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3e Année. — Numéro 4 15 Février 1925 BEAUX-ARTS REVUE D'INFORMATION • ARTISTIQUE • LE SAUVETAGE DE L'HOTEL ROHAN Lorsqu'en 1897 le transfert de l'Imprimerie Nationale eut été décidé et que l'on commença d'abandonner les locaux de la rue Vieille-du-Temple pour les terrains sis rue de la Convention, à Javel, tous ceux qui s'intéressaient à l'histoire de Paris, tous ceux qui chérissaient l'art français s'émerrent. Qu'allait devenir l'hôtel Rohan (ou de Strasbourg), qui, depuis 1809, abritait les services de l'Imprimerie ? On évoquait le passé de cette belle demeure du XVIIIe siècle ; on se souvenait que, lorsque le prince de Soubise avait, en 1704, acquis l'hôtel de Guise et qu'il en avait confié la réfection à l'architecte Delamaire, il avait entendu faire un tout harmonieux de cette demeure princière. Tandis que l'ancien hôtel de Clisson et de Guise, avec sa façade majestueuse et sa cour grandiose, ouvrant sur la rue des Francs-Bourgeois, était destiné à l'habitation des princes de Rohan-Soubise, un hôtel de proportions moindres, ainsi qu'il convenait pour un ecclésiastique, fût-il prince de l'Eglise, était édifié, du côté de la rue Vieille-du-Temple, sur l'emplacement de l'ancien hôtel de la Roche-Guyon, pour servir de résidence à celui qui fut le premier cardinal de Rohan, évêque de Strasbourg ; après lui, ses trois successeurs sur le siège épiscopal, qui, tous trois, appartenaient à la maison de Rohan, en firent leur demeure parisienne. Les façades intérieures des deux hôtels se correspondaient ; entre elles était dessiné un vaste jardin. L'attribution, en 1809, de l'hôtel Soubise aux Archives, celle de l'hôtel Rohan à l'Imprimerie, rompirent cette unité; des constructions banales, des hangars, des ateliers s'élevèrent sur l'emplacement des jardins. La façade postérieure de l'hôtel Rohan, que montre l'une des figures reproduites ci-contre, n'était plus guère visible que sur les toits. Mais cette situation, quelque regrettable qu'elle fût, n'était rien en comparaison du danger qui, à partir de 1897, menaca l'hôtel Rohan. Allait-on voir disparaître l'œuvre de Delamaire, les Chevaux du soleil de Le Lorrain, le Salon des Singes et ces délicates décorations de Boffrand et de ses élèves ? On put craindre, quand l'article 2 de la loi du 10 avril 1902, spécifia « que les bâtiments de la rue Vieille-du-Temple, seraient remis à l'Administration des Domaines pour être aliénés au mieux des intérêts du trésor » et quand on entendit le rapporteur de la Commission du Budget, M. Georges Berger, déclarer à la Chambre des Députés, qu'on ne saurait reconnaître cet hôtel « comme une œuvre architecturale caractérisée. Aucun nom d'architecte de quelque célébrité n'est attaché à sa construction. Cet édifice n'est pas à conserver. » Et, commencement de massacre, la direction des Beaux-Arts autorisait le 5 décembre 1902, la remise à l'Union centrale des Arts décoratifs d'un certain nombre d'œuvres, provenant de l'ancien hôtel de Rohan. Contre ce vandalisme, des protestations nom- Cl. mon. historiques Cour d'honneur de l'hôtel Rohan occupé par l'Imprimerie Nationale.

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BEAUX-ARTS breuses s'élevèrent de toutes parts. Ce fut la Commission du Vieux Paris qui, le 2 juin 1898, le 2 décembre 1899, le 28 mars 1901 et le 18 novembre 1911, demanda le classement en sa totalité de l'hôtel Rohan et sa remise aux Archives nationales ; et qui, le 28 juin 1924, renouvelant ses protestations précédentes, émit le vœu que l'Hôtel Rohan fut classé comme monument historique, contenant et contenu, qu'il fût affecté aux services des Archives nationales, ou à défaut à un service public départemental ou municipal. A ces vœux se joignirent ceux plusieurs fois répétés de la Société centrale des Architectes, de la Société de l'Histoire de Paris et de l'Ile de France, de la Société historique et archéologique des 3e et 4e arrondissements, « la Cité », des sociétés de « l'Art à l'Ecole » et de « l'Art pour tous ». Mais ces témoignages d'intérêt émanant de sociétés n'étaient pas les seuls que provoquait la menace de disparition de l'ancien hôtel Rohan. Dans une discussion au Sénat, le 24 juin 1909, M. Lintilhac, insistait sur la nécessité de l'affecter au service des Archives; cette même solution était proposée en 1910, par M. Steeg, rapporteur du budget de l'Instruction publique à la Chambre des Députés, et le Ministre des Finances était obligé d'admettre qu'une modification pouvait être apportée à la loi de 1902, afin de conserver cet hôtel. De son côté, le Conseil municipal de Paris, émettait le 12 décembre 1904, le vœu « de voir conserver l'hôtel Rohan, où est actuellement installée l'Imprimerie Nationale ». En 1924, les derniers services de l'Imprimerie demeurés rue Vieille-du-Temple, ont abandonné l'immeuble où ils avaient fonctionné pendant 115 années. Les craintes redoublèrent, surtout lorsque l'on vit le Conseil municipal voter, le 10 juillet dernier, un vœu qui, tout en reconnaissant l'utilité de conserver la partie classée comme monument historique — il n'y avait alors que les Chevaux du Soleil — demandait la vente du reste du terrain et son affectation à des locaux industriels ou commerciaux. Mais à ce moment même, tout danger s'évanouit. Le Ministre de l'Instruction Publique déposa au mois de juillet, un projet de loi qui, abrogeant l'article 2 de la loi de 1902, affecta l'hôtel Rohan, partie aux Services d'Alsace-Lorraine, partie à ceux des Archives nationales ; et quelques semaines après, l'ancienne demeure