts pour la France. La partie architecturale est l'œuvre de l'architecte André, la sculpture, celle du statuaire Hippolyte Lefebvre, membre de l'Institut. — La ville de Besançon, pour commémorer la mort de ses enfants au cours de la Grande Guerre, a inauguré dernièrement un monument à la réalisation duquel ont collaboré MM. Maurice Boutterin, pour l'architecture, et MM. Paul Gasq, Laethier et Pasche, pour la sculpture. Un monument américain en France. — Pour commémorer d'une façon durable le souvenir du premier débarquement des troupes américaines en France, le projet a été émis aux Etats-Unis d'élever, à Saint-Nazaire, à l'embouchure de la Loire, un monument rappelant cet événement historique. La réalisation en a été demandée à Mrs Gertrude Vanderbilt Whitney, qui a déjà mis au point la maquette d'après laquelle sera exécuté le monument dont l'inauguration est envisagée pour l'année 1926. Le projet de Mrs Vanderbilt Whitney représente un aigle aux ailes employées supportant sur son dos un soldat américain tenant une épée nue. Don en faveur du Théâtre de l'Opéra-Comique. — Mme Chambon, antiquaire à Fontainebleau, vient de faire don à l'Opéra-Comique, d'un buste en marbre de Rossini, par David d'Angers. Fouilles en Tripolitaine. — Les fouilles entreprises à Leptis Magna ont donné des résultats particulièrement intéressants. On a retrouvé notamment des restes importants du Palais impérial, les thermes de Septime Sévère, des statues de dimensions imposantes, un arc de triomphe et un grand nombre d'inscriptions. En Palestine. — Un beau sarcophage du ne siècle après J.C. a été recueilli par la direction des Antiquités de Palestine à Fel Barok, près Césarée. Il est décoré d'une série d'Amours et de Victoires ailés, portant des guirlandes, qui encadrent une barque et des demi-figures nues à emblèmes fluviaux. Le Festival de Salzbourg. — L'événement musical de la saison dernière a été assurément la manifestation qui eut lieu au début du mois d'août à Salzbourg. Comme l'an passé, la Société internationale de musique contemporaine s'était appliquée à faire connaître, à un public cosmopolite réuni dans la grande salle du Mozarteum, un choix des dernières productions des compositeurs comptant parmi les écoles les plus avancées. MM. Erik Satie, avec son Socrate, et Darius Milhaud, avec son Catalogue de fleurs, représentaient la musique française. A l'issue de cette série de concerts, l'Association française d'expansion et d'échanges artistiques avait organisé une séance consacrée à la musique française contemporaine où furent jouées des œuvres de Debussy et de MM. Delvincourt, Ibert, André Caplet et du maître Fauré, qui eurent, en Mme Croiza et MM. Gil Marcheix et Gabriel Bouillon des interprètes chaleureusement applaudis. NECROLOGIE Le compositeur italien Giacomo Puccini est décédé à Bruxelles le 29 novembre. Né à Lucques en 1858, il fit ses études musicales au Conservatoire de Milan. Il remporta un premier grand succès à Turin en 1893, avec Manon Lescaut. Ses principales œuvres, jouées dans le monde entier, sont : La Vie de Bohème, La Tosca et Madame Butterfly. Louis Dumoulin, peintre de la marine et fondateur de la « Société Coloniale des Artistes français », est mort à Paris, le 5 décembre. ACADEMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie Française Séance du 27 novembre Le peintre Albert Besnard, membre de l'Académie des Beaux-Arts et directeur de l'Ecole des Beaux-Arts, est élu membre de l'Académie en remplacement de Pierre Loti, par 16 voix contre 10 à M. Francis Jammes. Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance publique du 21 novembre Au cours de la séance, le président, M. le comte François Delaborde, a rendu hommage aux morts de l'année : MM. Ernest Babelon et Morel-Fatio. M. René Cagnat a lu une notice sur la vie et les travaux de Ch. Clermont-Ganneau. Académie des Beaux-Arts Séance du 29 novembre M. Gabriel Pierné est élu membre de l'Académie, dans la section de composition musicale, en remplacement de Théodore Dubois, par 23 voix contre 10 à M. Alfred Bruneau.