des cardinaux de Strasbourg, classée comme monument historique, était définitivement sauvee. (1) Léon Mirot. --- NOUVELLES - Nominations. — Par arrêté en date du 23 janvier 1925, M. Jacques Rouché est nommé directeur de l'Opéra pour une nouvelle période de sept années, à partir du 17 février 1926. - Par arrêté en date du 26 janvier 1925, M. Victor Ségoffin, statuaire, a été nommé membre du Conseil supérieur des Beaux-Arts, en remplacement de M. Félix Charpentier, décédé. - Par arrêté en date du 21 janvier 1925, ont été nommés à l'Ecole nationale des Beaux-Arts : Professeur d'histoire générale de l'architecture : M. Louis Hautecœur, conservateur-adjoint des musées nationaux, en remplacement de M. Jaussely, démissionnaire ; Professeur de législation du bâtiment : M. Coutant, Conseiller à la Cour d'appel de Paris, en remplacement de M. Cassagnade, décédé. - Au Conseil supérieur de l'Instruction publique. — Au cours de la dernière session qu'il a tenue en janvier dernier, le Conseil supérieur de l'Instruction publique a approuvé, à l'unanimité, la création dans la section moderne d'un enseignement artistique fondé sur l'étude des chefs-d'œuvre de l'art, et la prolongation de l'enseignement obligatoire du dessin jusqu'à la classe de seconde. - En souvenir du peintre Cormon. — Dans la salle du Conseil de l'Ecole des Beaux-Arts, on a inauguré, le 31 janvier, un buste en bronze du peintre Cormon, dû au sculpteur Victor Ségoffin. - Le pavillon de Flore aux Musées nationaux. — Une fois de plus, la question de l'affectation nécessaire du Pavillon de Flore aux Musées nationaux a été posée dans les milieux officiels et devant l'opinion publique. Une délégation du Conseil des Musées s'est mise en rapport avec M. Clémentel, dont les dispositions personnelles sont des plus favorables au projet qui comporterait (1) Voir également, Gazette des Beaux-Arts, Charles Du Bus. Sur quatre hôtels du Marais. Novembre 1924, p. 305.

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BEAUX-ARTS d'abord l'évacuation des divers services du Ministère des finances, installés pendant la guerre dans les locaux qui avaient jadis été occupés par ceux des Colonies et dont on avait eu tant de peine à faire partir ceux-ci. Il est question de transférer cette annexe du ministère dans un immeuble de Reuilly encore inachevé, construit sur l'emplacement de l'ancien couvent de Picpus, et l'on avait envisagé une contribution financière de la Caisse des Musées, escomptant le produit des entrées payantes dont on sait que le relèvement a été proposé à la Chambre au cours de la discussion du budget. Quel que soit le mode de réalisation adopté, une solution s'impose pour ce problème en suspens depuis si longtemps et qui intéresse si directement la sécurité et le développement de nos collections. L'Exposition de 1925. — Pendant la prochaine exposition, le premier étage du Grand-Palais sera affecté à la section de l'Enseignement, où l'on se propose de montrer aux visiteurs près de soixante ateliers en pleine activité. On pourra ainsi assister à l'exécution d'objets qu'on aura pu voir en leur état d'achèvement dans les sections de l'architecture, des objets mobiliers, de la parure, etc. — On sait qu'un Village moderne sera édifié dans l'enceinte de l'exposition. La société l'Art à l'Ecole s'est chargée d'organiser son exposition dans la maison d'école, dont la construction a été confiée à l'architecte Paul Genuys. Le Parc des Expositions. — Tous les Parisiens ont maintes fois déploré les installations successives et éphémères des expositions qui, au cours de chaque année, encombrent et enlaidissent le Grand-Palais, l'Esplanade des Invalides ou le Champ-de-Mars. Ces errements vont enfin avoir un terme. Un vaste espace de quarante-deux hectares a été aménagé près de la porte de Versailles où ont été construits trois grands halls en ciment armé. On peut espérer que, grâce à ce nouvel emplacement, la prochaine exposition des Arts décoratifs sera la dernière manifestation de ce genre que nous verrons emprunter les avenues et les jardins du centre même de la Capitale, et que le Grand-Palais sera, après 1925, plus exclusivement consacré aux Beaux-Arts, suivant sa destination officielle primitive. Le Parc des Expositions a été ouvert le 17 janvier 1925 avec le salon de la Machine agricole; il recevra en février l'Horticulture, en mars le Concours Agricole, en mai la Foire de Paris, en juin le Concours Hippique, puis une exposition de l'Habitation, le concours Lépine et le Salon ménager. Une initiative du Touring-Club. — Dans l'espoir de stimuler les efforts des graveurs en timbres-poste et de relever le niveau d'un art qui, en France, au cours de ces dernières années, a donné tant de productions médiocres, le Touring-Club de France vient d'organiser en son hôtel une exposition des plus belles vignettes postales qui circulent par le monde. Toujours dans le même but, la grande association touristique ouvre un concours pour l'établissement d'une liste des vingt plus beaux sites ou monuments de France qui seraient susceptibles d'être choisis comme motifs de décor pour timbres-poste. Une Exposition d'art ancien espagnol. — Du 1er juin au 15 juillet, aura lieu à l'hôtel Charpentier, une importante Exposition d'art ancien espagnol, organisée par la société «La Demeure historique», sous le patronage de S. M. le roi d'Espagne et de M. le Président de la République, au profit de l'œuvre de «La Demeure historique», œuvre dont nous avons jadis entretenus nos lecteurs (V. Beaux-Arts, 1923, p. 161) et qui intéresse grandement la conservation du