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BEAUX-ARTS Société des Antiquaire de Frances * Séance du 5 novembre M. Louis Deschamps, secrétaire de l’Ecole des Charles, est élu membre résidant en remplacement de M. E. Le-fèvre-Pontalis. * Séance du 12 novembre M. Collinet communique une note de M. Paul Perdrizet sur le port du camée par les cochers du cirque. M. Deshoulières signale la coupole de la petite église de Nohant (Indre), qui n’est montée ni sur trompes, ni sur pendentifs, mais qui a été élevée en incurvant progressivement l’angle engendré par le plan carré inférieur pour obtenir la surface arrondie dans laquelle se fond le sommet de la calotte. M. Demaison présente la photographie d’une petite cuve conservée au Musée lapidaire de Reims, dont le pied porte une inscription assez énigmatique, mais qui ne paraît pas antérieure au xvie siècle. * Séance du 19 novembre M. Roger Grand signale un curieux édicule, situé à une assez grande distance de la chapelle Saint-Efflam-en-Grève, commune de Plestin (Côtes-du-Nord) et en pleine campagne. Formé d’une pile carrée en granit de grand appareil, surmontée d’un petit campanile où pendait une cloche, il est appelé dans le pays Ar clochet; il a été construit en 1572 pour servir de clocher sur le plateau à la chapelle bâtie en bas du coteau. M. Ph. Lauer fait une communication au sujet de la date de consécration de la basilique du Latran. Il montre que la date de jour est mentionnée pour la première fois dans La Description de Jean Diacre (xes.). --- MONUMENTS HISTORIQUES Oise. — Le décret qui vient de classer parmi les monuments historiques, les façades et les murs et balustrades de la cour d’honneur du château de Raray, près de Verberie, assure la sauvegarde d’une somptueuse demeure dont il importait qu’aucune restauration malencontreuse ne vint mo- RARAY. Château. Vue d’ensemble. RARAY. Château. Clôture de la cour d’honneur. difficié le caractère. Située aux abords des grandes forêts de la région, ce fut, de longue date, un rendez-vous de chasse dont précisément la décoration de ces murs indique la destination. On y voit, en effet, au-dessus d’une ordonnance de baies accompagnées de niches contenant des bustes de dieux et de héros, une haute corniche surmontée de chiens en pierre dans des attitudes diverses, avec, de chaque côté, un cerf couché. Cette curieuse décoration, exemple unique à notre connaissance, doit remonter aux dernières années du xvie siècle ou au début du xviie siècle, alors que le château lui-même avec son corps central et ses deux pavillons ne date guère que de l’époque de Louis XIV. Indre. — Le village de la Berthenoux possède une belle et grande église de la deuxième moitié du xive siècle, à laquelle son classement récent devrait donner plus de réputation qu’elle n’en a. La nef était jadis couverte en charpente, elle est aujourd’hui voutée; le transept, partie la plus remarquable de l’édifice, est surmonté d’une coupole à huit pans sur trompes qui repose sur huit colonnes dont les chapiteaux à feuillages et à personnages sont du meilleur style et tout à fait comparables à ceux de La Celle-Bruère ou de Neuvy-Saint-Sépulcre. Les absidioles comme l’abside sont voutées en cul de four et éclairées par des fenêtres en plein cintre ornées de colonnettes à chapiteaux sculptés. A l’extérieur, la façade très bien conservée est d’une ordonnance simple; le portail en plein cintre accosté de deux arcades aveugles, rappelle les façades des églises de la Charente et du Poitou. Jean VERRIER.

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[105] 15 DÉCEMBRE 1924 325 BULLETIN DES MUSÉES LE PORTRAIT DE CHARLES MOUTON par François de Troy au Musée du Louvre C’est un tableau célèbre que le Louvre vient d’acquérir. Gravé par Edelinck, vu en 1755 par Mariette, qui, dans son Abecedario, le vante avec la conviction de l’enthousiasme, ayant appartenu successivement aux collections La Live de Jully, de Courpon et de Bovet, il n’a jamais cessé pendant plus de deux siècles d’être considéré comme le chef-d’œuvre de François de Troy. Ce portraitiste, l’égal en renommée de Rigaud et de Largillière, n’était, on est surpris de le constater, pas représenté au Louvre jusqu’à ces derniers temps. Il faut féliciter la conservation et le Conseil des Musées de n’avoir point laissé partir à l’étranger une œuvre qui intéresse à la fois l’histoire de la peinture française et celle de la musique (1). Le luthiste Charles Mouton est représenté assis, tenant son instrument dans la position correcte et jouant quelqu’une de ses pièces si fines d’harmonie et d’une légèreté mélancolique, que ses livres, édités à Paris et contrefaits en Hollande, nous conservent dans l’hermétique notation de la tablature spéciale au luth. L’instrument a ici onze cordes bien visibles, dont toutes, sauf la chanterelle et la seconde corde, sont doublées. Les entrelacs compliqués de la rose sont si exactement reproduits qu’ils livreraient sans doute à un spécialiste le nom du facteur. La main gauche attaque du pouce la septième corde, tandis que la droite touche les notes sur le manche, en seconde position, à la hauteur des troisième et quatrième sillets. L’habit que porte Mouton, de drap brun orné sur toutes les coutures, de boutons et de rangées de galons d’or en formes de pattes disposées horizontalement, est l’habit d’uniforme des musiciens du Roi, la culotte est grenat et les bas gris vert, un rabat et des manchettes de fine dentelle complètent ce riche costume. La physionomie du luthiste, attentif à surveiller l’éclosion des sons fugitifs que ses fines mains produisent, est spirituelle et avenante, d’une expression assez complexe d’ailleurs, qu’Edelinck dans sa gravure n’a pas très exactement reproduite. Les yeux sont intelligents, le nez aquilin et fort, la bouche un peu amère. Chez Edelinck ces traits ne respirent que finesse et sourire. Le tableau donne une note de plus, une note grave et mélancolique. Mouton, le digne élève du « divin Gaultier », musicien très cultivé et virtuose qui ne le cédait point à ses devanciers de la grande époque du luth, a vu le déclin du roi des instruments, autrefois sa vanté, pratiqué par les gens de condition, et qui faisait vivre dans Paris un peuple de professeurs achalandés. Au livre d’adresses de 1692, deux maîtres de luth seulement, sont encore mentionnés, Mouton lui-même et l’un de ses collègues. S’il n’avait pas eu sa charge dans la musique royale et la vente de ses livres à l’étranger, dans les pays où le luth gardait ses fidèles, Mouton sans doute aurait dû cesser à son tour de pratiquer un instrument si brusquement tombé en désuétude. Cinquante ans plus tard, les amateurs les plus avertis, n’en sauront plus que le nom; ils ne le pourront (1) Le portrait, à son passage chez un marchand parisien, avait été remarqué par notre collaborateur M. Louis Réau, qui s’empressa d’en signaler l’intérêt à la conservation du Louvre. (N. de la R.). Cl. Cailleux FRANÇOIS DE TROY. Portrait de Charles Mouton.

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BEAUX-ARTS plus reconnaître à première vue. Mariette, après avoir admiré le tableau, se demandera curieusement si l'instrument que tient Mouton est un luth ou une guitare, et ne conclura : « C'est un luth. » qu'après un moment d'enquête et de réflexion. Après cela, les critiques du xixe siècle, qui étiquetteront « guitaristes », tous les luthistes rencontrés sur d'anciens tableaux, sont bien excusables. Mais ce luth qu'il aimait, Mouton n'en a pas vu l'injuste décadence sans beaucoup de rancœur, dont ses traits gardent l'empreinte. Le tableau est signé en lettres romaines dans le coin de droite en haut : Peint par François de Troy, à Paris, en 1690. Mariette ajoute à ce renseignement l'indication de l'âge que le musicien avait alors. Soixante-quatre ans, dit-il, et même si l'on doit ne considérer ce chiffre que comme approximatif, il fournit d'utiles précisions sur la date de naissance de Mouton, qui devait vivre encore une vingtaine d'années après que de Troy eût fait son portrait. L'œuvre, que vient d'acquérir le Louvre, n'est sans doute point digue de Van Dyck, comme le proclamait Mariette, encore moins de Rembrandt comme l'écrira le rédacteur du catalogue La Live de July, mais c'est probablement un des portraits les plus remarquables de l'école française du xviiie siècle. La couleur n'en est point d'un mérite exceptionnel, cependant harmonieusement rompue et sans heurt, mais le dessin est d'une vivante finesse, extrêmement séduisante, la lumière est répartie avec une poétique adresse, le visage est une étude psychologique amicalement pénétrante, les cheveux, les mains, les dentelles sont des morceaux de premier ordre (1). André Tessier. MUSÉE DU LOUVRE Restitution d'Objets d'art au prince Napoléon Une transaction est intervenue récemment entre l'Etat français et le prince Victor Napoléon, héri- (1) Le portrait de Mouton est mentionné et plusieurs fois reproduit dans les ouvrages suivants : Abecedario de Mariette, à l'article Edelinck ; Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l'Académie de Peinture, tome I, p. 51 (article Edelinck) ; Catalogue historique du Cabinet de peinture et sculpture française de M. de Lalive, Paris 1764, in-12, p. 21 ; Robert-Dumesnil, Le Pein'regraveur français, tome VII, p. 305 ; Clément de Ris, Les amateurs d'autrefois, Paris 1877, in-8 ; Arsène Alexan're, Histoire populaire de la peinture, Paris s. d. in-8, p. 169 ; Guide album des chemins de fer de l'Est, année 1912 ; il est l'objet d'une courte notice, donnant les collections où il a passé, dans la revue Le Sillon Littéraire, no du 1er novembre 1911. Le Monde