patrimoine artistique de la France. Le comité, que préside M. le duc de Noailles, compte faire appel aux collections les plus illustres de la France et de l'étranger, privées et publiques, et il a déjà enregistré des promesses des plus intéressantes. La Société des Amis du Vieux Reims. — M. André Parmentier, professeur au Collège Chapial, a fait, dans la salle Degermann, à Reims, sous les auspices de la Société des Amis du Vieux Reims, une conférence accompagnée de projections sur le Sacre de Charles X qui a eu lieu le 29 mai 1825. Dessins préhistoriques. — La Revue de Saintonge et d'Aunis dans un de ses derniers numéros, nous apprend que M. Marcel Clouet a trouvé récemment, dans une des grottes de la Roche-Courbon, près Saint-Porchaire (Charente-Inf.), une pierre plate qui porte plusieurs dessins remontant à l'âge préhistorique. L'un d'eux notamment représente un mammouth. Cette pierre a été envoyée à Paris pour être soumise à l'examen de l'abbé Brueil, professeur à l'Institut de paléontologie humaine. ACADÉMIES SOCIÉTÉS SAVANTES Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Séance du 23 janvier Mlle Oullé, chargée d'une mission subventionnée sur la fondation Piot, fait une communication sur ses fouilles entreprises avec Mlle de Saussure, sur le site de la ville de Mallia, qui fut peut-être la capitale de la Crète orientale en 2000 av. J. C. Ont été mis à jour des logements urbains remaniés à diverses époques, de plan rectangulaire à foyer d'angle, au seuil précédé d'une colonne. Dans la plus riche se trouve un revêtement d'agglomérat de sel marin; ont été découvertes aussi de vieilles vaisselles de pierre et des pièces céramiques, parmi lesquelles des formes nouvelles de vases et, entre autres, une minuscule amphore et des pierres gravées, dont une de style naturaliste et l'autre d'une écriture symbolique. Mallia était déjà célèbre grâce au palais dégagé par l'école d'Athènes. M. Théodore Reinach achève sa communication sur les trépieds de Delphes. Séance du 30 janvier Au nom de la commission de Palestine, M. Dussaud propose d'accorder une subvention de 10.000 francs à M. Virolleau, pour la continuation de ses fouilles en Syrie et en Palestine. Cette proposition est adoptée. Académie des Beaux-Arts Séance du 31 janvier M. André Michel, fait hommage à l'Académie du tome VII de l'«Histoire de l'Art», éditée sous sa direction par la librairie Armand Colin.

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BEAUX-ARTS Société nationale des Antiquaires de France Séance du 7 janvier M. le comte de Loisne, président sortant, prononce le discours annuel où il rend hommage aux membres de la Société décédés pendant l'année, notamment à M. Ernest Babelon. Puis il procède à l'installation du bureau nouveau qui est composé de M. Paul Vitry, président, Ph. Lauer, vice-président, et L. Dimier, secrétaire. Séance du 14 janvier M. Dimier entretient la société d'un monument qu'il suppose être le tombeau de l'italien Dine Raponde, banquier de Philippe le Hardi, dans l'église de la Chartreuse de Champmol près Dijon et qui se trouve mentionné dans un des Hinera du poète Jean Second, au xvie siècle. Séance du 21 janvier M. Formigé rappelle la grande quantité d'outils en pierre polie trouvés dans les monuments romains. Il suppose que ce genre d'objets se fabriquait encore à l'époque romaine comme ex-voto et comme amulettes. M. Michon communique des réflexions touchant l'époque et la provenance d'un poignard antique récemment acheté par le Musée du Louvre. La pièce est de la Rome impériale et peut être rapprochée du soi-disant sabre de Tibère du Musée Britannique qu'elle égale par la rareté. Séance du 28 janvier M. Ebersolt décrit et commente un reliquaire portatif byzantin du St-Sauveur enchâssé dans un grand reliquaire à Charroux. M. Jules Formigé communique les photographies du baptistère de la cathédrale de Fréjus, récemment dégagé par lui des enduits de plâtre qui le défiguraient et qui apparaît comme le plus ancien de tous les baptistères de Gaule. Société d'Histoire de l'Art Français Séance du 9 janvier 1925 M. Alazard fait connaître une correspondance inédite entre l'Abbé Strozzi, de Florence, et La Teulière, directeur de l'Académie de France à Rome, ainsi qu'un mémoire du même La Teulière, au sujet des copies exécutées pour le roi de France d'après les Antiques du Grand-Duc de Toscane de 1684 à 1687. M. Dimier montre l'influence que Descartes eut comme mathématicien sur les peintres de son siècle, dont le goût pour la perspective et les effets d'optique est formulé dans un curieux ouvrage du P. Niceron. Ce goût se répandit dans le public, comme en témoigne le succès qu'obtinrent, au siècle suivant, les appareils producteurs d'illusions d'optique. M. Prunières fait part de sa découverte, dans les réserves de Chantilly, du portrait de Lully par Paul Mignard, qu'ont gravé Roulet et Edelinck. EXPOSITION DE L'ŒUVRE GRAVÉ SUR CUIVRE DE DURER L'œuvre gravée sur cuivre de Durer, sera présentée chez Marcel Guiot, en février et mars. C'est une très intéressante exposition par la qualité des épreuves prêtées par quelques amateurs d'estampes et par la méthode avec laquelle elles ont été placées sous les yeux du public. L'ordre suivi est chronologique. On a cherché à faire comprendre d'une manière visible les diverses phases de la carrière de Durer, (1471-1528), depuis ses travaux de jeunesse, dénotant une influence italienne, surtout de Pisanello, Jacopo de Barbari et Mantegna, jusqu'au moment où son génie est en pleine possession de toutes les perfections de la technique. Sujets mythologiques