Musical du 15 octobre 1909 en parle aussi, mais ne dit rien que de fantastiques erreurs. Jules Ecorcheville préparait en 1911 une étude sur Mouton, sa mort au champ d'honneur l'a laissée inachevée, tier de l'impératrice Eugénie, conformément aux jugements du tribunal civil de la Seine du 12 janvier 1899 et du 8 mai 1907. Le gouvernement a décidé de restituer au prince Napoléon deux objets considérés comme souvenirs personnels de la famille impériale, le glaive du Premier Consul, qui était exposé au Musée des Arts Décoratifs, et la célèbre pendule, ayant appartenu à la reine Hortense, que le Louvre exposait depuis d'assez longues années dans les salles du Mobilier et dont le motif principal, représentant une Bacchante couchée, est un des thèmes les plus connus de l'œuvre de Clodion. Le prince Napoléon a renoncé, d'autre part, à une série d'objets, meubles et tapisseries, revendiqués naguère par l'impératrice Eugénie dans la liquidation de la liste civile. Il abandonne, en outre, à l'État, la propriété de la maison natale de Bonaparte, à Ajaccio, dont la conservation sera assurée au même titre que celle du palais de Malmaison et par les soins de notre excellent collaborateur M. Jean Bourguignon. MUSEE DE SAINT-GERMAIN La Collection Du Châtellier La collection Du Châtellier était de beaucoup la plus importante des collections d'archéologie préhistorique de Bretagne. Le Conseil des Musées, aidé par la Caisse des Monuments historiques, n'a pas hésité à faire l'effort nécessaire pour la conserver à la France. Pendant toute sa vie Paul Du Châtellier avait fouillé les dolmens bretons. Les produits de ses fouilles occupaient dans son château de Kernuz près de Pont-l'Abbé plus de 90 vitrines. Il avait été particulièrement curieux de céramique et l'ensemble incomparable de la céramique recueillie par lui enrichira très heureusement les salles un peu pauvres, de cette période et pour cette région, du Musée de Saint-Germain. Mais la Bretagne, au temps des dolmens, et bien après, était un pays riche en or. La collection Du Châtellier en témoigne et ce sont de forts beaux bijoux d'or, en particulier la grande lunule d'origine irlandaise trouvée à Saint-Potan, qui ont été apportés sur la table du Conseil pour la représenter. LE BUSTE DE ROUSSEAU de la collection de Girardin au Musée de Chaalis On sait que l'Institut de France a acquis récemment, après la mort de M. le Marquis de Girardin, la collection de ce dernier, ou plutôt la partie de cette collection qui comprend les sou-

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[107] BULLETIN DES MUSÉES 325 venirs de Rousseau. Ces objets seront exposés au printemps prochain au musée de Chaalis. Le domaine de Chaalis, dans l'Oise, légué il y a douze ans à l'Institut par Mme Edouard André, comprend déjà la partie de l'ancien domaine d'Ermenonville, appelée le Désert, et spécialement arrangée par l'aïeul du dernier marquis, en une sorte de pèlerinage de la Nouvelle Héloïse. Ce charmant paysage, avec celui de Montmorency, est ce qui rappelle le mieux la mémoire du prophète aux environs de Paris. L'Institut, en faisant revenir dans ce pays plein de Jean-Jacques les reliques du grand homme qui en est la gloire, aura bien servi le public, qui vient chercher l'été dans la forêt d'Ermenonville une promenade animée par de belles images du passé. La pièce principale de la collection est un exemplaire magnifique du buste de Rousseau par Houdon, lequel, par sa provenance autant que par la beauté de sa conservation, est un morceau de premier ordre. Ce buste, en attendant l'ouverture du musée Girardin, est exposé provisoirement à Paris, au musée Jacquemart-André. L'histoire du buste de Houdon a été racontée avec beaucoup de détail par M. H. Buffenoir dans son excellent livre, les Portraits de Jean-Jacques Rousseau (1), dont elle occupe presque entièrement tout le dernier chapitre. On sait que le philosophe mourut d'un coup de sang à Ermenonville, dans la matinée du 2 juillet 1778. Houdon, appelé à minuit par le marquis de Girardin, arriva aussitôt et leva le 3 juillet, avant l'ouverture du cadavre, le masque mortuaire, aujourd'hui conservé chez le Dr Julien Raspail. C'est d'après ce document que le sculpteur exécuta le buste de Rousseau. Dès la mi-novembre, tout Paris, dit la Correspondance secrète de Metra, (2), allait voir ce buste chez l'auteur, avec ceux de d'Alembert et de Franklin; le Journal de Paris, (Buffenoir, p. 205) répète la même observation à la date du 19 mars. Le buste, signé et daté de 1778, fut exposé au Salon de 1779, sous le numéro 220, avec la mention: «Appartient à M. le Marquis de Gerardin.» (sic). Une critique, citée par M. Buffenoir (p. 206), ajoute même que «ce buste ornera le tombeau que M. de Girardin élève». Il semble que ce dernier passage soit sujet à caution; le nouvelliste paraît inex- actement informé. M. de Girardin faisait en effet élever un tombeau par Lesueur dans l'île des Peupliers; mais ce tombeau (dont deux modèles sont conservés dans la collection de Girardin) ne semble avoir jamais comporté aucun buste. Ce qui est certain, c'est que l'épreuve du buste, appartenant à l'Institut, se trouvait à Ermenon- Cl. Bulloz Houdon. Buste J.