ou religieux, allégories, scènes de genre, portraits, toutes ces productions témoignent d'une maîtrise exceptionnelle dans l'art ALBERT DURER. Saint Eustache. de traiter les grandes masses, sans négliger le souci du détail. C'est un mélange de réalité pittoresque et d'idéal plein d'une poésie charman-te. On ne peut plus songer à le regarder comme un artiste symbolique du Moyen-Age; c'est plutôt un homme de la Renaissance, épris d'humanisme et cherchant à saisir, derrière la forme antique, la nature. Cet amour de la vérité domine dans la plupart de ses compositions. Quoi qu'elles soient bien connues, ce n'est pas sans émotion qu'on les examine, car elles traduisent avec sincérité les sentiments qui l'agitent. Ici, Durer se passionne pour des études d'animaux, (le Grand Cheval, le Petit Cheval), là, pour des paysages, (l'Enfant prodigue), ailleurs pour des études de nu, (la Grande Fortune, Adam et Eve), ou

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BEAUX-A-RTS encore pour les représentations maternelles de la Vierge, ou des souffrances du Christ. On se plaît à revoir l'œuvre complet de l'artiste, qui exécuta les images célèbres de la Mélancolie, du St-Jérôme dans la cellule et du Cheval de la mort. Ces pièces, qui ont été si populaires, sont agréables à contempler, lorsque, pour un temps court, des collectionneurs ont consenti à les laisser admirer en pleine lumière. André Blum. L'EXPOSITION DU LIVRE AU MUSÉE GALLIERA C'est une exposition réconfortante, qui rassurera nos Cassandres. Depuis si longtemps qu'on affecte de ne parler de la librairie française qu'avec une dédaigneuse pitié, la déclarant incapable de produire, quelques chefs-d'œuvre mis à part, autre chose que des pauvretés ou des extravagances, de rien réaliser que sur un mode mesquin, de sortir des rites traditionnels, des éternels pastiches, les meilleurs et les plus courageux, commençaient à se décourager. Qu'ils soient rassurés ! Pour la première fois peut-être, on aura réuni tous les visages de la librairie française, qu'elle revête l'aspect modeste de la production populaire, ou celui, somptueux et enluminé, de la bibliophilie. On aura vu, groupés dans des vitrines voisines, voire dans la même vitrine, des spécimens d'illustrateurs et des spécimens de caractères. Il semble qu'on se soit aperçu enfin, que ni l'une ni les autres ne sont choses isolables, pas plus que la reliure ou la qualité du papier ; ce sont des éléments entre les mains de l'éditeur. A lui de les combiner, avec cet art subtil qui établit l'harmonie entre les blancs et les noirs, hors de laquelle il n'est point de salut, cet art qui met en place les diverses « valeurs » du livre, répartit les ombres et les clartés. Allez à Gallière : voici un panneau, où sont affichées les bonnes feuilles d'ouvrages scolaires et, à côté, des livres de grand luxe et, plus loin, des ouvrages de vente courante. Impression, non point de tohu-bohu, ni de désordre, mais de richesse, impression de vie intense. Non certes, la librairie française n'est point morte. Il est intéressant de noter que les plus vénérables maisons ne conservent du passé que le côté traditionnel, sans se croire obligées à la superstition des formules désuètes. On constate, d'autre part, et avec plaisir, chez les éditeurs d'avant-garde, un apaisement nécessaire, après les folies d'après-guerre. Dans l'ensemble, cette exposition qui ravit les yeux, rassure l'esprit. La partie rétrospective n'en est pas la moins intéressante. R.B. MONUMENTS HISTORIQUES L'Inventaire supplémentaire Une des prescriptions de la loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques, dont la guerre n'avait pas permis jusqu'à maintenant de poursuivre l'exécution, est celle qu'édicte l'article 2 dans son dernier paragraphe, ainsi conçu : « Il sera dressé, en outre, un inventaire supplémentaire de tous les édifices ou parties d'édifices publics ou privés qui, sans justifier une demande de classement immédiat, présentent cependant un intérêt archéologique suffisant pour en rendre désirable la préservation. L'inscription sur cette liste sera notifiée aux propriétaires et entraînera pour eux l'obligation de ne procéder à aucune modification de l'immeuble inscrit, sans avoir, quinze jours auparavant, avisé l'autorité préfectorale de leur intention ». SURGÈRES (Charente). Porte de l'ancien Château. La loi a donc ainsi voulu qu'il fût établi pour toutes les richesses architecturales de notre pays — en dehors des monuments classés, qui ne peuvent évidemment être qu'une minorité, en raison des charges très lourdes pour le budget qu'ils peuvent entraîner — une référence exacte qui permette de

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BEAUX-ARTS les connaître, de les surveiller et d'en assurer dans toute la mesure possible la conservation. La tâche est lourde et l'on n'a pu songer immédiatement après la guerre à mettre en œuvre Cl. Mon. historiques SAINT-QUENTIN DE RANÇANNE (Charente-Interieure). Façade de l'Eglise. ces dispositions. Mais avant même que fût pris le règlement d'Administration publique du 18 mars 1924, qui fixa les règles d'application de la loi sur les monuments historiques, les services des monuments historiques commençaient à réunir les renseignements de nature à leur permettre de dresser cet inventaire. Les sociétés historiques et archéologiques locales, les savants provinciaux, les architectes et les amateurs d'art de toute la France étaient priés de fournir sur ces vestiges du passé les documents susceptibles, d'éclairer la Commission des monuments historiques. D'autre part, on reprenait toutes les propositions de classement anciennes qui n'avaient pu être suivies d'effet, faute d'une entente avec le propriétaire ou en raison de telles autres circonstances qui avaient arrêté l'instruction. C'est cet ensemble de renseignements très incomplets encore, mais que chaque jour l'administration cherche à rendre plus important, dont le Comité des monuments historiques a commencé l'examen le mois dernier, dans deux séances qu'il a tenues spécialement à cet effet et déjà un assez grand nombre de monuments fort importants ont pu être inscrits sur la liste. Nous ne pouvons songer à en donner la liste complète; mais quelques noms, choisis dans les quelques départements, parmi ceux des édifices sur lesquels le Comité a fait porter son premier examen, permettent de se rendre compte des richesses artistiques qu'il importe de sauvegarder. Nous signalerons tout spécialement : L'Eglise de Saint-Phal, dans l'Aube ; le Château de Biron, dans la Dordogne, ceux de Dam-pierre, de Surgères, les églises de Champagne, de Nieul, de Champdolent, de Germignac, de Néré, de Saint-Quentin de Rançanne, dans la Charente-Inférieure, le prieuré de Charmant, les églises de Cherves, de Cognac, de Brigueil, de Bécheresse, dans la Charente, etc. Une fois cette inscription sur l'inventaire prononcée par un arrêté du Ministre des Beaux-Arts et notifiée au propriétaire, le maire et le préfet seront chargés de veiller à ce que soit observée l'obligation de ne faire procéder à aucune modification sans avis préalable. Le propriétaire devra aussi aviser l'administration de son intention d'aliéner tout ou partie de son immeuble. Est-ce à dire que dans tous les cas le service des monuments historiques pourra intervenir en Cl. Mon. historiques CHARMANT (Charente). Ancien Prieuré. temps utile ? Il est bien difficile de le croire mais, si certains propriétaires cherchent à éluder les obligations de la loi, il n'est pas tout de même interdit de penser que, dûment avertis de ces obligations, beaucoup auront à cœur de permettre la sauvegarde de ces vestiges du passé qui donnent à nos villes et à nos villages tant de charme pour l'archéologue, pour l'artiste et pour le curieux. Jean VERRIER.

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[17] 15 FÉVRIER 1925 55 BULLETIN DES MUSÉES MUSÉE DU LOUVRE Antiquités orientales Le musée du Louvre vient d'acquérir deux fragments — buste de 0 m. 60 et fragment de base — d'une belle statue d'Osorkon I, pharaon de la xxiiie dynastie égyptienne. Depuis 1910 dans une collection particulière, ce monument atteste que l'art égyptien de cette époque n'avait pas subi une décadence aussi complète qu'on le pensait, mais il est surtout précieux par l'inscription phénicienne qu'y fit graver le roi de Byblos, Elibaal, Buste du roi Osorkon I. (Musée du Louvre) lorsqu'il consacrera l'effigie de son suzerain dans le temple de la grande déesse de Byblos. C'était une statue vivante et parlante puisqu'elle prononçait la formule liturgique : « Que la déesse prolonge les jours d'Elibaal et ses années de règne sur Byblos ». La lecture de ce texte, qu'on supposait carien quand on ne le considérait pas comme faux, n'est devenue possible que depuis les découvertes de M. Montet à Byblos, au cours des fouilles entreprises par l'Académie des Inscriptions. Le buste d'Osorkon I est déposé dans la salle phénicienne du rez-de-chaussée, en face du bas-relief égyptien d'époque saite, rapporté de Byblos par Renan. R. D. Sculptures modernes Après de longues négociations, le Museum d'histoire naturelle vient enfin de céder au Musée du Louvre deux morceaux importants de sculpture française qui lui avaient été attribués autrefois et qui viendront compléter très heureusement nos collections. L'un est un buste en terre cuite de Réaumur par J.-B. LEMOYNE, qui sera remplacé au Museum par une copie moderne en marbre, l'autre est un groupe jadis célèbre, les Enfants à la chèvre, de SARRAZIN, daté de 1640, qui figura à Marly, complété par un soubassement décoré de pampres exécuté vers la fin du xviiie siècle par THÉODON. Nous reviendrons sur ces deux morceaux quand ils auront pris place dans les galeries du Louvre. MUSEE DES ARTS DÉCORATIFS On annonce comme devant s'ouvrir à la fin de février au Musée des Arts Décoratifs, une exposition rétrospective de l'œuvre du maître ferronnier Emile ROBERT, hommage légitime à cet artiste qui fut un initiateur, au moment où ses enseignements vont certainement porter leur fruit dans les productions de l'Exposition de 1925. LES COLLECTIONS DE L'ECOLE NATIONALE DES BEAUX-ARTS Un utile et précis petit guide, rédigé par M. Gabriel Rouchés (1), vient remplacer le volume d'Eugène Müntz, trop chargé de détails érudits et d'ailleurs aujourd'hui épuisé, sur l'Ecole des Beaux-Arts et ses collections ; on y trouvera un tableau sommaire, soigneusement établi, de l'histoire des bâtiments de la rue Bonaparte et de ce qu'ils contiennent aujourd'hui, d'œuvres d'art et de reproductions d'œuvres d'art. Les copies de fresques et de tableaux classiques italiens, la série des moulages antiques et italiens peuvent être d'un secours précieux aux historiens, comme aux artistes, sans compter l'inventaire des parties des collections académiques échues à l'Ecole nationale, héritière de l'Académie royale, des morceaux de réception et de concours, des portraits et souvenirs d'élèves et de professeurs. Mais l'on ne peut s'empêcher de songer avec étonnement devant ce tableau à la part infime que tiennent, dans (1) L'Ecole des Beaux-Arts. Paris. Editions Albert Morancé, pet. in-8, 104 p., 8 pl.