-J. Rousseau (Plâtre teinté) (Musée de Chaalis) ville le 5 juillet 1779; il est probable que Hou- don l'avait envoyée au marquis René de Girardin dès la fermeture du Salon, pour l'anniversaire même de la mort de Rousseau. C'est ce qui résulte du passage suivant du Journal inédit de Stanislas Girardin. «Lundi, 5 juillet 1779... Ce matin, j'ai fait de la musique après diner. La pluie nous ayant em- péché (sic) d'aller promener, nous nous amusa- mes à dépaqueter ce qu'avait apporté le voiturier. Je reçus deux livres d'étude que m'envoyait le frère de M. Meyer... «M. Houdon, un des plus fameux sculpteurs de Paris, envoya aussi à mon papa le buste de J.-J. dont la ressemblance est frappante, surtout en le regardant de profil. Le sourire de la gaieté est sur sa bouche, car [c'est] cet artiste qui fit le pre- mier les yeux creux et y marqua les prunelles, ce qui donne à son portrait un air de vie qui est (1) H. Buffenoir. Les Portraits de Jean-Jacques Rou- sseau, in-i°, Leroux édit., Paris 1913; cf. Paul Vitry. Gazette des Beaux-Arts, 1912; Daniel Baud-Bovy, Les Bustes de J.-J. par Houdon, dans la Semaine Littéraire de Genève, 10 juillet 1923. (2) P.-P. Plan. J.-J. Rousseau raconté par les Gazettes de son temps, Paris, 1912, p. 159.

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BEAUX-ARTS effrayant en le regardant longtemps. Cet effet est d'autant plus grand dans celui-ci que les traits de l'original sont frappants et qu'on a donné à ce plâtre une couleur de terre cuite qui ressemble à celle de la chair. M. Houdon a eu d'autant plus de mérite à faire ce buste aussi ressemblant, qu'il n'avait jamais vu M. Rousseau qu'une fois, il y a dix ou douze ans, et que ce n'est que d'après le creux qu'il prit sur ce philosophe après sa mort, qu'il parvint pour ainsi dire à lui rendre la vie. Ce texte fait justice des prétendus « souvenirs » d'un certain Bégler, ancien praticien de Houdon, qui assurait à David d'Angers « qu'il avait vu souvent Rousseau poser dans l'atelier de son maître. » (Buffenoir loc. cit., p. 219). Houdon lui-même, dans sa lettre à la Constituante, en février ou mars 1791, écrit formellement que Rousseau, « s'est constamment refusé à faire faire son buste » (ibid., p. 228); Girardin n'avait même pas voulu lui permettre de le dessiner à son insu, « en le guettant dans quelques endroits du parc. Cette espèce de surprise lui avait semblé une violation de l'hospitalité... » (Gazette des Deux-Ponts, 18 juillet 1778, citée dans Buffenoir, p. 189). On voit aussi, par le même passage du Journal de St. Girardin, que l'épreuve du buste d'Ermenonville est en plâtre, mais peinte par Houdon lui-même dans un ton de terre cuite ou de chair, ce qui a été l'origine de quelques confusions. Par le contrat passé le 5 avril 1775 entre Houdon et Sophie Arnould au sujet du buste de celle-ci, nous savons que l'auteur se réservait le droit d'en faire « trente copies en plâtre sur prédouche réparés (sic) par lui » (1). Il n'y a sans doute pas eu moins d'épreuves du buste de Jean-Jacques Quinze jours après la mort du philosophe, le 17 juillet 1778, un certain Rozier en demandait déjà un exemplaire à Girardin, (2). Il est difficile d'établir un ordre véritable dans la série de ces répliques. Il ne paraît pas qu'il ait jamais existé de buste en marbre, (3). Mais dans la catégorie des terres cuites et des plâtres, l'épreuve d'Ermenonville, soignée, patinée par le maître, ayant figuré au Salon, comme une épreuve de choix, peut passer pour le modèle et le type original, au moins pour une des épreuves les plus précieuses qui subsistent de ce buste admirable. (1) St. Lami, Dict. des sculpteurs au XVIIIe s., article Houdon. (2) Archives Girardin. Cf. Annales J.-J. Rousseau, t. X, p. 221. (3) Un exemplaire en marbre du buste de Rousseau « à l'antique » se trouvait chez Anatole France. Je crois me souvenir que l'auteur de Les Dieux ont soif tenait ce buste pour le même qui avait figuré sur le bureau de la Convention. Nous en connaissons plusieurs autres, (sans parler des variantes « à l'antique » et « au naturel »), et M. Buffenoir n'en cite pas moins de huit; sa liste n'est pourtant ni complète ni exempte d'erreurs. Parmi ces exemplaires en plâtre, les plus beaux, sont peut-être ceux de la Bibliothèque de Versailles, du Musée et de l'Université de Genève; un nouvel exemplaire, patiné en bronze, est entré depuis peu dans la collection de M. Henri Lavedan. Il serait d'un vif intérêt de pouvoir