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ces collections, qui sont ou devraient être en somme surtout, un instrument d'éducation artistique, les documents relatifs à notre art national. L'Antiquité et l'Italie sont donc toujours les seules sources d'inspiration dignes de nos jeunes artistes! Quelques débris du Musée des Monuments français, dont l'Ecole occupe les locaux, sont restés là comme par hasard, pour l'ornement des cours où ils achèvent de se détruire, ou perdus parmi les moulages de la chapelle, alors que beaucoup de ces rares originaux, gagneraient à rejoindre ceux qui ont eu la fortune de s'abriter plus tôt dans des musées d'art ou d'archéologie et à être remplacés ici, dans un musée d'enseignement, par des exemples aujourd'hui classiques eux aussi, mais ailleurs qu'à l'Ecole des Beaux-Arts, de notre art, du Moyen-Age et de la Renaissance. UN MUSÉE HISTORIQUE A SCEAUX Le château de Sceaux, acquis l'an passé, par le département de la Seine, doit abriter, suivant le vœu exprimé par un certain nombre de conseillers généraux, un musée historique, archéologique et artistique du département de la Seine, dont l'organisation serait confiée à la Commission du Vieux Paris, les attributions de celle-ci, en effet, s'étendant sur les communes de la banlieue. MUSEE DES TISSUS DE LYON Le Pourpoint de Charles de Blois Le pourpoint dit de Charles de Blois, qui faisait naguère encore partie de la collection de M. Julien Chappée, est une pièce connue des archéologues et des spécialistes. Sa haute valeur documentaire et artistique lui valut l'honneur de figurer, en 1921, à l'Exposition des tissus, organisée par le Kensington Museum de Londres. Grâce à la libéralité magnifique de son dernier possesseur, elle est entrée aujourd'hui, dans les collections du Musée des Tissus de la Chambre de Commerce de Lyon, où elle sera désormais conservée, comme un objet infiniment précieux, parmi tant d'autres qui retracent l'histoire de la décoration textile à travers les âges. Le regretté Louis de Farcy avait consacré à l'étude de ce pourpoint une petite brochure, publiée à Angers, en 1911. Son érudition consciencieuse nous permet de suivre, dans la mesure du possible, l'histoire de ce vêtement. Il était conservé avant la Révolution, dans le Tréor des Carmes d'Angers. Ces religieux le montraient aux fidèles comme une relique; car le prince Charles de Blois, due de Bretagne, tué à la Bataille d'Auray, le 29 Septembre 1364, pendant la lutte qu'il soutenait contre son compétiteur, le comte de Montfort, avait été déclaré bienheureux, à la suite de l'enquête ordonnée par le Pape Urbain V, dans une bulle datée d'Avignon, le 22 Octobre 1370. Malgré sa diligence, M. de Farcy n'avait pu retrouver, dans la liasse des titres anciens du couvent, la moindre trace de l'entrée du pourpoint dans le Trésor des Carmes. Nous ignorons jusqu'à présent, par qui, dans quelles circonstances et à quelle date il fut remis aux religieux d'Angers. D'autre part, on ne possède pas d'inventaire de la garde-robe de Charles de Blois et l'autorité ecclésiastique n'avait pas authentiqué, suivant la procédure en usage, cet objet vénéré comme relique. Deux parchemins couverts d'une écriture à peu près effacée sont cousus sur la partie antérieure du vêtement; ils attestaient jadis son authenticité. La plus ancienne de ces inscriptions paraît remonter au xive ou xve siècle; ceux qui ont pu la lire l'ont ainsi transcrit: «C'est le pourpoint et de la haire de Mons. Saint Charlie de Bloys». On conservait, en effet, avec le pourpoint, une partie de la haire du saint personnage. La tradition ne mit jamais en doute l'origine auguste de ce vêtement. Les Carmes d'Angers, les fidèles qui visitaient leur trésor, les écrivains ecclésiastiques, qui eurent l'occasion de le voir, suppléèrent par leur bonne foi et leur témoignage, au défaut d'attestation officielle. Le pourpoint disparut avant l'inventaire du trésor, fait le 24 Avril 1790. Un soldat, dont le nom n'a pas été conservé, le retrouva, d'après ses propres dires, dans un château de Bretagne et le vendit en 1793, à M. Jouffrault, receveur d'Octroi, à Saumur. Depuis cette date, on établit sans lacune, la suite des possesseurs de cette belle pièce. Un marchand d'habits, qui l'avait achetée à M. Jouffrault, la revendit, vers 1848, à Eude, costumier à Paris: elle séjournait dans ses magasins pendant une quinzaine d'années et fut louée aux artistes, qui allaient poser chez les peintres. De chez Eude, le pourpoint passa, un peu après 1863, chez Carrand, antiquaire à Lyon et, de chez ce dernier, il entra en 1868, dans la collection d'Albert Goupil. A la vente de la collection Goupil, en 1888, il fut adjugé à M. Raymundo de Madrazo, qui la céda, en 1907, à M. Julien Chappée. Enfin, M. Chappée en fit don à la Chambre de Commerce de Lyon, le 31 Octobre 1924. Son geste généreux assure au pourpoint de Charles de Blois un abri, qu'en dépit de la vicissitude des choses humaines, il y a tout lieu de croire définitif. C'est un objet devant lequel les artistes et les professionnels ne resteront pas indifférents. Il nous offre un exemple tout à fait rare d'un tissu du xive siècle, parvenu dans l'état où il fut confectionné pour un vêtement civil. Le temps en a beaucoup atténué l'éclat et les matières textiles sont