suivre l'histoire de chacune de ces épreuves et de les comparer minutieusement entre elles. Presque toutes en effet présentent des nuances sensibles d'expression et d'exécution, qui en font pour ainsi dire autant d'originaux. Il y a entre ces exemplaires presque autant de différences qu'entre les divers états d'une eau forte de Rembrandt. Cette étude impossible à entreprendre ici, ne manquerait pas d'être instructive et de nous apprendre beaucoup sur les procédés de travail et sur le génie même du grand sculpteur. Il suffisait de signaler ici qu'un des éléments essentiels de cette comparaison, se trouve désormais à la disposition du public. L'Institut aura bien mérité des amis de Rousseau et de Houdon. Louis GILLET. MUSEE DE BAGNOLS-SUR-CÉZE Les journaux ont annoncé récemment qu'un incendie avait en partie détruit le petit musée cantonal de Bagnols-sur-Cèze, dans l'arrondissement d'Uzès (Gard). Ce musée avait été fondé en 1859, et était installé au second étage de l'Hôtel-de-Ville. Il se composait de six salles, consacrées à la géologie, à l'agriculture, à l'industrie, aux antiquités, aux arts décoratifs et aux beaux-arts. Cette dernière section, comprenait environ deux cents tableaux dont un bon nombre étaient des envois de l'Etat; une peinture du xve siècle italien représentant une Vierge avec saint Jean-Baptiste et un ange y avait été déposée au moment d'une des dispersions des fonds de la collection Campana, (1872). Parmi les œuvres perdues, on mentionne un dessin de Mignard, un portrait à la plume de Géricault, un portrait du Père Bridaine et un tableau de Motte, représentant le passage du Rhône, par Annibal. Certes, un musée cantonal ne peut aspirer à l'honneur et à la sécurité que donne un bâtiment isolé de toutes parts. Mais nombre d'autres musées plus importants voisinent encore avec des bureaux ou des logements occupés. Puise ce sinistre inspirer des conseils de prudence aux municipalités responsables et aux services d'inspection chargés de leur rappeler leurs responsabilités!

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[109] BULLETIN DES MUSÉES 329 UN MUSÉE D'HISTOIRE ET D'ART LOCAL A CLERMONT-FERRAND La maison du xvie siècle de la rue des Gras, bien connue à Clermont sous le nom (dont on ne connaît pas l'origine) de Maison des architectes (1), a été acquise par la Ville en 1923, avec le concours de l'Etat. Classée comme monument historique et restaurée avec science et diligence par M. Ruprich-Robert, elle a été aménagée immédiatement en un Musée d'histoire et d'art local, la municipalité ayant apporté dans cette tâche un zèle très louable et y ayant été du reste aidée grandement par la Société de l'Ancienne Auvergne. M. H. du Ranquet, qui a présidé à cette organisation, a tenu à la compléter sans délai par un excellent petit catalogue, estimant à juste titre qu'un musée sans catalogue est un « corps sans vie », spécialement un musée comme celui dont il s'agit ici, où le public a besoin d'être averti de l'histoire et de l'intérêt de la maison qui en forme le cadre, d'être éclairé sur la nature, la date, l'attribution et la signification historique des objets, documents et mémoires qu'il renferme. Dans un petit livret élégant et d'un prix abordable (2 fr. 50, avec 18 pl. hors texte), il a donc établi d'abord judicieusement l'histoire de l'Hôtel (qui doit s'appeler, du nom des personnages qui l'ont fait reconstruire avant et après 1578, l'hôtel de Fontfreyde), et de ses occupants successifs. Il LÉONARD SARSON. Pallas. (Musée d'Art local de Clermont-Ferrand) a donné en outre en suivant l'ordre de la visite une nomenclature détaillée de près de quatre cents numéros comportant non seulement une énumération, mais un bref commentaire historique, de précieuses indications de provenance ou des éclaircissements sur l'usage de tels objets se rattachant à la production locale, qu'il s'agisse des carrelages du Moyen-Age et de la Renaissance, des étoffes de Riom, de la gainerie et de la coutellerie de Thiers, ou des bas de soie fabriqués à Clermont au xvime siècle. Ces renseignements curieux surtout pour les meubles et les costumes représentés en abondance dans la collection n'empêchent pas que l'on ne trouve dans l'ensemble des pièces précieuses sobrement commentées sur Pascal, sur Desaix et leurs familles, des notices érudites sur tel château des environs, Ligonnes ou Bienassis, représentés par des dessins, gravures ou photographies. De véritables œuvres d'art, qui ne sont nullement négligeables, figurent même ici : telle cette statue de Pallas (n° 3) sculptée en lave de Volvic, en 1581, par un sculpteur local nommé Léonard Sarson pour l'auditoire de la sénéchaussée de Clermont, tel le portrait de Gilberte Pascal (n° 147), (1) Reproduite dans Paul Vitry. Hôtels et Maisons de la Renaissance, t. III, pl. XXXV et XXXVI.