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BULLETIN DES MUSÉES en plusieurs endroits, assez délabrées. Néanmoins, il est possible de constater que le fond du tissu est formé par un satin, dont le décor est obtenu au moyen d'une trame en filé or. On observe deux Pourpoint de Charles de Blois. (Musée des Tissus de Lyon). chaines en soie cuite, de couleur crème, une chaîne de fond, et une chaîne de liage ; et deux trames, une trame de soie assez grosse, également teinte en crème et une trame en filé or, composée d'une âme de lin, autour de laquelle, s'enroule une baudruche dorée du côté extérieur. Le décor est constitué par des octogones, dans lesquels s'inscrivent alternativement un aigle et un lion ; les intervalles des octogones forment des croix aux pointes effilées, où sont dessinés de petits fleurons très élégants. On a discuté jusqu'à ces temps derniers la provenance de cette somptueuse étoffe. Les uns ont prétendu que le tissu était de fabrication mauresque, les autres de fabrication sicilienne ; on lui a donné aussi une origine persane et on a même voulu reconnaître, dans sa texture, la main d'ouvriers chinois. La vérité est assez difficile à établir. A considérer le dessin des octogones et celui des animaux, il ne paraît pas niable que l'influence musulmane ne se soit exercée sur l'imagination du tisserand, auquel nous devons cette harmonieuse composition. Les tissus décorés de compartiments géométriques ont été fabriqués, depuis des temps reculés, par des artistes de nationalités diverses. Les fouilles d'An- tinoë en ont révélé quelques-uns. D'autre part, la représentation d'animaux emblématiques ou hiératiques a été empruntée par les Musulmans aux Sassanides. Les collections publiques et privées conservent un certain nombre de tissus de haute époque ornés de ces animaux, enfermés soit dans des cercles, soit dans des rectangles, soit dans des polygones. Pendant le Moyen-Age, on tissait, sur des modèles venus d'Orient, des soieries de ce genre dans les ateliers établis en Italie, en Espagne, en France, en Allemagne et en Angleterre. Les formules décoratives passaient des uns aux autres, en subissant l'influence des arts locaux. On pourrait rapprocher du tissu, qui nous occupe, un certain nombre de pièces, dont le décor présente plus d'une analogie, avec celui de ces octogones ornés d'animaux. La collection formée autrefois par Don Francisco Miguel y Badia et classée, en 1900, par Don José Pasco, était riche en tissus décorés de lions, d'aigles et d'autres animaux, inscrits dans des compartiments réguliers. Un tissu de soie rouge, gris et or de Chypre, datant du xive ou xixe siècle, dont notre Musée lyonnais possède un fragment, s'orne de carrés, enfermant des cercles au centre desquels est représenté un Détail du tissu du pourpoint de Charles de Blois. aigle aux ailes employées, assez semblable à celui du pourpoint de Charles de Blois. Don José Pasco attribue ce tissu à l'Allemagne. Un autre, attribué par lui à l'Italie, est daté du xive siècle et décoré

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BEAUX-ARTS de carrés, où se voient alternativement des feuil- lages stylisés, des griffons, des aigles, des quadru- pèdes et des oiseaux affrontés. Sans vouloir pro- longer une énumération qui serait fastidieuse, je citerai encore un dernier tissu de cette même col- lection, daté du xive siècle et décoré de comparti- ments, issus de la forme de l'étoile à huit bran- ches, utilisée par les musulmans. Des aigles hé- raldiques sont figurés dans ce décor. Les représentations d'animaux, inspirées de l'art islamique, persistent très longtemps sur les étof- tes tissées en Occident. Ainsi, certaines étoffes es- pagnoles du xvie siècle, dont le décor est influencé par celui des tissus italiens antérieurs, offrent une disposition architectonique dans les éléments de laquelle apparaissent des animaux, généralement des lions et des aigles. Les compartiments, qui encadrent ces figures, affectent la forme des arca- des gothiques, dont maint exemple nous est propo- sé par des tissus italiens de la même époque ; mais tandis, que le compartiment devient moins géométrique et gagne en souplesse et en fantaisie, le dessin des animaux reste stylisé et rappelle celui des tissus du xme et du xve siècles. Les mêmes formules décoratives ont été exploitées pen- dant des siècles et se sont pliées quelquefois, sans grand changement, aux exigences nouvelles des styles qui se créaient petit à petit. Les archéologues et les techniciens, qui ont étudié l'étoffe du pourpoint de Charles de Blois, n'ont jamais mis en doute son ancienneté. Ils ont dif- fére d'avis sur son origine. Mais que le tissu soit italien, sicilien, ou même mauresque, il se présente à nous comme un document de premier ordre, qui manquait, en cet état, à notre collection, cepen- dant fort abondante. C'est pourquoi, nous ne sau- rions assez marquer notre reconnaissance à M. Julien Chappée, dont le nom s'inscrit, désormais, parmi ceux des donateurs insignes de notre Musée des Tissus. Henri d'HENNEZEL. MUSÉE DE LILLE La réouverture du Musée de Lille opérée l'été dernier a rappelé l'attention des critiques sur cette importante collection, l'une des toutes premières de notre pays, dont la guerre et ses conséquences avaient si longtemps privé le public local, les amateurs et les historiens. Plus de 76.000 visiteurs y ont défilé en trois mois, sans que la ville de Lille, plus libérale que nulle autre et même que l'Etat français, ait songé à percevoir encore de taxe pour la visite de ses collections. Plusieurs articles de presse ont été consacrés au nouvel aménagement du musée, sans que l'on ait suffisamment insisté peut-être sur l'effort con- sidérable accompli tant pour la sécurité et la santé du bâtiment que pour le