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BEAUX-ARTS sœur ainée de Blaise, femme de Florin Périer, qui avait été légué par sa fille Marguerite aux hospices de Clermont et dont le dépôt au nouveau Musée a été obtenu l'an passé; tel encore ce petit triptyque (no 167), dont deux des volets et le compartiment central, garni sans doute jadis d'un groupe de sculpture disparu, sont peints à l'œuf. Ce morceau de la fin du xve ou du début du xvie siècle provient du château de Villeneuve Lembron, construit par Rigaud d'Oureilhe, sénéchal de l'Agenais et de Gascogne (mort en 1517). LE MUSÉE D'ART NORMAND A ROUEN En 1911, à l'occasion des cérémonies du millénaire normand, la ville de Rouen installait dans l'ancienne église Saint Laurent, une intéressante collection de documents et souvenirs, qui complétait à merveille le cycle des musées rouennais. Depuis lors, la magnifique aubaine de la collection Lesecq des Tournelles (sur laquelle nous reviendrons prochainement), amena le déménagement du Musée d'art normand qui lui céda la place dans l'église Saint-Laurent. Il importe cependant que ce musée ne reste pas éternellement en caisses. La municipalité s'en préoccupe à juste titre et vient d'acquérir un immeuble qui lui constituerait un cadre à souhait en plein cœur de la ville ; c'est d'ailleurs, un édifice curieux en lui-même, sur lequel nous pouvons donner les renseignements suivants : P. V. La Chapelle des Augustins Il y a longtemps déjà que les injures du temps, comme les maléfices des hommes ont singulièrement altéré la vieille et justifiée devise de la métropole rouennaise «la ville aux cent clochers». Leur nombre en est aujourd'hui bien réduit, quoique encore respectable. Et quand le touriste moderne arrive, en vue de Rouen, par une route du plateau, que ce soit de Bonsecours ou de Canteleu, il n'aperçoit plus à ses pieds, émergeant des toitures de la puissante agglomération, autour de la cathédrale que les flèches de Saint-Ouen, Saint-Maclou, Saint-Vincent, Saint-Floi Saint-André, Saint-Laurent, Saint Godard, Saint-Nicaise, Saint-Vivien, et les clochers beaucoup plus jeunes de Saint-Paul, Saint-Hilaire, Saint-Romain, Sainte-Madeleine. Mais si tant de clochers antiques ont disparu, quelques vieux temples, découvronnés certes, bien détériorés et descendus à des usages profanes, demeurent encore fort intéressants ou par l'ampleur de leur vaisseau, ou par de remarquables détails architecturaux et sculptés; citons Saint-Etienne des Tonneliers, Saint-Pierre du Châtel, Sainte-Croix des Pelletiers, Saint-Cande-le-Jeune, l'église des Augustins. La plupart, hélas ! sont des propriétés privées, et leurs possesseurs usent de ces édifices au mieux des besoins de leurs affaires, des nécessités de leurs commerces, parfois sans grand respect pour ces pierres vénérables. Saint-Laurent, avec sa tour aux sculptures ajourées a heureusement échappé à ces usages redoutables ; d'abord racheté par l'Etat, il appartient aujourd'hui à la ville de Rouen, qui vient, d'autre part, il y a quelques mois, par un vote des plus honorables pour son Conseil actuel de faire entrer dans le domaine municipal, l'ancienne chapelle des Augustins, que nous citons tout à l'heure. L'acquisition de la ville, comprend toute la surface qu'occupaient à la fin du xvime siècle les propriétés de cet ordre religieux : Couvent, cloître, bâtiments divers et chapelle. Celle-ci est une véritable église, des plus importantes, par ses dimensions et son caractère architectural. M. Enlart, en a donné une description complète, dans sa monographie de Rouen (collection des Villes d'art). Nous renvoyons nos lecteurs à cette belle étude. Nous insisterons seulement ici sur quelques détails de ce curieux édifice, en ce moment à usage de dépôt commercial, et si opportunément sauvé d'une démolition toujours possible, d'affectations indignes et de mutilations nouvelles menaçantes pour ce que l'édifice a conservé d'intéressant et d'exceptionnel. Or, la chapelle des Augustins, — dont, hélas ! toiture et voûte ont disparu, remplacées par un comble plat en fer et en bois, — constitue un des très rares exemples, que nous possédions en France, d'une architecture du xve siècle à fenestrages surbaissés. Les meneaux des six ouvertures du côté Sud et leur couronnement de tête, au lieu de s'inscrire dans un arc brisé, se dessinent, entre chaque contrefort, en un large panneau, dans lequel «un grand arc en tiers-point rappelle le

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[III] BULLETIN DES MUSÉES « tracé ordinaire des fenêtres gothiques, subdivisé en quatre baies secondaires, surmontées de trois cercles à quatre feuilles, et des trèfles sont logés dans les écoincôns triangulaires entre l'arc brisé et l'arc surbaissé ». Cette disposition originale et rare, dont on ne trouve que très peu d'équivalents, au dire des archéologues les plus avertis (chapelle du château de St-Germain-en-Laye, St-Urbain-de-Troyes, cathédrale espagnole de Léon), a d'autant plus de valeur qu'elle nous est parvenue à peu près intacte à la chapelle des Augustins, grâce aux rem-plages de maçonnerie légère substitué aux verrières de jadis. Quant à l'affectation nouvelle et plus respectueuse de ses origines et de son caractère, espérons que l'administration municipale, toujours soucieuse de mettre en valeur les richesses de la Ville-Musée, trouvera là, l'occasion de réinstaller son « Musée d'art Normand », que d'imperieuses circonstances l'ont obligée de façon imprévue en 1920, à faire momentanément disparaître. Nul cadre ne saurait mieux convenir pour cette reconstitution qui s'impose à tant de titres, et tous les admirateurs fervents de nos trésors d'art, applaudiraient sans réserve, à cette destination nouvelle de l'ancienne chapelle du Couvent des Augustins. Henri PAULME, Conservateur des Musées d'art normand et Lesecq des Tournelles. MUSEE DE POITIERS La Statue de Claude de Laubespine Le Musée de Poitiers expose en place d'honneur une belle statue funéraire féminine du début du xve siècle qu' lui fut affectée au moment de la dispersion du Musée des Monuments français, sous le nom de Jeanne de Vivonne († 1583), parce qu'elle était supposée provenir des Cordeliers de Poitiers. C'est un exemple des confusions innombrables qui se produisirent — fatalement — au moment de la formation hâtive et aussi de la dispersion, qui ne le fut pas moins, du dépôt d'Alexandre Lenoir, sans qu'il soit pour cela besoin, nous l'avons déjà dit, d'accuser celui-ci d' « imposture ». En réalité, la figure provenait d'une église de Paris, les Feuillants de la rue Saint-Honoré, et représentait Claude de Laubespine († 1613). Un judicieux mémoire de M. J. Salvini inséré dans le Bulletin de la Société des Antiquaires de l'Ouest (2e trimestre 1924), l'établit très clairement et démontre en outre que — par un hasard heureux — cette personne qui avait épousé Emery de Barbezières, seigneur de Marigny et de la Roche Chemerault († 1609), appartenait par son mariage à une famille poitevine. Tout est donc pour le mieux et Paris ne songe pas à réclamer à Poitiers la statue qui est une des meilleures de cette série des priantes de l'époque Henri IV et Louis XIII. Loyallement du reste, la conservation du Musée de Poitiers reconnaît et a inscrit depuis peu sur le socle, en y reproduisant même une gravure des Antiquités nationales de Millin Statue de Claude de Laubespine. (Musée de Poitiers) (T. I., chap. V., p. 13), la provenance parisienne de l'œuvre. Nous nous permettrons simplement de faire observer que, dès 1900, nous avions rétabli dans un mémoire de la Société nationale des Antiquaires de France (T. LIX), l'identité de la véritable Jeanne de Vivonne, confondue quelque temps à Versailles avec sa fille la duchesse de Retz et que cette Jeanne de Vivonne porte depuis longtemps au Louvre son véritable nom. Elle est exposée aujourd'hui, comme elle y a droit, dans la dernière salle des sculptures de la Renaissance française, non loin des chefs d'œuvre de Germain Pilon auxquels elle s'apparente (no 358 de notre catalogue de 1922). De plus, si nous réservions encore en 1900 la personnalité de la statue de Poitiers, nous avons publié côte à côte, en 1912 (au tome II pl. CLXXXII de nos Documents de Sculpture française) la statue du Louvre et celle de Poitiers, en