classe- ment des collections. Chacun, suivant ses attaches et ses goûts personnels, peut regretter ceci ou contester cela dans les placements adoptés. Il n'en faut pas moins, pour être juste envers leur auteur, songer à la qualité du bâtiment qui a pu être amélioré, mais non transformé du tout au tout (la salle Wicar, salle d'honneur située sur la façade du Musée est évidemment à la fois trop vaste et mal éclairée) ; il faut songer aussi à la composition des collections dont le con- servateur actuel, obligé de tenir compte de tra- ditions et de célébrités locales, que l'on juge mal de Paris, n'est pas responsable. Il est assez injuste aussi de se plaindre, par exemple, que l'Après-diner à Ornans de Courbet ait « fortement noirci », alors qu'au contraire un nettoyage prudent et salutaire a vivifié et réellement rénové ce tableau, pour ceux qui se rappellent dans quel état il était avant et pendant la guerre. MUSÉE DE PÉRIGUEUX Le Musée du Périgord à Périgueux possède, de- puis 1874, un intéressant tableau de confrérie sur lequel on n'avait pas suffisamment attiré l'atten- tion. Le savant conservateur du Musée, M. le Marquis de Fayolle, vient de lui consacrer un article qui le met pleinement en valeur (1). C'est une peinture exécutée sur deux feuilles de cuir appliquées sur deux volets réunis autrefois par une charnière. Sur chaque volet sont figu- rées, sous des arcades gothiques, la Flagel- lation et la Crucifixion, au revers la Mort et le Couronnement de la Vierge. Cette der- nière scène est la plus intéressante au point de vue iconographique : au milieu du tableau, la Vierge est emportée par deux anges au Paradis où le Christ la couronne et en quittant la terre, elle jette à saint Thomas, toujours incrédule, sa ceintu- re, comme preuve de son assomption. Cette scène, n'apparaît guère dans l'art français avant le xive. D'ailleurs, le style des compositions, comme celui des figures, délicates, et agitées, marque une recherche de réalisme accentué qui dénonce déjà le xive siècle. Cependant, l'inscription qui se lit à la base du tableau précise qu'il fut exécuté en souvenir de la première messe célébrée le 14 décembre 1286 pour la Confrérie de Notre-Dame de Rabastens, en Albigeois. Le style de l'architecture et des costumes s'accorde d'ailleurs, avec cette date. Si ces peintures paraissent plus récentes, c'est sans doute, comme le montre M. de Fayolle, qu'elles furent exécutées dans quelque région voisine de l'Italie, en Provence, par exemple. (1) Dans le Bulletin Archéologique du Comité des tra- vaux historique, qui porte la date de 1922.

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BEAUX-ARTS CORRESPONDANCE DE L'ÉTRANGER RUSSIE Une Exposition de Dessins des Maîtres français modernes à Moscou La majeure partie des œuvres de peinture française moderne, conservées dans les collections publiques de Moscou, est concentrée dans les deux « Musées d'Art Moderne Occidental », au trefois galeries privées de MM. Serge Stchoukine et Ivan Morozoff. En outre, dans la Galerie Tretiakoff consacrée principalement à la peinture et à la sculpture russes, il y a aussi deux salles de peinture moderne occidentale, où dominent les maîtres français du xixe siècle. Un grand nombre de dessins se trouvent intercalés dans ces collections de tableaux qui sont de tout premier ordre, et M. Serge Lobanoff, le conservateur du « Musée d'Art Moderne Occidental », a eu l'heureuse idée d'en organiser une exposition spéciale, dans ce musée, en y joignant quelques pièces, presque inconnues jusqu'à présent et tirées d'autres sources, en particulier de collections privées. On y peut donc passer en revue l'ensemble des dessins français de la seconde moitié du xixe et du commencement du xxie siècle qui se trouvent à Moscou et dont le nombre s'élève à environ soixante-dix pièces. Les grands maîtres de l'impressionnisme si brillamment représentés dans les collections moscovites tiennent la première place à l'Exposition ; la sanguine magistrale de Renoir, reproduite ici, HENRI MATISSE. Le Pêcheur (dessin). ainsi que son dessin à la plume d'une jeune dame en toilette de ville, d'une délicatesse infinie, en forment les pièces essentielles, à côté d'un groupe de Danseuses, au pastel par Edgar Degas et de deux de ses incomparables études au crayon. De la même génération d'artistes et de la suivante, il faut citer un petit dessin de Puvis de Chavannes, pour son tableau, Le Sommeil, et deux aquarelles de Rodin. On trouve également une esquisse de Léon Bonnat, pour son plafond, Le Triomphe de l'Art, ainsi que des croquis de portraits par Albert Besnard ; deux études de Roll et un dessin à la plume très fini par Bastien-Lepage, La Femme au râteau. Dans le groupe plus moderne des peintres-dessinateurs, on voit représentés, Henri Matisse, avec un dessin, Le Pêcheur, et de petites esquisses pour les peintures murales dont cet artiste a décoré l'hôtel S. Stchoukine, Picasso, Maurice Denis et Georges Rouault dont l'intéressant dessin a été rapproché d'une composition La Nuit de son maître Gustave Moreau. Une série de dessins décoratifs d'Odilon Redon, Charles Lacoste et A. Rouveyre commandés à ces artistes, il y a une vingtaine d'années, par la revue russe, La Balance (Vyessy), constitue un document curieux pour l'histoire des relations des collectionneurs et éditeurs moscovites avec les artistes français modernes. Viennent ensuite les dessinateurs proprement dits, doublés des maîtres-graveurs, tels que F. Rops, Toulouse-Lautrec, Forain, Louis Legrand, Hel- RENOIR. Jeune femme (sanguine).